mardi 29 août 2017

Wedge’s Thin End

    C’est sûr, il me manque quelque chose sur la tête :
Couronne, chapeau de magicien, auréole...
Ça ne peut pas tout bêtement s’arrêter comme ça
Avec ces quelques cheveux en duvet et rien d’autre
    Ayant commencé si bien, si bas, les pieds dans la fange
S’élevant alors en dignité jusqu’ à ma belle tête
Puis plus rien – ce n’est pas naturel, ça.

    Oh, je pourrais mettre mon vieux bonnet d’âne
Mais ça m’avancerait à quoi ?
On ne se caractérise pas soi-même
L’ennoblissement doit venir d’en haut.
    La tête socle d’un achèvement lumineux
Et pas fin en soi, vulgaire, obscure –
À qui le dis-je ?

    Si elle s’arrête tout à coup
Sur rien de particulier, haut portée, cette tête
Porte son accusation muette contre le ciel
Qui ne lui a rien trouvé de mieux
    Que de proposer d’en être lui-même
Comme ça, l’extension à juste titre attendue :
Sa couronne, son chapeau de magicien, son auréole...

    Moi, me grattant le crâne
Je le sens déplumé sous le soleil.
Où es-tu donc, phénomène climatique
En mesure de me constituer un fier panache ?
    C’est bien beau un Olympe fichu tel un coin dans le ciel
Il est bien beau l’impératif catégorique ; or
Quelle désolation là-haut où je finis !

28 Août 2017

Arole de 11 cm, poussant à 2765 m d'altitude © Urs-Beat Brändli / WSL

jeudi 24 août 2017

On a Doll’s Leg

“Mrs. Mountstuart Jenkinson, wishing to make a clear and perfect picture of human grace, said that Sir Willoughby Patterne had a leg.”  G. K. Chesterton, Trifles

Something’s poking out the pocket
Something sticking out the pouch
Like a doll’s leg while one’s lolling
In one’s boxers on the couch.

Your offense may go unpunished
(Warns a childish inner voice)
Yet there’s courage in disjointing
Lower limbs in girlies’ toys.

Mind crimes are the most presuming
When committed by the helpless:
They reveal one’s overriding
Depravation as mere selfness.

Some are torn in their stained boxers
Conscience-stricken on the squab
Try and shove back a slick member
That has its own pulse to throb

Figuring a moral poppet
Crippled by life’s turnabout
Hopping on one silken peg leg
While the natural pokes out.

August 24, 2017

mardi 15 août 2017

D’un tragique insupportable

[Im Fernsehen kam wieder einer von diesen Filmen, in denen sich Schauspieler ineinander verlieben, weil sie so „schön“ sind – d. h. blond, gesund und sportlich. So etwas deprimiert mich, ich schalte sofort um, wenn es vorkommt. Es mag durchaus sein, dass man sich nur deshalb in jemanden verliebt, weil die Person blond, gesund und sportlich ist – ich lese derartiges bei William Dickey heraus, und selbst bei Thom Gunn – doch mitansehen will ich es nicht. Ich kann es nicht glauben, und wenn es tatsächlich passieren sollte, halte ich es für ein Drama. Auf dem Bildschirm ist es mir zu traurig. Es hängt mit dieser nachgerade tragischen Vorstellung von Göttlichkeit zusammen, der wir namentlich im angelsächsischen Kulturraum begegnen. Halten wir uns den antiken Skulpturenschatz vor Augen, sehen wie allerdings nirgendwo Amerikaner. Apollos, die wir uns auf einem Surfbrett vorstellen könnten, gibt es nicht ; dafür waren die Olympier viel zu blond, sportlich und gesund. Wellenreiten wurde erst kurz vor Aids erfunden, von entwurzelten Masochisten, als die ganze schäumende Schönheit prompt in sich zusammenfiel und nichts als wieder der schiere Mensch unter den Brechern zum Vorschein kam. Das darf er aber nicht, um mit den alten Griechen zu sprechen. Der Europäer versteht das noch so halbwegs, und der Orientale weiß zum Glück überhaupt nicht, worum es dabei geht.]

Le matin, à peine réveillé
Je dois constater qu’une fois de plus
La perfection de la figure humaine a disparu.
Très présente dans le rêve, figure du rêve même
Lorsque je me vidange dans la cuvette
Suivant du regard le jet limpide
Elle a déjà fichu le camp.
Nettoyée, quoi, la
Brumeuse.

Et elle est allée où, dis donc ?
Rejoindre son monde de la perfection
Duquel, à peine urinant, je suis déjà exclu.
Je n’ai qu’à presser le bouton de la chasse d’eau
En me désolant qu’éternelle jeunesse se soit barrée avec.

Comment veux-tu que la perfection reste ?
À peine réveillé, tu cours aux chiottes
Comme si c’était la chose à faire.

Vas-y, pisse, mon gars
Puis traîne-toi dans la cuisine
Infuse ton thym, beurre tes biscottes
Et si tu avais un chien, tu le sifflerais doucement
Pour le caresser d’une main, tenant la tartine dans l’autre
Retrouvant la perfection dans les yeux pragmatiques
D’un gardien qui t’enseignerait la vie sans rêve.
Ou plutôt sans les rêves ayant justement
Figure prise pour humaine.

14 Août, 2017

dimanche 13 août 2017

Of a Confessional with no Biography

Je tâche de résister, alors que plus fort que moi ne résiste pas. 
L’air, qui est parmi les plus forts, peut-être le plus fort, ne résiste jamais, il contourne peut-être ; ainsi l’eau, la lumière, et même la terre, lourdeur d’un sol qui s’esquive sous mes pas, se dérobe, me fait perdre pied et néanmoins ne me trahit nullement, simplement ne résiste pas, étant infiniment plus grande force que moi, alors que moi, je tâche de résister. 
Pourtant, je suis plutôt de l’ordre du néant entre les choses qui sont, le néant qui fait vivre ce qui est et lui donne son utilité – on a besoin de l’esquif pour connaître la dimension des vagues, on a besoin d’un alpiniste pour savoir si c’est petite roche ou montagne – tel le blanc dans un tableau entre les taches de couleur, au moins ça. Je tâche de résister. 
Combat perdu d’avance. Alors que plus fort que moi, été en été, hiver en hiver, et passager au moment des passages, alors que plus fort que moi, sans jamais résister, était là avant moi, sera là après moi. 
Il est tout à fait inutile de me demander de l’imiter, de laisser aller, d’être été en été, hiver en hiver, et passager au moment des passages, ce qui ne résiste pas étant tellement plus fort que moi.

1. Life is a Mind Reader

Ich sitze kaum, kommt schon die Dame
Mit meinem Teller: „Ging ja schnell.“
– „Bitteschön, Herr, Ihre Bestellung
Ich wünsche wohl zu speisen, gell.“

Es ist nicht, was ich essen wollte –
Ein solches denk zumindest ich.
Hab etwas gegen Eingeweide
Namentlich dann, wenn säuerlich.

Hat sich getäuscht die Frau Bedienung
Oder bin ichs, der falsch gedacht?
Die Zweifel wachsen mit dem Alter
Wir werden blinder gegen Nacht.

Zu alt, die Sache aufzuklären
Bedank ich mich: „Ja, saure Nieren.
Können Sie denn Gedanken lesen?
Lernt man denn sowas beim Servieren?“

„Klar, mit der Zeit liest man dem Kunden
Vom Auge ab, was er begehrt.“
Ich würg es runter, Trinkgeld: fürstlich.
Ich schätze, was mir widerfährt.


2. Notice

I heard a petrel yell into the storm:
The cliffs where I soared up
Must be called home

Whatever I breast is gentle home again
And where I crash will necessarily
Be my eternal home.

Can’t fly away from it and still
All ocean has been, is and will be mine –
The only place where no home menaces is inside me.


August 12, 2017

samedi 12 août 2017

Yoga et modernité

En retenant très fortement ma respiration
Je réussis à créer un vide au niveau du bas-ventre
Ce qui fait que mon pénis se retourne comme un gant
Pour me rentrer droit dans le corps
Laissant la touffe toute seule, ébouriffée.
Même si cela ne me procure peut-être pas les sensations
Que l’on peut éprouver avec l’organe d’autrui en soi
Sur le plan spirituel, cet exercice me satisfait.

– Qu’est-ce que tu as fait de ta pièce attachée ? me demande
Effarée, la jolie personne devant laquelle je me suis dénudé
Tout fier de pouvoir lui montrer le résultat de mes efforts.
– Je l’ai aspirée, c’est une banale technique de yoga, dis-je
En cherchant à dissiper son effroi. Un prochain jour
Je compte y arriver les couilles incluses.

– Je trouve ton truc assez horrible comme ça, me répond-on.
Cesse de faire de ces jeux avec ton souffle, je t’en prie !
Moi, c’est simple : j’obéis à l’injonction d’une jolie personne
Et avec un petit plop ! le membre
Ressort comme s’il n’avait jamais été ailleurs –
Tout beau tout neuf, que demande de plus le peuple ?

– Ah, c’est mieux, fait la personne, et il est même si brillant
Qu’on ne devinerait jamais l’aventure qu’il a eue.
Toujours est-il que si tu reprends ton yoga à la noix
Tu peux faire une croix sur nos relations intimes
Car, chez l’homme, le sexe trop rétractable est une abomination.

– Les Hindous se sont entraînés pendant des siècles
Pour réussir ce coup, répliqué-je, et moi, vois-tu, je profite juste
De leur sagesse vieille de trois mille ans. Mais je
Conçois que les gens n’aiment pas les méthodes de contrôle
Inventées par une société divisée en castes et, en fait,
_______________________________________violentissime.

– De leurs castouzes je m’en fous, s’énerve la personne jolie
Et de leur violence pareil.
Or, si tu tiens à tout prix à la méditation, médite plutôt sur le fait
Que ce qui par nature est en dehors, doit le rester
Et ce qui est en dedans, doit le rester aussi
Quand on veut maintenir des relations fructueuses.
Progrès ou pas, trop d’élasticité tue l’amour.

– Je comprends ton point de vue.
Dorénavant, joli cœur, je m’exercerai en cachette.
Tant que les testicules
Ne s’introduisent pas avec
Il y a encore du chemin à faire.

11 Août 2017

vendredi 11 août 2017

Cornada Cases


1. On a Minor Case of Persistent Pubertal Gynecomastia

I clipped this picture of some youthful matador
– Head cropped off at the lips –
Getting dressed in a hotel room. Trousers
Are on, not so the rest of the traje de luces.

He bends his bare and hairless chest with
Broad, a teeny tad bit tumid nipples
A large medallion hanging from the neck. Left
Upper arm tattooed, the wrist wearing a bunch of bracelets:
Wish ribbon, silicone band, strands and bangles
To showcase the juvenile hand
While, unadorned, the right one, trained enough to deal death
_____________________________________________blows
For the time being seems to hold a needle.
On the bed in the background, recognizably
A smartphone.

I confess without blushing that
Mainly the transient flaw of puffy nips
Has made me tack this on my wall.

Boy doesn’t need his art to tease the beast, white flags
Will wave to grant two ears, the tail, plus someone’s balls – for he’s
Himself the bicho and has gored
A suitor with the mellowest of all protrusions
Pardoned, then exited on mildly aging shoulders that
Must bear a load for sure no heavier
Than what a photo weighs.


2. A Case of Imperforate Anus

The first torero, proud boy, found
His bunghole stuck somehow
And tried to cure this running ’round
The mad calf of a cow.

He called his dance a cattle fight
Convinced there was a mission.
A horn injury fixed that quite
Deplorable condition.

Some prophet came, horns on his nob
With a new code and ban:
“An intact anus needs no job
If Man stops bullying Man.

If y’all have some spunk left, dispose
Of guy-’gainst-livestock lore;
The ballerino’s pricky rose
Should know more ways to gore…”

Bawled he.-  I still clap when one digs
Carne de lidia, see –
It’s part of Nature’s ageless tricks
To dump virility.


August 10, 2017

jeudi 3 août 2017

Bragging of Options


i.

Quand on m’attrape, puis soulève dans la souricière
Afin de m’examiner de plus près
N’étant pas une souris

Dans ma terreur, je ne
Boulotte pas compulsivement mon appât
Cette carotte bien plus longue que moi, queue incluse.

Moi, sous l’œil du piégeur
La terreur me coupe sec l’appétit, et là
Si j’ai remangé, c’est parce qu’elle s’est un peu estompée.

La terreur ne s’en va pas, elle s’estompe
S’il n’y a rien de nouveau, elle
S’oublie sur le moment

Comme aussi les bonnes choses dans la vie, ternissant
Pour reprendre leurs couleurs époustouflantes
Dès qu’il y aura dudit nouveau.

Le chat rôde, et ses gros yeux aux pupilles fendues
Voient plus clair que celles des natures
Prêtes à se laisser attendrir.


ii.

There was no other route to reach
The place I longed to stay
But when I got there I had lost
All lust along the way.

Talking of roads, touting rough ways
Bragging of options – well
You just forget that when you get
Someplace it might be hell.

Treading the harder path will lead
You to the harder spot.
There’s no hardship-induced reward
For chosen plight, you clod.


August 2nd, 2017