mardi 3 février 2009

Les péchés capitaux chez l’artiste / Die Kapitalsünden beim Künstler


AVARITIA – L’avarice


Elle a quoi comme gueule, l’avarice d’un artiste ? Normalement, le gars ne désire pas les choses d’autrui, mais les siennes. Son avarice consiste en ce qu’il veut avoir autour de lui un maximum d’objets de valeur ; souhaitant vivre au milieu de belles choses, il ressemble en cela à quasiment tout le monde. Or, comble d’avarice et de radinerie, il refuse de les acquérir, ces joyaux ; il entend se les fabriquer lui-même ; et si possible à partir d’un tas de poubelle. Il n’y a pas plus avare qu’un artiste. Le collectionneur, qui aime en prendre de la graine, est son seul copain issu de milieu hostile.

AVARITIA – Die Habsucht

Wie sieht sie aus, die Habsucht eines Künstlers? Der Kerl will ja normalerweise keine fremden Dinge, sondern eigene. Seine Habsucht besteht darin, dass er viele teure Wertgegenstände um sich versammelt haben möchte. Er möchte, wie beinahe jedermann, von schönen Dingen umgeben sein. Nur will er die Pretiosen vor lauter Habsucht und Geiz nicht erwerben, sondern selber fabrizieren. Und zwar möglichst aus einem Haufen Schrott. Etwas Habgierigeres als so einen Künstler gibt es nicht. Der Sammler, der sich gerne ein Stück davon abschneidet, ist sein einziger Kumpel aus Feindesmilieu.


LUXURIA – La luxure


Les plus luxurieux, on le sait, ce sont les vieux sculpteurs. Tripotent à longueur de journée des nudités. Plus tellement maintenant, mais c’est plutôt dommage et on y reviendra certainement. Sans luxure, ça ne marche pas. Chez personne. Sans luxure, pas besoin d’art. Nous devons donc exiger quelque luxure, même de la part du public. La luxure, nous ne devons surtout pas la vouloir réservée au processus créatif. La luxure doit régner partout, et aussi chez les incapables. La luxure, serait-elle vraiment un péché ? A partir de quand le deviendrait-elle ? Généralisée, le resterait-elle ? L’artiste hausse les épaules. Lui, qui se fait une idée de tant de choses, là, il donne sa langue au chat.

LUXURIA – Die Wollust

Die Wollüstigsten sind bekanntlich die alten Bildhauer. Schnippeln von morgens bis abends an nackten Leibern herum. Heute nicht mehr so sehr, aber das ist ja auch eher traurig und bleibt sicherlich nicht so. Ohne Wollust geht es nun wirklich nicht, bei keinem. Ohne Wollust, kein Bedürfnis nach Kunst. Also müssen wir auch vom Rest Publikum einen Rest publikümlicher Wollust verlangen. Wir dürfen das nicht für den Schöpfungsprozess reserviert wissen wollen. Die Wollust muss überall herrschen, selbst bei den Nichtskönnern. Gehört Wollust tatsächlich zu den Lastern? Ab wann wird sie dazu? Bleibt sie es, einmal zum Allgemeingut geworden? Der Künstler zuckt mit den Schultern, denn er, der von so vielem eine Ahnung hat, davon hat er nun wirklich keine.



SUPERBIA – La superbe


Mais il était partout, celui-là. « Puis l’apparition du Zambèze, voilà une merveille ! » C’est Monsieur le Conseiller Municipal qui parle de son voyage en Afrique. L’artiste qui, lui, ne voyage guère – de l’Afrique n’en parlons même pas – acquiesce, pensant en son for intérieur : si ce Zambèze avait vraiment pu la faire, son apparition, c’est ça qui aurait été merveilleux ! Car une apparition à des yeux de conseillers municipaux ne vaut pas grand’chose. Ce n’est sûrement pas une merveille. Pour être plus qu’un simple fait, il y faut d’autres mirettes, se dit-il. Mais lui, personne ne le subventionne.
Nous pensons que cet artiste a tort d’être aussi négatif. On ne peut pas tout avoir ici-bas, il devrait le savoir. Il y a suffisamment de soi-disant collègues à qui l’Etat les paye bel et bien, de tels voyages ; c’est que lui, il n’a jamais voulu faire le nécessaire. La superbe fait peut-être le maître, mais elle n’aide pas beaucoup si on veut se promener aux frais de la princesse. S’il veut voir le monde, ou le convaincre, un artiste doit se limiter à jouer l’orgueilleux.

SUPERBIA – Der Hochmut

Wo der schon überall war. „Der Durchbruch des Sambesi war märchenhaft!“ sagt der Stadtrat nach seiner Afrikareise. Der Künstler, der kaum jemals verreist, von Afrika ganz zu schweigen, nickt dazu, doch denkt bei sich: Hätte der Sambesi seinen Durchbruch geschafft – das wäre märchenhaft gewesen! Denn ein Durchbruch bei Stadträten ist ja nicht viel wert. Märchenhaft ist er garantiert nicht. Um mehr als eine Tatsache zu sein, sagt er sich, dafür braucht es andere Augen! Aber ihn fördert ja keiner.
Wir meinen, dieser Herr Künstler irrt sich mit seiner negativen Haltung. Denn man kann hienieden nicht alles haben, das muss auch er wissen. Es gibt genug sogenannte Kollegen, die solche Reisen auch vom Staat bezahlt bekommen, aber er weigert sich ja, das Nötige zu tun. Hochmut mag zwar den Meister machen, aber man kommt damit nicht auf fremde Kosten in der Welt herum. Wenn er die Welt sehen möchte, oder sie überzeugen, darf ein Künstler den Hochmütigen nur spielen.



GULA – La gloutonnerie


En art, la gloutonnerie signifie presque toujours l’absorption de liquides. Il est rare qu’un artiste ingère trop de bouffe, en revanche très souvent il picole trop. Pouvoir créer un chef-d’œuvre en état d’ébriété avancée est un privilège, par des raisons de sécurité publique, réservé à lui seul. Mais, passablement bourré, tout le monde devient un tantinet génial. Puis ça cuve et oublie tout.

GULA – Die Völlerei

Völlerei in der Kunst ist fast immer der Konsum von flüssigem Füllstoff. Der Künstler überfrisst sich selten, aber häufig pichelt er zu viel. Die Möglichkeit, im Suff Meisterliches zu schaffen, ist sein großes Privileg. Aus Sicherheitsgründen ist das allerdings nur ihm vorbehalten. Aber ein klein wenig genial macht ein Vollrausch auch die anderen. Doch dann schlafen die ihn aus und vergessen alles.


ACEDIA – La paresse


La paresse est peut-être une vertu en art. Les artistes travailleurs ne dilapident pas seulement leur propre capital énergétique, encore gèrent-ils les affaires de l’art même de manière gaspilleuse.

ACEDIA – Die Trägheit

Auch Faulheit mag zu den künstlerischen Tugenden zählen. Fleißige Künstler sind nicht nur die Verschwender ihrer eigenen Energie, sondern sie gehen geradezu verantwortungslos mit der Kunst selbst um.



IRA – La colère


La colère, pour peu qu’elle soit sainte, ne constitue certainement pas un vice. La sainte colère de l’un est la guerre sainte de l’autre, pour ainsi dire. L’artiste, lui, mène encore une autre croisade. De quelle colère s’agit-il lorsque le soir, gavés par le petit écran d’incompréhensibles horreurs, les spectateurs se scandalisent ? Est-ce de la sainte colère qui les fait quasiment s’écrouler sur leurs clic-clac face à tant d’injustice ? La guerre, pourrait-on penser, ne dégoûte pas tout le monde autant que ces gens-là, bientôt poussés hors du salon par la colère. Le samedi, notre artiste les croise en ville, agglutinés en s’époumonant pour la paix. Et voilà que l’artiste aussi se met en colère. En route avec son filet à provisions, se découvre-t-il l’âme belliciste ? L’envie lui prend-elle de dégoupiller ses fruits pour les lancer à la figure de ces spectateurs à bout de nerfs, à seule fin de donner un sens à leur rage impuissante ? Mais quelle mouche le pique donc, l’artiste en question, passé maître en détournements, partant opposé à tout ce qui renvoie à la tour d’ivoire ?

IRA – Der Zorn


Zorn, wenn es nur ein heiliger ist, stellt beileibe kein Laster dar. Des einen heiliger Zorn ist quasi des anderen heiliger Krieg. Der Künstler aber führt noch einen ganz eigenen Kreuzzug. Um welchen Zorn handelt es sich, wenn die Zuschauer sich über die unerklärlichen Schrecken, mit denen der Bildschirm sie füttert, allabendlich furchtbar erregen? Ist es heiliger Zorn, was sie vor lauter Unrecht auf dem Klappsofa selber zusammenklappen lässt? Krieg schlägt, könnte man denken, nicht jedem so auf den Magen wie diesen Leuten da, die der Zorn schließlich aus der Stube treibt. Am Samstag kreuzt unser Künstler sie in der Stadt, wo sie sich im Haufen die Kehle nach Frieden heiser schreien. Doch da gerät der Künstler seinerseits in Zorn. Entdeckt er, unterwegs mit dem Einkaufsnetz, etwa plötzlich seine Kriegshetzerseele? Packt ihn die Lust, sein Obst wie Granaten zu entsichern und diesen Zuschauern, die es nicht mehr mitansehen können, in die Visagen zu schleudern, nur um ihrer ohnmächtigen Wut einen Sinn zu geben? Was ist bloß los mit dem fraglichen Künstler, geübt in Zweckentfremdung, und mithin allem Elfenbeintürmlichen abhold?


INVIDIA – La jalousie


La jalousie est d’habitude, entre artistes, un stimulus puissant. Mais désormais ce sont ceux qui faisaient un excellent public, qui envient aux artistes l’artistitude, et rien n’est plus néfaste pour l’art. Grâce au progrès social, l’ancien public éduqué a pu dépasser ce qu’il considère, à tort, comme une attitude de consommation passive. Il se découvre dès lors, lui aussi, parmi les créatifs, en état de latence, voire actifs. La sécurité que procure à l’ancien public sa belle situation ne sert, pense-t-il peut-être, que de base matérielle à davantage de créativité. Ainsi ne reste-t-il plus que des « boulots alimentaires ». Mais subsiste quand même de la jalousie, engendrée ne serait-ce que par la peur d’être méconnu. Cependant, l’artiste ne méconnaît personne, surtout pas son ancien public, il sait que la vie est dure pour tout le monde. Seulement, lui aussi a ses petits problèmes. A la longue, c’est lassant de s’occuper à plein temps de ce qui ne représente que le passe-temps d’un ancien public. Les raisons en sont multiples ; or, sa dèche inévitablement croissante n’y a guère de part. Mais allez expliquer cela aux profiteurs de la modernité...

INVIDIA – Der Neid


Neid wirkt sich unter Künstlern meistens produktiv aus. Doch neuerdings neiden die, die einst ein herrliches Publikum waren, dem Künstler das Künstlertum, und es gibt nichts Gefährlicheres für die Kunst. Dank des gesellschaftlichen Fortschritts hat das gebildete ehemalige Publikum überwunden, was es fälschlich für passives Konsumentum hält, und darf sich ebenfalls als latent, wenn nicht aktiv Schöpfendes begreifen; die finanzielle Sicherheit, die ihm seine Versorgtheit an besserer Stelle gewährt, stellt, so redet es sich vielleicht ein, ja auch nur den Untergrund für weitere Kreativität dar. So gibt es offenbar nur noch „Brotberufe“. Ein Neid bleibt dennoch bestehen, und sei es auch nur aus der Angst heraus, verkannt zu werden. Aber der Künstler verkennt doch nicht, vor allem nicht sein einstiges Publikum, er weiß doch, wie schwer es jeder hat. Nur: er hat es eben auch nicht ganz einfach. Es ist auf die Dauer keine besondere Freude, sich im Hauptberuf mit dem herumzuschlagen, was eines einstiges Publikums alleiniges Hobby ist; die Gründe dafür sind mannigfaltig, des Künstlers unweigerlich steigende Geldknappheit indes zählt kaum dazu. Aber mach das einmal den Modernitätsgewinnlern klar...

22/1/09

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