Was trifft der schon, des blinden Amors Pfeil?
Man kennt die Fehler derer, die man wirklich liebt
Was eventuell etwas zu denken gibt
Doch nie am Lieben hindert, ganz im Gegenteil.
Was für ein tumbes Volk in seiner Nacht
Das reine Engel nur lieben zu können meint
Die Augen schließt und Liebe selbst verneint
Schon lang bevors aus seinem Traum erschreckt erwacht.
19. Juni 2026
dimanche 21 juin 2026
Woran das Herz hängt
samedi 20 juin 2026
Pessimisme
Je relis ce vieux classique de James Baldwin que sont les Notes of a Native Son. Peut-être qu’au fond les choses n’ont pas tellement changé, et c’est déprimant. Ce qui a changé, en revanche, c’est mon regard sur la fatalité. Je ne suis plus du tout d’accord. Mais qui suis-je pour être d’accord ou non avec une fatalité ?
Il y a une dizaine d’années, à Saint-Paul-de-Vence, malgré les efforts de ses admirateurs, sa maison a été rasée. On ne l’y connaissait pas. Ou alors : rien à branler. Mais enfin, qu’est-ce qu’il est allé foutre là-bas ?
Aujourd’hui, le député local est d’extrême droite, élu au premier tour. Et ce n’est pas une nouveauté. Cette région compte depuis longtemps parmi les plus réactionnaires de France. Que des célébrités s’y soient installées en masse n’a pas changé grand-chose. Ou plutôt si : cela a enrichi des cambroussards.
Je me suis dit que Baldwin n’avait pas choisi le bon coin. Que son pessimisme s’explique aussi par le fait qu’une fois de plus, il s’était retrouvé dans un endroit qui lui donnait raison. Mais qui suis-je donc pour penser cela, moi qui, par la force des choses, vis à la lisière de la beauté, en banlieue rouge, à bonne distance des villages perchés ?
i.
Les choses sont pourtant simples :
Il faut choisir entre le beau et le vrai –
Et seulement le vrai peut être aussi le bon. Par nature
Le beau n’est ni le bon ni le vrai
Comme prétendaient les Grecs, démocrates esclavagistes.
Leurs lointains successeurs
Semblent commettre la même erreur
Et même leurs métèques tombent parfois dans le panneau.
Comme un dénommé Kravchenko
J’ai choisi la liberté :
Le moins beau mais le plus vrai
Voire un tantinet plus bon.
Mais il faut avoir le luxe de choisir
Et seule la gêne financière le permet ;
Sinon, on se laisse séduire.
L’intelligence
Ne l’emporte jamais sur la tentation
Et c’est ça la méchante beauté de ce monde.
Il faut alors la trouver où elle se cache.
Et vous appelez ça du pessimisme ?
ii.
Dire qu’on a une vie derrière soi, revient à constater
D’avoir le gros de la fatalité derrière soi.
La jeunesse l’a devant elle.
Nous, par exemple, quand on s’est connus
C’était une fatalité avant la fatalité –
Une belle avant une moche.
Ce groupe d’adolescents quelque peu excités
Parlant en italien, il m’évoque fatalement des voyages.
Je les vois sans qu’ils me voient – moi
Qui les regarde à travers le prisme de souvenirs.
Sans me voir en eux, j’aperçois la fatalité qui s’installe
Et s’est installée dans la caissière
Venue des îles, comme on dit, cet autre paradis
Dame d’un certain âge que, eux, ils ne voient pas non plus.
Et qu’ils quittent sans lui dire au revoir.
Que faut-il en déduire ?
Au point où j’en suis, à vrai dire, je n’en déduis plus rien.
18 Juin 2026
jeudi 18 juin 2026
Optimisme
[Tu as passé ta vie dans un ermitage, me dit-on
Et on vit peu dans un ermitage.
– Oui, tu as raison, répliqué-je, on y est obligé
De vivre intensément.
La plupart des gens vivent dans un ermitage
Le grand air est réservé aux happy few.
– Les grands créateurs sont des happy few, me dit-on
Ce récit d’émigration intérieure, rien que de la consolation.
– Tu as une vue bien optimiste, répliqué-je.
J’ai vécu où les gens vivent ;
Est-ce que pour ça je n’aurais rien à raconter ?
Faut-il avoir une vie qui leur est interdite ?
La création, serait-elle une affaire de palais
Racontée aux chaumières ?
En effet, je ne suis pas le Prince Albert des lettres.
Suis-je donc trop optimiste ?
– Oui, tu l’es.]
Dans la chambre du palliatif
Toi, juste assez remontée sur les coussins
Pour pouvoir manger lentement, pensivement ta madeleine
Et moi, à côté, en train de lire le journal –
Quel calme presque surnaturel
Malgré le bruit lointain venant des infirmières.
Mais dehors, vraiment dehors
La vie continuait, la vie qui
En théorie, m’attendait moi, mais plus toi.
C’était peut-être parce que toi, avant
Avais été bien davantage en elle
Ayant ainsi fini plus rapidement avec cette vie.
Moi, elle m’attendait encore
Et elle m’attend toujours.
Dehors, tant de choses se passent
Que d’une certaine façon
Mon optimisme
Même sans toi
Me paraît inébranlable.
17 Juin 2026
samedi 13 juin 2026
Festland
i.
Ein Joseph Brodsky zum Beispiel, der wie alle geschwätzigen Leute hin und wieder etwas Kluges sagt, doch meistens nur so rieselt – das scheint mir etwas sehr Russisches zu sein – dieser selbstbewusste Brodsky jedenfalls war äußerst erfolgreich bei der Durchsetzung seiner Interessen. Andere setzen sich weniger durch. Denen höre ich konzentrierter zu. Letztlich ermüden mich nur die nicht, die selbst zu müde waren um sich durchzusetzen. Man bleibt eben gerne unter sich.
Brodsky scheint Venedig, diese touristische Hauptattraktion, besonders geliebt zu haben. Um Originalität ging es ihm hier nicht.
Ich liebe Paris nicht unbedingt – also nicht so, dass ich es regelrecht bedichten könnte – aber bewohne es aus gutem Grund das ganze Jahr über. Da ich mir das Verreisen nicht so recht leisten kann, zog ich lieber gleich in eine andere der touristischen Hauptattraktionen. Das hat Vor-, jedoch auch Nachteile.
Es gibt hier zwei Kategorien von Nachbarn: Diejenigen, mit denen man schon einmal ein paar belanglose Worte gewechselt hat und seither grüßt, und diejenigen, die man nur vom Sehen kennt und die, falls man sie versehentlich grüßt, so erstaunt zurückschauen, dass es einem sofort peinlich ist. Warum diese Fremdheit unter Einheimischen? Sie enttäuscht. Man soll sich von regionalen Eigenheiten aber nie entmutigen lassen, sie gehören zum Charme der Attraktion. Brodsky würde sagen, zu deren Schönheit.
Grüßt man sich auch in Venedig so ungern ? Ich weiß es nicht. Der einzige Venezianer, den ich jemals kennenlernte – er rollte beim Gruße das R nicht – lebte nur auf dem Festland. Das eigentliche Venedig konnte er sich nicht leisten, das war mehr für Brodsky. Das ist hier auch nicht anders. Denn tatsächlich lebe auch ich gar nicht in Paris, sondern nur auf dem Festland. Ein klein wenig, das wie Wasser ständig fließt, trennt mich leider davon.
Hiccup and Teacup were best friends
Since they were both a bit clumsy:
When Hiccup flinched, Teacup spilled –
That’s a good base for enduring friendship.
If you take a large spider web into your hand
And venture to crumple it
It comes almost down to nothing.
That’s a good base for knowledge.
Volubility
Is a good base for a poet, but
Lacking the clumsiness that makes good friends
It comes almost down to nothing.
ii.
“Who is to tell when hearing ‘separation’ / what kind of parting this may resonate” Mandelstam / Brodsky, Tristia
Un miroir, serait-ce de la terre ferme ?
C’est là une question à laquelle je ne saurais répondre.
Au plus profond de la douleur
On voile toutes les glaces, et je suis convaincu
Que ce n’est pas pour ne pas se voir, c’est parce que
Si l’œil en croisait une, on y verrait l’autre miroité.
Moi, je t’y aurais vue si mon regard s’y était perdu –
Non pas à côté de moi, ni dans mon dos, mais à ma place.
On ne s’est jamais confondus autant, je n’étais jamais
Moins moi et plus toi qu’après ton départ.
Ce voyage en bateau, et enfin l’arrivée, en terre ferme, même
Pleinement dedans
C’est pourquoi il faut mettre les voiles :
Pour avancer encore
Et encore.
On s’est bien éloigné du sujet, et on y est resté, même
Pleinement dedans :
L’immobilité au bout, l’autre soi-même – le poète
Lui, en deuil – ce qui coule et qui ne s’arrête pas. Et enfin, ce qui
S’arrête : la certitude, cette terre terriblement ferme qu’est l’île des
_________________________________________Morts.
12 Juin 2026
mercredi 10 juin 2026
mardi 9 juin 2026
Le nu intégral
« Mais, si le souvenir n’a pas été emmagasiné par le cerveau, où donc se conserve-t-il ? »
Bergson, Énergie spirituelle, II
Une fois dans sa lingerie
Elle adorait se montrer à moi de la sorte.
Évidemment, pour faire l’amour
Fallait enlever le bas. Quant au soutif :
Ne suis-je pas jolie dans mon truc ?
– Oui, tu y es très jolie. Mais sans, tu l’es encore plus.
Débarrassons-nous de ça !
Et hop, le voilà dégrafé
Ce dernier voile.
Quel dommage ! protestait-elle. C’était
Peut-être le seul point où nos désirs divergeaient :
Elle aurait volontiers batifolé encore un tantinet habillée
Se sentant si séduisante dans sa dentelle ajourée ;
Pour moi, ce n’était qu’une phase à dépasser
Je n’aspirais qu’à l’avoir totalement nue
Aucun bijou, rien –
Et pourtant, je le ressens, le piquant de la Grâce
Restée partiellement dissimulée.
S’ensuivait une lutte sournoise, comme si chacun
Voulait faire payer à l’autre
La volupté de s’imposer :
Contraints d’adoucir les angles
On recourait à d’artifices autrement raffinés
Que celui d’un petit balconnet
Aussi alléchant soit-il.
Qui pourrait alors croire
Qu’elle aurait besoin d’ornements, Aphrodite ?
Incapable de tout jeter
J’ai gardé quelques affaires, dont certain soutif.
Seulement maintenant il est sacré ;
Ma déesse partie, il a trouvé sa place.
N’avait qu’à attendre, le chéri.
Hélas, il dort désormais dans un écrin
Et partage le sort des reliques.
Elle avait eu raison de toujours se rebiffer un petit peu –
Ainsi, il me reste une partie d’elle.
5 Juin 2026
jeudi 4 juin 2026
Haare
Er hat wenig von unglücklicher Liebe zu erzählen
Denn die ist ewig her, dann kam lange
Liebe ohne störendes Adjektiv
Bis auch sie endete. Jetzt den Kopf
Damit er höher liegt
Auf das umgefaltete Kissen
Die Augen offen, dahinter –
Vergangenes
Und daneben: Leere.
Findet er morgen wieder Haare auf dem Kissen
Sind es seine eigenen.
Er verliert jetzt noch mehr.
Sie sollte ihn so nicht mehr kennen
Doch es wäre ihr gar nicht aufgefallen
Denn darüber waren sie längst hinaus.
Tatsächlich hatte es nie gezählt – so etwas
Zählt doch nicht zwischen lebendigen Menschen
Das Mienenspiel ist doch das einzige, und
Nur der drohende
Tod
Zählt.
Doch als sie die ihren verlor
War das nicht leicht für sie.
Sie litt schweigend, das merkte er
Aber ich hätte sie doch nicht damit trösten können
Dass ich ihr sage: Mir ist es egal
Ich sehe das gar nicht
Es war doch der
Kommende
Tod.
2. Juni 2026
mercredi 3 juin 2026
Le jeu
Lorsqu’on a eu très chaud et que la fraîcheur est revenue, le souvenir de la canicule s’estompe presque aussitôt. De même, après une période de froid intense, le retour d’un temps clément efface rapidement le souvenir du froid. On ne parvient plus à ressentir dans sa chair ni la chaleur lorsqu’on est au frais, ni le froid lorsqu’on est de nouveau dans le confort. La sensation d’une intensité semble fragile : elle ne se prolonge guère au-delà de sa présence.
Les choses sont peut-être différentes si l’on passe directement du torride au glacial ; le choc des extrêmes pourrait laisser une empreinte plus durable. Mais cela nous arrive rarement. Le plus souvent, on revient à une température agréable, état neutre.
La mémoire du malheur, dans la vie tempérée de tous les jours, s’avère différente. Elle se fait certes discrète, mais demeure présente d’une manière que ne connaissent les variations du temps. J’exprime cela sans être certain que le lecteur saisisse où je veux en venir. En tout cas, je n’y oppose pas le physique au psychique.
Au mois de mai, quelle fournaise !
Depuis peu, le temps s’est rafraîchi, et
Je vais vers les fenêtres pour laisser entrer l’air.
Dès que je les referme, un peu par réflexe
J’étouffe de nouveau, car les murs ont encore
Le souvenir d’un passé proche que, moi, j’ai oublié.
Si j’oublie si vite, ce n’est pas grave :
Nos murs sont constamment les gardiens du souvenir
Comme nos portes sont celles du secret.
La très-lointaine est la plus proche, elle
M’accompagne, dans mon dos, l’effleurant presque
Pour s’envoler le temps que je me retourne.
Je sais aussi qu’elle attend derrière chaque porte
Mais quand je l’ouvre, par pure facétie
Cette fille de l’air se cache.
1er Juin 2026