Lorsqu’on a eu très chaud et que la fraîcheur est revenue, le souvenir de la canicule s’estompe presque aussitôt. De même, après une période de froid intense, le retour d’un temps clément efface rapidement le souvenir du froid. On ne parvient plus à ressentir dans sa chair ni la chaleur lorsqu’on est au frais, ni le froid lorsqu’on est de nouveau dans le confort. La sensation d’une intensité semble fragile : elle ne se prolonge guère au-delà de sa présence.
Les choses sont peut-être différentes si l’on passe directement du torride au glacial ; le choc des extrêmes pourrait laisser une empreinte plus durable. Mais cela nous arrive rarement. Le plus souvent, on revient à une température agréable, état neutre.
La mémoire du malheur, dans la vie tempérée de tous les jours, s’avère différente. Elle se fait certes discrète, mais demeure présente d’une manière que ne connaissent les variations du temps. J’exprime cela sans être certain que le lecteur saisisse où je veux en venir. En tout cas, je n’y oppose pas le physique au psychique.
Au mois de mai, quelle fournaise !
Depuis peu, le temps s’est rafraîchi, et
Je vais vers les fenêtres pour laisser entrer l’air.
Dès que je les referme, un peu par réflexe
J’étouffe de nouveau, car les murs ont encore
Le souvenir d’un passé proche que, moi, j’ai oublié.
Si j’oublie si vite, ce n’est pas grave :
Nos murs sont constamment les gardiens du souvenir
Comme nos portes sont celles du secret.
La très-lointaine est la plus proche, elle
M’accompagne, dans mon dos, l’effleurant presque
Pour s’envoler le temps que je me retourne.
Je sais aussi qu’elle attend derrière chaque porte
Mais quand je l’ouvre, par pure facétie
Cette fille de l’air se cache.
1er Juin 2026
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