mardi 9 juin 2026

Le nu intégral

« Mais, si le souvenir n’a pas été emmagasiné par le cerveau, où donc se conserve-t-il ? »
                                                       Bergson, Énergie spirituelle, II


    Une fois dans sa lingerie
Elle adorait se montrer à moi de la sorte.
Évidemment, pour faire l’amour
Fallait enlever le bas. Quant au soutif :
Ne suis-je pas jolie dans mon truc ?
– Oui, tu y es très jolie. Mais sans, tu l’es encore plus.
Débarrassons-nous de ça !

    Et hop, le voilà dégrafé
Ce dernier voile.



    Quel dommage ! protestait-elle. C’était
Peut-être le seul point où nos désirs divergeaient :
Elle aurait volontiers batifolé encore un tantinet habillée
Se sentant si séduisante dans sa dentelle ajourée ;
Pour moi, ce n’était qu’une phase à dépasser
Je n’aspirais qu’à l’avoir totalement nue
Aucun bijou, rien –

    Et pourtant, je le ressens, le piquant de la Grâce
Restée partiellement dissimulée.



    S’ensuivait une lutte sournoise, comme si chacun
Voulait faire payer à l’autre
La volupté de s’imposer :
Contraints d’adoucir les angles
On recourait à d’artifices autrement raffinés
Que celui d’un petit balconnet
Aussi alléchant soit-il.

    Qui pourrait alors croire
Qu’elle aurait besoin d’ornements, Aphrodite ?



    Incapable de tout jeter
J’ai gardé quelques affaires, dont certain soutif.
Seulement maintenant il est sacré ;
Ma déesse partie, il a trouvé sa place.
N’avait qu’à attendre, le chéri.
Hélas, il dort désormais dans un écrin
Et partage le sort des reliques.

    Elle avait eu raison de toujours se rebiffer un petit peu –
Ainsi, il me reste une partie d’elle.



5 Juin 2026

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