jeudi 19 février 2026

Du calcul mental

Was man sich an den Fingern abzählen kann, mag zwar niederschmetternd sein, ist aber schnell erschöpft. Sehr bald bringt nur noch Kopfrechnen weiter.


Vous pouvez dire ce que vous voulez, mais
Le monde ne fait pas son âge.

Sa peau se régénère par nature, et la nature
Ne cesse de renaître : année après année, après l’hiver
Elle se pomponne et reprend ses airs de débutante.

La voilà en vieille indigne, la grande Mère
Vu le grand nombre de ses printemps.

Certes, vous pouvez avoir des avis, vous
Pouvez la regarder les yeux clos
Et néanmoins vous tromper.

Au contraire de vous, elle a raison, la vioque
Lorsqu’elle se met à danser dès qu’il fait un peu beau.

L’apparence d’éternelle jeunesse
N’est trompeuse que si l’on compte sur ses doigts
Si l’on ne fait que juger d’après le nombre

Comme si ce que l’on sait se laissait toucher.
Normal alors que le compte soit accablant.

Pour voir, fions-nous aux yeux et non pas aux doigts.
Le fameux cœur dont parlait l’autre – on peut
Parfaitement le laisser de côté.

Toi, désormais intouchable, hors du temps, à jamais
Infiniment jeune et belle :

Si je le désire, j’arrive à te voir, ça oui
Mais, quoi que je tente, je ne peux plus te toucher, ça non.
Ça explique presque tout, n’est-ce pas ?

18 Février 2026

mercredi 18 février 2026

La meilleure excuse

Hélas, on n’est plus entre soi : l’ami intime de la crème s’est révélé un monstre. Qui l’aurait cru ? Et la crème alors ? Tous ces cadeaux animés ou inanimés, ses gâteries, parfois mobiles, parfois immobiles – devenus notoires, rien que des pièges ? Le public des révélations étant ce qu’il est, mieux vaut en tirer les conséquences : ce mec-là, non seulement qu’on ne le connaît plus, on ne l’a même jamais connu. Pas un n’ose dire, les yeux dans les yeux du profane : « Et ben, jaloux le péquenot ? Oui, le monstre était mon ami, et au-delà du déshonneur et de la mort, il le reste. Est-ce qu’on n’a plus le droit de choisir ses potes, et les plaisirs qui vont avec ? » Mais non. Ça, pas un seul. Personne. Le contraire aurait été trop insolite ; ce n’est pas ainsi qu’on se comporte entre intimes lorsqu’on est de la crème. En démocratie faut savoir composer. Enfin, faut être d’abord grand pour pouvoir se dégonfler autant.


1. Du bruit des casseroles

Ce bruit qui assourdit nous a été
Épargné – il y règne un pur silence.
Ainsi, nous brillons mieux par notre absence.

Pour le quidam, quelle incroyable chance :
Loin du tumulte et de l’effervescence
En ne dépensant rien, point endetté.

Si l’on ne sait danser
L’écho lointain des fêtes
Suffit pour vivre en offensé.


2. Does ‘All Hat’ Really Mean ‘No Cattle’?

Is greed a skill, innate or taught
In top-tier universities?
Is it a whim, or science, fraught
Like instinct driving busy bees?

Does it increase with age, that slow
Decline, or is it, trauma-driven
Their fate, not just the smell of dough
That leads to addiction in the living?

I’m full of doubt and slant, the blend
Of one too lazy to contend.


3. Moral

Kleine Leute sind schnell stolz auf ihre kleinen Taten
Und es scheint fast eine Großtat, einen Großen
Zu zwingen, sich vom Sockel zu begeben.

So direkt ein Herunterstoßen kann man’s ja nicht nennen –
Dazu reicht, sogar gemeinsam, nicht die Kraft:
Sie sind sehr dick geraten, diese Sockel

Und wir Schwachen wollen ja auch keine so rechte Gewalt
Die sich schnell gegen uns selbst richten könnte;
Für den verletzten Stolz genügt es aber.


12. Februar 2026

vendredi 13 février 2026

Le seul moyen d'entrer en communication avec l’auteur est le formulaire « Me contacter », accessible dans « Profil » en bas à droite.

mardi 10 février 2026

The Flowers of the Forest

Lors de ces batailles, c’est en règle générale la fleur de la jeunesse qui est fauchée, puis magnifiée dans les hymnes. Fleur de jeunesse au front, je veux bien, mais le rôle des vieux bougres ? Quand la cité est assaillie, sont-ils supposés se barricader dans leurs taupinières, façon Verdun ? Et si l’éternel sacrifice de la jeunesse relevait du mythe, et ceux qui se trouvent exposés en première ligne étaient les retranchés, les immobiles ? Mais non, n’exagérons rien, ce ne sont que des rayons de bibliothèques qui flambent.

Liberty bells: Old guns should not obey
Since, even earned, ’t will always stay an aim.
Now, what does mature mother Nature say
Flag-waving, milflike youth-seducing dame?

There’s this new crowd a crude belief informs:
The virgin mind is its own judge, they trust.
Then, most is game... except unchallenged norms
For all spins on I wish, unless I must.

Whose posture is pretense, and whose rings true?
The foremost brave sometimes don’t pick their fight
And act like dopes, content to applaud or boo
When others’ rants decide of what is right.

These days, fighting among them forest fools
Comes almost down to endorsing coward rules.

February 8, 2026

samedi 7 février 2026

Vom Selbstvertrauen

1. Retrospektive

Habe erstmals diesen spektakulären Neubau aufgesucht, der nun auch schon ein paar Jahre steht. Er wirkt inzwischen recht abgehalftert – zumindest von außen, wo er leider der Witterung ausgesetzt ist. Diese modernen Materialien sind eben etwas unbeständig, man baut schließlich nicht mehr für die Ewigkeit, und kann die Neuheit deshalb nur bewundern, solange sie brandneu ist. Frechheit, das ja, und zwar mit Sicherheit, aber kann sich unter diesen Umständen denn noch Selbstvertrauen entwickeln?

Ich sah die kalten Bilder jenes kalten
Und zynischen, des bestbezahlten Meisters.
Falls Farben: hässlich grün und gelb und chemisch
Und falls schwarzweiß, banal: Auschwitz und RAF.

Es soll die große Kunst, so denkt der Spießer
Die Wirklichkeit abbilden nach Natur
Und ist sie mies, dann soll der Genius bitte
Ebenso Mieses schaffen, dass es stimmt.

Es scheinen die geschlecktesten der Laffen
Die selbstbewusstesten, doch was bewusst
Heißt, hat unter den Menschen und den Affen
Die pfiffigere Gattung nie gewusst.


2. Vorhang

Der Samtvorhang schafft künstlich Dunkelheit
Doch ist meist zugezogen in der Nacht
Wenn man ihn gar nicht braucht. Ab Morgengrauen
Schiebt er das neue Licht dann lang hinaus.

Spätabends wird vorausgeplant: Es will
Wohl einer selbst bestimmen, wenn es tagt
Oder auch nur dem Mondschein trutzen, der
Freilich nur den stört, dem er nicht behagt.

Wie solch ein schwerer Vorhang fühl ich mich:
Such mir nach Sinn, wenn’s überflüssig ist
Sorg schon im Finstern vor und lass mir nicht
Aufzwingen, wann ich mich zurückziehn müsst.

Ist Eigensinn ihm aber zuzutrauen
Obwohl sich Tuch doch nie von selbst bewegt?
Was er verbirgt, ist jenes Selbstvertrauen
Das davon zehrt, dass es ein andrer regt.


5. Februar 2026

vendredi 6 février 2026

When Lust Comes to Trust

Dans la vie en société, la méfiance règne. À juste titre, il me semble. On élabore donc des contrats sociaux afin que les uns ne se fassent pas trop rouler par les autres.
En matière de relations intimes en revanche, la méfiance me paraît tout foutre en l’air, et tout contrat a priori contre-productif. Étant pris à la gorge, j’ai pourtant dû en signer un.
De tels traités entre amoureux ne pouvant qu’être iniques, celui que l’on m’avait proposé – ou plutôt imposé – l’était de la manière la plus flagrante : il me réservait tous les droits et libertés, madame s’octroyant l’ensemble des devoirs et obligations.
« Je ne peux pas signer ce torchon, me rebellai-je, ses clauses sont trop injustes ! » – « Elles sont non négociables, répondit-elle, catégorique. Mais, chéri, personne ne t’oblige à t’y soumettre. »
Quelle langue de vipère ! Après réflexion, j’ai donc signé des deux mains. Une fois prisonnier du diktat, je ne pouvais que m’astreindre aux devoirs et obligations qui n’y figuraient pas, tout en me gardant d’abuser des droits et libertés qui y figuraient. La chose se révéla étonnamment facile. J’ai alors compris que le seul contrat privé possible est un marché de dupes de cette sorte. La prétention de justice étouffe la flamme ; le kérosène de l’injustice la décuple.

Why so despondent since? How come
Empowerment appears to fail?
Why must I guess behind these glum
And huffy frowns the old female?

The potent yield whenever they
Feel traffic’s tightness should be eased.
Wealth is the strength to give away
Without the fear of being fleeced.

I couldn’t dream I’d ever see
Someone so far from power plays
To meld with ancient pliancy
The edge of radiant nowadays.

February 4, 2026

mardi 3 février 2026

Vom Nichtbesitz

Possède-t-on l’autre ? Possède-t-on son corps ? Puisque quand cet autre s’en va, on dit qu’on l’a perdu. Peut-on perdre ce que l’on n’a jamais possédé ?
Quand tu as disparu – non par choix, mais forcée ; non parce que tu en avais eu assez de moi, mais suite à un enlèvement – on s’est perdus de vue. Je t’ai perdue de vue : voilà pourquoi je peux dire que je t’ai perdue, même si nous ne nous étions jamais appartenus mutuellement. On se voyait juste, et ce voir était simplement plus proche du verbe avoir que de n’importe quel autre. On se possédait donc en quelque sorte, même si nos corps n’étaient en fait ni notre propriété personnelle, ni celle de l’autre, mais appartenaient à des forces majeures, précisément celles qui nous ont fait naître et nous rencontrer. Elles nous avaient bien prêté vie, mais pas pleinement donné.

Wir waren wie Hunde an ihrer Leine:
Sie ließen uns einander ein wenig beschnuppern
Und dann zogen sie uns voneinander weg.
Endlos war sie nicht, die Geduld unserer Halter.

Gibt es ein genaueres Bild von dem
Was uns widerfuhr?

Wen kümmert es schon, wenn der eine Hund
Dem anderen nachschaut, weil der fortgezogen wird?
Zuhause wartet der Napf –
Es wird doch alles für das Tier getan. Aber
Von der Leine lassen kann man es beim Spaziergang nicht.

Wer weiß, was passieren würde?
Die haben ja alle so ihren eigenen Kopf
Und darin geht nur Hündisches vor.
Ab einem gewissen Punkt
Sind wir nur angeleint beherrschbar.


[Nous étions comme des chiens tenus en laisse :
Ils nous ont permis de nous renifler à peine
Et ensuite, ils nous ont séparés.
Elle n’était pas infinie, la patience de nos maîtres.

Existe-t-il une image plus précise
De ce qui nous est arrivé ?

Qui s’en soucie qu’un chien suit de l’œil un autre
Quand celui-ci est emmené loin ?
À la maison, la gamelle l’attend – tout
Est fait pour l’animal. Mais
On ne peut pas le détacher pendant la promenade.

Qui sait ce qui pourrait se passer ?
Ils ont tous leur tête à eux
Et ne pensent qu’à des choses de chiens.
À partir d’un certain point
Nous ne sommes contrôlables qu’en laisse.]


24 Janvier 2026

mardi 27 janvier 2026

mercredi 21 janvier 2026

Welt

    Solang es reichte, dass die Hand
Hinübertastete und fand
    Solang die Dunkelheit nicht störte
Weil man des andern Atem hörte –
    Solang genügte das allein
Um der Wirklichkeit sicher zu sein.

    Solang das Tuch, das uns bedeckte
Uns dennoch nicht voreinander versteckte
    Solang, sobald der Morgen kam
Der jeden Schleier von uns nahm –
    Einzig solange schien klar
Was Traum ist, und was wahr.

20. Januar 2026

dimanche 18 janvier 2026

Une réalité

    Énième tentative

i.

Par ton absence
Je sens ta présence :
Si tu n’étais pas là
Tu ne pourrais pas me manquer –
Il faut avoir une image claire de ce qui manque.

    Je me retourne et me dis :
    Tu disparaîtras telle une vague idée, mon Eurydice
    Pour peu que je change de position.



ii.

Il faut pouvoir nommer.
Mais nommer n’est rien – il faut montrer sans le dire.
Il faut qu’autrui puisse le voir
Avant de l’entendre, le nom, prononcé ;
L’image, il faut qu’elle émerge en conséquence ;
Il n’y a pas d’autre présence.

    Tu es encore là, même après retournement
    Tu es plus forte que mes astuces
    Et en fait, tu as raison.



iii.

Toi, tu émerges avant d’être nommée –
À l’improviste. En ce sens aussi
Tu es la perfection même.
Tu l’étais et tu l’es.
Présente. Absente. Présente.

    Pourquoi, diable, ai-je voulu te chasser ?
    Peut-être me suis-je retourné juste
    Pour mettre ta force de résistance à l’épreuve.



iv.

Quand je m’exprime de la sorte
On pourrait penser que je regrette quelque présence divine ;
Mais non, je parle de toi
Enlevée et non pas retirée

    Je ne crois plus à mes propres élans
    Mes retournements sont devenus inutiles
    Tant me manque ton regard, rassurant et corrigeant



v.

Seulement transfigurée par un dieu
Qui, à la grecque, s’excuse de sa méchanceté.

    Tout en demeurant
    Tu n’es plus là – voici la seule preuve
    Alors que la proximité persiste.



17 Janvier 2026


vendredi 16 janvier 2026

Schutzwall

قفس را بشکن، آسمان را خواهی یافت

« Brise ta cage, et tu trouveras le ciel. »
                                      Aphorisme persan

 

Que le ciel soit réservé à qui n’y croit pas
Est une vérité qui ne date pas d’hier.

Une belle chose, faut-il donc s’en méfier
Pour y avoir droit ?

Les convaincus, sont-ils tous des cocus ?
L’escroquerie, serait-elle le corollaire de toute foi
Et la mécréance sa seule garantie ?

Si près du ciel
Les gens sortent, ils se rassemblent en clamant
Et se font massacrer, simplement
Pour, enfin, se rapprocher un tout petit pas de plus
De sa version terrestre –
C’est toujours de cette sorte que cela se passe
Quand des promesses, on en a soupé
Et l’enfer, on en connaît un bout –
Bref : quand on a assez prié.

Encore une espèce de foi, diras-tu
Foi désenchantée, croyance hors ciel, foi essentielle...

Ce n’est donc pas l’espoir qui semble poser problème
Mais les gardiens qui le défendent, ce maudit ciel
Rêve auquel nul ne saurait renoncer.

Soyons un peu sérieux :
Un paradis gardé tel une geôle
Désire-t-on plutôt y entrer ou s’en échapper ?
De quel côté viennent-ils d’habitude
Les assaillants du grand mur protecteur ?

16 Janvier 2026

jeudi 15 janvier 2026

Confessions

« C’est une chose bien singulière que mon imagination ne se monte jamais plus agréablement que quand mon état est le moins agréable, et qu’au contraire elle est moins riante lorsque tout rit autour de moi. Ma mauvaise tête ne peut s’assujettir aux choses. Elle ne saurait embellir, elle veut créer. Les objets réels s’y peignent tout au plus tels qu’ils sont ; elle ne sait parer que les objets imaginaires. Si je veux peindre le printemps, il faut que je sois en hiver ; si je veux décrire un beau paysage, il faut que je sois dans des murs ; et j’ai dit cent fois que si jamais j’étais mis à la Bastille, j’y ferais le tableau de la liberté. »

Rousseau, Confessions IV


J’entends une voix féminine chanter une chanson
Et je trouve très bien toutes les deux– et la voix et la chanson.
La voix, connue, elle, est rauque, et la chanson, elle, me touche.

Puis j’ai l’imprudence de chercher sur internet
Pour les lire, les paroles de la merveille en question
Dans le vif espoir d’être fort impressionné.
Et me voilà qui les lis, atterré.
Dis donc, quel kitsch infâme ! m’offusqué-je.
C’est juste une chanson, pas un poème, mais tout de même...
Aucune des images ne marche, tout
Est mal dit, fort maladroit ou de guingois –
Je le vois maintenant, mais je ne l’avais pas entendu.
Ce que j’avais entendu était sublime.
Pourquoi donc ?
Suis-je aussi facile à leurrer, gullible me ?

Puisque la conviction de la chanteuse
Également à l’origine du texte
Était plus forte que tout...

Elle était tellement convaincue de ce
Qu’elle avait écrit, puis chanté
Que son assurance a dû déteindre sur moi –
C’est ça qui fait une grande artiste ! me corrigé-je.
Grâce à sa force de séduction
Je l’ai crue sur parole – alors que, plus tard, en lisant
Mon petit esprit critique a pris le dessus.

C’est qu’elle n’était plus là pour se défendre.
Pauvre Hildegarde !
Ou plutôt : phénoménale Hildegarde.

Moi, quand j’énonce des bêtises –
Certainement sans l’accompagnement de flonflons –
Est-ce qu’on me croit sur parole ?
Je n’ai pas l’impression.
Il faut donc que ça rime.
Rimé-je alors en conséquence ?
Je me pose cette embêtante question.

Je ne suis pas mieux loti qu’elle.
Mieux vaut arrêter avec ces fumisteries.
Et pourtant, sincèrement...

14 Janvier 2025

lundi 12 janvier 2026

Le V et le L

1. Voyager léger

Ce que je lis et ce que je vis forme un bloc. Peu importe que la chose vienne d’un livre ou de la vie, ce que j’en tire se moque des circonstances. Peut-on alors dire que je ne vis qu’à moitié ? Et que l’autre moitié relève du livresque ? Non : ces moitiés forment un tout, et ce tout, c’est ma vie. Il ne se retrouvera dans un livre qu’à condition que quelqu’un décide de l’imprimer, ce qui, quoi qu’il en soit, n’est possible qu’après coup.
Comment vivre si l’on ne sait plus si l’on vit ou si l’on lit ? Peut-on lire en vivant et vivre en lisant ? Je refuse toute hiérarchie : me voilà anarchiste d’expériences.

Is that some noise I do perceive?
Mice? – No, Sir, only me.
I cannot keep dispassionate
In funny company.

– Why are you hiding? Stowaway?
– I’ve tried to roam for free...
– Now, come and sit beside me, I
Shall pay the fare for thee.

– I’m far more comfy in the trunk;
Out there, I’m one of many.
Baggage provides best comradeship
When riding without any.


2. Lourd ou vif

Lorsqu’un certain Archimède a trouvé le théorème qui porte son nom, il ne se disait pas : « Tiens, un galet pré-signé qui m’attendait sur cette plage ouverte à tous, destiné à finir dans l’une de mes boîtes à cailloux. » Ignorant que ce théorème lui ressemblait, il n’a rien trouvé. Son idée toute personnelle lui est tombée, anonyme, du ciel.
Pour moi, ce sont des lettres pré-écrites qui tombent du ciel, même si elles se promenaient en ville, l’espace d’un instant, sous l’apparence de congénères. Chez moi, tout finit en lettres : lettres qui pendant ce court moment de liberté semblaient bêtement incarnées. Mais une fois dans mon regard, réduites non sans malice à leur essence, elles deviennent enfin réelles – c’est-à-dire de la littérature.
C’est un grave défaut, sans doute, mais l’uniformité du monde, produite par la faiblesse de l’esprit, l’organise en désorganisant. Le visible devient lisible, ou le lisible visible. On s’y perd, quoi.

Dös Steinerl, wos i auf hob glesn
Dös is amol a Mensch gewesn.
– Woher weißt du des so genau?
– Schaugs dir bloß o, gö, schau!

– I seh nix Menschliches daro.
– Mei Gott, ihr Kieserl seids arm dro:
Blinkerts ihr fast wie a Brillant
Fehlts freili an Verstand.


10. Januar 2026

[Boîtes à cailloux]

mardi 23 décembre 2025

Something’s Got to Give

1. Bref essai sur le don

Celui qui fait un vrai cadeau n’attend rien en retour. Il ne s’agit pas d’un échange. S’il y a échange, il y a troc – ou kula, pour parler comme Malinowski – mais pas de cadeau véritable. Or, qui fait un véritable cadeau, donc un don sans espoir de contrepartie, doit veiller à ce que ce ne soit pas un sacrifice, sinon c’est cuit. Car on ne se sacrifie jamais pour rien. Tout sacrifice a un but, il est fait pour quelque chose. Quelque chose ou quelqu’un. Qui dit sacrifice, dit égoïsme.
Celui qui se fait crucifier insiste bien souvent sur le fait que c’est pour sauver le monde, prétention laissant deviner un certain orgueil, voire un orgueil certain. Un tel acte, jamais gratuit, est le plus souvent entaché d’un grave soupçon de mégalomanie. N’est-ce pas, Yoshke Panderik ?
Le vrai cadeau, lorsqu’on le fait, on ne veut même pas être gratifié d’un regard plein d’étincelles, on ne veut même pas entendre : « Dis donc, chéri, mais elle a dû coûter bonbon, cette preuve de ton attachement éternel, même si ce n’est probablement qu’un zircon ! » Oh non, on ne veut rien voir ni entendre. On régale à distance, et on a bien raison.
Le seul plaisir réel est celui de faire plaisir. Voilà de l’amour pur, possible dès qu’on est des inconscients qui se projettent dans autrui, dès qu’on est des parents ou je ne sais quoi. Et ô combien on a raison de s’obstruer et les yeux et les oreilles !
Je m’imagine la maman du petit Adolf qui, parce que fiston aime bien les animaux, lui offre pour ses dix ans un très joli livre sur les chiens de race, par exemple, ou un calendrier hippique présentant en gravures les plus beaux pur-sang de l’Allemagne impériale. Pourrait-elle en prévoir les conséquences ?

A gift is not a gift, a grift is not a grift
Unless there is no proper compensation;
Otherwise it’s a trick, an obligation
Conceived to guilt trip. Catch my drift?

An artist, lipstick baby, gifted pout
Don’t throw away those pearls you’re spitting out.
That saint who offers martyrdom to live
In history has nothing got to give.


2. Contemporary Witches

This afternoon, in the Paris underground, I noticed an attractive young woman reading something by Arthur Miller. I had recognized him from the back cover, so I rose and, without drawing attention, tried to see which of his plays it was. I thought of Marilyn reading The Crucible, and suddenly felt desirable.

Qu’as-tu à leur à proposer à ton âge ?
Tes vices et vertus, on n’en a cure
Âme incarnée, le frais et immature
Même à l’esprit apporte davantage.

La part des anges volée par nos diables
Le souffle de la vie nous rend moins fiables :
Animant les miroirs aux alouettes –
Quel poids... faisant de nous des girouettes...

December 23, 2025





lundi 15 décembre 2025

Erlösung von allem Übel

Wer erst das Weltgesetz wagt zu missachten
Und dafür Recht und Unrecht neu erfindt –
Er ist so keck... ach, wehen tut der Wind
Woher er muss, mag’s tagen oder nachten!

Wie fein er’s auch geplant, misslingt es doch
Schlupfte auch nur ein Sandkorn ins Getriebe
Und er, umstellt von der Gesellschaft Liebe
Zur Läuterung fährt ein ins finstre Loch.

Dort lässt er sich allmählich sanft bekehren
Denn keiner widersteht des Himmels Reiz
Weil Schilf sich besser biegt, und Gier und Geiz
Vermählen sich – kein Kampf kann ewig währen.

Und kommt er frei, dann freilich folgt die Straf
Für alle Missetat: der Schuft wird brav.

8. Dezember 2025

jeudi 4 décembre 2025

Petit mouchage

תוכחה מזבובון

i.

“I am speaking now / the way you do. I speak / because I am shattered.”
                                                                                                               Louise Glück

Notre vie semble un peu plus longue
Que celle d’une fleur
Ou de nos petits camarades virevoltants
Mais est-elle plus riche sous le soleil ?
A-t-elle plus de sens ?

Nous sommes sans doute meilleurs
Quand il s’agit de justifier
Convaincus de les surclasser en mémoire...
Sauf que la mémoire n’est pas la vie
Elle en est presque la négation
Elle en est l’après-goût –
Et, en tout cas, celle de la nature
Dépasse la nôtre très facilement
De quelques millions d’années.


ii.

“All summer I heard them”
                        Stanley Kunitz

J’ai trouvé une mouche toute fine dans la baignoire.
Elle ne s’était pas noyée
Elle est morte de sa belle mort naturelle
Car l’hiver est déjà là
Et ce n’est pas la peine d’attendre le printemps
Lorsqu’une seule saison suffit au bonheur.

Ce serait trop dire que j’étais jaloux d’elle
Moi qui attends toujours le prochain printemps
Et même au printemps, celui à venir
Mais quand le tourbillon l’a emportée
Comme si elle ne valait rien
J’ai vu le tragique brusquement changer de bord :
Je suis si lourd ; elle, par contre, se déployant dans l’eau –
On aurait pu la prendre pour le pétale d’une fleur.


iii.

“my grandmother’s grave / like a loaf”
                                                Linda Pastan

Il faut se contenter de ce qu’on est.
C’est une tâche plus ardue pour un humain
Que pour une fleur ou un animalcule
Et pas seulement à cause de la lourdeur.

Quand la mort nous fauche
Trop longtemps nous resterons présents
Trop longtemps nous restons poids
Désormais poids mort
La légèreté étant aux autres
À ceux qui ne la soupçonnent même pas
Aux justes qui fourmillent ici-bas
Voletant ou fleurissant
Tandis que nous, avec nos airs supérieurs
Nous en comptons au mieux trente-six parmi les nôtres.


3 Décembre 2025

mardi 2 décembre 2025

Entitlement

“Gulls / loudly insist on indefensible rights”
                                                          J. Schuyler

Their baby faces spout off rights by birth.
I hold that they derive from he who loves
And otherwise must be deserved, dear doves –
Entitlement comes merited on earth.

Unlike your cheek, true panhandling opposes
But isn’t mainstream-backed facility
With claims convenient to conformity:
You are no gulls, girls, flight of spineless roses!

Would it be fair to leave it to your skill
And trust your charm to get things rightly done
Ready to substantiate what both fulfill?

The cause it’s all about has long been won.
Fancy a fight? Just pick another one
Without complaining, and no overkill.

December 1st, 2025

mardi 25 novembre 2025

Les éléments

1. Interdépendance

Der kluge Nagarjuna fand heraus, dass ohne die Möglichkeit des Feuers Brennholz kein Brennholz, sondern höchstens Holz wäre. Ein ganz und gar marxistischer Gedanke des buddhistischen Kirchenvaters aus dem zweiten Jahrhundert. Was lernen wir daraus? Wäre Holz nicht eventuell brennbar, gäbe es kein Holzfeuer, sondern höchstens Feuer, und ohne groß den Geschmack zu bemühen, den sowieso nur die geübteren Zungen bemerken, hätte auch die bessere Margherita einen geringeren Tauschwert.

Si je réclame de l’air
Je ne constate pas que c’est du vent.
Du vent, à la limite, est préférable à du solide
Lorsque tu ressens le besoin d’un peu plus d’air.
En philosophie, c’est la même chose.

Le béton s’avère trop étanche
Si bien que l’air y demeure confiné :
S’il faut le percer pour que le vent passe
Et l’air circule, facilitant ainsi la combustion
Il vaut mieux s’arrêter avant la déconstruction totale
Qui t’enlève tout matériau pour qu’il ne te reste que du vent.

Rien de plus futile qu’une philosophie qui n’est que poésie
Et poésie médiocre, grammatologique
Mondaine, propos de table amusant
Philosophie entre la poire et le fromage
Et mentale seulement de par ses trous.


2. Stabilité

De mon métropolitain de strapontin, pas plus tard qu’avant-hier j’ai vu un homme bousculer une femme pour monter en premier. Quel malotru ! me suis-je dit. Mais non : cette femme était la sienne. Une fois la barre gagnée, la dame a parlé très gentiment à monsieur installé avant elle. Malotru pour les uns, mari pour les autres. Le progrès a du mal à y changer quelque chose.

On prétend désormais
Que sans équilibre parfait la vie se transforme en enfer
Et que même, il a le droit de pencher pas mal, cet équilibre obligatoire
Pour peu que ce soit du bon côté, réparateur d’injustices.

Je constate que
Seulement un équilibre parfaitement imparfait
Jusqu’à présent nous a permis de survivre en beauté
Et s’il penchait dans le temps carrément du mauvais côté
Enfin... pas grave.

Or, désormais on prétend –
Et c’est cette prétention, il me semble
Néfaste comme elles le sont toutes
Qui siffle la fin du bonheur.

Sauvons ce qui peut encore l’être.
Essayons de survivre dans l’injustice, sans prétention.


23 Novembre 2025

[De par ses trous]

mardi 18 novembre 2025

Sadhu

1. Avec Berryman

“I saw nobody coming, so went instead.”
                                           Henry’s Confession

Il n’est pas sûr que ce quote
Ne soit pas un requote. Dans la vie
Tout tourne donc et te revient à la figure, genre Nietzsche.

Si personne ne s’approche
Willy-nilly, faut s’approcher des personnes.
Même si ce n’est pas l’idéal, point de vue dignité.

I saw nobody dangling, so
I hung myself to help flower the tree –
N’est pas une incitation au suicide, mais un conseil de survie.

Être snob ne signifie pas
D’avoir un surplus criminel d’amour-propre
Mais de se promener tel un sadhu, dignement trois quarts à poil.


2. Ethos

Vor der Heiligsprechung muss man zuerst einen Prozess über sich ergehen lassen, mit Anklage und Verteidigung. Wem Gerichtsverfahren – und speziell solche mit Prüfung der Moral – zuwider sind, der sollte sich besser nicht darauf einlassen, es geht ja auch ohne. Wer den Prozess jedoch gewonnen hat, der bekommt seinen Feiertag, allerdings selten für sich alleine. Bruchstücke seines Skeletts werden ausgestellt und heilen wildfremde Menschen. Hat er was davon? Nun, die Ehre, nehme ich einmal an. Ich bin kein Heiliger, und dennoch kann es passieren, dass man sich an mich wendet, wenn jemand in der Bredouille ist. Doch ich muss Fürbitten eisern ablehnen, falls sie nicht vom eigenen Nachwuchs kommen. Wäre ich heilig, würden gute Worte genügen. Unheilig müssen sie aber auch genügen. Es macht insofern keinen Unterschied. Ich frage mich, worin der Witz bei der Heiligkeit besteht, oder vielmehr der Nutzen. Kein verständiger Mensch strebt die damit einhergehende Verantwortung an. Kaum erstaunlich, dass erst heiliggesprochen wird, wer sich nicht mehr wehren kann.

Is it enough to sit and wait with nothing but
A string around one’s loins (for basic decency)
By holy waters to... turn ethical on earth?

Churl, hear it out, my scanty piece for what it’s worth:
Just strip and join the river, wait and see;
Do psalmodize – or keep your trap forever shut!

Is it the song and not the string that hones the soul?
Thou nincompoop: Where are the deeds?
Should saintliness not have an aim?

That’s what the nameless claim.
Or don’t ye dullards know how few it needs?
It’s in the books that, challenged, Parvati became a ghole.


3. Furor

Le débraillé des uns est le saint des autres. Le chic saint est donc le débraillé. Puis cet autre, plus dans le classique : celui des minets. L’autre jour, une fois de plus, rive gauche j’ai vu passer un vrai moine, très smart. Autour de St-Sulpice, certains jours d’été ils se mettent à pulluler, faisant leur mannequinat sacré. Quelles têtes de bure ! C’est fini, bien sûr, but not in a whimper – plutôt en cover boys des Inrocks ou du Têtu.

Hättst du dich aufgebrezelt, wärst
Du Narr jetzt auch was wert
Nur geht nicht, dass man sich zuerst
Verhüllt und dann beschwert.

Einer von sechsunddreißig, ja –
Die Welt hält wegen dir.
Ohne dich wär sie nicht mehr da...
Doch dafür gäbs dich hier.

Man kann schwer haben Welt und sich
Und wer es beides will
Muss Trommeln rührn und gleichzeitig
So tun, als sei er still.

Du sagst dir: Dann noch lieber tot
Solangs nur weitergeht
Und zehrst von jenem Gnadenbrot
Das keiner je verschmäht.


19. November 2025

dimanche 16 novembre 2025

Le treize du mois

– Et le feu sacré alors ?
– Celui qui tient à hâter la descente du paradis sur terre
En ravageant les rangs des sceptiques ?

Celui qui, incarné en homme, le long des siècles
Transformait le paradis terrestre en enfer ?
– Oui, c’est de ce dieu noir que je te parle.

Il y a des retardataires, non ?
– Ce sont des faibles d’esprit.
– Certes, mais cherche à les convaincre et tu verras leur force.

– Tu ne persuaderas jamais un fou de sa folie
Car il a l’empire du ciel de son côté, comme les nôtres.
– Mais c’était dans des temps bénis.

– Et tu penses qu’elle est finie, la toute-puissance des bénédictions ?
Tu n’as jamais eu d’apparitions, toi.
Voilà pourquoi tu ne peux rien contre eux.

– Faut-il comprendre le feu pour le rendre inoffensif ?
N’a-t-on pas réduit les prophètes au silence
Uniquement parce qu’on ne les comprenait plus ?

– Pourtant, il vaut mieux le connaître, leur feu.
– Mais du coup, il peut nous contaminer ?
– C’est le prix à payer pour avancer dans la nuit.

14 Novembre 2025