vendredi 3 décembre 2021

Qinoth

i.

Les choses inutiles que je garde
Ne sont pas superflues, car elles
Calfeutrent mon âme, rembourrent
Celle qui sinon serait exposée aux
Mauvais coups comme l’est le corps.

Mais à l’instar de toute armure
Elles m’étouffent aussi
Elles restreignent aussi ma vue.
Je ne sais plus comment m’habiller
Pour être paré au combat.


ii.

Une bougie
T’évoque bien plus sûrement, et bien plus profondément
Qu’une photo.
Son secours reste maigre.

iii.

Aucune douceur.
Rien de plus long que le temps volé :
Ils s’étire sans grâce.
Je dors seul, et maintenant à l’ombre d’un escalier.

Illimité dans la durée, le deuil devient
Une matière qui me recouvre de ses bulles
Qui n’est ni blindage, ni pas même protection

Mais m’isole
En un exil sans bienveillance
Comme le ferait une mer septentrionale, constamment démontée.


21 Novembre & 3 Décembre 2021

lundi 1 novembre 2021

All Hallows’ Eve

The grave grows greener while the flowers fall
And time and autumn have their will
To bed for the oncoming still
That melts your face with everything and all.

I harvest like its fruit in windfall weather
The certainty that soon we shall forgather.

October 31, 2021

lundi 25 octobre 2021

Ortstermin

 Weil ich genau weiß, wo wir uns verließen
Treff ich auf dieser Welt dich nirgends mehr.
Nur die vergaßen, wo sie sich verloren
Finden sich wieder – irgendwo, im Ungefähr.

Ich weiß, wo ich dich nicht mehr wiederfinde
Und weiß doch auch, wo wir uns treffen müssen
Weil ich genau weiß, wo wir uns verließen
Und mir nichts andres bleibt als dieses Wissen.

Wir waren uns, wie man so sagt, verschworen
Und haben uns deshalb auch nie verloren
Und das gilt bis auf diese dunklen Tage.

Wir werden uns im Finstern nicht mehr finden
Und kommt noch Sonne vor, steht außer Frage
Dass wir vor dem zu grellen Licht erblinden.


[Rendez-vous sur place

Ne sachant que trop où nous nous sommes quittés
Je ne te rencontrerai plus sur cette terre.
Seuls ceux qui ont oublié où ils se sont perdus
Se retrouveront... quelque part, dans l’à-peu-près.

Je sais où je ne te retrouverai jamais
Et aussi où, un jour, nous nous rencontrerons
Car je sais précisément où l’on s’est quittés
Et qu’il ne me reste rien hormis ce savoir.

Nous vivions tellement proches l’un de l’autre
Qu’il ne nous était pas possible de nous perdre
Et c’est resté le cas jusqu’à ces sombres jours.

Nous ne nous retrouverons plus dans les ténèbres ;
Et quand bien même le soleil ressurgirait
Trop éblouissants, ses rayons nous aveugleraient.]

18 Octobre 2021

lundi 11 octobre 2021

Des balivernes

Qu’on ne raconte pas des balivernes :
La mort n’a jamais été sensuelle.
D’Éros, dieu Thanatos n’a rien à battre
Tant qu’il n’est pas son pauvre simulacre.

Si l’érotisme de la solitude
N’est guère plus que fantaisie lubrique
Rien n’a autant besoin de corps vivants
Que l’exercice ardent des faux-semblants.

Souvenir des ébats, le lit défait
Ne parle de la mort qu’au sens abstrait ;
Or, nulle abstraction dans la couche vide –
Il n’y a là que l’intrusion du truisme :

        Thanatos t’a chassée de notre alcôve
        Et veut que jusqu’à ton odeur s’envole.

7 Octobre 2021



mercredi 6 octobre 2021

Jesaia 49:17

  
       מְהָֽרְסַ֥יִךְ וּמַחֲרִבַ֖יִךְ מִמֵּ֥ךְ יֵצֵֽאוּ   

Bibelsprüche können meist vielfach verstanden werden.
Beim Lesen stört das nicht, ganz im Gegenteil
Aber beim Übersetzen.

Ob der Feind sich aus deiner Mitte davonmacht
Oder aber deinem Schoße entspringt
Ändert alles.

Ich habe mir vieles überlegt beim Lesen
Wurde darunter fast zu meinem eigenen Talmud
Sprach halb auf Hebräisch, halb auf Aramäisch mit mir

Und wusste am Ende doch nur das
Was ich schon vorher gewusst hatte : Dass man
Immer alles so versteht, wie man es verstehen möchte.

Auch deinen Tod verstehe ich nur so, wie es mir nun einmal 
_________________________________________passt –
Als nicht endgültig, da kann man mir sagen, was man will
Denn kein Satz ist eindeutig, keiner endgültig genug.


Ésaïe 49:17

    מְהָֽרְסַ֥יִךְ וּמַחֲרִבַ֖יִךְ מִמֵּ֥ךְ יֵצֵֽאוּ       

Les vers bibliques peuvent être compris de multiple façon ;
Ça ne gêne nullement leur lecture, bien au contraire
Mais c’est embêtant lors de la traduction.

Que l’ennemi s’enfuie de chez toi
Ou qu’il sorte de ton sein
Change tout.

J’ai beaucoup réfléchi lors de ma lecture
Devenant ainsi presque mon propre Talmud
Discutant avec moi mi en hébreu mi en araméen

Pour finalement n’en tirer que ce
Que j’avais toujours su : on comprend
Toute chose comme on veut bien la comprendre.

Ta mort, elle aussi, je ne la conçois que comme ça m’arrange.
Quoi qu’on me dise, pour moi, elle n’est point définitive
Car aucun mot n’est jamais assez clair, ni le dernier.


5 Octobre 2021

mardi 14 septembre 2021

Du regard sur soi

i.

Des copains m’ont pris en photo.
Sur leurs photos, j’ai l’air doux et gentil
Si doux et gentil que je ne m’y reconnais à peine.

Est-ce l’âge ou le regard des copains
Qui m’a rendu ainsi ? Serait-ce la faute
Des journées tranquilles passées avec eux ?

Je ne me sens pas comme ça, mais
Désormais il faut faire gaffe, me dis-je
Si je ne veux pas finir comme ces faux doux

Que je déteste tant
Par pure gentillesse.


ii.

L’omniscient Internet vient de me confier que
D’excellents scientifiques allemands des années trente
Ont déjà démontré que, par atavisme, il coule dans mes veines
Un petit pourcentage de sang de singe, et que c’est ça qui me 
________________________________________différencie
De mes amis de race plus pure. Or, il faut admettre que cela 
________________________________ne m’étonne pas trop.

En toute logique, c’est ce quelque sang animal qui doit être 
_______________________________responsable du nombre
Particulièrement élevé de prix Nobel dans ladite catégorie de la 
________________________________________population :
Ceux avec du singe en eux deviennent donc parfois de grands 
___________________________________________savants
Tandis que les autres restent au niveau du scientifique sérieux.
Cette trouvaille, tout en étant certes des plus captivantes
Ne m’apprend pourtant pas grand-chose sur moi ;
Car à vrai dire, le singe, ça se sent.


iii.


Quand je me regarde dans les yeux
J’ai une glace devant moi.
Ce qui est légèrement décevant.

Et ce n’est certainement pas avec ce genre de constat
Que je résoudrai le problème.


11 Septembre 2021

lundi 13 septembre 2021

When It Hits Me in the Chest

Cette après-midi, dans le métro, une longue traînée d’un liquide 
_________________________________________paresseux
Se répandant en une sorte de fleuve calme et sinueux pour finir en 
_____________________________________________delta.
Je le suis en amont, en en cherchant la source, et y trouve un 
__________________________________________voyageur
À la dignité très forte, si impérieuse que je me dis que cette 
__________________________________________chose-là
Ne saurait émaner de lui ; il a dû s’y asseoir après coup, le pauvre.

Puis, je remarque que les gens ne la remarquent pas, cette traînée
Car, l’un après l’autre, ils avancent en salissant leurs semelles
Et je me dis : Finalement, on n’est que ce qu’on remarque.

Après, je descends, et sur le quai il y a une expo de Salgado.
Ah, mes chers Yanomami, suis-je le seul à regarder ces photos ?
Tous les autres ne font qu’attendre leur rame sans prêter attention
Au chamanisme impérieux et aux méandres paresseux dans leur 
_____________________________________________dos.

C’est navrant, je suis ce que je remarque ;
Mon monde est tellement plus riche que le leur
Et sans le moindre doute aussi tellement plus pauvre.

9 Septembre 2021

 

 © Sebastião Salgado

lundi 23 août 2021

Halbasiatischer Rotarmist

Auf der Baustelle war einer
Der da nicht hingehörte.

Es war der reine Zufall, dass ich ihn entdeckte
Er aber hatte mich schon kommen hören und vorgebaut:

Machte sofort auf sich aufmerksam
Und als ich zu ihm trat, hatte er ein Märchen parat.
Was blieb mir anderes übrig, als ihm ernster Miene mit
Der Ordnungsmacht zu drohen und ihn des Ortes zu verweisen
Diesen hübschen jungen Kerl, dem man die Spannung kaum _________________________________________anmerkte

Und der noch die Frechheit besaß, mich zu fragen, ob es nicht ____________________________________________einen
Unkomplizierteren Weg zurück gäbe, und meinte dabei den
Den ich genommen hatte. Ich entgegnet, er solle sich
Genau so davonmachen, wie er gekommen sei
Denn was blieb mir schon anderes übrig

Doch hab mir dabei gedacht
So hübsche junge Diebe gibt es also noch.

Er grinste respektvoll, salutierte militärisch und stieg mit der
Erwarteten Geschmeidigkeit das Gerüst wieder hinunter;
Ich sah ihm sicherheitshalber nach. Als er festen
Boden unter sich hatte, drehte er sich mir zu
Und salutierte nochmals lächelnd

Als sei ich ein alter Offizier, dem man gehorchen muss
Weil die Alten ja sonst nichts mehr haben
Und er ein einfacher Soldat
Der allerdings mitten im Leben steht
Und weiß, was dieses Leben ihm alles schuldet.

Und ich dachte, auch den slawischen Charme gibt es also noch
Was mich allerdings nicht unbedingt beruhigte.

                                          *

Von so etwas umgetrieben zu sein
Ist kein gutes Zeichen
Man gibt das nicht gerne zu, es
Erinnert an die Platte auf dem Hinterkopf
Die nicht zu dir gehört, doch immer größer wird.

So wird dir die Jugend äußerlich
Und bleibt dennoch tief in dir
Wie ein Makel, ein Laster, ein mögliches Vergehen
Ein vereitelter Versuch
Der dich zwingt, Lügengeschichten zu erfinden.




Soldat russe aux traits mongols

Sur le chantier, il y en avait un
Qui n’avait pas vocation à y être.

Je ne l’ai découvert que par pure coïncidence ;
Or lui, m’entendant venir, avait pris ses dispositions :

Immédiatement, il me fit signe, et dès que
Je fus près de lui, il me sortit sa petite histoire.
Je n’avais d’autre choix que de le menacer, la mine
Grave, de la police, tout en le sommant de quitter les lieux
Ce jeune et joli bonhomme qui cachait à merveille sa tension

Et qui, de surcroît, avait le culot de me demander s’il n’y avait pas
De retour un chouïa plus commode, pensant manifestement
À la voie que j’avais empruntée moi. Je répondis
Qu’il déguerpisse par là où il était arrivé, car
Là encore, je n’avais pas d’autre choix

Mais secrètement, je me disais
Qu’ils existent donc encore, les voleurs jeunes et jolis.

Le sourire mi-moqueur, mi-respectueux, il me fit un salut militaire
Avant de redescendre l’échafaudage avec l’agilité attendue.
Par méfiance, je le suivais du regard ; une fois
La terre ferme touchée, il tourna la tête
Pour me saluer encore en souriant

Comme si j’étais un vieil officier auquel on doit obéissance
Puisque les vieux n’ont plus rien d’autre
Et lui, un simple troufion
Mais qui est plein de vie et sait
Ce qu’elle lui doit, cette fichue existence.

Et moi, je me disais qu’il existe donc encore, le charme slave
Pensée qui, néanmoins, ne m’apaisait pas vraiment.

                                                     *                           

Être travaillé par ce genre de chose
N’est pas bon signe
On a du mal à l’admettre
Ça s’apparente à la tonsure
Qui ne fait pas partie de toi mais s’étend.

Ainsi, la jeunesse te devient quelque chose d’extérieur
Et reste pourtant enfouie en toi
Comme une tare, un vice, un possible délit
Une tentative déjouée
Qui t’oblige à inventer des bobards.

 

 
  
23 Août 2021 
 
[Scène de bataille entre Timur et le roi égyptien. Behzad, 1515. Détails]

lundi 2 août 2021

Cometa

        „Uns gehört der Rest des Fadens und dass wir dich kannten.“ S. Kirsch

Peu m’appartenait de toi, et tout.
Tes contours m’appartenaient tout entiers
Ainsi que ta lumière, émise.

Le cerf-volant s’est libéré en rasant le soleil
Et il ne me reste dans la main qu’un bout de ficelle
Et pourtant.

Personne n’a connu la comète de plus près que moi
Personne n’a mieux vu ce dont elle était faite
Elle-même ne l’a pas su aussi bien.

Cerf-volant ou comète :
Ce n’est pas un bout de ficelle
C’est une trace étincelante qui m’est restée dans la main.

Lorsque tu es repartie en sortant de ma vue
C’est tout et rien
Qui m’est resté dans la main.

31 Juillet 2021

dimanche 11 juillet 2021

Cétoine

J’ai gardé le cadavre d’une cétoine, un impressionnant scarabée
Mais il n’est plus aussi beau que cela, je vais le jeter ;
Vraiment jolie est cette grosse émeraude dorée
Uniquement en se posant après le vol.
Ce qui ne bouge plus, prend
De la poussière.

Par bonheur, ma morte à moi continue de voleter
Et garde donc toute sa vivacité.
Cependant, elle est désormais trop rapide dans les airs
Pour être encore saisissable.

5 Juillet 2021

vendredi 2 juillet 2021

Ah, le bonheur romantique

 

Ah, le bonheur romantique des amours passagères !
En ce qui nous concerne :
Plus aucune relation éphémère avec toi m’est possible
Fût-elle aussi fugace qu’une vie
Mais uniquement celle, définitive, pendant une éternité
Qui est encore à venir.

« Il n’y a plus d’après ... »
Sauf hors du temps
Sans lendemain
Dans un éternel présent –
À la fin, il faut l’entendre comme ça ;
Et en ce sens, elle tombe juste, la petite chanson.

Pour une fois, n’ayons donc pas peur des grands mots :
Une relation peut en effet devenir indissoluble
Pour peu qu’on ait vécu auparavant ;
La qualité de l’éphémère
Prépare à l’éternel
Et ainsi, l’éternel éphémère
Qui pourtant est tout ce qu’il peut y avoir
N’est que la plus longue et la plus courte des préparations
Sans que cela ait à voir avec l’enfantillage sentimental d’une
 _______________________________________croyance.

28 Juin 2021

mercredi 23 juin 2021

Quand je viendrai te voir

 

 i.

Quand je viendrai te voir, on n’aura besoin de rien du tout
Ni toi ni moi. On n’aura jamais eu besoin de si peu.
Nous nous suffirons sans rien
Et nous aurons tout.

Mais je ne suis pas encore là.
J’ai encore besoin de mes choses, et surtout des tiennes
Et pourtant, je viens de les virer en attendant.

Je les vire comme si, en disparaissant
Elles te rejoignaient, toi
Qui déjà n’as plus besoin de rien.

ii.

Quand je viendrai te voir, sans te réveiller
Je m’allongerai à tes côtés. Ainsi
Plus besoin de me mettre à divaguer
Pour qu’on couche ensemble.

La terre nous sera plus légère
Que l’air que nous avions respiré
Fleurie de l’instant de nos retrouvailles
Tant il importera peu de les savoir définitives.


iii.

Quand je viendrai te voir, je serai encore moi-même
Et toi, tu seras encore toi-même, et pourtant
On ne se distinguera plus en rien.

Il n’y aura vraiment plus d’autre visite
Qu’enfin celle sans un adieu.


iv.

Quand je viendrai te voir, ce sera aussi avec les ailes mises.
Arrivés en volant, on les avait juste raccrochées
Avant de les reprendre pour partir.


v.

Quand je viendrai te voir, ce ne sera pas moi, mais toi à l’arrivée.


18 Juin 2021



jeudi 20 mai 2021

Horizon

 i.

Everything seemed natural while you were here
And now, for some reason, it still does
While you are gone –
Certainly a contradiction
If these weren’t very different whiles.

For some reason
Your ongoing presence
Seems to merge while with while
But not one natural with another natural.

Once duly spirited away
Not a thing comes up elsewhere.
All is lost unless it lingers where it was.

 


ii.

Was du für mich getan hast, kann
Ich selbst für mich nicht tun –
Ich reiche nicht so weit.
Wo dir mein ganzes Wesen zur Verfügung stand
Gehört’s mir kaum auf Armeslänge, falls denn überhaupt.

Sahst du es dir von jeder Seite an
Ward es dein Eigentum
In solch vollständiger Erreichbarkeit.
Ich weiß nur, wo ich ende, deiner Hand
War alles, was mir selbst verboten blieb, erlaubt.


18. Mai 2021

 

 [Degas, de la série des plages à marée basse, 1869]

mardi 18 mai 2021

Aus der Gnisa

1. Fragment

Im Schlichtkleid weiß der auch nicht mehr
Als ich und all die andern Leut;
Doch schwärmt im Prachtkleid er daher
Senk ich den Blick, dann ist’s ein Seher
Der in des Himmels Wunder eingeweiht.

Dies Prachtkleid ist aus nichts als Wind
Hat weder Form noch Naht, noch Saum
Als ob ein Halbgott käm und stünd
Und um ihn alles licht und lind
Und blieb nur für die Erdenschwere Raum.

Die aber rettet euch und mich:
Im Schlichtkleid kann der auch nicht mehr
Und fliegt genauso kümmerlich
Wie irgendeiner, du und ich;
Drum ist sein Prachtkleid eben leicht, nicht schwer.


2. Fragment

In Amazonien versucht man, den Menschen auszuwildern:
Langsam gewöhnt man ihn wieder an die Natur und setzt
Ihn aus, wenn er dort überleben kann, hoffend, er kommt nicht __________________________________________zurück.

Ob es nun Pech ist oder Glück:
Ich überstehe auch bis jetzt
Die härtesten Winter in meinen Gefilden.


3. Fragment

Das neue Liebeströpfchen, der Liane Pflanzensud
Tut, will mir scheinen, allen gut
Die von Erkenntnissen verlangen
Sie – just nicht nur – von innen zu empfangen.


17. Mai 2021

lundi 10 mai 2021

Inquiétude

Quand j’étais inquiet
Quelques mots de toi suffisaient pour me rassurer
Et quand tu étais inquiète
Quelques mots de moi suffisaient pour te rassurer
On savait toujours ce que l’autre ignorait
Ne s’inquiétant jamais des mêmes choses.
Ça doit être l’enfer, deux enfants tremblant de peur ensemble
En se tenant par la main.

Maintenant, quand je suis inquiet
Je le reste
Et pire encore, je n’ai plus qui rasséréner.
Tremblant tout seul dans ma nuit
Je me dis que tout est grave
Alors que plus rien n’est bien grave
Quand on a perdu son âme apaisante.

8 Mai 2021


 

mercredi 14 avril 2021

An die Erde verloren

1. Von Flachheit

Es gehört nicht viel dazu
Die Altvorderen zu überleben
Und sich daraufhin für klüger zu halten:

Sie liegen so schön sauber und ruhig, sehr glatt und sehr flach
Und du selbst scheinst dir voll Rauheit und unflach
Bei all diesem glitzerbunten Innenkram.

Dann verliere deinen Schatz, und kein
Plätzchen auf Erden ist mehr sauber und ruhig
Keines mehr glatt und keines flach, und das nicht nur

Weil du, zwar noch von der Sonne beschienen
Nun selbst auch schon dort
Liegst.

 

2. Von Beweisen 

Das Wichtigste ist immer einfach.

Wenn keiner den anderen um etwas bringen möchte
Ist die Nähe am größten, man entfernt sich so nicht, sondern
Nähert sich nur, und alles Gegenteil ist lediglich optische 
_________________________________________Täuschung.

Jetzt, da der Tod mich um dich gebracht hat
Dass du mir entschwandest
In größte Nähe.

Wortlose Nähe, aber auch wie stets eine
Die nicht bewiesen werden kann.
Was ich auch von dir erzähle
Steht nun ohne Beweis;
So nahe bist du mir
Verstummt.

 

Perdu à la terre

1. De la platitude

C’est jeu d’enfant
De survivre aux ancêtres
Pour ensuite se croire plus malin qu’eux :

Ils gisent proprement, si calmes et lisses et très à plat
Et toi, tu te sembles rugueux et fort peu plat
De tant de bordel bariolé à l’intérieur.

Puis perds ton trésor, et plus aucun
Carré sur la terre n’est propre, ni calme
Ni lisse, ni à plat, et pas seulement parce que

Bien qu’encore chauffé par le soleil
Maintenant, tu y gis
Aussi.


2. Des preuves

Le plus important est toujours simple.

Quand l’un ne veut pas priver l’autre, on s’est les plus proches ;
Ce faisant, on ne s’éloigne pas, on se rapproche ;
L’inverse n’est qu’illusion d’optique.

Dès lors, la mort m’ayant privé de toi
Tu m’es disparue dans la plus
Grande des proximités.

Proximité muette, mais une fois de plus
Une qu’on ne saurait démontrer.
Quoi que je raconte de toi
Reste alors non prouvé
Tant tu m’es proche
Bouche cousue.


9 Avril 2020

mardi 16 mars 2021

Fülle, nach dem Prediger

i.

Seelische Erschütterung
Ist eine Art von Fütterung;
Reingestopfte Erfahrung
Ist auch Nahrung.

Weil die im Magen lastet
Hätte ich lieber gefastet
Und wäre so nicht aufgequollen
Vor lauter auch-noch-wissen-Sollen.


ii.

Es gilt als großes Glück
Alles mitzuerleben
Doch führt kein Weg zurück
Vom Tod ins Leben.


iii.

Wie nun all das, was mir fehlt
Mich doch erfüllt.



Plénitude, d’après l’Ecclésiaste

i.

Cela dit, choc et commotion
Font aussi alimentation :
Ça te gave d’expérience
Qui te bourre la panse.

Au lieu de m’en repaître
Tant de panade coufladisse
Aurait dû m’écœurer d’office
D’autant vouloir connaître.


ii.

C’est certainement une aubaine
De pouvoir tout vivre ici
Mais aucun chemin ne ramène
De la mort à la vie.
 

iii.

Dès lors je regorge
De ce qui me manque.



15 Mars 2021

mercredi 17 février 2021

Témoin muet

i.

Puisque ton nom apparaît encore sur certaines listes
Où, sciemment, je ne l’ai pas fait remplacer :
S’il n’est plus prononcé, pour le moins
Il reste écrit par des anonymes.

Ce n’est que ça, un nom ;
Il existe aussi dans le vide, prononcé
À l’aveuglette, par des inconnus – on t’appelle
Au guichet, pour ainsi dire – et là, il a une force toute
Particulière : à Séville, tu cries ¡Toño!
Et tout le monde se retourne.

Même le nom le plus commun a ce pouvoir
Parce qu’il n’y a rien de commun dans un nom
Comme il n’y a rien de commun dans aucune personne.


ii.

Le piano reste muet.
Muet de toi, quoiqu’on y joue encore.
C’est ainsi qu’il en va des témoins muets :
Même quand ils sonnent encore, ça ne compte pas.

Le silence est toujours paradoxal.
Je m’en réjouis si je l’entends, ton piano
Mais ton jeu calme était reconnaissable entre tous et
C’était celui qui nous correspondait, à toi, au piano et à moi ;
Si c’est notre poulain qui y virevolte, c’est un tout autre
________________________________________instrument.


iii.

Je les nomme, ici. Une petite brique de deux cent millilitres
De jus de raisin, une paille. Alors que tu n’avais plus la force de
____________________________________________boire.

Tes derniers moments doivent rester cachées de la même manière
Que j’ai conservé les témoins de tes dernières envies
Inassouvies : conservés, mais enfermés sous clé.
J’en étais le témoin qui parle, et ça suffit.
N’en témoignera que ma propre soif
De toi, dorénavant inaltérable.


iv.

La mémoire est muette.
Le monde entier
Est devenu un témoin muet.


v.

Les fleurs sur ta tombe.
Leur bruit.


16 Février 2021

dimanche 31 janvier 2021

Les silences

En réalité, il y règnent plusieurs silences depuis :
Le tien, étouffant parce que la malédiction t’a bâillonnée
Celui de la maison, envahie par le deuil et néanmoins déserte

Et enfin celui des choses parce qu’elles ont une âme et une
_______________________________________mémoire ;
On dirait qu’elles se taisent par respect ou convenance.
Il n’y a pas là le mien.

Ces silences ne produisent en moi d’écho autre que la parlote.
Ou plutôt : moi, qui les entends parfaitement bien
J’y réponds par la multiplication des mots.

Entouré de tant de silences, je jacasse sans cesse
Sans cesse pour entendre une voix dans ma cellule isolée.
Enfin, quelle excuse, à vrai dire j’ai toujours été comme ça, moi.


Tu m’as du reste toujours dit que je parle trop en société.
Bon bah, en fils d’une mère infoutue de supporter les silences...
Si un ange passe – c’est donc héréditaire – je meuble le vide
________________________________________d’office

Révélant, sans doute par gêne, ce qui me passe par la tête
Persuadé, moi aussi, que le silence en société n’est pas convenable
Mais raconter sans retenue mille anecdotes, n’importe lesquelles,
_________________________________________ça l’est.

Ce que tu as vu tout de suite en rencontrant mon monde
Dans cette baraque grandiose – toi qui pensais
Que je sortais d’un cabanon enchanté

Car aussitôt, tout ce monde y parlait
Et s’il y avait là autant de place
C’était pour qu’on le fasse.


Et surtout parce que dans cette autre maison, la nôtre, désormais
Silencieuse, je reste accompagné, et pas seulement par toi
Et qu’il faut maintenant que je parle pour deux

Puisque tu ne peux plus m’aider avec ce bâillon qui t’empêche
Pour combattre le silence, universel en fin de compte, qui
Vient de beaucoup plus loin que des interlocuteurs

Surtout quand ce sont des choses, bien éduquées, elles, et que
__________________________________________depuis
Je me sens dans une chambre de malade qui a les rideaux
Tirés, ce qui m’a toujours agacé, tu le sais bien

Et que tu n’es plus en mesure de m’arrêter par de petits signaux
Et que j’en profite à bloc. Du coup, ma logorrhée, ma chérie
Mon éternelle logorrhée... faudrait m’envoyer les flics.

25 Janvier 2021

samedi 30 janvier 2021

De la braise

Bien que j’aie tout fait pour que cela soit ainsi
Je n’aurais jamais imaginé qu’une morte
Puisse à ce point survivre à sa chère présence.

Seulement maintenant je comprends que la vie
Est, en dernier, moins liée aux corps en quelque sorte
Qu’au souffle partagé, infini en puissance.

Constatant ton absence en recherchant ma rime
Le seul bruit du stylo fait que je me surprends
À vouloir te rejoindre par le téléphone.

Serais-je fou ? Faudrait-il que je m’en étonne ?
Alors que rien qu’à la tournure que ça prend
Je vois qu’à tout instant ce souffle te ranime

Et que par ma simple respiration j’arrive
À ce que la braise crue morte se ravive.

24 Janvier 2021

vendredi 29 janvier 2021

Le malheur

Je me rappelle comme d’hier ton coup de fil. Eh ben, c’est ça quoi.
Petite voix. Prévenante comme toujours, tu as tu le mot
Mais j’ai tout de suite pigé. Quand même.

Si je t’avais laissée y aller seule, c’était un peu pour conjurer le 
_____________________________________________sort.
Puisque rien ne pouvait t’arriver, pourquoi t’accompagner ?
C’était certainement ton avis aussi.

Ainsi, comme dans Job, le malheur venait à nous tomber dessus.
L’appeler de manière inattendue est encore un euphémisme.
Voilà le truc du malheur, c’est à ça qu’on le reconnaît.

Le malheur vintage
Ne frappe jamais à la porte
Qu’en des temps de paix profonde.

Je regarde par la fenêtre, c’est une belle soirée d’hiver brumeuse.
Toute calme, la demi-lune se berce en son halo, et je me dis
Quoiqu’il arrive, elle s’en fout, elle est loin, elle.

C’est donc exactement le moment
Où le malheur pourrait encore frapper.
Il a dû me rendre un peu barjot, le malheur.

Tout est dit.
Il n’y a plus rien à dire.
Il faut que j’arrête vite ce poème.

24 Janvier 2021

jeudi 28 janvier 2021

Du bonheur

Tous nos vaillants efforts sont inutiles –
On ne peut plus rien faire pour les morts
Mourir est aussi insensé que peindre

Des fleurs dont nul ne veut avant décès.
À quoi servirais-tu, gloire posthume ?
Et pourtant, la folie a ses adeptes.

Je fleuris amoureusement ta tombe
Sachant : ça te fait une belle jambe
Comme c’en fait une au pauvre Vincent

Que maintenant ces fleurs soient impayables.
Mais il faut vivre pour avoir vécu ;
Puis toi, tu as toujours été heureuse.

Et si tu étais le bonheur fait femme
Et si tu avais tant le chic pour l’être
Ce don n’est certes pas tombé du ciel.

Rien ne tombe du ciel en ce bas monde
Mais tout y est gratuit, tel le génie
Qui sait d’instinct comment faire les choses.


Vom Glück

All unsre Mühen sind ganz ohne Nutzen –
Für Tote kann man einfach nichts mehr tun
Das Sterben ist so sinnlos wie das Malen

Von Blumen, die zeitlebens keiner will.
Was soll er denn posthum, der große Ruhm?
Und dennoch hat der Wahnsinn seine Freunde.

So lege in Liebe ich Blumen auf dein Grab
Wohl wissend, dass du nichts mehr davon hast
So wie’s dem armen Vincent auch nichts bringt

Dass nun die Blumen unerschwinglich sind.
Doch man muss leben um gelebt zu haben;
Und du warst schließlich immerzu sehr glücklich.

Und warst das Glück du wahrlich in Person
Und fiel es dir so leicht, glücklich zu sein
War’s dir doch nicht vom Himmel mitgegeben.

Nichts fällt vom Himmel in der schnöden Welt
Und doch gibt’s alles gratis, wie den Genius
Der instinktiv weiß, was zu machen ist.


20. Januar 2021

mercredi 27 janvier 2021

Un an.

 

ונשמת חוה אור הנר

 


 

mardi 26 janvier 2021

Le pastiche

Je ne peux pas me faire à l’idée
Qu’étant donné que nos balades sont finies
Logiquement, je devrais me débarrasser de la caisse.

Qui pourrais-je encore inviter ? L’envie de me promener
M’a quitté, sauf un voyage peut-être, et le voici
Dans un court pastiche à ta manière :

Je songe, ma belle
À des passerelles
Pour l’au-delà, vivre ensemble !
Mourir à ta porte
Et te suivre, morte
Au pays qui nous rassemble...

Où tout n’est qu’ordre et ténèbres
Luxe, calme et pompe funèbre.

La fin rigolote te devrait rassurer
Tout de même
Ma chérie.

19 Janvier 2021

lundi 25 janvier 2021

Le fric et le fricot

i.

Alors, je vous le jure, s’il y avait un truc
Dont il n’était jamais question
C’était le fric.

Quant à moi, la raison en est fort simple :
Tout au long de ma vie, j’en ai gagné tellement peu
Que le fait qu’elle en gagne me semblait relever du miracle.

J’avais grandi dans l’idée que l’argent n’est rien dont il faut se
_________________________________________soucier ;
Elle, on lui avait dit qu’il fallait faire de sorte d’en gagner.
Notre complémentarité était, là aussi, parfaite.

Elle, lors des courses, et je n’exagère pas, elle avait déjà tout
__________________________________________calculé
Au centime près avant de passer en caisse, et si par malheur
La somme ne correspondait pas – hop, réclamation !

Tandis que moi, s’il y avait un problème à la maison, j’excluais
__________________________________________d’office
Tout recours aux artisans ; au vu de leurs compétences à Paris
Pour avoir du rafistolage bâclé, autant s’en passer.

Ainsi, elle se débrouillait pour gagner de l’argent, et moi
Je me débrouillais pour qu’on ne le dépense pas.
Naturellement, on a fini milliardaires.


ii.

J’allume une bougie là où tu fus assise
Lorsque je mange, et quand j’ai fini, je l’éteins ;
Je hais bouffer seul, la bougie te symbolise
Mais il faut avouer que je n’ai plus grand faim.

J’y jette des regards furtifs quand je chipote :
Parfois tu éclatais de rire, et aussitôt
Je savais que j’avais fredonné quelques notes
Trop heureux de pouvoir attaquer mon fricot.

C’était inconscient... toi, émue, me l’as appris ;
La flamme est là pour que je puisse le refaire
Car je parais ne plus chanter depuis, réduit
À mâcher, muet, un frichti fade et ordinaire.


19 Janvier 2021

dimanche 24 janvier 2021

Interdits

i.

Une photo de toi, je ne peux la regarder que si l’image
Est très petite ou ancienne, ou assez floue
Ou si la prise est à contre-jour.

Les enregistrements de ta voix, je suis incapable de les écouter
Faisant très gaffe d’éviter le répondeur, resté inchangé.
Des vidéos, n’en parlons même pas.

Rien que tomber sur ton écriture est à la limite du supportable.
Trop de ta présence m’est insoutenable, et j’ignore
Si je voudrais qu’un jour ça s’arrange.

Pour l’instant, tout est donc mis sous scellés.
Pour ce faire, certains endroits de l’appart ont été
Sanctifiés et transformés en aron kodesh, Arche sainte.

Mais je ne m’imagine pas encore de fête pour toucher à ces
_________________________________________reliques
Et les sortir en procession, dans la liesse grisée des hakafot.
Enfin, chacun a le sens du sacré qu’il peut.

C’est-à-dire, je comprends désormais comme jamais l’interdit
Des images, puisque je me les interdis à moi-même –
La voix de l’au-delà incluse toutefois.


ii.

Fais pas ci, fais pas ça – je me parle comme à un enfant.
Lave ta vaisselle, tu ne voudras pas te réveiller avec la cuisine
______________________________________dans cet état !
Personne au monde n’est en droit de me sermonner ainsi ; moi, si.

Pour que le bordel ne s’installe, j’aère grand ouvert chaque matin,
________________________________________peu importe
Si ça caille, rite que j’ai toujours subi en le trouvant incommode et
___________________________________________superflu.
Sagement, je baisse le chauffage la nuit, même si je vis encore.

C’est que la vie, je l’ai déjà dit, est maintenant toute constituée de
__________________________________règles et d’interdits :
Ceux de ton temps, en fait de simples arrangements entre
________________________________________ cohabitants
Puis ceux que depuis, je me suis imposés à moi-même.

Ce corpus devrait concourir à me garantir un minimum de morale,
___________________________________car Genèse 2.18 :
Il n’est pas bon d’être seul, on devient vite cinglé en ne suivant
______________________________________que sa nature.
Or, les règles et interdits les plus utiles, je n’arrive pas à m’y
__________________________________________résoudre.

En fait, je ne suis pas plus sérieux maintenant que je ne l’étais en ta
______________________________________présence utile.
L’ère miraculeuse étant finie, mes tentatives de la substituer par
________________________________________des artifices
Se révèlent toutes en fin de compte absolument futiles.

J’apprends donc à la dure que le truc de l’interdit ne marche
_____________________________________jamais vraiment
Quand c’est autre chose qu’un compromis âprement négocié
Ou plutôt un mignon petit contrat d’amoureux.


iii.

Es fehlt den Menschen an Verstand
Und angefangen bei Herrn Kant:
Die allernützlichsten Befehle
Entspringen nie der eignen Seele;
Imperative und Gebote
Vereint: in ihnen rufen Tote.


18. Januar 2021

samedi 23 janvier 2021

Sillons, enclos et adultères

i.

Moi, qui suis né sur une île, ne
Plus être entouré par le mer me manquait.
Toi, l’idée d’être cernée d’elle t’angoissait plutôt.
Nos séjours sur des îles étaient donc toujours un peu courts.

On l’a énormément évoquée, la mer, c’est un sujet mille fois
_________________________________________rebattu
Sa houle, ou ses contours dorés... mais moi, j’ai l’excuse de ma
______________________________________biographie ;
Or toi, qui en as eu un peu peur, en fin de compte, l’as fréquentée
_________________________________bien plus que moi.

Mais c’était dans une vie antérieure
Et si je m’en suis plaint plus d’une fois, maintenant
Encore, d’une certaine façon, tu es infiniment plus près d’elle que
____________________________________________moi.


ii.

Toi, ton âme d’éternelle amante, tu l’as humblement accrochée à
_______________________________________cette ville.
Jour après jour, tu l’as parcourue, et inlassablement décrite
Comme tu as arpenté tes sentiments pour elle.

Et moi, qui avais maintes raisons d’être jaloux
Moi, je ne la parcourrai plus avec toi ;
Ce n’est plus la même à présent.

Ta vie durant, tu as franchement préféré la visiter seule
Et plutôt, disons-le, au pas de charge, une expression que tu
_______________________________________chérissais.
Mais parfois tu cédais, et on la pénétrait ensemble – c’est-à-dire, je
_______________________________________te courrais

Plus ou moins après, en avalant borne après borne de l’élue de ton
___________________________________________cœur
Dont l’indifférence même t’était chère. Se pourrait-il donc, en effet
Qu’une trace mourût qui comporta tant de joies et tourments ?

Toujours est-il que notre occasionnelle relation à trois
Était beaucoup plus difficile à gérer que celle
Entre juste toi et ta Lutèce chérie.

Là, c’est l’hiver, mais au prochain printemps, je ne
L’explorerai plus avec toi, ni ses secrètes ruelles moites
Ni le Luxembourg, ni le banal Parc Floral, ni nulle part ailleurs.

Mais quand je m’y promènerai, ce sera avec toi, bien que je ne
__________________________________________sache
Si le verbe « promener » sera toujours le bon : sans toi avec toi,
______________________________________j’aurai hâte
En procédant, désormais seul, peut-être encore plus vite qu’avant,
_______________________________en courant après toi.

De tous ces lieux avec ou sans flamme, ses visages croisés et
________________________________________mirages
J’aurai besoin plus que jamais, mais sans savoir les décrire
Comme toi tu l’as fait en y imprimant ta chair.


17 Janvier 2021

vendredi 22 janvier 2021

De la repartie

Quand je me suis plaint de ma tonsure naissante
Tu m’as répondu que ça ne te dérangeait pas
Étant trop petite pour me voir d’en haut.

Tu as toujours eu de la repartie, et moi, l’esprit d’escalier
Tu étais toujours plus pressée que moi, comme si
Tu sentais avoir moins de temps devant toi.

C’est terrible mais aussi une espèce de consolation.
En tout cas, je ne te verrai pas chauve ! voilà
Ce que tu aurais pu me répliquer.

Mais moi, très bêtement, j’aurais adoré te voir vieillie
Toute grise et fripée, ce qui n’est pas une réponse
Qui montrerait le moindre sens de l’humour.

Il y a comme une nécessité qu’il fasse nuit
Les journées ne peuvent pas se suivre sans cela
Jamais l’un sans l’autre, la logique est implacable ;

Or, s’il y a aussi une autre nuit, interminable, une et dernière
Il existe peut-être également un dernier jour définitif –
Et qui saurait affirmer que ce n’est que boutade ?

18 Janvier 2021

jeudi 21 janvier 2021

Così

i.

A sea as deep as now my nights are dark
Bears many a shivering exaltation of shark
And I should feel more sure and sheltered
Under a diver’s iron helmet
But only have my skull to fend and wish
Wilder, oh foam-born one, than fiercest fish.


ii.

En arrivant en France
Je m’étonnais qu’on s’adressât aux anciens grands, déchus
Les gratifiant à jamais d’un « Monsieur le Président » ;
Aujourd’hui je ne le remarque plus.

Entre-temps, j’ai compris :
C’est le pays des roitelets de droit divin démis
Où tout se tient pourtant ; et ainsi – aussi – la patrie
D’un classicisme tel qu’il te permit.

Et là, j’en viens au fait :
La grâce mozartienne n’est possible en la matière
Que sous des circonstances spécifiques, car il faut
Évoluer dans une ère charnière

Où l’ancien est encore
Vivant mais dûment questionné et remis à sa place
Par l’émancipation moderne, et le nouveau toujours
Soumis aux vieilles règles coriaces.

Et te voilà, ma belle
Incontrôlablement traditionnelle
In a neutchelle.


iii.

    J’ai mentionné auparavant sans trop spécifiër
Combien le trop-plein d’un esprit peut être titillé
Par telle turgescence, aréolaire et éphémère
Et en réalité, aucunement poussée pour plaire :
    Ainsi m’avait ému et gonflé d’un aplomb du diable
D’avoir pu rencontrer en toi ma Fiordiligi fiable ;
C’était le temps qui a voulu nous faire fréquenter –
La courte fenêtre de tir d’une époque enchantée.


18 Janvier 2021

mercredi 20 janvier 2021

Fantasmes

L’autre jeudi, je me suis tapé un chef-d’œuvre
Et vers la fin, tout à coup, il y avait encore cette scène
Me rappelant subitement qu’elle s’était déjà gravée en moi.

De cette auguste pellicule, ce qui m’était resté le plus dans la
_________________________________________mémoire
C’était lorsqu’elle montrait mine de rien une particularité
_________________________________________physique
Qui, dans le développement, était quasiment sans importance

Un détail ridicule, d’apparence innocent, et tellement mi-cro-
________________________________________sco-pi-que
Qu’il ne pouvait que me faire un effet bœuf, m’émouvant
________________________________________ davantage
Que tout le reste dudit machin récompensé de plusieurs Oscar.

En cherchant sur le web, j’ai vu que je n’étais pas le seul, mais
_____________________________ presque, qui avait tiqué ;
Et tout en me rassurant que l’exhibitionnisme cinématographique
____________________________________ne relevât jamais
Du hasard des préférences, au moins une personne donc dans ce
_____________________________________ vaste univers
Semblait avoir été accrochée comme moi. Un autre fêlé du crâne,
_____________________________________________quoi.
Au demeurant un Asiatique, ce qui ne m’étonnait pas plus que ça.

Parfois, il suffit d’un petit bout de chair dénudée
Puis le ciel se déchire et un autre se montre.
天外还有天, nous disent les sages chinois
Tiān wài hái yŏu tiān, et ils ont raison :
Il y en a toujours encore un derrière
Un nouveau ciel au-delà du ciel.

Comme tout un chacun
Mais peut-être un tantinet plus
Que les très sages, j’ai mes préférences
Anatomiques, et toi, tu tombais très bien à cet égard.

Mais parfois, mes goûts allaient bien au-delà
Et puisque je n’avais pas de mal à l’avouer
Tu m’écoutais en tâchant de comprendre.

Tu étais un tout petit peu curieuse, mais
Fort intelligente. Et ça tombait aussi à pic. Car
Sans une certaine curiosité chez la personne, afin d’équilibrer
Son intelligence, ce n’est vraiment pas la peine de confesser quoi
_______________________________________ que ce soit.

Comme ça, même si une partie de mes goûts allait au-delà
Du convenable, ça restait dans notre cadre commun.

Il doit être terrible de vivre avec quelqu’un de
Jaloux de nos fantasmes et incapable d’apprécier
Que derrière notre ciel il y a toujours un qui dépasse
Les immenses pouvoirs de l’Aphrodite aux belles fesses.

16 Janvier 2021

mardi 19 janvier 2021

Voyant un jeune athlète

Voyant un jeune athlète africain
Promener un tout petit chien élégant
Si élégant qu’on le penserait « de femme »
Je me suis demandé si c’était vraiment le sien
Et non pas plutôt le fidèle compagnon de sa copine.
        Et pourtant on sait bien que les jeunes
Athlètes africains, et peut-être même
Plus que d’autres, affectionnent
Les attributs dits féminins.

La porte a parfois un problème, parce que
La clé ne s’introduit pas facilement dans la serrure.
Tu avais toujours beaucoup plus de mal avec ça que moi.
La voisine, elle aussi. Je la vois s’énerver, et ça ne m’étonne pas.
        Il me semble que savoir ouvrir une porte avec une clé 
______________________________________problématique
Est affaire d’hommes, les clés obéissant plus volontiers
À leurs maîtres qu’à leurs maîtresses.
L’homme se voit peut-être naturellement du côté de la clé
Et la femme, de celui de la serrure – ou carrément de la porte.
Encore une vision très sexiste que tu ne m’aurais jamais reprochée
Puisque tu étais une femme libre et non pas de celles
Qui doivent encore se libérer.

15 Janvier 2021

lundi 18 janvier 2021

Bienveillance

i.

On peut trouver cela assez
Éprouvant de sortir avec moi
Car je ramasse tout dans la rue.
Possiblement moins par radinerie
Que bienveillance envers les choses.
Toi, tu faisais pareil avec tes Guerrisol
Qui m’ont maintenant habillé pour la vie.


ii.

J’ai rêvé qu’on devrait partager nos affaires
Maintenant que nous vivons de nouveau chacun de notre côté.
C’était très désagréable, surtout quant aux outils de cuisine –
Les couteaux, j’y tiens particulièrement, tu le sais –
Mais il n’y avait pas là l’idée de divorce, aucun ressentiment.
La séparation par la mort ne nous a pas rendus moins
_______________________________________bienveillants ;
Tout juste, et c’est normal, un petit peu plus méfiants.


iii.

Depuis longtemps, l’hiver venu, je nourris les mésanges
Avec toutes sortes de graines.
Elles préfèrent clairement celles, un peu chères, des courges ;
Très volontiers, je me soumets à leur caprice.

Quand elles se servent, elles sont bougrement méfiantes
Agissant comme des voleuses.
D’évidence, elles ne se rendent pas compte
Que je leur donne exprès, et il est à craindre que le concept même
De se faire des cadeaux entre espèces différentes
Soit irrémédiablement étranger à leur esprit.
C’est que n’ayant pas idée de leur grâce émouvante – en effet
Une grâce de voleuses – à tout jamais
Elles ne pourront rien comprendre aux raisons.

L’amour
N’est ni aveugle
Ni le grand pardonneux du cliché.
Ce n’est pas qu’il manque d’apercevoir les défauts
Et ce n’est pas qu’il les pardonne
Mais il les juge quasiment de l’intérieur, en sachant
Comme s’il était dans l’autre, l’autre
Qui a toujours ses raisons.
Du coup, ces défauts n’en sont plus vraiment
Voire transformés par miracle en délicieuses qualités.

L’amour est un avocat de défense dont les
Plaidoiries sont toujours dans le vrai, car éclairantes et
________________________________________salvatrices.
Mais même entre nous on avait du mal à saisir
L’étendue de notre mutuelle bienveillance.



15 Janvier 2021

dimanche 17 janvier 2021

S’il existait

S’il existait un permis de mourir
Trop réticente pour t’y préparer
Tu l’aurais raté sans le moindre doute.

S’il y a une licence pour la vie –
Toi, tu l’as décrochée les yeux fermés
Vive et vivace jusqu’au dernier souffle.

Impuissant à t’achever à l’usure
Toi, l’increvable par et de nature
On a dû te faucher verte et pas mûre.

Pour autant, ça ne t’a pas rendue prête.
À quoi bon la funeste expectative
Et à quoi bon, ma foi, être fin prêt ?

Tu as tracé la voie que je suivrai :
À ton précieux instar, quoiqu’il arrive
Je ferai tout pour tomber aussi net.

14 Janvier 2021

samedi 16 janvier 2021

Debout

Mourir de la sorte, debout
Est moins question de station
Que de morale.

Aux pôles, on voit des icebergs entiers
Se détacher avec fracas pour partir dans la mer.
Ainsi, tu t’es détachée en entier
Dans un silence de fracas.

J’ai vu tomber en poussière
De grandes choses, à peine effleurées ;
Puis, j’ai été présent lors de ta mise en bière
Et autant que j’en ai pleuré
J’ai constaté combien tu étais restée entière.

Telle une météore quand
Fichue dans ce fichu bout de terre :
Surtout ne pas te désagréger en tombant
Mon éternelle réfractaire
Voilà l’ultime de tes engagements.

Te voyant rejoindre la nuit
En rebelle, en éclair, comme un charme
Aussi pleine de vie, enfin... rien qu’aguerrie :
Malgré la féroce justesse des larmes –
Pas si clair que tout soit joué et fini.

14 Janvier 2021

vendredi 15 janvier 2021

Fleurs

i.

Lors de ton enterrement
J’ai lu un extrait d’Asphodel
Parlant de notre poulain qui gambade.

Je ne pouvais rien faire de mieux à cet instant
Mais je savais qu’il y aurait un temps
Pour t’offrir mes propres fleurs.


ii.

Je crois que de ton vivant
Tu n’as jamais reçu autant de fleurs de moi
Que maintenant je te mets sur ta tombe.

Pourtant, tout ce ce que j’ai fait pendant notre longue vie
Commune
Je l’ai fait sous tes yeux
Et je tenais à le faire sous tes yeux
Même si, élégamment, tu regardais peut-être ailleurs.

J’avais besoin de le faire sous tes yeux
Même clos ; et maintenant, tu les a fermés
Et je ne peux pas te mettre assez de fleurs sur ta tombe
Pour te remercier de tout.


14 Janvier 2021

jeudi 14 janvier 2021

De la mécanique huilée

Le corps est aussi une machine, et
Au cours des années
J’avais appris à manier le tien, et toi, le mien.

Tu avais compris où trouver les éléments de contrôle
Et comment faire fonctionner tous ces multiples leviers
Et moi de même. L’un et l’autre
On était devenu des pilotes d’engins.

Plus tellement des surprises
Plus tellement de ces délicieuses
Secousses chaotiques des conducteurs débutants
Mais notre savoir acquis, notre technicité, valait bien mieux.

On disposait tous les deux de nos clefs de contact, de magiques
Boutons de démarrage et des pressions dont la manipulation
Parfaitement dosée était infaillible pour que l’engin se mette en
_____________________________________________branle.
Un rituel, c’est aussi bête que ça ; si tous les grands cultes
Ont leurs règles préétablies, ce n’est pas pour rien.

Puisqu’on en parlait à peine – non pas par pudeur
Mais parce qu’on tenait aux blandices du tâtonnement –
Il nous fallait du temps pour atteindre cette perfection presque
___________________________________________médicale.

Si l’on avait été du même sexe, ça aurait certes été plus facile ;
Or la nature n’est pas totalement idiote :
Elle compte aussi sur la diligence des instincts
Et parce que nous nous formions avec diligence, nous y sommes
____________________________________________ arrivés.

Il fallait juste ne pas trop se restreindre dans ses réactions
Et si le bon fonctionnement exigeait qu’on se retînt
Le communiquer d’une certaine manière.

Aussi, c’était intéressant de se découvrir être de simples
__________________________________________machines ;
Les machines n’en pouvant mais, mine de rien
On se maîtrisait, quoi.

Et maintenant c’est fini.
Plus besoin de nos diplômes
Désormais, chacun dans son trou est le seul à se connaître.

9 Janvier 2021

mercredi 13 janvier 2021

En toute logique

i.

Chacun a toujours eu son vélo
Mais c’étaient deux vélos de femme
Parce que, la barre basse, c’est bien plus pratique en ville.

Jusqu’à présent, j’ai continué à utiliser le mien
Pourtant moins bien que le tien
Considérant que ce qui est à toi, est à toi, point barre.

Là, je viens d’avoir un problème avec le mien
Et puisque je ne suis pas tout à fait cinglé, je me dis
Que je devrais envisager d’étrenner le tien, si ce mot est juste.

Mais je ne sais pas encore si j’en serai capable.
La perspective d’avoir à changer la hauteur de ta selle m’indispose
Puis j’ignore comment je me sentirai en roulant avec.

Je ne crains pas pour ma virilité
Étant donné que le mien aussi a toujours été un vélo de femme ;
Ma crainte va au-delà, elle est très diffuse.

Serait-ce une peur métaphysique ? Elle va au-delà de tout
Et j’en suis vraiment confus. Enfin, l’idée même
D’invoquer la métaphysique dans le cas de ton vélo me rebute.

Le psychanalyste parlera d’un question identitaire
Et c’est vrai, ce vélo-là est fait pour emporter une jolie fille
Mais je ne suis pas le serf impuissant de mon imaginaire. Et
____________________________________ _____ pourtant.

En tout cas, je me vois vraiment mal
Assis à ta place sur ce vélo usurpé, et je doute
Qu’un jour, je m’y verrai. Bien avant, je me verrais interné à
_____________________________________ __Sainte-Anne.


ii.

Au sortir de la chambre
J’avais oublié d’éteindre
Et quand je suis remonté me coucher
J’ai vu la lumière à travers la porte.

Pendant si longtemps, apercevant cette lumière
Je savais avant même d’entrer ce qui se passerait :
Encore en train de lire
Tu ne m’avais peut-être pas attendu, mais c’était tout comme.
J’aimais bien moins te trouver déjà endormie.

Voir aujourd’hui de nouveau cette lumière familière
M’a procuré un moment de bonheur intense.
J’anticipais qu’on irait se retrouver comme avant ;
Te savoir partie, n’a pas empêché ma joie d’éclater
L’excitation étant par trop instinctive.

Sur le plan émotionnel, cet oubli valait son pesant d’or ;
En toute logique, je devrais laisser allumé plus souvent.
Une surprise pareille, ne dûrat-elle qu’une seconde, est _______________________________________inestimable
Maintenant que tous les gestes à la maison sont de mon fait.


9 Janvier 2021

mardi 12 janvier 2021

Cauchemar

i.

Lentement, tes derniers instants s’effacent dans ma tête
Pour laisser place à des souvenirs plus heureux.
J’ai peur de la perte des souvenirs
Mais pas de ce souvenir-là.

Quoiqu’il en soit, tout en correspondant à ta force
Ces dernières semaines, en réalité
Ne te correspondaient pas

Car les terribles moments
Où se dévoile notre héroïsme, ne
Sont pas ceux qui nous correspondent.
Ceux qui nous correspondent véritablement
Ce sont ceux où tout est facile, les moments de bonheur.


ii.

Avant, un cauchemar, c’était un rêve ;
Maintenant, c’est plutôt cauchemar au réveil.
Quand peu à peu je me rends compte que je n’ai fait que rêver
Puisque c’est seulement en rêve que tu subsistes
Toi, qui aimais tellement Peter Ibbetson.
Encore une preuve de ta prescience.

C’est un cauchemar
Puisque, en me réveillant
Je me rends également compte
Que je me suis presque habitué à ton absence
Saleté qui donne à mes cauchemars
Une tournure supplémentaire –
Le tour d’écrou, quoi.

Puis le pincement s’estompe
Cédant le pas à la grisaille sans espoir.

Je me réveille donc de péripétie en péripétie
C’est fascinant à sa façon, quasiment un drame grec
Avec catharsis à la clé, avant que ma journée ne recommence
En reléguant le cauchemar dans le domaine du bourdon de fond :
Il m’accompagne alors en version expurgée discrètement
________________________________________jusqu’au soir
Puis, de nouveau les idées se brouillent, je divague
Et j’arrive au beau royaume de mes nuits
Où tu as encore ta place réservée –
Comme dans Peter Ibbetson.

8 Janvier 2021

lundi 11 janvier 2021

De l’apparition

i.

Ta disparition
Est suivie d’apparitions
Comme un long suçon indolore
Suit le heurt d’un grand baiser fougueux.


ii.

Maintenant c’est seulement du fin fond de mon sommeil
Que tu m’aides à faire l’analyse de mon deuil
Car il faut bien que j’analyse.

D’emblée, tes suggestions sont devenues fort imprécises
Puis, lourdes d’une imprécision quasi surnaturelle
Comme je m’imagine celle

D’une apparition mariale, illuminant le mur
De son halo brumeux aux contours doux et pourtant sûrs
En me confiant des métaphores

Évaporées à l’indolore
Mais d’une charge suffisante à changer l’existence
De qui la vit, voit et ouït au creux de son silence.


iii.   

אחרי מות קדשים            

Après la mort, des saints – Akhareï mot
K’doshim :
Eh bien, il me faut la litote
D’la rime...
De circonstance.

Enfin, je pense :
Lifneï hamavet, kedosha – avant
Sainte déjà
La mort n’a pas
Eu trop besoin d’aller en bonifiant.

Quand tu m’es apparue dans cette vie :
De sainteté
Je n’avais nulle envie.
Imméritée, elle a été
Ma récompense.


7 Janvier 2021

dimanche 10 janvier 2021

Les nations

i.

À un moment donné, tu as voulu passer du maillot deux pièces
Au maillot une pièce ; je ne voyais pas de raison, et
Sans raison, je me souviens de ces choses-là.


ii.

J’ai presque oublié les phares jaunes.
À l’époque de ces phares, tu étais déjà toi
Et on venait de se connaître, de ça je me souviens.

Sur pas mal de plans, ton époque la plus
Lumineuse étaient les années soixante-dix ; je t’ai
Connue dix ans après, quand tu étais encore plus éclatante.
Et il y avait toujours encore les phares jaunes, bientôt remplacés.

Quand cette exception française était finie
Je m’étais déjà tout à fait acclimaté
Vocabulaire du Midi inclus.

Reste que tu n’étais jamais seulement toi
Mais avec cela, ma Marianne de mairie
Trimbalée en bagnole à phares jaunes.


iii.

Moi, je cuisinais le chaud, et toi, le froid.
Je t’appelais ma Kaltmamsell, un terme allemand.

Ça t’a pris à peu près une trentaine d’années
Avant que tu ne me dises que tu avais compris
En quoi j’étais, tout de même, resté un Allemand.

Tu regrettais mon absence d’accent
Et ça t’a pris à peu près une trentaine d’années
Pour comprendre qu’en fin de compte, je l’avais gardé.

Tu as quand même fini par l’entendre
Et je t’en sais gré, ma Kaltmamsell chérie.


7 Janvier 2021

samedi 9 janvier 2021

De la conjuration

i.

Vaut mieux que je ne tombe plus malade
Sinon, qui me soignera désormais ?
C’est que tu m’administrais des granules
Comme toi seule savais faire puisque
L’homéotruc, je n’y ai jamais cru.

Pourtant, je les ai bien fait fondre avec
L’intime conviction qu’elles allaient
Être merveilleusement efficaces
Étant donné que ç’avait été toi
Qui me les avais mises sous la langue.

Ce n’était donc pas la granule mais
L’action magique de ton intention
Qui guérissait. Depuis, plus de bidules ;
Le monde entier ayant perdu son charme
Sans toi, l’enchantement ne marche plus.


ii.

J’ai encore rêvé de la lumière magique
Entièrement faite d’humeur
Et de vivacité.

Je la conjure maintenant
En allumant une petite bougie
Dont la flamme est un peu instable.

Et si ce feu tremble
C’est qu’il doit y avoir un souffle
Persistant, tout d’humeur et de vivacité.


6 Janvier 2021

vendredi 8 janvier 2021

Cinq vignettes

i.

Je reçois encore du courrier à ton nom
Ce qui me fait plaisir
Même dans le cas d’une facture.
Sinon, l’hiver
Tu as toujours insisté que je mette mon écharpe.

En rentrant
L’écharpe autour du cou
Je récupère une facture à ton nom
Et je suis presque heureux.


ii.

Les pires des garnements
Ont l’air d’anges lorsqu’ils dorment.
Toi, je ne saurais même pas dire quel air tu avais.

Tu as dû rester
Rigoureusement toi les yeux fermés.


iii.

Je n’ai pas hâte de raconter
Ce qui t’est arrivé ;
C’est un secret
Trop intime
En fait.


iv.

Dans un autre documentaire
On interviewe des Russes chez eux.
Leur appartements avec leur bibliothèques
Avec, devant, d’humbles livres d’art mis face couverture
– Et parfois juste de ces jolies boîtes à biscuits –
Ressemblent au nôtre, leur esthétisme
Démodé s’apparentant au nôtre.

Tu étais bien plus belle que la plupart des femmes
Et de la beauté d’une Russe très belle
Devant sa vieille bibliothèque.


v.

Parfois, le flash
Et d’autres fois, la tentative infructueuse.

Je vois dans l’absence de mémoire
Quant à certains aspects de toi
La preuve de la profondeur
De la mémoire.


5 Janvier 2021

jeudi 7 janvier 2021

Du regard

i.

Tu n’es certainement pas la seule morte sur terre
Et parfois, on peut les voir dans les regards des vivants.
Plus sûrement, on les trouve dans les maisons
Et si j’en fréquente peu
Quand j’y vais, je les vois.

Je sais également qu’on peut te voir, toi, dans ma maison
Et je suis convaincu
Que celui qui a des yeux
Te voit aussi dans les miens.

Comme tant d’autres
Tu es devenue maison et regard de vivant
Dans toute ta plénitude
Et tu ne disparaîtras
Qu’avec nous et nos coquilles.


ii.

Par chance, je n’ai pas pu voir sur le moment
Ton regard.
Pas vraiment, ma douce.

Ce n’est que l’autre jour dans un documentaire
Que je l’ai découvert, tout à coup, dans celui
Plein de gratitude et de résignation
D’une femme, aussi amaigrie que toi
Sortie dans les bras d’un GI lorsqu’il était peut-être déjà trop tard.

Bien sûr, les circonstances n’avaient rien à voir
Mais, même choyée comme tu l’étais
Toute emmitouflée de l’amour et de la sollicitude de ton monde
La présence de la mort
A engendré le même regard.

Il m’aurait dit
Ce que nos mots nous ont caché encore.


5 Janvier 2021

mercredi 6 janvier 2021

De l’harmonie

i.

On pourrait dire que ne nous sommes disputés
Pas une fois dans notre vie commune
Puisque nos chamailleries incessantes ne portaient
Que sur des sujets vains et ridicules.

Nous n’oublions jamais que j’ai garé l’automobile
Puis refusé de redémarrer juste
Parce que tu disais aimer le jeu d’un imbécile
Raillé par tous mes copains guitaristes.

Puisqu’il nous était si aisé de nous rabibocher
Nous nous déchirions donc très souvent
Tout en étant fichtrement infichus de nous fâcher
Autrement que de tout petits enfants.

Le Paradis n’est point là où dort la paix éternelle
Mais le foutoir, messieurs, où l’on s’excuse
D’aussi bon cœur que toi et moi, querelle après querelle
Et jouant au Poète et à sa Muse.


ii.

Le plus souvent, chacun de nous a passé ses journées
À sa façon, pour retourner le soir la raconter
Et parfois seulement la nuit.

Chacun a vécu ses journées participant dans son
Spectacle personnel, et seulement sa narration
Nous a retrouvés réunis.

Je ne connais de solution meilleure si l’on est
Des êtres liés par la vie et pourtant séparés
Dès la naissance par leurs corps.

Séparés par la mort, nous ne nous quittons plus jamais
Et je passe mes journées dans ta compagnie aimée ;
La nuit seule, on raconte encore.


iii.

Étant plus forte que la maladie
Ta beauté ne t’a pas quittée, mourante ;
Il s’est scellé un pacte d’harmonie
Entre ton corps et la mort en attente.

Un médecin t’avait parlé un jour
De ta dentition quasi-phénicienne ;
Cette harmonie voulut faire de toi
Pharaonne phénico-égyptienne.

Avant, c’était entre toi et la vie
Que l’harmonie engendrait la symbiose
Pour à la fin te métamorphoser
En la plus haute des apothéoses.


4 Janvier 2021

mardi 5 janvier 2021

Quand dans la brume

Quand, dans la brume et le silence, au Puy Mary tu as
Pris peur, et moi, j’en n’avais pas
Mais ne pouvais pas te convaincre
Qu’il n’y avait absolument rien à craindre ;

Quand, dans la brume et le silence, cette peur était
Plus forte que ma conviction et persuasion mêlées
Et tu m’as pourtant gentiment suivi au bord des larmes
Et puis, tout près de nous, on a entendu le vacarme

D’une corne de camion, car longeant en vérité
La grosse route ce qui, à la fin, t’a rassuré
Alors que, quant à moi, un petit sentier balisé
Me garantit le bon retour assez ;

Quand, dans la brume et le silence donc, je me savais
Ton héros méconnu et, du coup, un peu agacé
Puisqu’il faut se fier à son prince, même si c’est moi –
Pour toujours je me souviendrai, ma reine, de cela

Alors que peu m’est resté de l’après ou de l’avant :
C’est dire combien j’ai eu besoin de tes sentiments
Ma fleur de la garrigue, ô toi, mon immortelle amie
Pour vivre l’aventure de la vie.

3 Janvier 2021

lundi 4 janvier 2021

Yizkor

i.

So long as flowers deck the plot
No body’ll catch a cold nor rot
And once we’re all indeed forgotten
’T will be too late to have us rotten.

There’s basically no other way
To make the dead shiver and decay
Than putting all too soon the stone
To be bemoaned and yet alone.


ii.


J’ignore si les morts oublient les choses
De leur vie sur terre
Si un jour dans leur monde
Ils s’avouent: je ne sais plus comment c’était
De mon vivant.

Moi, je ne peux me permettre d’oublier
Si je veux vivre encore un peu.
Dors, toi, ma fleur, immortelle Riza, et si tu es
Trop fatiguée, oublie sans crainte, je me
Souviendrai pour nous deux.


iii.

Si je peux encore être Orphée
Et si tu peux encore être Eurydice
Ce sera dans le souvenir.
Je ne te retrouverai que les yeux en arrière
Car tu me suis devant moi.


2 Janvier 2021

dimanche 3 janvier 2021

Ni chute ni séparation

i.

Alors que ton corps m’est voilé
Ton esprit rôde ici
Comme en une sorte de nudité
Supérieure.

Cela rallume mon désir
De flammes violentes.
Caressé par ta seule et unique pensée
Je brûle et je demeure.


ii.

Tu n’aimais surtout pas me voir
    marcher pieds nus sur le parquet ;
C’est là, à peu près, la seule in-
    fidélité que je te fais.
Mais je remarque désormais
    les traces que ça fait paraître
Ma foi, et ô combien j’étais
    aveugle avant de te connaître !

Sentir ma chair toucher du bois
    proscrit sans l’ancienne insouciance
M’a déporté du Paradis
    dans le verger de la conscience.
Chaque pas pèche par défaut
    saint souvenir, plaisir et fronde –
Voilà encore un des cadeaux
    dont tu me gâtes d’outre-tombe.

Les arbres morts du vieux plancher
    grinçant marqués de rébellion
Disent alors qu’il n’y pas eu
    ni Chute ni séparation :
Sauvé par l’éternel mystère
    choisi malgré mes malfaçons
Les tares n’important plus guère
    Je te rends grâce sans chaussons.


2 Janvier 2021

vendredi 1 janvier 2021

Cache-cache

Au travers de trois mètres bien tassés d’épaisse terre
J’entends ta voix
Et j’entends comme elle sonne d’autant plus nette et claire
Sous tout ce poids.

T’aurais-je entendu aussi bien pendant nos jours joyeux ?
Mon cœur, j’en doute.
C’est qu’il t’a fallu te cacher, mutine, ainsi par jeu
Pour que j’écoute.

Tu t’es transformée en un objet de désir jamais
Conquis par moi
Et pourtant on s’est retrouvés, enlacés et aimés
Dix mille fois.

31 Décembre 2020

jeudi 31 décembre 2020

Sans pouvoir oublier

 Sans pouvoir oublier combien elle est profonde
Je la caresse en jardinant, ta chère tombe.
Ainsi, ma main t’effleure encore, aimante, et passe
Désespérée de n’en fleurir que la surface
Avidement tout le long de ta peau chérie
Et tente de toucher ton cœur enseveli.

30 Décembre 2020

mercredi 30 décembre 2020

La question non posée

Au lit, plus ou moins pris de froid, je redeviens parfois celui
D’avant, du temps de ta présence
Puis je me surprends à vouloir demander ton avis d’experte.
Or, en prenant conscience que
Tu ne pourras répondre, ma question s’envole dans la nuit
Comme afin de t’y retrouver.

Alors, question et celle à qui elle a été posée sans qu’elle
Soit en état de réagir
Se réunissent quelque part au noir mystère du néant –
Le même qui m’entoure ici.
Du coup, ça calme un peu mon désarroi d’être dorénavant
Confit dans mon propre silence.


     Die ungestellte Frage

     Lieg fröstelnd ich im Bett, dann werd ich oft zu dem von früher
     Als du noch bei mir warst
     Dann überrasch ich mich dabei, nach deinem Rat zu fragen.
     Doch merk ich dann, dass du
     Nichts sagen kannst, entschwindet meine Frage in die Nacht
     Wie um dich dort zu finden.

     Die Frage und diejenige, die außerstande ist
     Sie zu beantworten
     Vereinen sich dann irgendwo im rätselhaften Nichts
     Das mich auch hier umgibt.
     Dies tröstet mich in meiner Ausweglosigkeit, der ich
     Im eignen Schweigen schwele.


29. Dezember 2020

mardi 29 décembre 2020

Through the Grapevine

i.

Maintenant que tu es partie, ce sont de drôles
De phénomènes que j’entends parler de toi :
Bestioles sur le mur deviennent messagères

Fins rayons sous les portes, lourds appels.
Tuyaux ronflants, lignes de téléphone.
Pourtant, je reste clairvoyant

Clairentendant
Et clairpensant –
Juste à l’affût, en somme.


ii.

J’ai développé un drôle d’autocontrôle
Maintenant que tu n’es plus là.

Suivre ma pente naturelle me désole :
J’invente donc d’étranges lois.

Pour garder la main sur les choses, je m’enjôle
En me grondant avec ta voix.

Le prix de perdurer est bien ce double rôle
Tant je me sens réduit à moi.


iii.

Maintenant que tu m’as laissé seul derrière la porte
Tel un garçon sage, tout crispé pour entendre
Le fin tintement qui l’autorise à la rouvrir

Un drôle de sentiment m’envahit
Un drôle de je ne sais quoi.

Découvrirai-je, au beau milieu du salon transfiguré, la gloire
De l’énorme sapin constellé des lumières de l’enfance
Avec sa montagne de cadeaux autour du pied ?

Ah, ce sentiment qui m’envahit
Ressemble bien à la peur
De ne plus mériter
Aucune fête.


26 Décembre 2020

mercredi 23 décembre 2020

Si la chimio avait abîmé tes cheveux

Si la chimio avait abîmé tes cheveux
J’ai cependant pu en conserver une mèche.
C’est tout ce que de toi je peux toucher encore.

J’aurais aussi coupé un ongle, prélevé
D’autres rognures, voire un durillon, que sais-je
Pour les mettre à l’abri dans un écrin en or.

Caresser celle qui a dû s’absenter, c’est
Pénétrer dans le rêve de ma Blanche-Neige
Qui, endormie dans son cercueil, défie la mort.

22 Décembre 2020


mardi 22 décembre 2020

Je réagis comme un paysan plaqué

Je réagis comme un paysan plaqué
Surtout soucieux de ne rien chambouler
À la maison, pour que, le jour de ton retour

Tu puisses retrouver les affaires en place
Puis, tes précieuses paperasses
Ensemble avec l’amour ;

Pour que, l’heure de ton retour
Tu t’assoies sur ta chaise en face
Comme de rien, comme jamais partie

Juste, peut-être, avec un indicible tout petit
Sourire en coin réintégrant ton ancien monde.
Espoir de fou ? Mais pas une seconde :

Connaissant où tu gîtes
Je saurais t’y rejoindre à la limite.
Ce jour, nous fêterons nos retrouvailles en silence

Je penserai à peine en ta présence :
Qu’est-ce que t’as bien pu ficher là-bas
Ces longues années, terrée chez les cancrelats ?

21 Décembre 2020

lundi 21 décembre 2020

En attendant la yahrzeit

Désormais, je m’endors la nuit tout seul
Le drap tiré sur moi tel un linceul.
Ce lit est devenu ma tombe à moi
Ressemblant à la tienne dans le froid.

J’ai bien du mal à savoir si je souffre
Du vide ou de ton souvenir béant
Craignant l’oubli, ou désireux du gouffre
Qui, devant moi, m’attire en ton néant.

Je ne prie plus les dieux, mais les déesses
Et fussent-elles sourdes à l’écoute ;
Car même si, elles aussi, s’en foutent
Tournant le dos aux cris de ma détresse
Dans leurs chitons qu’ami Zéphyr froufroute
Elles me font revoir tes belles fesses.

C’est qu’il ne reste pour me consoler
Que le reflet frivole d’un mirage
Image de ton déchirant courage
Des derniers jours du court bonheur volé.

20 Décembre 2020

samedi 19 décembre 2020

Quatrain, Reprise & Coda

Du smegma de l’adolescent / Au phlegme du barbon : / Pris entre deux néants / Bonheur ne vit point long.

i.

Vom Smegma der Adoleszenz
Zum Phlegma alter Knaben:
Das Schöne ist vom Nichts umgrenzt
Das Glück nur kurz zu haben.


ii.

Doch wie sie noch hinter den Gräbern hervorhuschen
Fangerles spielen zwischen Gräbern
Und nicht zu fassen sind
Bleiche, Nebelgestalten der Jugend
Wo doch unten liegt
Was wir geliebt haben
Und nun – selbst auch wortlos und reglos
Und steinern – weiterlieben.


iii.

Warte aber.
Ich muss für uns beide
Nur den Grenzstein noch setzen.


11. Dezember 2020

samedi 5 décembre 2020

Resilienz

i.

Tut dir einmal der Zahn weh
Dann hat der Zahn schlicht Hoamweh.
Dann reiß den Zahn schnell aus
Und schick ihn nach Haus.

Tut dir einmal der Hals weh
Dann friss halt keinen Schmalz meh
Und wisse: Drachensaft
Gibt Rachen Kraft.

Tut dir einmal der Bauch weh
Dann tuts dem Bäuchlein auch weh:
Das will auch sein Vergnügen
Und mag nicht lügen.

Tut dir einmal der Kopf weh
Dann lerne aus dem Kopfweh:
Lass die Gedanken schweifen
Aufn Rest magste pfeifen.

Tut dir einmal der Zeh weh
Dann eil schnurstracks aufs WC.
Drauf scheißen, jemineh
Heilt auch den Zeh.

Tut dir einmal der Schwanz weh
Dann tut er dir nie ganz weh:
Freu dich, was du gehabt
Wenns nicht mehr klappt.

Tut dir einmal der Po weh
Dann tut dir halt der Po weh –
Kurz währt des Rösleins Blüte
Kallipyge Aphrodite!

Tut dir auf einmal nix weh
Dann danke deiner Glücksfee:
Die letzte Medizin
Ist ste-her-bin.


ii.

Ich koche wieder, schreibe wieder
Nur die Gerichte und Gedichte
Schmecken nach Tod, sind Todesfrüchte
Singen vom Tod, sind Todeslieder.


23. November 2020

mercredi 4 novembre 2020

Doctrinette

In any madness lies a truth
In any truth a madness
In any rudeness something smooth
In any sphere a flatness
In utter virtue badness
In seasoned cruelty callow youth
In any poise hysteria
In artwork no mysteria
In any freedom some obtrusion
In science a core of self-delusion
In sheer anemia blood transfusion
In health lots of bacteria
In any bore a hidden wit

For there is not the slightest bit
Of sense in stating the opposite.

October 27, 2020

mardi 3 novembre 2020

On Infinite Parallels

      So hushed a voice before the ditty
The road runs out way off the city:
Hopeful like Moses on the verge
I’ve hummed along the desert dirge.
      I’ve drunk lush pills, to no avail
And tried where schnooks and calves prevail
Earned but one lifetime of remorse.
Could all have gotten worse, of course.

      Since all winds up the way it started
And all the wiser you’re outsmarted
And soundest arguments turn lame
If raised, in hunter’s stead, by game
      Don’t blame the players, name the game.
The rules abjectly say the same:
When lines are crooked, the crooks unbend
To silted ruts that never end.

October 26, 2020

lundi 2 novembre 2020

Grob fahrlässiges Muskelspiel

     Nicht warf Apoll den Diskus aus Versehen...
Es fand sich Hyazinth nur leider dort.
Nachlässigkeit passt ebenso zum Sport
Wie töricht in der Nähe rumzustehen.
     Wollt Hyazinth ihn denn nur siegreich sehen
Und er verstand’s? Pech ist bei Göttern Mord.

     Der Zeitpunkt ist sein eigenes Geschoss.
Hermes ist mal dasselbe unterlaufen
Doch niemand scherte das. Immerhin spross
     Dann auch was, um es nach dem Kind zu taufen.
Ob’s Krokus oder Herbstzeitlose wär:
Ich selber fürchte nun den Tod nicht mehr.


Démonstration de force par négligence
 
     Serein, Apollon propulsa son disque...
Mais, pas de pot, Hyacinthe traînait là.
Tout sport, pour l’amoureux, comporte un risque.
Est-ce que, le garçon rendu fada
     De l’admirer, son dieu, lui, l’imita ?
Divine, l’erreur n’est qu’assassinat.

     L’instant en soi est instrument de tir.
Plus tard, Hermès a fait la même erreur –
On s’en fichait. Par chance, une autre fleur
A bien voulu pousser en souvenir.
     Crocus, colchique, à raison ou à tort :
En attendant, je ne crains plus la mort.


Reckless Muscle Show

     Self-confident Apollo hurled his disk...
Alas, a gaping Hyacinth fell smitten.
Sports, for the fan, don’t come without some risk:
Stood that boy by that near since idol-bitten
    And idol, thus, just bore in mind to shine?
Error turns into murder, if divine.

    The moment is a shot of its own kind.
The other day, swift Hermes slew one too –
Nobody cared. Love had it, out of rue
Yet a wee flower sprang up to remind.
     Let’s call it crocus, saffron, spring, or fall:
Death doesn’t scare me anymore, withal.


October 18, 2020


dimanche 1 novembre 2020

Schuld und Unschuld


     Aktäon hat im Internet gespannt
Die Nymphchen waren aber noch zu frisch.
Der Ordnungsmacht ging er ins Netz, der Fisch;
Nun liegt er da – zerpflückt, zerfleischt, entmannt.
     Selbst hier scheint die Empörung zu betonen:
Man kämpft mit seinen eigenen Dämonen.

     Indem Narziss sich keuschlings widersetzte
Ward er zu dem gemacht, was er schon war:
Ein Blümelein, schuldlos und wunderbar.
Gut möglich, dass er die Verwandlung schätzte;
     Gut möglich auch, dass keiner wissen mag
Wer er im Grunde ist, und blüht und klagt.


Culpabilité et innocence

     Actéon mate à fond, sur son ordi.
Mais ces nymphettes sont trop fraîches, dis !
Coup de filet, mon chou. Te voilà pris ;
Dès lors c’est toi qui, sacrifié, y gis.
    L’indignation générale le prouve :
C’est notre propre opprobre qu’on réprouve.

    Narcisse, en se refusant, faux rebelle
S’est mué en ce qu’il a toujours été :
Petite fleur, trop innocente et belle.
Peut-être la transformation lui plaît ;
    Possible aussi que nul n’aime connaître
Soi-même, fleurissant dans le mal-être.


Guilt and Innocence

     Actaeon peeping at Net’s nymphets. Boo!
These sometimes are a bit too young and fresh.
Police barged in. Poor perv, now it is you
Who lies that prone, weltering unmanned raw flesh.
     The general indignation seems to show:
The world basically fights its inner foe.

     Lovely Narcissus spurned them all and so
Was morphed into what he had always been:
Some beauteous plant, too innocent and green.
The idea might have pleased him, we don’t know;
     One may be loath to learn about himself
Choosing to flourish, mournfully, on the shelf.


October 16, 2020