samedi 21 septembre 2019

On Social Exchange


1. This Beggar’s Belief

L’optimisme de certains mendiants est stupéfiant. Celui-là, je le croise tous les jours et ne lui donne jamais rien, mais il me sollicite toujours, d’une voix invariable, comme en obéissant à un réflexe. Je pense qu’il ne me regarde même pas. Comment peut-il espérer que je lui donne s’il ne me regarde pas ? Me regarderait-il, non seulement je ne lui donnerais rien, mais en plus je le gratifierais d’une méchante grimace. Il a parfaitement raison de ne pas lever la tête vers ceux qui ne lui donnent rien, bien que, dans ce cas, il ne saura jamais qui ils sont. Notre existence entière est faite de la sorte, ce type de mendiant est carrément un symbole.

At any supermarket
The payer’s eyes must first be met –
How dare you frigging beggar blindly beg?

I’ve begged the living daylights
Out of myself and this is why
My call stays vocal while I turn my gaze awry.

I’m deaf, but when I’m slighted
My ear grows quick, it must construe:
You buggers should be taken down a beg or two.

The change in a fat wallet
Poor loot I aim to cull, milord
Comes even ruder than one’s blandest courtesy could afford.

[Der Optimismus mancher Bettler verblüfft. An diesem einen da gehe ich jeden Tag vorbei und gebe ihm nie etwas, und doch bettelt er mich unweigerlich an, im stets gleichen Tonfall, als gehorchte er einem Reflex. Ich glaube, er schaut mich noch nicht einmal an. Wie kann er hoffen, von mir etwas zu bekommen, wenn er mich nicht anschaut? Würde er mich anschauen, bekäme er nicht nur nichts, sondern würde außerdem sehen, wie ich unwillig mein Gesicht verziehe. Er hat insofern völlig recht, nicht zu denjenigen aufzuschauen, die ihm nichts geben, obwohl er dann nie weiß, wer das ist. Unser gesamtes Dasein ist so beschaffen, diese Gattung Bettler ist geradezu ein Symbol.]


2. Mendicus, mendax

Si, d’habitude, j’hésite un peu à trier mes congénères tout de suite d’après leur physique, cela ne vaut pas en cas de mendicité avérée. Quiconque choisit de s’y adonner, se trouve soumis à mon jugement immédiat, je le détaille comme du bétail.

S’il est jeune et vigoureux – il y en a de plus en plus – je l’assigne à la prostitution informelle, et dans l’éventualité que cela lui rechigne, aux secteurs sous-payés qui manquent de bras. S’il est mince et a l’air dégourdi, il n’a qu’à faire acrobate de rue, et s’il est carrément chétif et nul, il pourra toujours prendre la peine de maltraiter un petit piano en plastique pour divertir le public rarement averti du métro. S’il présente une tare quelconque, est vraiment moche, contrefait, voire mutilé, ou encore manifestement dépendant d’une substance toxique, je suis prêt à lui signaler avoir droit à de multiples allocs et à la Cotorep, aides d’État pouvant dépasser le Smic. S’il joue au pieux, je le renvoie illico aux bons soins de l’Église, ou plus probablement de la Mosquée, et s’il crache sur le bourgeois et cetera, je lui recommande de tout cœur de s’en remettre à la belle solidarité des amicales révolutionnaires. S’il est très jeune, il n’a qu’à taper papa maman, ses oncles et ses tantes, ou à défaut se retourner vers nos méritoires institutions de protection de la jeunesse, et enfin, s’il est très vieux, je lui file d’office la retraite minimale.

Il y en a donc peu qui passent le test et que je déclare aptes à exercer ce subtil métier qu’est la mendicité pure et simple. À ces aptes, je ne leur donnerais toujours rien, car je suis radin, mais du moins accepterais-je que d’autres leur donnassent. Sinon, tout acte de charité irrégulière me blesse personnellement. C’est triste que la réalité ne cesse de s’éloigner de l’image idéale que je lui réserve, mais ce n’est certes pas ma faute s’il y a désormais trop de gratuité dans le monde.

While tight ass winces, wears a frown, or jerks
He who hands alms out may not smile, and smirks.
I, pokerfaced – not blindly – go my way
Hating capitalism anyway.

Those begging are still of the trading sort
And whine to exploit each flaw the giving sport.
I’d rather kiss or hug ye, hapless brothers
Since loath to stoop to humiliating others.

You’d think I’ve got a heart no one can touch;
It’s the reverse: I love us all too much.
You’d then presume I’ve got a twisted mind.
See, things are worse: I simply am too kind.


September 19, 2019


[Credit: Wellcome Collection]

dimanche 15 septembre 2019

Chicken Lost

Poule égarée. Récemment, près de chez moi, je suis tombé sur une poule. Oui, une vraie, en pleine ville, devant la porte d’une maison, grattant de la patte à peu près comme le ferait un chat qui voudrait qu’on lui ouvre. Je l’ai regardée, elle m’a regardé, j’étais ému. Quoi faire ? Je la savais fort menacée, cette poule, si calme sur le trottoir et pourtant en danger de mort. En était-elle consciente ? Je la regardais de nouveau, elle me regardait de nouveau. Comment donc faire ? Dépassé par les événements, je ne l’ai pas sauvée. Je suis rentré, la surveillant, stupidement, de ma fenêtre.

Je le savais. Peu de temps après, un véhicule des éboueurs s’est arrêté, un jeune en bleu de travail en est sorti, rigolard, le gars de souche paysanne ou apparentée, en tout cas d’une de celles où l’on sait quoi faire d’un volatile perdu, puis il l’a attrapée et embarquée sans façon, la pauvre bête caquetant comme une folle, et c’est peut-être encore dans son camion qu’il lui a tordu le cou. Quoi qu’il en soit, ce soir-là, quelque part en banlieue, on boufferait du couscous à la poule.

J’ai un rapport sentimental, pas tout à fait normal avec les animaux, comme j’ai un rapport sentimental, pas tout à fait normal avec mes congénères. C’est que si j’ai en partie, moi aussi, des aïeux paysans, ils ont déménagé en ville il y a presque cent cinquante ans, et le reste, s’ils n’étaient pas citadins depuis toujours, et s’ils ont peut-être, quelques automnes, coupé le sifflet à de la volaille, ils l’ont fait par expiation et certainement pas en rigolant. Tout ça te rend incapable de réagir comme il faut lorsque tu tombes sur une poule en pleine ville. Des gens comme moi, c’est assez tragique, ne sauveront pas le monde. Mais les autres encore moins.

I looked into one bay-red eye
And it stared back, straight into mine
And I would so have wished that I
Could be that knight in armor’s shine.

Take off my sword, throw in my towel
I have to yield before I fall
But were I he who saves lost fowl
I’d literally save you all.

Surely I could identify
With chicken I’ve sustained the eye
Brave enough to empathize with men
Not apt to save the humblest hen.

[Verirrte Henne. Kürzlich bin ich bei mir in der Nähe auf eine Henne gestoßen. Ja, eine echte, mitten in der Stadt. Sie scharrte vor einer Haustür und benahm sich ungefähr wie eine Katze, die hereingelassen werden will. Ich schaute sie an, sie schaute mich an, ich war gerührt. Was tun? Es war mir klar, das sie sehr bedroht war, diese Henne, allzu ruhig auf dem Bürgersteig trotz Lebensgefahr. War ihr das bewusst? Ich schaute sie erneut an, sie schaue erneut mich an. Was zum Teufel konnte ich machen? Ich war überfordert von der Situation und habe sie nicht gerettet. Überwachte sie dann nur wie ein Idiot von meinem Fenster aus.

Ich wusste es. Wenig später hielt ein Fahrzeug der Müllabfuhr, und ein junger Mann im blauen Anton sprang raus, so einer, dem noch Bauernblut oder Vergleichbares durch die Adern pulsiert, der also weiß, was man mit einer verirrten Henne anstellt, hat sie gepackt, die wie verrückt gackernde mir nichts, dir nichts in seinen Laster verfrachtet und ihr womöglich schon dort den Hals umgedreht. Jedenfalls gab es irgendwo in der Vorstadt an diesem Abend garantiert Hühnerkuskus.

Ich habe ein sentimentales, verqueres Verhältnis zu Tieren. So, wie ich ein sentimentales, verqueres Verhältnis zu meinen Mitmenschen habe. Ich habe zwar auch teils Vorfahren aus dem Bauerntum, doch die sind schon vor weit über hundert Jahren in die Stadt gezogen, und die übrigen, falls sie nicht seit jeher Städter waren und vielleicht manchmal im Herbst irgendwelchem Geflügel die Gurgel durchgefiedelt haben, dann aus Sühne und sicherlich nicht lachend. Das alles macht einen unfähig, sinnvoll zu reagieren, wenn man mitten in der Stadt auf eine Henne trifft. Leute wie ich, es ist traurig, werden die Welt nicht retten. Aber die anderen noch weniger.]

14. September 2019

samedi 14 septembre 2019

Aus der Nähe, aus der Ferne

Stieß auf einen alten Kürbiskern aus revolutionären Zeiten, voller hundsmiserabler Gedichte, die noch nicht einmal das Konzept „Agitprop“ rettet, und verfasst von echten Revolutionären, die hinterher noch echte Unikarrieren hinlegten, also das, was ich verabscheue wie sonst wenig. Selbstverständlich ergriff mich dennoch Nostalgie.

Die alten Zeiten waren mies, ach, mies
Doch waren es immer noch weniger
Und das will etwas heißen.

Ich würde gern drauf scheißen
(Und bin doch kein Beschöniger)
Was seinerzeit die Zukunft noch verhieß.

Es ist mir leider nicht möglich
Drum leid ich unsäglich:
Mist und Müll, Kehricht und Kot
Vergolden sowohl Morgen- als auch Abendrot.

12. September 2019

mardi 10 septembre 2019

Talking


i.

Es ist noch früh, ich lese Creeley:
So schön und einfach sind nicht viele.
Zu spätrer Stunde kommen dann
Die kompliziertern Kumpel dran.

Das Komplizierte in der Dichtung
Ist wie das Dickicht um die Lichtung:
Es gäbe niemals ohne Wald
Jene naive Lichtgestalt.

Sie zeigt allein aus Plötzlichkeit
Das Dunkel mehr als Dunkelheit:
Wer vordrang bis ins Glück
Weiß, er muss zurück.


ii.

Habe wieder einmal davon geträumt
Mit anderen Menschen zusammenzuwohnen.
Ein Zimmer nur war für mich reserviert
Und wer ins Bad wollte, musste durch.
Mein Bett, leicht versteckt hinter einem Schrank
Doch wüsste jeder, der ins Bad ging: ich lag da noch.
Käme einer durch die Tür, würde ich mich rechtfertigen
Wie zufällig telefonieren und ins Leere sagen
Ich hätte die ganze Nacht über gearbeitet
Denn nur da hätte ich die nötige Ruhe
Doch es stimmte nicht. Ich hatte
Geschlafen wie jeder und lag jetzt einfach noch im Bett
Während die Mitbewohner, tätige Leute, schon längst auf waren.
Ich, schlechten Gewissens, hörte ihr dämliches Herumfuhrwerken.

Ja, ich, überlegen und mir doch Ausreden ersinnend.
Das habe ich wieder einmal geträumt.
Ich träume immer realistisch.



Talking

i.

Il n’est pas tard, je lis Creeley :
Plus simple et beau est impossible.
Après, ce sera l’heure des
Copains autrement difficiles.

En poésie, le compliqué :
Fourré autour de clairière.
Il n’y aurait pas sans la forêt
Tant de candeur et de lumière.

Ainsi, soudaine, elle nous montre
Mieux que la nuit l’obscurité :
On sait dès la rencontre
Du bonheur qu’il faudra rentrer.


ii.

Une fois de plus j’ai rêvé
D’habiter un appartement collectif.
Une seule pièce m’était réservée, et pour
Rejoindre la salle de bains, fallait passer par elle.
Mon lit se trouvait un peu caché derrière une armoire
Mais qui irait se laver saurait que j’y étais encore.
Si quelqu’un entrait, je me justifierais :
Comme par hasard, je téléphonerais disant dans le vide
Que j’avais travaillé toute la nuit, parce que
Seulement la nuit, je disposais du calme nécessaire
Alors que ce n’était pas vrai. J’avais dormi
Comme tout le monde et m’étais simplement pas encore levé
Quand mes colocataires, des gens actifs, étaient, eux, depuis longtemps debout
Moi, de mauvaise conscience, entendant leur agitation débile.

Oui, moi, supérieur et pourtant cherchant des excuses.
Voilà ce qu’une fois de plus, j’ai rêvé.
J’ai toujours des rêves réalistes.


8 Septembre 2019

lundi 9 septembre 2019

Maximae morales

Als Goethe mal geschossen ward beim Flitzen / Geriet’s ihm gleich zum Spitzchen gegens Blitzen / Denn Goethe wusste Willkür wohl zu nützen / Im Gegensatz zu mindern Audifritzen. // Wem so geschieht, der imitiere Goethe / Ausschlachtend was der Genius ihm geboethe: / Dem Dichter dienstbar seien seine Noethe – / Die Xenie bleibt, nicht so des Zornes Roethe. // Moral: / Was lahmen Schnecken träger Schleim / Ist Dichterfürsten rascher Reim.

1. Widerlegung

Schön ist nicht, sich in der eigenen Nase zu bohren
Noch, sich am Hintern zu kratzen, wo es einen juckt
Oder zu klauben den Schmalz aus den eigenen Ohren;
Unschön tut, wer seinen Kodder einfach von sich spuckt.

Schön ist, dem Liebesobjekt in der Öffnung zu fingern
Schön, dessen Spucke zu mengen dem eigenen Speichel
Schön, mit der Zunge in ein fremdes Öhrchen zu dringen;
Hässlich ist Eigenlob; schön, dem Geliebten zu schmeicheln.

Moral:
Was du willst, dass man dir tu
Das füg dir bloß nicht selber zu.


2. Xenia, Sort of

For quite a stretch no longer underage
The old boy claimed to have been relentlessly pursued for sex
At school, a grudge now sounding like regrets.

Song bird, whether its strain be premature, or timely, or belated
Does never trill of yesteryear, poor dater
While wailers have some clockwork integrated.

The recollecting mind can’t ever be as clear as a blank sheet
Foul memories are at no time flawlessly foul indeed
And that’s the most morally painful thing in them it seems.


3. Zitate zur Avantgarde

Vollkommner Freiheit droht der Leerlauf, fehlt
Was sich als Zwang dem Sang entgegenstellt
Und doch kann Künstlerwillen nicht erhalten
Was Schöpfung braucht an überwundnem Alten.

Vom Fluch ihrer Vergeblichkeit kurierte*
Was anderweitig die Kultur verschmierte:
Sind Dramen zu Komödien erst verkommen
Dann wurde die Tragödie ernst genommen –

Nur sag das mal dem, ders nicht selber merkt.
Moral: Ohnmacht bleibt das, was Ohnmacht stärkt.


7. September 2019

* Vgl. Th. W. A.: Eingriffe, Ffm 1963, S. 64 ff.

lundi 2 septembre 2019

Météo

La pluie tombait tel un très lourd rideau
Sur un bout de campagne antipathique ;
Je m’en foutais, bien au sec dans ma tire.
Après, m’a-t-on dit, il refaisait beau ;
Or, j’étais déjà loin de la musique.
Que voulez-vous, un temps de chien m’inspire.

Là où je vais, les condamnations tombent
Comme des couperets sur le fautif
Mais je m’en fous. Moi, j’ai des essuie-glace
Qui aident à traverser sans encombre
Et, toutefois, je n’ai pas de motif
Je ne suis là que par hasard, puis passe.

Faut être en position de force pour
Décréter s’il fait beau ou si ça barde ;
Sinon, tout n’est qu’avis ou opinion –
Voilà le résultat de mes parcours.
On se chamaille un peu dans la guimbarde
Tandis qu’en haut, ça prend des décisions.

1er Septembre 2019


dimanche 1 septembre 2019

Sonnenuntergänge

Ein Sonnenuntergang nur mit einem selbst ist etwas anderes als einer in Gesellschaft. In Gesellschaft hat er etwas Erhebendes; man erwartet Beifall, wenn der Vorhang fällt. Ein Sonnenuntergang nur mit einem selbst ist schlicht ein Sonnenuntergang; inneren Beifall gibt es keinen. Das Innere äußert sich, was Erhebung und nachfolgende Finsternis angeht, ohnehin komplizierter. Einzelreisen dieser Couleur sind nahezu unerträglich.


















1. Die Tage enden, wie sie enden müssen:
Jeder wie der vorher, mit seinem Au=
Gentrost vor des Verdunkelns Kümmernissen.

Tagsüber trügt der Sommerhimmel blau;
Erst gegen Ende ändert sich die Färbung
Stirbt stilvoll immer gleich, als Dauerwerbung.


2. Zerwühlte Laken sind nicht mehr ein Zeichen
Für wilder Nächte Rausch, der Eremit
Macht bei sich einfach keine Ordnung mehr

Es kommt nicht mehr drauf an, er wirft sich schwer
Noch unter Tags ins ungemachte Bett.
Zerwühlte Laken sind doch stets ein Zeichen.


3. Wer weiß, ob drohen schlimmer ist als lieben
Und fürchten leichter als geliebt zu werden –
Dies abendliche Leuchten, sonderbar:

Solang nur alles bleibt, wie es schon war
Ya sea por amor o por temor
Gibt es ein Hinterher und ein Zuvor.

31. August 2019