samedi 24 octobre 2026

Von Friedensengeln

“Lei mi sorrise, allora; e quel sorriso la fece sembrare più brutta, proprio come un raggio di sole fa sembrare più brutto un cielo pieno di nuvolacce nere.”
                                          Moravia, Il vaso cinese

 i. 

Ich Schlemihl trudelte zum falschen Zeitpunkt ein
Platzte hinein in ihren schönsten Streit:
Wenn zwei sich zwiebeln, ist ein Dritter fehl am Platz
Er stört nur deren wilde Innigkeit.

Wär ich geplatzt in Ödnis und nicht Krieg –
Sie hätten mich empfangen freudiglich;
So aber, ungebetner Friedensengel
Im Zorn verstummt hassten sie beide plötzlich mich.


ii.

Pour parler vrai, faut pas se raconter d’histoires :
Ces anges de la paix sont tous des parasites
Qui, à l’instar des paons, déploient leurs grosses plumes
Pour faire le géant, vieux truc du répertoire.

Pire : ils se plantent là en dénudant leurs torses
Criant : Visez plus bas, sinon allez au diable !
Et comme ils ont, pardi, le sexe invérifiable
Mieux vaut cibler le cœur pour conserver ses forces.

En vérité, ils veulent squatter le clic-clac
Pour mener belle vie à notre détriment
Et s’ils disent pouvoir se passer d’aliment
C’est seulement parce qu’ils manquent d’estomac.

Moi, je les virerais sans faute, et sans m’en faire
Au premier coup tiré, formidable occasion –
Puisqu’on n’est pas parents, aucune obligation –
Voilà ce que j’en ferais si j’étais en guerre.


22 Octobre 2026

[Mannheimer Generalpardon]

vendredi 23 octobre 2026

De amicitia

Je viens de virer un T-shirt. Il avait fini en lambeaux, mais c’était un morceau de ma jeunesse. Je l’avais depuis des décennies. Je l’ai remplacé par un autre vieil ami qui, lui, n’est qu’un tantinet troué dans le dos. Il est encore plus ancien que l’autre, je l’ai au moins depuis la première élection de Mitterrand, je pense, mais des amis de cette trempe-là, on n’en trouve plus. Sur une photo ça ne se voit pas ; c’est pourquoi je vous dis leur âge. Depuis très longtemps je ne les portais plus à l’extérieur – ils m’auraient fait un peu honte puisque les gens ne comprennent rien – mais je passais mes nuits avec. C’est ce qu’on fait lorsqu’on a de très vieux amis et qu’on est du genre fidèle. Leur lente clochardisation, fort commune dans la branche, on ne s’en rend compte qu’au moment où ils sont presque partis d’eux-mêmes.


1. A Nuisance in Decay

Besucht man uralte Freunde zur falschen Jahreszeit, muss man auf eines gefasst sein: Sie heizen das Gästezimmer nicht. Speis und Trank bekommt man üppig zugeteilt, man braucht gar keinen Bezugsschein, und vielleicht wird einem sogar ein von ihnen selbst verfertigtes Kunstwerk überreicht, doch damit hat es sich. Freundschaft ist eine Sache, die Heizung speziell für den Freund anzuwerfen eine andere. Der wahre Freund sagt sich, sein Besucher sei ja bekanntlich ein harter Brocken, ein klein wenig Ungemach ertrüge er schon. Sein Zimmer dürfe also gerne sehr kalt sein, im Gegensatz zum Schlafraum des leider etwas empfindlich gewordenen Gastgebers. Freundschaft wärmt schließlich zuerst die Herzen, da hält der Körper auch etwas Frost aus. Es ist viel angenehmer, sich bei Freunden eine laufende Nase samt Halsweh zu holen, als bei feigen Feinden in trügerische Behaglichkeit gelullt zu werden, denn es ist quasi das Geheimnis der Freundschaft, dass man von seinen ältesten Freunden immer sehr überschätzt wird – nicht nur, was Genius oder Seelenstärke, sondern auch, was des Leibes Widerstandsfähigkeit angeht. Sie erinnern sich gerührt an die heroischen Jugendtage, halten einen in ihrem Überschwang nach wie vor für einen Halbgott und können sich gar nicht vorstellen, dass auch der nicht mehr winterhart sein könnte.


But was it me when life was new?
I wish I knew.

Staying a hero for our friends has got
Its downside either way:
I am inclined to say
That heroism is a one-shot plot.

Can’t tell sweet youth: return and stay –
Too old to change. A lot
Of lukewarm was once hot;
We can but cherish garish yesterday.

But where was life when it broke out?
Elsewhere, no doubt.


2. Politique de la chaise vide

Lebende begräbt man zwar nicht, und man sitzt auch nicht für sie Schiwe, doch hat das Leben, oder die „Meinung“, einen auseinandergetrieben und kommt es dazu, dass man von uralten Freunden nicht mehr eingeladen wird, steht bei denen ein leerer Stuhl am Tisch und ein leerer Teller auf ihm. Das ist etwas anderes, als wenn da kein Stuhl stünde, und auch kein Teller. Für den Uneingeladenen macht es keinen Unterschied, und auch der uralte Freund sieht den leeren Stuhl nicht mehr, es hat sich womöglich sogar ein neuer Freund auf ihn gesetzt und futtert von unserem Teller, aber auch das ändert nichts daran, dass da doch unser Stuhl und unser Teller stehen, und nicht etwa nichts. Dass nicht mehr auf einen gewartet wird, rächt sich von selbst: mit dem Verdorren ohne den alten Streit.


L’ami Élie était si grand prophète
Qu’incessamment on attend son retour.
En fait, on le craint plus qu’on le souhaite ;
Élie, pas con, fait alors demi-tour.

Celui que tu attends depuis des lustres
Est beaucoup moins idiot qu’il ne paraît ;
Toi, l’ami de toujours, ne sois pas rustre :
Bien qu’invité, ménage ton retrait.

La chaise sans objet qu’on te réserve
Que dit-elle de l’amitié ? Mon pote
C’est de la sorte qu’elle se préserve
Si tu tiens à savoir à qui la faute.


20 Octobre 2026

mercredi 21 octobre 2026

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lundi 19 octobre 2026

On Anonymous Age

“ϑανεῖν δ’ οἷσιν ἀνάγκα, τά κέ τις ἀνώνυμον γῆρας ἐν σκότῳ καϑήμενος ἕψοι μάταν, ἁπάντων καλῶν ἄμμορος;”                                                             Pindar, Olymp. I, 82–84


Age bares, and then comes winter since you’re old
And nakedness subzero is no fun
Yet there’s this little solace in the cold
Which is the barging in of a poor sun.

I’d rather shun the open, void, and vast
To huddle in the nest I’ve built for me
To let embalming dark protect at last
Creätures’ dear vulnerability.

Name, this false shield, like liquor, when it rings:
What worse disgrace than status for the geezer?
Old flesh keeps fresh and frisky in the freezer
But rots in comfort like all human things.

Don’t ever trust in Pindar’s fame unless
Thou fear’st man’s universal namelessness.

October 18, 2026

[Picasso, Pindar]

lundi 12 octobre 2026

Du reflet miraculeux

“My picture drown’d in a transparent teare, / When I looke lower I espie”
                                                                                                    Donne, Witchcraft

 

Quel autre effet a jamais eu sur l’homme le miracle
Ce Nès versé, puis dissolu dans un peu d’eau de pluie
Que celui qu’il s’en accommode et, quoiqu’il s’en ennuie
Que son emprise sur sa pauvre vie fait qu’il la bâcle ?

Que le mystère se dissout dans cette vie de braque
N’est pas plus prodigieux que l’ombre qu’une étoile donne
À qui en voit l’image à contretemps, quand midi sonne
Sur la clepsydre d’un clocher perçu dans une flaque.

Si le clocher semble à portée, l’heure n’est plus la bonne –
Ombre portée sur moi par l’inaction de mon étoile
Spectacle me transforme en éclaireur d’un moi posthume.

La belle jambe que cela me fait, faut que j’assume :
Du haut du ciel tel éternel en bon public se poile
Lorsque, miraculé, au sort terrestre il m’abandonne.


[Welch Wirkung hatte auf den Menschen je des Wunders Kunst
Hebräisch Nes, auch eingerührt, doch in ein wenig Regen
Als die, dass er sich dreinschickt und, kommt’s ihm auch ungelegen
Wunders Gewalt bewirkt, dass er sein Leben sich verhunzt?

Dass das Geheimnis sich löst auf in Leben, das verrückt
Nicht wunderlicher ist’s als Schatten, der vom Sterne fällt
Auf den, der ihn zur Unzeit sieht, wenn’s nämlich Mittag schellt
Von eines Kirchturms Wasseruhr, in einer Pfütz erblickt.

Der Turm scheint näher, doch die Uhr ist schrecklich itzt verstellt –
Und Schattennacht, die auf mir liegt von diesem faulen Stern
Ein Stück, das mich zum Pionier macht von postumem Ich.

Dass mir’s nicht nützt, das muss ich auf mich nehmen willentlich:
Der Ew’ge, dankbar Publikum, belustigt sich von fern
Wenn meinem ird’schen Los mich Wunderkind er überstellt.]


10. Oktober 2026

samedi 10 octobre 2026

तृष्णा TRISHNA

                                             On Desire & Envy

i.

Celui qui désire quelque chose n’en manque pas. Il ne manque ni du désir, ni de la chose. Manquerait-il de la chose, il ne lui viendrait pas à l’idée de la désirer. Il ne lui manque que la possession, ce qui est peu de chose.
Celui qui manque d’un fidèle compagnon par exemple, sous la forme, disons, d’un chien, mais sait que sa situation ne permet pas de garantir à cet animal des conditions qu’il estime dignes, parce que, au-delà du désir de le posséder, il songe à son bonheur et n’oublie donc pas que, même s’il pense au joli sac de récupération de merde en se promenant, un trottoir dans une métropole n’est pas un lieu idéal : un tel homme est beaucoup plus proche de l’ensemble des chiens qu’il rencontre que n’en sont leurs fiers propriétaires. Mais il sait aussi que ces chiens se foutent de leur condition – seul le maître compte à leurs yeux, à l’instar des enfants de la misère pour qui les parents comptent davantage que le tas de déchets où ils les font vivre – et que ces chiens, ou ces enfants, le cas échéant lui aboieraient dessus au lieu de flairer en lui leur véritable ami, un ami qui, par amour, voudrait qu’ils n’existent pas
.

 

I felt this envy paupers show
But was too rich for greed
So what I’d wished was prone to go
Ere ogling could take heed.

Don’t ever covet pearls or gold
Or girls as things of need –
Luck’s message: be it manifold
It’s loath to feed one’s creed.

Desire claims this crude belief
That lackers are bereft
Because it’s only for the thief
To appreciate their theft.


ii.

«Recuerdo una frase de las muchas qui hicieron famoso a Agustín de Foxá. Aristócrata, rico, diplomático, acababa de casarse con una muchacha guapísima, era el huésped preferido de las casas de Madrid, y, por si fuera poco, su obra en verso Baile en Capitanía llenaba el teatro tarde y noche. Al felicitarle en el saloncillo del Español, me dijo: “Mucho, ¿verdad? Yo ya he empezado a hacer correr el rumor de que tengo una úlcera en el estómago...”
Conocía bien a su mundo.»   Fernando Díaz-Plaja, El Español y los siete pecados capitales


Neid kann schwer sein, wo keiner etwas hat
Außer viel Zeit
Wo dann vom Neid
Musengeküsst
Auch Nichtstun nicht mehr ausgenommen ist:
Dort freilich wird gestöhnt an Neides statt.

Die langen Mußestunden tun nicht gut
Weder den Vollen, noch den Leeren. Habet Mut
Und fangt, was unter Sonnenstrahlen kann
Zu neiden an!
Neid sei des Kunstwerks Motor, heißt es klug
Und ein zum Glück erschwinglicher Charakterzug.

Als ich einst wollte, kam ich um den Neid:
Ich frug mich, wen um was
Und glaubte, das
Was ausgestreut an Gaben
Im Übermaß zu haben
Doch spürte dann im Alter meine Unzulänglichkeit.


8. Oktober 2026

mardi 6 octobre 2026

Curvimètre

Je rentre.
À la gare, à la maison
Personne ne m’attend.
Quelqu’un m’attend
Plus loin encore
Plus encore chez moi.

Jusqu’où faut-il aller
Pour pouvoir dire qu’on rentre
Et qu’on est attendu ?
Le chemin de retour s’allonge
Et se raccourcit.
C’est à n’y rien comprendre.

Pour mesurer la bonne distance
Je me suis procuré un curvimètre.
Il m’indique un chiffre :
À vol d’oiseau ce n’est pas loin
Et même en comptant les virages.
Mais ça trompe.

Au petit instrument
Très exact, de facture suisse
Manque la bonne échelle
Et toute précision sur terre
Dépend d’elle.
Sans l’échelle t’es mort, mon ami.

5 Octobre 2026