mardi 12 juillet 2022

Fêtes

i.
 
Il m’est extrêmement difficile de faire la cuisine pour moi-même. Je ne fais plus rien de très compliqué, renonçant à la plupart des recettes dites gastronomiques dans lesquelles je m’étais lancé avant. C’est que je n’y vois plus l’intérêt pour moi tout seul. Un copain m’apporte les restes d’un plat élaboré ; normal, il encore sa famille à sustenter.
Qu’on ne me méprenne pas : je ne mange pas mal, je n’ai jamais mal mangé, je me nourris juste un peu moins bien que de son vivant. Elle m’inspirait, j’avais envie de nous faire de bonnes choses. À présent, je m’alimente comestible, point barre. Toutefois,
es schmeckt mir nicht so mehr richtig depuis son départ.
En conséquence, j’ai perdu pas mal de poids. Si je mourrai mince, ce sera donc à cause de toi, ma chérie. Je te rejoindrai mince et beau, et ça sera ta faute, et ça sera la fête, je me vengerai en nous concoctant un frichti d’enfer là-bas, agrémenté des meilleures racines ainsi que de rognures de notre viande faisandée, facilement détachées, puisque nos os au repos, ils seront mieux sans.


Und wäre es wieder wie früher
Und wäre es schön –
Wir würden es wieder gar nicht merken
Und blind weitergehn.

Traumwandlerische Sicherheit
Die Erwachen nur stört.
Glück weiß nicht von sich
Wenn es dir widerfährt.

So war schon das Diesseits, das
Wir unsterblich durchlebten
Beschaffen, dass wir darin
Wie jenseitig schwebten.

[Et si le passé revenait / Et aussi beau qu’avant / Avançant aveuglément / De nouveau, on ne s’en rendrait pas compte. // Ô, funambules somnambules / Ne vous réveillez pas ! / Pendant le temps qu’il est là / Le bonheur ne sait rien, rien de lui-même. // Ainsi, l’univers d’ici-bas / Que nous habitions immortels / Était déjà une sorte de ciel / Tant nous y flottions en suspens.]

ii.
 
Tiens, il me faut quelque chose de positif, quelque chose qui nous sépare. Disons alors : Il n’aurait pas fallu. Tu n’as pas eu le droit. Ton corps, ton joli corps, n’a pas eu le droit de nous faire ça.
Remémorer l’instant m’est trop douloureux, je ne veux même plus savoir, j’étais là, ça doit suffire.
J’ai voulu être présent à tout prix, physiquement inséparable. J’ai pu dire : Tu es encore auprès de moi. Puis, j’ai dû dire : Tu es partie, loin. Les secondes entre les deux sont les plus importantes que j’ai vécues.
Tu n’avais pas le droit, ton joli corps n’avait pas le droit. Je m’arroge le droit de te dire que tu n’as pas eu le droit, et j’attends, ma chérie, que tu me répondes. Sinon, ça sera ta fête ! Je m’attends à des explications circonstanciées, entends-tu ! Tu ne vas quand même pas rester silencieuse face à de telles accusations. Défends-toi, dis quelque chose ! Je suis tout ouïe.

Als du da drin lagst, warst du es nämlich noch.
Selbstverständlich warst du es noch.
Nur der Hauch war gegangen.

Wärst du nur Hauch und nicht auch Stoff gewesen
Wärst du gar nicht gewesen – ich liebte
Beide, man muss beide lieben.

Nun hat der Stoff Zeit
Selbst zum Hauch zu werden.
Er wird es noch nicht geworden sein

Wenn auch bei mir der Hauch geht.
Wir werden uns kaum unterscheiden –
Noch weniger als im Leben, noch viel weniger.


12. Juli 2022

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