[Tu as passé ta vie dans un ermitage, me dit-on
Et on vit peu dans un ermitage.
– Oui, tu as raison, répliqué-je, on y est obligé
De vivre intensément.
La plupart des gens vivent dans un ermitage
Le grand air est réservé aux happy few.
– Les grands créateurs sont des happy few, me dit-on
Ce récit d’émigration intérieure, rien que de la consolation.
– Tu as une vue bien optimiste, répliqué-je.
J’ai vécu où les gens vivent ;
Est-ce que pour ça je n’aurais rien à raconter ?
Faut-il avoir une vie qui leur est interdite ?
La création, serait-elle une affaire de palais
Racontée aux chaumières ?
En effet, je ne suis pas le Prince Albert des lettres.
Suis-je donc trop optimiste ?
– Oui, tu l’es.]
Dans la chambre du palliatif
Toi, juste assez remontée sur les coussins
Pour pouvoir manger lentement, pensivement ta madeleine
Et moi, à côté, en train de lire le journal –
Quel calme presque surnaturel
Malgré le bruit lointain venant des infirmières.
Mais dehors, vraiment dehors
La vie continuait, la vie qui
En théorie, m’attendait moi, mais plus toi.
C’était peut-être parce que toi, avant
Avais été bien davantage en elle
Ayant ainsi fini plus rapidement avec cette vie.
Moi, elle m’attendait encore
Et elle m’attend toujours.
Dehors, tant de choses se passent
Que d’une certaine façon
Mon optimisme
Même sans toi
Me paraît inébranlable.
17 Juin 2026
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