vendredi 5 avril 2013

Effort louable


C’est fort louable de se préoccuper de ce qu’est le travail lorsqu’on est un oisif de l’existence. Le chômeur, lui, qui le cherche, ce travail, cherche en fait un revenu, un statut et une occupation. L’oisif, en revanche, se contente d’une occupation toute trouvée. Par exemple la réflexion sur ce qu’est le travail. Le revenu, il ne sait pas d’où il lui tombe, il est comme les petits oiseaux, l’oisif, et j’ai du reste toujours pensé que ces deux mots-là ont la même origine. Quant au statut social, alors là, faut pas y songer : ça dépend des autres et les autres, en général, ne les aiment pas, les oisifs, et encore moins les oisifs qui contemplent.
L’oisif s’occupe donc en réfléchissant sur ce qu’est le travail parce que peut-être qu’il n’en sait rien, mais au moins il a le temps de cogiter sur la chose.
Alors que le chômeur, totalement absorbé par ses interminables recherches, n’en a cure, et que les autres, ceux qui en ont, du travail, et n’aiment déjà pas les oisifs, savent seulement bosser sans y réfléchir, sourds qu’ils sont aux conseils de quelqu’un qui, à force d’oisiveté mise à profit, pourrait pourtant les renseigner sur le sens – ou le non-sens – de leur activité. C’est triste que chacun œuvrant dans son coin, on n’arrive pas à avancer ensemble.


Qu’as-tu fait de ta vie ? demanda l’industrieux.
A quoi le fainéant répondit en secouant la tête :
Quelle question ! De ma vie, je n’ai certes rien fait
Mais elle non plus, elle n’a rien pu faire de moi
Alors que de toi, cette vie a fait quelque chose
Et tu penses que tu as fait quelque chose d’elle.
Ah, la garce ! Moi, j’ai préféré que chacun
Suive sa voie en gardant son entière indépendance :
Je suis toujours moi et ma vie est restée elle-même
On n’est pas trop intervenu, on ne s’est pas trop gênés –
Voilà ce que nous avons fait, elle et moi
Et on se porte d’autant mieux.

5 Avril 2013

vendredi 15 mars 2013

Leichte und schwere

Die leichten Dinge und die schweren.
Die großen, fernen, leichten, und die kleinen, nahen, schweren, die einen dort oben am Himmel, die anderen bedrückend in der dunklen Stube, dort, wo man mit seinesgleichen verwachsen ist.

Eine Wolke, die für einen kurzen Augenblick aussah wie ein großer Fuß, kam vorbei.
Sehr groß, aber auch sehr leichtfüßig, das muss man schon sagen. Man hatte keine Angst, von diesem riesigen Fuß am Himmel zerquetscht zu werden. Es ist beruhigend, wenn Füße über einem versichern, schön weit oben zu bleiben.

Aber was sollen überhaupt Füße, wenn eines fliegen kann wie eine Wolke? Oder aber unrettbar der Enge verwachsen ist?

So nahe ich mir auch bin: Ich zum Beispiel entferne mich immer weiter von meinen Füßen. Vor noch nicht allzu langer Zeit waren sie mir fast so nahe wie meine Hände; jetzt ist es eine richtige Reise, bis ich zu ihnen gelange, und diese Reise wird immer länger und beschwerlicher.
So verschwindet das Gefängnis, entfernt sich der enge Körper – allmählich, stückweise, wolkenartig – bis er irgendwann einmal unerreichbar geworden ist, man hat ihn schon verloren, bevor man ihn hinter sich hat. Zum Ausgleich spürt man ihn immer deutlicher.

Ganz im Gegensatz zu den fliehenden Wolken. Sehr beruhigend. Der Körper ist wie einer, der, weil er in immer größere Fernen entschwindet, immer lauter schreien muss, damit man ihn noch vernimmt. Riesigen, leichtfüßigen, absolut stillen Himmelsschiffen entgegen, die bald so nahe oder so fern sind wie die nächste Tür.


Légères et lourdes

Les choses légères et les choses lourdes.
Les grandes, lointaines, légères, et les petites, proches, lourdes, les unes là-haut au ciel, les autres, pesantes, dans la chambre sombre, là où l’on s’est enraciné avec ses pairs.

Passait un nuage qui pour un petit moment ressemblait à un grand pied.
Très grand, mais également très léger, il faut bien le dire. On n’avait pas peur d’être écrasé par cet énorme pied dans le ciel. On est calme lorsque les pieds au-dessus de notre tête nous assurent de rester gentiment tout en haut.

Mais à quoi bon des pieds lorsque quelqu’un sait voler comme un nuage ? Ou lorsqu’on est définitivement prisonnier de l’étroitesse ?

Aussi proche que je sois de moi-même : moi, par exemple, mes pieds s’éloignent de plus en plus de moi. Il n’y a pas si longtemps, ils m’étaient presque aussi proches que mes mains ; désormais c’est un véritable voyage pour aller jusqu’à eux, et ce voyage devient de plus en plus long et pénible.
Ainsi, la prison disparaît, le corps étroit s’éloignant – peu à peu, morceau par morceau, à la manière des nuages – jusqu’à devenir un jour inatteignable, on l’a déjà perdu avant de l’avoir derrière soi. En revanche, on le sent de plus en plus nettement.

Tout au contraire des nuages fuyants. Cela rassure. Le corps est comme quelqu’un qui, au fur et à mesure qu’il s’éloigne, crie plus fort pour qu’on puisse encore l’entendre. Se rapprochant des gigantesques vaisseaux du ciel aux pieds légers et absolument muets, qui seront bientôt aussi proches ou aussi lointains que la prochaine sortie.

12 Mars 2013

dimanche 10 mars 2013

Cinq nouvelles épigrammes à l’ancienne


i.
Parti sous d’autres cieux ? A coup sûr : plus cléments.
Ces cieux sont toujours ceux, sereins, où il pleut peu
Tandis qu’ici se couvre, et pisse, et se reprend
Un ciel semblable à tous, soiffeux, incontinent.

Moi, je serais perdu sous un ciel sec, exemple
De vertu sèche, puisqu’à rien en moi ressemble
J’aurais trop honte sous un dais constamment bleu
Je reviendrais vers mes nuages en courant.


ii.
La longue queue sortie d’un élégant trois-pièces
Ce singe est trop savant pour être sérieux
Mais tel chef digne, le costard cachant sa queue
Sautant de branche en branche manquerait d’adresse.

Ni singe ni bouffon, un peu entre les deux
Fort mal frusqué, ne sautant qu’en cas de détresse
J’ignore chefferie, science, et tous leurs jeux
Mais si je tombe ce n’est que sur mes deux fesses.


iii.
Poupin, fidèle à son petit trou de naissance
En attendant que la grandeur vienne vers lui
L’y a trouvée, au prix, bien sûr, d’un grand ennui –
A force, à force... elle s’impose, la présence.

Sous son cul mou, le trou s’est bonifié en trône
Faisant de lui, dessus, une gloire locale
Gloire locale, puis gloire internationale
Conscience universelle, impériale icône.


iv.
Il y en a dont, hélas, le talent ne s’exprime
Que dans le noir, tout s’envole au petit matin
C’est dans la nuit qu’ils brillent, tels des corps célestes ;
Pour un chanteur ça va, un peu moins pour un mime.

J’ai connu un muet dont c’était le destin :
Tous feux éteints il excellait, au jour ces gestes
Paraissaient pour ce qu’ils étaient en vérité –
De simples tâtonnements dans l’obscurité.


v.
Si l’on n’invente rien, on n’est pas inventeur
Et si l’on ne ment pas, on n’est pas un menteur ;
Celui qui clame une invention imaginaire
L’a inventée, son invention, il en est père.

On a prétendu que ses belles inventions
Ne seraient autres que des affabulations ;
Or, tout est vérifié chez mon ami faussaire :
Trouvés par lui tout seul : bobards, craques, chimères...

Début Mars 2013

vendredi 8 mars 2013

Bravo l’artiste

Depuis quelque temps, au coin de notre rue un authentique cul-de-jatte a pris ses quartiers.
A une époque où les culs-de-jatte ont disparu de nos contrées, lui s’est amené comme une piqûre de rappel.
Exposant ce qui lui reste, tous voiles retirés.

Or, l’intention est trop évidente pour que les passants se laissent attendrir.
Le cœur, c’est ancestral, s’en émeut peut-être encore un peu, mais le porte-monnaie, plus moderne, reste fermé.

Je me suis habitué à ce voyage au Moyen Âge, et le trottoir est si étroit qu’il m’arrive d’enjamber, pardon, les moignons sans regarder. Mais j’ai quand même vu, et je me dis que je ne suis pas le seul égaré dans le mauvais siècle. Il a beau être venu d’ailleurs, ici nous avons bâti un Etat-providence aux multiples garanties pour les plus pauvres, notamment ceux de son espèce. N’avons-nous pas toutes sortes d’allocs, ouvertes à des ressortissants comme lui, la cotorep et tout le toutim, et ne payons-nous pas des impôts locaux plutôt lourds afin que notre ville puisse s’enorgueillir d’être à la pointe en matière d’intégration des comme lui ? Il a droit à la CMU, certainement aussi à des prothèses sécu, et je suis sûr qu’il le sait, appartenant de toute évidence à une communauté habituellement fort éclairée sur ses droits.
Faisant la manche de cette sorte, il se permet de nier tout le progrès social, il rend même possible que les gens se disent : si c’est comme ça, on peut aussi retourner en arrière. En est-il seulement conscient ?

On n’en est pas encore là, et lorsqu’un rare passant lui donne la pièce, ce ne peut être que pour le spectacle. Ce n’est plus la miséricorde, de la miséricorde, l’Etat nous a délivrés, c’est pour le spectacle. Moi, cela me rebute de dire comme ça : bravo l’artiste ! Il lui reste ses deux bras, il pourrait jouer du violon, de jolis airs tziganes, dans ce cas je donnerais. Sans un peu de musique, pas d’émotion, pas de rétribution dans un pays civilisé.

7 Mars 2013

jeudi 7 mars 2013

De anima

  
1. Guilgoulim

Pas de doute là-dessus, assieds-toi et regarde cet album avec moi.
Tu vois : J’étais bel et bien dans un tout autre corps autrefois.
Ici, sur la plage du Touquet, c’est particulièrement frappant.
Si tu n’es toujours pas convaincu, bois un coup pour le courage,
______________________________________ _____puis
Je me déshabillerai un peu pour que tu puisses comparer en toute
_______________________________________ bonne foi.

Eh bien, c’est à cause de cela que je pense tout ça, que l’idée
De la transmigration des âmes provient simplement du constat
Qu’il y a transmigration du corps chez l’homme
Dans une seule et unique vie. De là à supposer
Que l’âme, survivant à de tels changements, sache également
Sauter de corps en corps n’est qu’un pas, ce n’est que pure logique.

D’une certaine façon, deux jeunes ou deux vieux de deux siècles
_______________________________________ différents
Sont plus proches l’un de l’autre par rapport à leurs âmes
Qu’un vieux du jeune qu’il était, ou un jeune du vieux qu’il sera, il
__________________________________________ y a là
D’évidence double transmigration, car d’ordinaire peu de
___________________________________ mémoire subsiste
Malgré les quelques souvenirs mal digérés du retraité modèle, et
Nous savons depuis toujours combien l’âme oublie de choses lors
______________________________________ du passage.

Pour ça, pas besoin de mourir au préalable
Pas besoin de mourir tout court, et c’est rassurant, n’est-ce pas.
C’est ce que ce mutant d’homme a trouvé de mieux comme espoir.
Regarde encore un peu ces photos, et tu tomberas d’accord avec
____________________________________________moi
Qu’il faut souhaiter bonne chance pour les transmigrations
______________________________________prochaines.

2 Mars 2013


2. Jansens Gabe

Angeblich steckt die Seele mir im Ranzen
Nur weiß ich nicht recht, wo, die arme Seel
Ob ich frohlocke oder mich auch quäl –
Er hab sie mit hineingesteckt, sagt Jansen.

Ich find sie aber nicht, kann sie nicht greifen
Den Wulst hingegen kneife ich zur Not
Da weiß ich, wo ich dran bin: noch nicht tot!
Die Seele nur will sich nicht lassen kneifen.

Bist du dir deiner Sache sicher, Jansen?
Und jener meint, er hab sie gut versenkt
Gar überleben würde meinen Ranzen

Das Hurenbiest, wo man nicht weiß, wo’s lungert
Dieweil der Wanst verdurstet und verhungert
Der treue Kerl, der da ist, wo man denkt.

28. Februar 2013


3. De alma oscura

Sans penser à grand-chose
Je m’arrache un poil du nez
Un gros poil noir et frisé
Que j’examine avant de le virer.


Sans connaissance, certes rien, mais
La connaissance qu’on saurait acquérir
En se fiant à soi-même
Cette connaissance de soi
Est une lumière sans clarté
Nuit sans ténèbres, d’âme obscure.

Et le monde n’est pas en meilleure posture.
Ces journées, remplies de soi, vides
Clarté sans lumière, ténèbres sans nuit
Où voulez-vous qu’elles arrivent ?
Elles n’apporteront rien
Sans connaissance, certes rien, mais.

4 Mars 2013

mercredi 6 mars 2013

Eppur si mouve

Wenn nicht in Reih und Glied, in welcher Ordnung?
Wie sollen viele Menschen etwas taugen
Wenn nicht, jeder für sich, einander
Wechselseitig neutralisierend?

Es bleiben Reih und Glied. Derselbe Schrei
Aus jedem Hals, starkmachende Einigkeit
Wo Schwächung das Einzige wäre.

Jener schaute nach rechts und nach links
Als es darum ging, vorwärts zu blicken
Auf ein weisendes Licht, und bei blutigem Rot glitt
Er in die nur ihn lockende Lücke.

Aus dumpfer Geballtheit schallt’ es ihm nach, er
Verführe die Jugend, der man
Doch gerade den Vorwärtsblick beibringe.

Wähntet ihr, ihn zurückzuholen?
Eure Schreie beflügelten noch seinen Fuß
Wie vorwärtsgetragen von Schwingen, wie
Von Flüchen beschützt neuen Ufern zu.

Jener floh nicht, er stürmte voran wie im Fluge
Verkündiger, Vorbote, einsamer Herold
Wenig schwächend die Menge, doch ein Beispiel der Tugend.

6. März 2013

mardi 5 mars 2013

Dans la mesure du possible


1. Le mal par le mal

Dans les pays chauds
Dès que les gens ont le droit de vote
Ils votent pour
D’emmitouflés, d’enfoulardés, d’ensoutanés
On dirait qu’ils ont froid.
Ou alors ils ont si chaud qu’ils admirent.
C’est l’effet combattre le mal par le mal.

Dans les pays plus froids
Le choix des gens n’est guère plus lumineux.
Seulement, le vêtement n’y est pas central.
Ils ont le chauffage central
Et la banque centrale.
Eux aussi, ils combattent le mal par le mal.

Si on te donnait le droit de vote
Dans un pays de ton choix
T’aurais du mal, toi aussi
De choisir entre des gens surhabillés
Et des salles de marchés chauffées à bloc.
Tu laisserais faire la nature
Celle qui combat le mal par le mal.


2. La rançon de l’insuccès

Le manque de succès est comme l’alcool
Il fait qu’on s’encroûte.
On insiste, bêtement, outre mesure
Se tait ou insiste ou les deux en même temps
Tombe en syncope ou
Hausse trop la voix, veut parler
Plus fort là où personne d’autre ne parle.
Bien curieux qu’on puisse quasiment s’enivrer
De son manque de succès.
C’est comme l’ivresse du néant
Sans antidote connu.


3. La plage

C’est une très belle journée.
Échos de bruits d’été, lumière et odeurs
S’insinuent par la fenêtre un peu ouverte.
Renfermé dans son bureau, quelqu’un se révolte :
Peux pas rester, faut que j’aille à la plage !
Et le voilà qui s’échappe.

Mais tout le monde n’a pas la tête à s’enfuir.
La plage est peu fréquentée en pleine journée ouvrée.
En la balayant des yeux, le fugitif ne détecte
Qu’un petit vieux et son vieux chien, et ils ne semblent
Pas très gais, ce retraité et ce clébard
Se promenant lentement côte à côte sous un astre si éclatant
Qu’on pense immédiatement aux crapauds de Larkin
Et se dise qu’à y être, la plage ensoleillée déprime.
Déduisons-en qu’on est encore mieux là où l’on est.

Coup de bol, dis donc, que l’ami y soit resté.


Im Rahmen des Möglichen

1. Das Übel mit dem Übel

In den heißen Ländern ist es so
Dass die Menschen
Sobald sie das Wahlrecht haben
Eingemummelte, Eingeschleierte, Eingetalarte wählen.
Man könnte gerade meinen, sie frieren
Oder es ist ihnen so heiß, dass sie es bewundern.
Es ist der Effekt „Das Übel mit dem Übel bekämpfen“.

In den kälteren Ländern
Leuchtet auch kaum ein, was die Leute wählen.
Nur die Kleidung spielt keine größere Rolle.
Sie haben Zentralheizung
Und eine Zentralbank.
Auch sie bekämpfen das Übel mit dem Übel.

Würde man dir das Wahlrecht
In einem Land deiner Wahl geben
Hättest du auch Schwierigkeiten, dich zu entscheiden
Zwischen Leuten, die zu warm angezogen sind
Und überheizten Trading Rooms.
Du würdest die Wahl der Natur überlassen
Eben der, die das Übel mit dem Übel bekämpft.


2. Der Preis der Erfolglosigkeit

Erfolglosigkeit ist wie Alkohol.
Sie führt zu Verkrustung.
Man insistiert nur noch blöde
Verstummt oder insistiert oder beides gleichzeitig
Kippt weg oder wird zu laut
Will übertönen, wo es nichts zu übertönen gibt.
Seltsam genug, dass man
Wie besoffen von Erfolglosigkeit sein kann.
Es ist ein typischer Nirvanarausch
Gegen den es kein Mittel gibt.


3. Der Strand

Es ist ein wunderschöner Tag.
Der Widerhall von Sommerlärm, Licht und
Gerüche dringen durch das leicht geöffnete Fenster.
In seinem Büro eingepfercht wehrt sich einer:
Kann nicht bleiben, muss raus an den Strand!
Und schon hat er sich davongemacht.

Doch nicht jeder hat einen Kopf um zu entfliehen.
Der Strand liegt an diesem Arbeitstag sehr verlassen da.
Als er ihn absucht, entdeckt der Flüchtling lediglich
Einen alten Mann und seinen alten Hund, und sie
Wirken nicht sehr lustig, dieser Rentner und sein Köter
Langsamen Ganges Seite an Seite unter einem Gestirn
Dessen Strahlen einen sofort an Larkins Kröten denken lässt
Und man sich sagt, ist man erst einmal da, deprimiert der sonnige Strand.
Schließen wir daraus, dass man stets besser bleibt, wo man ist.

Welch Glück, sag, dass unser Freund es auch so gehalten hatte.

13. Januar 2013

lundi 4 mars 2013

Vielleicht ist Gleichheit im Entstehen

Wenn zwei Bekannte sich treffen, müssen
Sie einander nicht gleich bekannt sein;
Der eine mag viel mehr vom anderen wissen
Als der andere vom einen.
Falls aber zwei Fremde sich treffen, können
Sie einander nur gleich fremd sein
Ist einer beim Sich-aneinander-Erkennen
Auch zu zweit, und der andre allein.
So reich ist das menschliche Miteinander
So rätselhaft geht es vonstatten:
Ob Fremdlinge oder uralte Bekannte –
Wir werfen ganz ungleiche Schatten.

Was wir nach Jahrzehnten noch nicht sehen
Erfahren wir nun auch nicht mehr;
Vielleicht ist Gleichheit im Entstehen
Die Nacht kommt ja schon zu uns her.


11. Februar 2013

lundi 11 février 2013

Fleshen Art

Die dargestellte Person.
Ein alternder Schauspieler fragte sich: Kann ich eigentlich noch spielen oder habe ich das Spielen verlernt? Ich glaube zwar mehr denn je an die Rollen, die ich spiele, doch Glauben genügt wohl nicht, man muss diese Rollen auch verdienen, und ich verdiene, fürchte ich, nun nur noch mich selbst. Wer seine Rollen aber zu sehr mit sich selbst ausfüllt, ist das noch ein Schauspieler?


You needn’t’ve learned much art to grow into
An actor of yourself, since time alone
Gives life to paper, flesh to weathering stone
And blurs the frontier between what and who.

Acclaimed for parting pulp and pith and bone
Old hams intuit where it’s heading to;
No role to spurn, no antic to postpone –
That play has long been written, cue for cue.


[Le personnage représenté.
Un acteur vieillissant se demandait : Est-ce que je sais encore jouer ou ai-je oublié comment faire ? Il est vrai que je crois plus que jamais aux rôles que je joue, mais croire n’est pas assez, il faut aussi les mériter, ces rôles, et j’ai bien peur de ne mériter désormais plus rien d’autre que moi-même. Or, celui qui remplit trop ses rôles de lui-même, est-il encore un acteur ?]

February 9, 2013

vendredi 1 février 2013

Tentatives de réparation

Ayant cassé par mégarde
Une petite branche, je l’ai mise dans un verre
Afin qu’elle développe des racines
Et bien qu’elle soit restée longtemps en vie
– Assez longtemps pour que le verre ait dû être rempli
Plusieurs fois et se soit taché de ronds de calcaire –
La branche refusait de les faire, ces racines, et mourut desséchée.
Cela reste un vrai mystère pour moi
Pourquoi certaines branches font des racines et d’autres pas.
Je suis absolument perplexe devant l’énigme
De la poussée racinaire chez les branchettes cassées.
Ou pour quelle raison moi, je veux à tout prix les sauver
Dans un verre d’eau, ne pouvant leur offrir rien de mieux
Qu’un maigre coin de balconnière comme perspective d’avenir.

Bon, moi je sais, mais elles ne le savent pas.
Et l’envie de vivre, je comprends. N’empêche, ça m’inquiète
L’espoir d’une branche qui réussit à faire des
Racines dans de telles circonstances, parce que
Ce n’est quand même pas normal, juste de l’eau dans un verre.
Celles qui ne se laissent pas berner et claquent
Devraient me mettre du plomb dans la tête, et pourtant
Je les pleure. Je les jette et je les pleure.


Wiedergutmachungsversuche

Versehentlich
Abgebrochenes Ästchen in ein Glas getan
Damit es Wurzeln bildet.
Obwohl es lange am Leben blieb
– Lange genug, dass das Glas immer wieder aufgefüllt
Werden musste und dicke Kalkränder bekam –
Bildete es keine Wurzeln und vertrocknete am Ende doch.
Es ist mir ein Rätsel
Warum manche Ästchen Wurzeln bilden und andere nicht.
Es ist mir überhaupt ein Mysterium
Was es mit der Wurzelbildung abgebrochener Ästchen auf sich hat.
Oder warum ich sie unbedingt retten möchte
Und deshalb in Wasser stelle, da ich ihnen ohnehin nur einen
Winkel im Balkonkasten als Zukunftsaussicht zu bieten habe.

Gut, ich weiß es, aber sie wissen es nicht.
Doch bei allem Lebenswillen: Es bleibt beunruhigend
Was Ästchen, denen die Bildung von Wurzeln unter
Diesen Umständen gelingt, sich davon versprechen, denn
Normal ist so ein Glas mit nichts als Wasser ja keineswegs.
Diejenigen, die nicht darauf eingehen und eingehen
Sollten mir eine Lehre sein, und dennoch
Bedaure ich sie. Ich werfe sie weg und bedaure sie.

1. Februar 2013

mercredi 9 janvier 2013

Voraussetzungen und Vorhäute


1. Piepsend unterm Schrank

Erst reißt er sich die Federn aus
Und dann kann er nicht mehr fliegen
Was kein Wunder ist.
Man muss ihn von unterm Schrank hervorholen
Diesen niedlichen Piepmatz
Mit seinem winzigen, rasenden Herzen
Weil er so tief unten doch nicht mehr er selbst sein kann.

Warum hast du dir die Federn ausgerissen, Dämlack?
– Zwanghaft. Ein Juckreiz. Äußerst unangenehm
Wenn es einen in den Flügeln kribbelt.
– Und nicht an die Folgen gedacht?
– Wie hätte ich ahnen sollen
Was ohne Schwungfedern auf mich zukommt?
Die Voraussetzungen für seine Künste
Sieht man erst hinterher.


2. Ein sehr gutes Zeichen

1. Mose 17:11

Gewisse Zufälligkeiten im Leben
Haben zum Ergebnis, dass die einen beschnitten werden
Und die anderen nicht.
Ein kleiner Schnitt, doch er hat Weiterungen.
Die einen haben später eine Beschnittenensexualität
Und die anderen eine Unbeschnittenensexualität
Was nicht unbedingt dasselbe ist.
Doch obwohl – oder gerade weil – die Sexualität
In einem Männerleben so wichtig ist, sind die meisten zufrieden.
Man findet selten Beschnittene, die es bedauern
Beschnitten zu sein, und selten Unbeschnittene
Die es bedauern, vergessen worden zu sein. Nur die wenigsten
Unbeschnittenen lassen sich dann doch noch beschneiden
Und nur die wenigsten Beschnittenen versuchen
Wieder an ein Stückchen Vorhaut zu gelangen
Obschon das möglich scheint.
Es gibt bekanntlich einen Penisneid
Und überhaupt sehr viel Neid
Aber kaum einen Vorhautneid
Unter den Männern dieser Erde
Was eigentlich ein sehr gutes Zeichen ist.
Jawohl, ein sehr gutes Zeichen – deshalb wurde
Die Beschneidung schließlich erfunden.


Prémisses et prépuces

1. Sous l’armoire, en piaulant

D’abord il s’arrache les plumes
Puis il ne sait plus voler
Ce qui n’est pas étonnant.
Il faut le chercher sous l’armoire
Ce mignon petit piaf
Avec son cœur minuscule battant la chamade
Puisque aussi bas il ne peut plus être lui-même.

Pourquoi t’es-tu arraché les plumes, imbécile ?
– Par compulsion. Un prurit, une
Démangeaison aux ailes, très pénible, ça.
– Et pas pensé aux conséquences ?
– Comment aurais-je pu savoir
Ce qui m’attendait sans les rémiges ?
Les prémisses de tout art
Ne se révèlent qu’après coup.


2. Un très bon signe

Genèse 17:11     

Il y a des circonstances dans la vie
Qui font que les uns sont circoncis
Et les autres pas.
Une toute petite coupure, mais qui a des conséquences.
Les uns auront plus tard une sexualité de circoncis
Et les autres une sexualité de non-circoncis
Ce qui ne revient pas exactement au même.
Mais malgré – ou peut-être à cause – de l’importance
De la sexualité dans une vie d’homme, la plupart sont contents.
Rarement des circoncis regrettent cet état de fait
Et rarement des non-circoncis regrettent d’avoir été oubliés.
Très peu d’entre eux se font plus tard circoncire
Et très peu de circoncis tentent un jour de récupérer un
Bout de prépuce, alors que la chose semble possible.
Il y a la fameuse envie du pénis
Comme il y a beaucoup d’envie sur terre
Mais il y a peu d’envie du prépuce
Ce qui est un très bon signe.
Eh oui, un très bon signe – voilà pourquoi
La circoncision a été inventée.


6 et 9 Janvier 2013