mercredi 21 janvier 2026

Welt

    Solang es reichte, dass die Hand
Hinübertastete und fand
    Solang die Dunkelheit nicht störte
Weil man des andern Atem hörte –
    Solang genügte das allein
Um der Wirklichkeit sicher zu sein.

    Solang das Tuch, das uns bedeckte
Uns dennoch nicht voreinander versteckte
    Solang, sobald der Morgen kam
Der jeden Schleier von uns nahm –
    Einzig solange schien klar
Was Traum ist, und was wahr.

20. Januar 2026

mardi 20 janvier 2026

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dimanche 18 janvier 2026

Une réalité

    Énième tentative

i.

Par ton absence
Je sens ta présence :
Si tu n’étais pas là
Tu ne pourrais pas me manquer –
Il faut avoir une image claire de ce qui manque.

    Je me retourne et me dis :
    Tu disparaîtras telle une vague idée, mon Eurydice
    Pour peu que je change de position.



ii.

Il faut pouvoir nommer.
Mais nommer n’est rien – il faut montrer sans le dire.
Il faut qu’autrui puisse le voir
Avant de l’entendre, le nom, prononcé ;
L’image, il faut qu’elle émerge en conséquence ;
Il n’y a pas d’autre présence.

    Tu es encore là, même après retournement
    Tu es plus forte que mes astuces
    Et en fait, tu as raison.



iii.

Toi, tu émerges avant d’être nommée –
À l’improviste. En ce sens aussi
Tu es la perfection même.
Tu l’étais et tu l’es.
Présente. Absente. Présente.

    Pourquoi, diable, ai-je voulu te chasser ?
    Peut-être me suis-je retourné juste
    Pour mettre ta force de résistance à l’épreuve.



iv.

Quand je m’exprime de la sorte
On pourrait penser que je regrette quelque présence divine ;
Mais non, je parle de toi
Enlevée et non pas retirée

    Je ne crois plus à mes propres élans
    Mes retournements sont devenus inutiles
    Tant me manque ton regard, rassurant et corrigeant



v.

Seulement transfigurée par un dieu
Qui, à la grecque, s’excuse de sa méchanceté.

    Tout en demeurant
    Tu n’es plus là – voici la seule preuve
    Alors que la proximité persiste.



17 Janvier 2026


vendredi 16 janvier 2026

Schutzwall

قفس را بشکن، آسمان را خواهی یافت

« Brise ta cage, et tu trouveras le ciel. »
                                      Aphorisme persan

 

Que le ciel soit réservé à qui n’y croit pas
Est une vérité qui ne date pas d’hier.

Une belle chose, faut-il donc s’en méfier
Pour y avoir droit ?

Les convaincus, sont-ils tous des cocus ?
L’escroquerie, serait-elle le corollaire de toute foi
Et la mécréance sa seule garantie ?

Si près du ciel
Les gens sortent, ils se rassemblent en clamant
Et se font massacrer, simplement
Pour, enfin, se rapprocher un tout petit pas de plus
De sa version terrestre –
C’est toujours de cette sorte que cela se passe
Quand des promesses, on en a soupé
Et l’enfer, on en connaît un bout –
Bref : quand on a assez prié.

Encore une espèce de foi, diras-tu
Foi désenchantée, croyance hors ciel, foi essentielle...

Ce n’est donc pas l’espoir qui semble poser problème
Mais les gardiens qui le défendent, ce maudit ciel
Rêve auquel nul ne saurait renoncer.

Soyons un peu sérieux :
Un paradis gardé tel une geôle
Désire-t-on plutôt y entrer ou s’en échapper ?
De quel côté viennent-ils d’habitude
Les assaillants du grand mur protecteur ?

16 Janvier 2026

jeudi 15 janvier 2026

Confessions

« C’est une chose bien singulière que mon imagination ne se monte jamais plus agréablement que quand mon état est le moins agréable, et qu’au contraire elle est moins riante lorsque tout rit autour de moi. Ma mauvaise tête ne peut s’assujettir aux choses. Elle ne saurait embellir, elle veut créer. Les objets réels s’y peignent tout au plus tels qu’ils sont ; elle ne sait parer que les objets imaginaires. Si je veux peindre le printemps, il faut que je sois en hiver ; si je veux décrire un beau paysage, il faut que je sois dans des murs ; et j’ai dit cent fois que si jamais j’étais mis à la Bastille, j’y ferais le tableau de la liberté. »

Rousseau, Confessions IV


J’entends une voix féminine chanter une chanson
Et je trouve très bien toutes les deux– et la voix et la chanson.
La voix, connue, elle, est rauque, et la chanson, elle, me touche.

Puis j’ai l’imprudence de chercher sur internet
Pour les lire, les paroles de la merveille en question
Dans le vif espoir d’être fort impressionné.
Et me voilà qui les lis, atterré.
Dis donc, quel kitsch infâme ! m’offusqué-je.
C’est juste une chanson, pas un poème, mais tout de même...
Aucune des images ne marche, tout
Est mal dit, fort maladroit ou de guingois –
Je le vois maintenant, mais je ne l’avais pas entendu.
Ce que j’avais entendu était sublime.
Pourquoi donc ?
Suis-je aussi facile à leurrer, gullible me ?

Puisque la conviction de la chanteuse
Également à l’origine du texte
Était plus forte que tout...

Elle était tellement convaincue de ce
Qu’elle avait écrit, puis chanté
Que son assurance a dû déteindre sur moi –
C’est ça qui fait une grande artiste ! me corrigé-je.
Grâce à sa force de séduction
Je l’ai crue sur parole – alors que, plus tard, en lisant
Mon petit esprit critique a pris le dessus.

C’est qu’elle n’était plus là pour se défendre.
Pauvre Hildegarde !
Ou plutôt : phénoménale Hildegarde.

Moi, quand j’énonce des bêtises –
Certainement sans l’accompagnement de flonflons –
Est-ce qu’on me croit sur parole ?
Je n’ai pas l’impression.
Il faut donc que ça rime.
Rimé-je alors en conséquence ?
Je me pose cette embêtante question.

Je ne suis pas mieux loti qu’elle.
Mieux vaut arrêter avec ces fumisteries.
Et pourtant, sincèrement...

14 Janvier 2025

lundi 12 janvier 2026

Le V et le L

1. Voyager léger

Ce que je lis et ce que je vis forme un bloc. Peu importe que la chose vienne d’un livre ou de la vie, ce que j’en tire se moque des circonstances. Peut-on alors dire que je ne vis qu’à moitié ? Et que l’autre moitié relève du livresque ? Non : ces moitiés forment un tout, et ce tout, c’est ma vie. Il ne se retrouvera dans un livre qu’à condition que quelqu’un décide de l’imprimer, ce qui, quoi qu’il en soit, n’est possible qu’après coup.
Comment vivre si l’on ne sait plus si l’on vit ou si l’on lit ? Peut-on lire en vivant et vivre en lisant ? Je refuse toute hiérarchie : me voilà anarchiste d’expériences.

Is that some noise I do perceive?
Mice? – No, Sir, only me.
I cannot keep dispassionate
In funny company.

– Why are you hiding? Stowaway?
– I’ve tried to roam for free...
– Now, come and sit beside me, I
Shall pay the fare for thee.

– I’m far more comfy in the trunk;
Out there, I’m one of many.
Baggage provides best comradeship
When riding without any.


2. Lourd ou vif

Lorsqu’un certain Archimède a trouvé le théorème qui porte son nom, il ne se disait pas : « Tiens, un galet pré-signé qui m’attendait sur cette plage ouverte à tous, destiné à finir dans l’une de mes boîtes à cailloux. » Ignorant que ce théorème lui ressemblait, il n’a rien trouvé. Son idée toute personnelle lui est tombée, anonyme, du ciel.
Pour moi, ce sont des lettres pré-écrites qui tombent du ciel, même si elles se promenaient en ville, l’espace d’un instant, sous l’apparence de congénères. Chez moi, tout finit en lettres : lettres qui pendant ce court moment de liberté semblaient bêtement incarnées. Mais une fois dans mon regard, réduites non sans malice à leur essence, elles deviennent enfin réelles – c’est-à-dire de la littérature.
C’est un grave défaut, sans doute, mais l’uniformité du monde, produite par la faiblesse de l’esprit, l’organise en désorganisant. Le visible devient lisible, ou le lisible visible. On s’y perd, quoi.

Dös Steinerl, wos i auf hob glesn
Dös is amol a Mensch gewesn.
– Woher weißt du des so genau?
– Schaugs dir bloß o, gö, schau!

– I seh nix Menschliches daro.
– Mei Gott, ihr Kieserl seids arm dro:
Blinkerts ihr fast wie a Brillant
Fehlts freili an Verstand.


10. Januar 2026

[Boîtes à cailloux]