samedi 24 octobre 2026

Von Friedensengeln

“Lei mi sorrise, allora; e quel sorriso la fece sembrare più brutta, proprio come un raggio di sole fa sembrare più brutto un cielo pieno di nuvolacce nere.”
                                          Moravia, Il vaso cinese

 i. 

Ich Schlemihl trudelte zum falschen Zeitpunkt ein
Platzte hinein in ihren schönsten Streit:
Wenn zwei sich zwiebeln, ist ein Dritter fehl am Platz
Er stört nur deren wilde Innigkeit.

Wär ich geplatzt in Ödnis und nicht Krieg –
Sie hätten mich empfangen freudiglich;
So aber, ungebetner Friedensengel
Im Zorn verstummt hassten sie beide plötzlich mich.


ii.

Pour parler vrai, faut pas se raconter d’histoires :
Ces anges de la paix sont tous des parasites
Qui, à l’instar des paons, déploient leurs grosses plumes
Pour faire le géant, vieux truc du répertoire.

Pire : ils se plantent là en dénudant leurs torses
Criant : Visez plus bas, sinon allez au diable !
Et comme ils ont, pardi, le sexe invérifiable
Mieux vaut cibler le cœur pour conserver ses forces.

En vérité, ils veulent squatter le clic-clac
Pour mener belle vie à notre détriment
Et s’ils disent pouvoir se passer d’aliment
C’est seulement parce qu’ils manquent d’estomac.

Moi, je les virerais sans faute, et sans m’en faire
Au premier coup tiré, formidable occasion –
Puisqu’on n’est pas parents, aucune obligation –
Voilà ce que j’en ferais si j’étais en guerre.


22 Octobre 2026

[Mannheimer Generalpardon]

vendredi 23 octobre 2026

De amicitia

Je viens de virer un T-shirt. Il avait fini en lambeaux, mais c’était un morceau de ma jeunesse. Je l’avais depuis des décennies. Je l’ai remplacé par un autre vieil ami qui, lui, n’est qu’un tantinet troué dans le dos. Il est encore plus ancien que l’autre, je l’ai au moins depuis la première élection de Mitterrand, je pense, mais des amis de cette trempe-là, on n’en trouve plus. Sur une photo ça ne se voit pas ; c’est pourquoi je vous dis leur âge. Depuis très longtemps je ne les portais plus à l’extérieur – ils m’auraient fait un peu honte puisque les gens ne comprennent rien – mais je passais mes nuits avec. C’est ce qu’on fait lorsqu’on a de très vieux amis et qu’on est du genre fidèle. Leur lente clochardisation, fort commune dans la branche, on ne s’en rend compte qu’au moment où ils sont presque partis d’eux-mêmes.


1. A Nuisance in Decay

Besucht man uralte Freunde zur falschen Jahreszeit, muss man auf eines gefasst sein: Sie heizen das Gästezimmer nicht. Speis und Trank bekommt man üppig zugeteilt, man braucht gar keinen Bezugsschein, und vielleicht wird einem sogar ein von ihnen selbst verfertigtes Kunstwerk überreicht, doch damit hat es sich. Freundschaft ist eine Sache, die Heizung speziell für den Freund anzuwerfen eine andere. Der wahre Freund sagt sich, sein Besucher sei ja bekanntlich ein harter Brocken, ein klein wenig Ungemach ertrüge er schon. Sein Zimmer dürfe also gerne sehr kalt sein, im Gegensatz zum Schlafraum des leider etwas empfindlich gewordenen Gastgebers. Freundschaft wärmt schließlich zuerst die Herzen, da hält der Körper auch etwas Frost aus. Es ist viel angenehmer, sich bei Freunden eine laufende Nase samt Halsweh zu holen, als bei feigen Feinden in trügerische Behaglichkeit gelullt zu werden, denn es ist quasi das Geheimnis der Freundschaft, dass man von seinen ältesten Freunden immer sehr überschätzt wird – nicht nur, was Genius oder Seelenstärke, sondern auch, was des Leibes Widerstandsfähigkeit angeht. Sie erinnern sich gerührt an die heroischen Jugendtage, halten einen in ihrem Überschwang nach wie vor für einen Halbgott und können sich gar nicht vorstellen, dass auch der nicht mehr winterhart sein könnte.


But was it me when life was new?
I wish I knew.

Staying a hero for our friends has got
Its downside either way:
I am inclined to say
That heroism is a one-shot plot.

Can’t tell sweet youth: return and stay –
Too old to change. A lot
Of lukewarm was once hot;
We can but cherish garish yesterday.

But where was life when it broke out?
Elsewhere, no doubt.


2. Politique de la chaise vide

Lebende begräbt man zwar nicht, und man sitzt auch nicht für sie Schiwe, doch hat das Leben, oder die „Meinung“, einen auseinandergetrieben und kommt es dazu, dass man von uralten Freunden nicht mehr eingeladen wird, steht bei denen ein leerer Stuhl am Tisch und ein leerer Teller auf ihm. Das ist etwas anderes, als wenn da kein Stuhl stünde, und auch kein Teller. Für den Uneingeladenen macht es keinen Unterschied, und auch der uralte Freund sieht den leeren Stuhl nicht mehr, es hat sich womöglich sogar ein neuer Freund auf ihn gesetzt und futtert von unserem Teller, aber auch das ändert nichts daran, dass da doch unser Stuhl und unser Teller stehen, und nicht etwa nichts. Dass nicht mehr auf einen gewartet wird, rächt sich von selbst: mit dem Verdorren ohne den alten Streit.


L’ami Élie était si grand prophète
Qu’incessamment on attend son retour.
En fait, on le craint plus qu’on le souhaite ;
Élie, pas con, fait alors demi-tour.

Celui que tu attends depuis des lustres
Est beaucoup moins idiot qu’il ne paraît ;
Toi, l’ami de toujours, ne sois pas rustre :
Bien qu’invité, ménage ton retrait.

La chaise sans objet qu’on te réserve
Que dit-elle de l’amitié ? Mon pote
C’est de la sorte qu’elle se préserve
Si tu tiens à savoir à qui la faute.


20 Octobre 2026

mercredi 21 octobre 2026

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lundi 19 octobre 2026

On Anonymous Age

“ϑανεῖν δ’ οἷσιν ἀνάγκα, τά κέ τις ἀνώνυμον γῆρας ἐν σκότῳ καϑήμενος ἕψοι μάταν, ἁπάντων καλῶν ἄμμορος;”                                                             Pindar, Olymp. I, 82–84


Age bares, and then comes winter since you’re old
And nakedness subzero is no fun
Yet there’s this little solace in the cold
Which is the barging in of a poor sun.

I’d rather shun the open, void, and vast
To huddle in the nest I’ve built for me
To let embalming dark protect at last
Creätures’ dear vulnerability.

Name, this false shield, like liquor, when it rings:
What worse disgrace than status for the geezer?
Old flesh keeps fresh and frisky in the freezer
But rots in comfort like all human things.

Don’t ever trust in Pindar’s fame unless
Thou fear’st man’s universal namelessness.

October 18, 2026

[Picasso, Pindar]

lundi 12 octobre 2026

Du reflet miraculeux

“My picture drown’d in a transparent teare, / When I looke lower I espie”
                                                                                                    Donne, Witchcraft

 

Quel autre effet a jamais eu sur l’homme le miracle
Ce Nès versé, puis dissolu dans un peu d’eau de pluie
Que celui qu’il s’en accommode et, quoiqu’il s’en ennuie
Que son emprise sur sa pauvre vie fait qu’il la bâcle ?

Que le mystère se dissout dans cette vie de braque
N’est pas plus prodigieux que l’ombre qu’une étoile donne
À qui en voit l’image à contretemps, quand midi sonne
Sur la clepsydre d’un clocher perçu dans une flaque.

Si le clocher semble à portée, l’heure n’est plus la bonne –
Ombre portée sur moi par l’inaction de mon étoile
Spectacle me transforme en éclaireur d’un moi posthume.

La belle jambe que cela me fait, faut que j’assume :
Du haut du ciel tel éternel en bon public se poile
Lorsque, miraculé, au sort terrestre il m’abandonne.


[Welch Wirkung hatte auf den Menschen je des Wunders Kunst
Hebräisch Nes, auch eingerührt, doch in ein wenig Regen
Als die, dass er sich dreinschickt und, kommt’s ihm auch ungelegen
Wunders Gewalt bewirkt, dass er sein Leben sich verhunzt?

Dass das Geheimnis sich löst auf in Leben, das verrückt
Nicht wunderlicher ist’s als Schatten, der vom Sterne fällt
Auf den, der ihn zur Unzeit sieht, wenn’s nämlich Mittag schellt
Von eines Kirchturms Wasseruhr, in einer Pfütz erblickt.

Der Turm scheint näher, doch die Uhr ist schrecklich itzt verstellt –
Und Schattennacht, die auf mir liegt von diesem faulen Stern
Ein Stück, das mich zum Pionier macht von postumem Ich.

Dass mir’s nicht nützt, das muss ich auf mich nehmen willentlich:
Der Ew’ge, dankbar Publikum, belustigt sich von fern
Wenn meinem ird’schen Los mich Wunderkind er überstellt.]


10. Oktober 2026

samedi 10 octobre 2026

तृष्णा TRISHNA

                                             On Desire & Envy

i.

Celui qui désire quelque chose n’en manque pas. Il ne manque ni du désir, ni de la chose. Manquerait-il de la chose, il ne lui viendrait pas à l’idée de la désirer. Il ne lui manque que la possession, ce qui est peu de chose.
Celui qui manque d’un fidèle compagnon par exemple, sous la forme, disons, d’un chien, mais sait que sa situation ne permet pas de garantir à cet animal des conditions qu’il estime dignes, parce que, au-delà du désir de le posséder, il songe à son bonheur et n’oublie donc pas que, même s’il pense au joli sac de récupération de merde en se promenant, un trottoir dans une métropole n’est pas un lieu idéal : un tel homme est beaucoup plus proche de l’ensemble des chiens qu’il rencontre que n’en sont leurs fiers propriétaires. Mais il sait aussi que ces chiens se foutent de leur condition – seul le maître compte à leurs yeux, à l’instar des enfants de la misère pour qui les parents comptent davantage que le tas de déchets où ils les font vivre – et que ces chiens, ou ces enfants, le cas échéant lui aboieraient dessus au lieu de flairer en lui leur véritable ami, un ami qui, par amour, voudrait qu’ils n’existent pas
.

 

I felt this envy paupers show
But was too rich for greed
So what I’d wished was prone to go
Ere ogling could take heed.

Don’t ever covet pearls or gold
Or girls as things of need –
Luck’s message: be it manifold
It’s loath to feed one’s creed.

Desire claims this crude belief
That lackers are bereft
Because it’s only for the thief
To appreciate their theft.


ii.

«Recuerdo una frase de las muchas qui hicieron famoso a Agustín de Foxá. Aristócrata, rico, diplomático, acababa de casarse con una muchacha guapísima, era el huésped preferido de las casas de Madrid, y, por si fuera poco, su obra en verso Baile en Capitanía llenaba el teatro tarde y noche. Al felicitarle en el saloncillo del Español, me dijo: “Mucho, ¿verdad? Yo ya he empezado a hacer correr el rumor de que tengo una úlcera en el estómago...”
Conocía bien a su mundo.»   Fernando Díaz-Plaja, El Español y los siete pecados capitales


Neid kann schwer sein, wo keiner etwas hat
Außer viel Zeit
Wo dann vom Neid
Musengeküsst
Auch Nichtstun nicht mehr ausgenommen ist:
Dort freilich wird gestöhnt an Neides statt.

Die langen Mußestunden tun nicht gut
Weder den Vollen, noch den Leeren. Habet Mut
Und fangt, was unter Sonnenstrahlen kann
Zu neiden an!
Neid sei des Kunstwerks Motor, heißt es klug
Und ein zum Glück erschwinglicher Charakterzug.

Als ich einst wollte, kam ich um den Neid:
Ich frug mich, wen um was
Und glaubte, das
Was ausgestreut an Gaben
Im Übermaß zu haben
Doch spürte dann im Alter meine Unzulänglichkeit.


8. Oktober 2026

mardi 6 octobre 2026

Curvimètre

Je rentre.
À la gare, à la maison
Personne ne m’attend.
Quelqu’un m’attend
Plus loin encore
Plus encore chez moi.

Jusqu’où faut-il aller
Pour pouvoir dire qu’on rentre
Et qu’on est attendu ?
Le chemin de retour s’allonge
Et se raccourcit.
C’est à n’y rien comprendre.

Pour mesurer la bonne distance
Je me suis procuré un curvimètre.
Il m’indique un chiffre :
À vol d’oiseau ce n’est pas loin
Et même en comptant les virages.
Mais ça trompe.

Au petit instrument
Très exact, de facture suisse
Manque la bonne échelle
Et toute précision sur terre
Dépend d’elle.
Sans l’échelle t’es mort, mon ami.

5 Octobre 2026

samedi 26 septembre 2026

The Balm of Woe

                                                  Cf. Sidney 39

Since even sleep is no solution when
Darkness gives room to gaudy dreams that tell
Not stories bright with day but sparked by hell
When even sleep is shattering this den

Solace consists in waking. Straight you’ll see
The dismal task of dawn as therapy.

September 25, 2026

vendredi 25 septembre 2026

Ein Zweig

Was einen fast am Leben hindert
Ist eine Art von Insichsein
Was sich am kleinsten Reiz entzündet
Brennt weiter ohne allzu hellen Schein.

So stille Meisterschaft:
Der Zweige Zittern
Bewegt von ihrer eignen Kraft
Die süßen Dinge und die bittern.

24. September 2026

[Alexander Olbricht, Kahler Zweig vom Wilden Wein, 1920]

lundi 21 septembre 2026

Double Bind

„Dort bin ich der ebenbürtige Gegner meines Gegners, hier ein verachteter, gebundener, bevormundeter“
  
                                                    Stirner, Der Einzige, Ich, II, 2

Stund an der Ampel Frau mit blondem Kind
Und kaum dass sie’s belehrte, war mir klar
Woher die beiden zugewandert sind;
Hier warnt man Kinder kürzer vor Gefahr.

Das Dümmste, was ich jemals kennenlernte
War grad so wie der Strudel und der Fels:
So klug ich von dem einen mich entfernte
So frech rückt’ mir der andre auf den Pelz.

Wenn zwei sich streiten, wo bleibt da der Dritte
Der applaudiert, wie sie sich doll verhauen?
Ich weiß: Ein kleiner Weg führt durch die Mitte
Wo sich die vielen Schiffe jedoch stauen.

Dann bleib halt, wo du bist, und unerfahren
Dann gibt es nur den Königsweg zu wählen
Dann drohen keine doppelten Gefahren
Dann kannst du auf die Kraft der Einheit zählen.

Wenn Skylla und Charybdis Kumpel wären
Und nicht Rivalen, die um Beute ringen
Dann müsstet ihr mich auch nicht stets belehren
Und ich müsst keine solchen Lieder singen.

20. September 2026

dimanche 20 septembre 2026

Fesseln

„Es ist ein Anderes, ob Ich an einem Ich abpralle, oder einem Volke, einem Allgemeinen.“
  
                                                    Stirner, Der Einzige, Ich, II, 2

Fußfesseln hindern Sklaven am Entfliehen
Und Freie von zu Hause wegzuziehen;
Doch wenn Gefangne solche Fesseln schmücken
Dann auch, um ihre Wärter zu entzücken.

Die Gauklerin trug sie aus freien Stücken
Die tumben Bauernflegel zu berücken –
Versehn mit Glöckchen, die beim Tanzen klangen
Waren das Fesseln fesselnd mit Verlangen.

Du, dessen Füße keine Fesseln zieren
Wirst deine Heimat schnell genug verlieren
Mit Peitschenhieben wird man dich beglücken:
Kannst laufen, also lauf mit blutgem Rücken!

19. September 2026

samedi 19 septembre 2026

Genius

1. Larrons en foire

Elle avait besoin de très peu pour être heureuse : ses pieds pour se promener en ville et un livre. Mes besoins à moi, infiniment plus grands : un canapé, un porte-mine et du papier. La différence ne paraît pas énorme, mais on se trompe.
Puis, j’avais besoin d’elle pour l’aimer et être consolé, alors qu’elle avait seulement besoin de moi pour m’aimer. Une fois de plus, la différence peut paraître minime, mais on se trompe.
Jamais, au grand jamais, je ne pourrais être aussi heureux qu’elle l’était, mais on se trompe si l’on pense que ça fait beaucoup de différence. Elle se demandait comment me rendre heureux après elle. Son souvenir suffit.


Du temps qu’on s’occupait des deux cochonnes d’Inde
Parce qu’un môme en avait ainsi décidé
On voulait tous les deux leur rendre l’existence
Aussi remplie qu’il était en notre pouvoir :
Elle leur achetait le meilleur foin du monde
Et moi, je faisais pousser l’herbe dans des bacs –
On les régalait, nos veinardes, de conserve
L’égérie et le poète immense à ses côtés.

J’ignore comment mieux décrire l’existence
Mondaine et affranchie d’esprits supérieurs ;
Cochonnes d’Inde sont des éléments majeurs
De l’histoire intellectuelle en temps de latence.


2. Epitaph

Man sagt, Berryman sei auch deshalb von der Brücke gesprungen, weil sein letztes Werk verrissen wurde. Amor & Fama – die klugen Herrschaften behaupteten, er sei „schlechter“ geworden, sein Genie sei dahin. Tatsächlich war er nur gealtert, und wer altert, dem wird die edle Kunst allmählich schnuppe. Kritiker sind fast prinzipiell zu dumm, um das zu kapieren. Auch Hannah Arendt sah nicht, dass Brechts immer schlichteres Werk immer ehrlicher, und dadurch kraftvoller und bedeutender wurde, und nicht etwa an Kraft und Bedeutung verlor. Ich erlaube mir diesbezüglich zu sagen: die dumme Arendt.
Aber man muss das aushalten, die Dummheit derer, die nicht wissen, dass man irgendwann die Schnauze voll hat von klugen Einfällen und einfach sagt, was man denkt. Es ist der Unterschied zwischen dem Dichter und dem Gedichte produzierenden Spießer. Die vielen Spießer in der Branche lernen das nie. Sie wollen sich feiern lassen bis ins hohe Alter, ja zu Staatsdichtern aufsteigen. Ein Karriereplan von Deppen.


His genius went before he jumped
To give his fight a little rest
From all that ceremoniousness.

That’s why the tenuous genius dumped
What he too long knew, worse or best
And only pimps deem geniusness.

One should live out one’s menial part
And put an end to genial art.


[Der Dieb sieht eine Sache nur und vergisst dabei willentlich, dass womöglich jemand mehr an ihr hängt und sie besser kennt, als er – der nur den aktuellen Wert sieht – je an ihr hängen oder sie kennen könnte, und sie diesem anderen noch nach dem Entwenden deshalb mehr gehört als jemals ihm. Weil der Kritiker, der ebenfalls vom Eigentum anderer lebt und es nur frech mit seiner Duftnote versieht, das meistens auch vergisst, kannst du die meiste Kritik den Hasen geben. Man muss den Schatz anderer stets sehr sorgfältig in Augenschein nehmen und dann brav retournieren.]


18. September 2026

jeudi 17 septembre 2026

Serenades

1. Low Light

“Methinks I see thee, now thou art so low, / As one dead in the bottom of a tomb. / Either my eyesight fails, or”
                                                                                    Romeo and Juliet, III, 5

Light blinds a man:
The evening sun
A glare to eyes that see.

Turn if you can
Away, I’m gone
Unless thou look’st at me.

You talking as
An idiot, sun.
How come, art thou unwell?

I thought a glaze
Of solemn, son
Would suit. Else, go to hell.


2. High Expectations

“that shows / Nothing, and is nowhere, and is endless.”
                                                                                    Larkin, High Windows

His body, in its early days
Was like a hint of what would be:
The door ajar, he’d just pass through –
Alas, it led into this maze.
       Despite its secrets, truth or lie
       Youth’s hopes were, are, and will stay high.

The groping paw – of no avail
When shine is in and no way out:
When, too much option and no sign
Excess of chances thwarts to quail.
       Misled while there is no wrong way
       Despair betimes or go astray!


September 16, 2026

mercredi 16 septembre 2026

Deux thèses de circonstance

1. Le civilisé est un matérialiste

« Il faut être fichtrement à côté de la plaque pour aborder ou se laisser aborder – et avec confiance en plus ! – de parfaits inconnus ; or si on ne le fait pas, quelle effroyable endogamie à la fin. N’a-t-on pas sans cela assez de petits pois dans nos villages, à commencer par la capitale ? »  attribué par certains à Claude Lévi-Strauss, et par d’autres, en ligne directe, à Gregor Mendel


L’être civilisé vit encadré de codes
Qui ne sont hélas pas à ma portée, l’otage
Que je suis des réflexes du petit sauvage
Qui n’a jamais appris à respecter les modes.

Les gens là-haut ne sont en tout cas pas sincères :
Ils ne bronchent jamais en cas de désaccord
Mais ont le chic de faire élégamment le mort
Suivant leurs habitudes multi-séculaires.

Je finirai aussi par contourner l’obstacle –
En donnant mes organes, ils seront à leur place
Implantés dans un corps dont la suprême audace
Est de tout faire pour éviter tout miracle.

Nous voilà arrivés à la fin du sonnet.
Gloire à l’ami qui rit se sentant sermonné !


2. L’humanisme est un je-m’en-foutisme

« Alors je saisis cette âcreté du raisin trop vert à travers une conduite de dégoût. Je confère magiquement au raisin la qualité que je désire. »
                                                      Sartre, Esquisse d’une théorie etc., p. 45

 

J’en ai rencontré qui prospèrent dans la crasse
Auto-infligée, donc pas celle de naissance
Autrement dit : le sale, acte de résistance
Paresse étant un luxe interdit à la masse.

Qui n’aime pas la découvrir en négligé
Sa vie ? Cela permet d’en entrevoir les formes
Sinon dissimulées sous le carcan des normes
Mais... l’humanisme dans tout ça ? Pas obligé.

L’auto-déclassé, fût-il un faux camarade
Et son désordre, encore un genre d’abondance
L’ordre voulant du vide, et le néant, l’absence :
Qui, diable, ne choisirait pas l’ascèse crade ?

Nous voilà arrivés à la fin du sonnet.
Gloire à l’ami qui rit se sentant sermonné !


15 Septembre 2026

[Civilisés et sauvages]

lundi 14 septembre 2026

Zombres

i.

Si je vous fais rire
Vous et vos amis
Au pire
L’espoir est permis.

L’espoir est du soir
Comme les lampions.
Rions
Zombres dans le noir !

Aux ombres mobiles
L’espoir est permis :
Tout file
Quand tout est remis.


ii.

Die Angst vor Schatten musst du überwinden –
Wenn’s dunkelt, musst du in sie Eingang finden;
Du bleibst, gebannt, doch immer noch das Kind
Dem Schattenspiele wie Gespenster sind.


12. September 2026

[Alexander Olbricht, Italienische Nacht, 1905/8]

samedi 12 septembre 2026

Sens de l’itération

En prenant de l’âge, je constate qu’il y a de plus en plus de rediffusions à la télé. Et quand je me promène dans une librairie, je me rends compte que les livres qui m’intéressent, je les possède en règle générale depuis longtemps. Parfois je me trompe parce que l’éditeur en a changé la couverture, ou même le titre, mais c’est du coup une ruse. Je remarque aussi, quant à mes propres écrits, que les redites s’y accumulent. J’en donnerai un exemple par la suite.
D’un autre côté, si je me suis bel et bien laissé entraîner dans l’achat de films sur DVD, ceux-là, je ne les regarde jamais une deuxième fois ; c’est seulement à la télé que cela m’arrive. Bon, certains de ces DVD ne sont présents que par nécessité, non pas pour être mis dans le lecteur. Ainsi ceux de Lanzmann. Je n’aime pas trop ses livres – il a un vrai problème, le bonhomme : il y ramène sans cesse sa fraise – mais ses films sont de l’ordre de l’indispensable, et que je les regarde, systématiquement, lorsqu’ils sont rediffusés, ne change rien au sort des DVD. L’indispensable a toujours besoin de s’imposer à un moment imprévisible, non choisi par soi-même. Je suis aussi convaincu que chacun regarde ces films de façon différente. J’ouvre le programme et me dis : voilà encore une longue soirée gâchée par l’ananké. L’implication est complètement individuelle. J’ignore comment quelqu’un dont l’histoire familiale serait différente de la mienne les perçoit, ma chérie comprise. De même, je ne sais rien sur les lois qui régissent l’itération, alors qu’invariablement j’en ressens l’impérieux.


Sa bienveillance était telle
Que j’aurais pu tout me permettre.
Quasiment tout.

En un sens
Elle tenait davantage de la mère
Que de l’amante.

Pourquoi insister sur ce point ?
N’aurait-il pas suffi
Qu’elle fût l’amante qu’elle était ?

Oui, ça m’aurait suffi.
Oui, ça m’aurait suffi.
Oui, ça m’aurait suffi.

Mais quand je le chantonne
Ne serait-ce pas plus que trois fois
Je pense à la sortie d’Égypte

Et à la pointe d’amertume
Qui rend le tout si poignant, et
C’est à travers les larmes

Que je lui rends grâce.
Et grâce.
Et grâce.

12 Septembre 2026

jeudi 10 septembre 2026

Miettes philosophiques

1. De la guerre

« Si telle nation en lutte prend sa vessie pour une lanterne, accordons-lui du moins le bénéfice de l’enthousiasme. Sans quelque folie, l’amorphe ne se fige jamais en entité étatique. »
                        Johann Gottlieb Fichte (1762-1814)

Il est compliqué de crier pouce en courant
Mais assez naturel de râler en mourant.
La contradiction de nos amis pacifistes
C’est que leurs litanies ont des airs bellicistes.
Quant à leurs prières que la mort nous soit douceâtre :
On râle mieux quand c’est autrui qu’on voit se battre.


2. De la bienséance

« Notre compas moral est de peu d’utilité en société. Si l’on nous propose le couteau et la fourchette, servons-nous et de l’un et de l’autre. Pour n’avoir rien à se reprocher, il suffit de les reposer avant de céder aux instincts. Même à la table d’un prince, on prend le petit doigt pour se curer le nez. »
 
                       Immanuel Kant (1724-1804)

Émettre des avis pourrait distraire, mais
Faut pas en abuser pour digérer en paix :
L’opinionnette dans telle innocente ronde
Te gâche l’atmosphère en moins de cinq secondes.
Préférons-lui l’option entre fromage et poire
Qui, eux aussi, ont leur côté aléatoire.


3. Du malaise

« Les affres du cœur, certes plus réfractaires que la crise de foie, sont aussi moins pénibles. La preuve. »
                        Arthur Schopenhauer (1788-1860)

Coutume veut que ce soit la faute aux malades
S’ils ne se soignent pas à coups de citronnades.
Doctrine, elle, sait que l’infâme médecine
La flore ruinera s’en prenant aux racines.
De la sorte, en s’assurant que le style est l’homme
Face à bouffonnerie, traitons-en les symptômes !


4. Du cosmos

« Si, au péril d’en sortir découragé, le Christ, méticuleux, fera tout pour reconnaître les siens, ce n’est pas une raison, boudu ! »
                        Doujat, Jean, de l’Académie (1609-1688)

En débarquant sur la planète très lointaine
On s’est trouvé face à d’étranges indigènes.
Pourtant, dans ce coin reculé de l’univers
Ils parlaient le français soigné des hommes verts :
Moins que de leurs six doigts, leurs tics et leurs ventouses
On s’étonnait de leur bel accent de Toulouse.


5. De l’osmose

« Vu de près, le dedans n’est pas le dehors et ne lui ressemble même pas. Pour s’en approximer, il faudrait qu’il se les bouge, ses grosses fesses agoraphobes. »
                        Henry David Thoreau (1817-1862)

L’homme des bois vit forcément l’osmose pure
Entre lui-même et les attraits de la nature
Il sentira la mousse pousser sur son tronc
Et entre ses orteils noirs, l’or des champignons.
À poil, il verra ses fantômes s’envoler
Pour l’asperger ensuite en âpre giboulée.


6. De la connaissance

« Loin des yeux, loin du cœur. Mais c’est déjà trop dire : le simple silence est infiniment plus parlant quand on ne médite sur rien de particulier. »
 
                       Ludwig Joseph Johann Wittgenstein (1889-1951)

Tant que tu ne la connaissais pas, ta voisine
Tu n’avais pas idée d’où se situe la Chine.
Mais elle te l’a dit, car elle est Limousine
Et c’est là-bas qu’on peint et cuit ces figurines.
Pourtant, le kitsch évoque plutôt l’Amérique :
La porcelaine casse, mais pas le plastique.


7. De la finitude

« Pas encore fini, ce bordel ? Nom de nom, combien de fois faut-il vous le répéter ? Et répéter... et répéter... vous voyez un peu le boulot que ça me fait ? Inéducables, ces jeunes. »
                       Emmanuel Levinas, dit l’Ampoule (1905-1995)

La finitude est un gros mot qui fait penser
Au petit coin, mais aussi un terme censé
Figurer dans les œuvres des dits philosophes
Qui n’ont pas honte de s’avérer limitrophes.
Moi, franchement, j’ai tendance à tirer la chasse
Au lieu de trop remuer ; le faux sérieux m’agace.


9 Septembre 2026

 

mardi 8 septembre 2026

De la boue

 i.

Au bout
Ce qui est bien boue
Bloque la roue
De qui ne prend garde
Bloque le char de la camarde
En voie vers mon trou.

      (M’en fous
      De la tocarde.)


Hou ! Hou !
T’es planqué où
Gugusse ?
Jouer au Russe
Qui évolue en plein humus
Empêchant qu’on vienne chez toi ?

      (Dors tout mon soûl
      Pendant neuf mois.)


Neuf mois, que ça m’a pris pour naître
Puis un peu être.
Je vois
De ma fenêtre :
Rien que de la belle
Boue qui me sauve d’elle.

      (Ou pour le moins la retarde
      L’amie camarde.)


ii.

« La révolution, pour qu’elle triomphe, il est indispensable qu’elle foire. Et pour que cela ne se remarque pas, il faut de l’unanimité. Qui ne commet pas les erreurs de son époque est dans le tort, le camarade. Ces erreurs vont en zigzag, mais le traître ne sera jamais réhabilité. Toute vérité étant vérité de groupe, celui qui veut faire le clown, qu’il aille au cirque. On a des moyens sinon. »                   J. V. Staline, Ma vie réussie


Elle ne s’est pas faite
Ta vie en rêve
Lorsque le jour se lève
Sur des défaites.

Le quotidien t’embourbe
Gracieusement –
C’est ainsi qu’elle ment
La chance fourbe.

Se porte candidat
À la misère
Qui ne patauge pas
Dans l’éphémère.


6 Septembre 2026

[Boris Petrovich Zakharov, Rasputitsa]

lundi 7 septembre 2026

Choses II

 i.

Tous ces gens qui étaient sur terre
Et qui n’y sont plus
Et qui m’ont laissé des choses
Dont je me sers tous les jours, ces mêmes choses
Je me demande comment je ferais sans.

Quand on est jeune
Et tout le monde est encore éternel
On n’a même pas idée
Que les seules choses vraiment nécessaires
Sont celles dont on a hérité de la part de morts.

On serait encore à la préhistoire sinon
Et tous ces trucs plus modernes
Qu’on peut acheter en les croyant supérieurs
En réalité ne valent rien, car rien de ce
Dont on n’a pas hérité vaut quelque chose.

Peut-être cette valeur, elles l’acquerront
Au moment de notre mort
Lorsque nos héritiers en prendront possession
Comme on prend possession
De quelque chose qui nous est simplement due

Mais
Nous n’en savons fichtrement rien
Et ce serait de l’ordre de la vanité
La plus stupide
D’y penser dès maintenant.



ii.

Le bleu du ciel, à coup sûr moins morose
Dehors – parmi les gens, quelle importance ?
Je rentrais, et la simple circonstance
D’être bientôt chez moi teintait les choses.

Même quand tu te glisses dans la foule
Tes pas t’amènent où tu te diriges :
Vers quatre murs, tapissés de vestiges
Le vrai creuset d’où les journées s’écoulent.

Ta tombe, mi-Paris, mi-état d’âme
Fût-ce une termitière ou un étui :
Ces choses restent quand tout s’est enfui.
Toujours pas le moment d’en faire un drame.


5 Septembre 2026

vendredi 4 septembre 2026

Drames

1. Les drames de la mobilité

Je n’ai jamais trop su ce qui fait « classe ». Chez les autres, je le vois immédiatement, mais j’ai du mal à en tirer des leçons. Par exemple, je suis radin. La radinerie, est-elle classe ou pas ? Puis, je peux être cassant. Être cassant, est-ce classe ou seulement ce que le bas peuple s’imagine être classe ? Ensuite, il m’arrive de geindre. Or, je doute que geindre, en soi, puisse être appelé classe, mais tous les gens classe que je connais, il leur arrive couramment de geindre. Très couramment même. Je m’habille n’importe comment. Est-ce classe ou pas ? Se foutre de l’avis des autres est certes classe, mais se promener fringué comme un as de pique ? Je ne sais même pas si les gens qui, naturellement, sont classe se posent de telles questions. Ce n’est pas classe de se les poser. Sur ce plan, chez moi, c’est râpe.


    a. Le drame de l’ascension sociale


Si j’étais né dans un château
La vie me sourirait
Je m’empiffrerais de gâteaux
Et ça me pourrirait.

Toi, qui es né dans une soue
Pourquoi sens-tu le rance ?
Aux débuts bien plus durs que doux
Crains-tu la concurrence ?

– D’autrui à foutre n’en ai point ;
J’exhale pour moi-même :
À eux leur truffe, à moi mon groin –
Prétendons que l’on s’aime !

– Comment aimer qui est pareil
Et avec ça, né porc ?
– Je te donne un petit conseil :
Ça n’a aucun rapport.


    b. Le drame de la déchéance


Celui-là, dans le temps, le bougre était un chef
Ça se voit encore à la façon dont il cause.
Bien sûr, le compte en banque est vide à peu de chose
Près, mais il garde une miette de son vieux fief.

Bon sang ne se dément, ni noble descendance
Lorsque du trône ne subsiste que la foire :
Une fois soûl, il donne de ces gros pourboires
Et les loufiats l’appellent tous « Votre Excellence ».


2. Le drame de l’immobilité

Hermann Hesse prétend avoir été le premier génie dans sa famille, et ayant épuisé le stock génétique en génialité pour les cinquante prochaines générations, se désintéressait de ses gosses. Hitler pensait certainement la même chose, et par conséquent n’a pas laissé de progéniture au monde. Être le premier génie dans une famille rend visiblement con... sauf si l’on s’appelle Hitler.


Il est normal qu’un roi produise un autre roi ;
Ainsi, le gueux se reproduit en gueux, pardi !
Mais il est scandaleux qu’il n’y ait pas de loi
Interdisant au con d’engendrer un génie.

3 Septembre 2026