i.
Tout s’ancre dans un passé composé
D’expériences drôlement complètes :
Je doute que j’aie changé d’opinion
Ou même senti d’autres émotions.
Je me souviens des combats de jeunesse
Et me rappelle mes émois enfuis ;
Ces occasions, je ne les ai plus eues
Mais c’était bien moi qui les ai vécues.
Puisque je comprends toujours qui j’étais
Il me plaît de répéter mes erreurs.
N’apprenant jamais rien, je me fabrique
Ma collec d’étincelles mirifique.
ii.
L’arbre devant ma fenêtre est parti très vite.
Il y a quelques jours, encore rien
À peine, en guise d’espoir, des bourgeons minuscules
Puis les fleurs sont arrivées presque en même temps que les feuilles.
La désolante nudité pendant ce très long hiver en valait la peine.
J’ose me comparer.
Toujours rien
Peut-être un léger balbutiement, va savoir
Mais vous n’allez pas en croire vos yeux quand tout éclatera au même
_________________________________________instant.
Eh, les gars, c’est rien que pour ça que je me retiens encore.
iii.
En principe, le nouveau se distingue de l’ancien précisément par sa nouveauté. Même si c’est peu de chose, cela suffit pour lui conférer un certain attrait à première vue. Or, c’est le charme du neuf qui, hélas, ne peut que pâlir d’envie face au charme de l’ancien. Le nouveau doit d’abord faire ses preuves, et lorsqu’il les a faites, il a cessé d’être vraiment nouveau. Le seul nouveau qui a peut-être quelque existence réelle est le nouveau vieilli, le nouveau condamné à friser l’ancien. Moi, personnellement, frisant la vieillesse, dans ce cas, je ne le trouve pas très intéressant, et encore moins souhaitable. Mais à qui le dis-je ?
Avant, j’entendais le périph.
On a modernisé, limité la vitesse, je ne l’entends plus.
On a modernisé, oui, le voisin a installé une pompe à chaleur.
Je l’entends.
Le bruit du périph était moins désagréable car changeant.
Le ronron plus moderne de la pompe à chaleur est toujours pareil.
Qu’il ne change jamais est vraiment emmerdant.
Ce n’est pas une surprise, on ne peut pas
Se soustraire à la modernité qui ne change pas.
C’est ça la vie. Rien ne s’améliore
Mais les choses évoluent vers l’identique généralisé.
Cette néoplasie indique une espèce de cancer ;
Seulement dans la tombe la vie te foutra enfin la paix
Et tout ne sera plus toujours pareil.
iv.
J’ai trop bougé
J’ignore ce qui est un peuple, ein Volk
Ou comment faire pour l’être
Mais je sais qu’il meurt
S’il ne se renouvelle pas en se transformant.
Je reconnais l’agonie de masse.
v.
Le neuf, c’est du vocabulaire
Je suis assez âgé pour l’avoir entendu.
La langue change même au cours d’une seule vie.
Si j’entends la langue du passé
Je m’en rends compte, elle sonne désormais
Non pas démodée mais un peu perdue.
Ce qui est perdu est un peu comme la musique
À la limite du rêve
Si ce n’est pas exactement la musique du moment.
L’entendre te rend heureux et triste
Ou plutôt triste et heureux
Je ne sais jamais ce qui vient en premier.
Le neuf en revanche, dès que tu t’y trouves embringué
Les choses sont très claires, et c’est gênant :
Il n’y a plus aucun doute sur rien, et pas la moindre contradiction.
18 Avril 2025
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