mardi 27 janvier 2026
mercredi 21 janvier 2026
Welt
Solang es reichte, dass die Hand
Hinübertastete und fand
Solang die Dunkelheit nicht störte
Weil man des andern Atem hörte –
Solang genügte das allein
Um der Wirklichkeit sicher zu sein.
Solang das Tuch, das uns bedeckte
Uns dennoch nicht voreinander versteckte
Solang, sobald der Morgen kam
Der jeden Schleier von uns nahm –
Einzig solange schien klar
Was Traum ist, und was wahr.
20. Januar 2026
mardi 20 janvier 2026
dimanche 18 janvier 2026
Une réalité
Énième tentative
i.
Par ton absence
Je sens ta présence :
Si tu n’étais pas là
Tu ne pourrais pas me manquer –
Il faut avoir une image claire de ce qui manque.
Je me retourne et me dis :
Tu disparaîtras telle une vague idée, mon Eurydice
Pour peu que je change de position.
ii.
Il faut pouvoir nommer.
Mais nommer n’est rien – il faut montrer sans le dire.
Il faut qu’autrui puisse le voir
Avant de l’entendre, le nom, prononcé ;
L’image, il faut qu’elle émerge en conséquence ;
Il n’y a pas d’autre présence.
Tu es encore là, même après retournement
Tu es plus forte que mes astuces
Et en fait, tu as raison.
iii.
Toi, tu émerges avant d’être nommée –
À l’improviste. En ce sens aussi
Tu es la perfection même.
Tu l’étais et tu l’es.
Présente. Absente. Présente.
Pourquoi, diable, ai-je voulu te chasser ?
Peut-être me suis-je retourné juste
Pour mettre ta force de résistance à l’épreuve.
iv.
Quand je m’exprime de la sorte
On pourrait penser que je regrette quelque présence divine ;
Mais non, je parle de toi
Enlevée et non pas retirée
Je ne crois plus à mes propres élans
Mes retournements sont devenus inutiles
Tant me manque ton regard, rassurant et corrigeant
v.
Seulement transfigurée par un dieu
Qui, à la grecque, s’excuse de sa méchanceté.
Tout en demeurant
Tu n’es plus là – voici la seule preuve
Alors que la proximité persiste.
17 Janvier 2026
vendredi 16 janvier 2026
Schutzwall
قفس را بشکن، آسمان را خواهی یافت
« Brise ta cage, et tu trouveras le ciel. »
Aphorisme persan
Que le ciel soit réservé à qui n’y croit pas
Est une vérité qui ne date pas d’hier.
Une belle chose, faut-il donc s’en méfier
Pour y avoir droit ?
Les convaincus, sont-ils tous des cocus ?
L’escroquerie, serait-elle le corollaire de toute foi
Et la mécréance sa seule garantie ?
Si près du ciel
Les gens sortent, ils se rassemblent en clamant
Et se font massacrer, simplement
Pour, enfin, se rapprocher un tout petit pas de plus
De sa version terrestre –
C’est toujours de cette sorte que cela se passe
Quand des promesses, on en a soupé
Et l’enfer, on en connaît un bout –
Bref : quand on a assez prié.
Encore une espèce de foi, diras-tu
Foi désenchantée, croyance hors ciel, foi essentielle...
Ce n’est donc pas l’espoir qui semble poser problème
Mais les gardiens qui le défendent, ce maudit ciel
Rêve auquel nul ne saurait renoncer.
Soyons un peu sérieux :
Un paradis gardé tel une geôle
Désire-t-on plutôt y entrer ou s’en échapper ?
De quel côté viennent-ils d’habitude
Les assaillants du grand mur protecteur ?
16 Janvier 2026
jeudi 15 janvier 2026
Confessions
« C’est une chose bien singulière que mon imagination ne se monte jamais plus agréablement que quand mon état est le moins agréable, et qu’au contraire elle est moins riante lorsque tout rit autour de moi. Ma mauvaise tête ne peut s’assujettir aux choses. Elle ne saurait embellir, elle veut créer. Les objets réels s’y peignent tout au plus tels qu’ils sont ; elle ne sait parer que les objets imaginaires. Si je veux peindre le printemps, il faut que je sois en hiver ; si je veux décrire un beau paysage, il faut que je sois dans des murs ; et j’ai dit cent fois que si jamais j’étais mis à la Bastille, j’y ferais le tableau de la liberté. »
Rousseau, Confessions IV
J’entends une voix féminine chanter une chanson
Et je trouve très bien toutes les deux– et la voix et la chanson.
La voix, connue, elle, est rauque, et la chanson, elle, me touche.
Puis j’ai l’imprudence de chercher sur internet
Pour les lire, les paroles de la merveille en question
Dans le vif espoir d’être fort impressionné.
Et me voilà qui les lis, atterré.
Dis donc, quel kitsch infâme ! m’offusqué-je.
C’est juste une chanson, pas un poème, mais tout de même...
Aucune des images ne marche, tout
Est mal dit, fort maladroit ou de guingois –
Je le vois maintenant, mais je ne l’avais pas entendu.
Ce que j’avais entendu était sublime.
Pourquoi donc ?
Suis-je aussi facile à leurrer, gullible me ?
Puisque la conviction de la chanteuse
Également à l’origine du texte
Était plus forte que tout...
Elle était tellement convaincue de ce
Qu’elle avait écrit, puis chanté
Que son assurance a dû déteindre sur moi –
C’est ça qui fait une grande artiste ! me corrigé-je.
Grâce à sa force de séduction
Je l’ai crue sur parole – alors que, plus tard, en lisant
Mon petit esprit critique a pris le dessus.
C’est qu’elle n’était plus là pour se défendre.
Pauvre Hildegarde !
Ou plutôt : phénoménale Hildegarde.
Moi, quand j’énonce des bêtises –
Certainement sans l’accompagnement de flonflons –
Est-ce qu’on me croit sur parole ?
Je n’ai pas l’impression.
Il faut donc que ça rime.
Rimé-je alors en conséquence ?
Je me pose cette embêtante question.
Je ne suis pas mieux loti qu’elle.
Mieux vaut arrêter avec ces fumisteries.
Et pourtant, sincèrement...
14 Janvier 2025
lundi 12 janvier 2026
Le V et le L
1. Voyager léger
Ce que je lis et ce que je vis forme un bloc. Peu importe que la chose vienne d’un livre ou de la vie, ce que j’en tire se moque des circonstances. Peut-on alors dire que je ne vis qu’à moitié ? Et que l’autre moitié relève du livresque ? Non : ces moitiés forment un tout, et ce tout, c’est ma vie. Il ne se retrouvera dans un livre qu’à condition que quelqu’un décide de l’imprimer, ce qui, quoi qu’il en soit, n’est possible qu’après coup.
Comment vivre si l’on ne sait plus si l’on vit ou si l’on lit ? Peut-on lire en vivant et vivre en lisant ? Je refuse toute hiérarchie : me voilà anarchiste d’expériences.
Is that some noise I do perceive?
Mice? – No, Sir, only me.
I cannot keep dispassionate
In funny company.
– Why are you hiding? Stowaway?
– I’ve tried to roam for free...
– Now, come and sit beside me, I
Shall pay the fare for thee.
– I’m far more comfy in the trunk;
Out there, I’m one of many.
Baggage provides best comradeship
When riding without any.
2. Lourd ou vif
Lorsqu’un certain Archimède a trouvé le théorème qui porte son nom, il ne se disait pas : « Tiens, un galet pré-signé qui m’attendait sur cette plage ouverte à tous, destiné à finir dans l’une de mes boîtes à cailloux. » Ignorant que ce théorème lui ressemblait, il n’a rien trouvé. Son idée toute personnelle lui est tombée, anonyme, du ciel.
Pour moi, ce sont des lettres pré-écrites qui tombent du ciel, même si elles se promenaient en ville, l’espace d’un instant, sous l’apparence de congénères. Chez moi, tout finit en lettres : lettres qui pendant ce court moment de liberté semblaient bêtement incarnées. Mais une fois dans mon regard, réduites non sans malice à leur essence, elles deviennent enfin réelles – c’est-à-dire de la littérature.
C’est un grave défaut, sans doute, mais l’uniformité du monde, produite par la faiblesse de l’esprit, l’organise en désorganisant. Le visible devient lisible, ou le lisible visible. On s’y perd, quoi.
Dös Steinerl, wos i auf hob glesn
Dös is amol a Mensch gewesn.
– Woher weißt du des so genau?
– Schaugs dir bloß o, gö, schau!
– I seh nix Menschliches daro.
– Mei Gott, ihr Kieserl seids arm dro:
Blinkerts ihr fast wie a Brillant
Fehlts freili an Verstand.
10. Januar 2026
mardi 23 décembre 2025
Something’s Got to Give
1. Bref essai sur le don
Celui qui fait un vrai cadeau n’attend rien en retour. Il ne s’agit pas d’un échange. S’il y a échange, il y a troc – ou kula, pour parler comme Malinowski – mais pas de cadeau véritable. Or, qui fait un véritable cadeau, donc un don sans espoir de contrepartie, doit veiller à ce que ce ne soit pas un sacrifice, sinon c’est cuit. Car on ne se sacrifie jamais pour rien. Tout sacrifice a un but, il est fait pour quelque chose. Quelque chose ou quelqu’un. Qui dit sacrifice, dit égoïsme.
Celui qui se fait crucifier insiste bien souvent sur le fait que c’est pour sauver le monde, prétention laissant deviner un certain orgueil, voire un orgueil certain. Un tel acte, jamais gratuit, est le plus souvent entaché d’un grave soupçon de mégalomanie. N’est-ce pas, Yoshke Panderik ?
Le vrai cadeau, lorsqu’on le fait, on ne veut même pas être gratifié d’un regard plein d’étincelles, on ne veut même pas entendre : « Dis donc, chéri, mais elle a dû coûter bonbon, cette preuve de ton attachement éternel, même si ce n’est probablement qu’un zircon ! » Oh non, on ne veut rien voir ni entendre. On régale à distance, et on a bien raison.
Le seul plaisir réel est celui de faire plaisir. Voilà de l’amour pur, possible dès qu’on est des inconscients qui se projettent dans autrui, dès qu’on est des parents ou je ne sais quoi. Et ô combien on a raison de s’obstruer et les yeux et les oreilles !
Je m’imagine la maman du petit Adolf qui, parce que fiston aime bien les animaux, lui offre pour ses dix ans un très joli livre sur les chiens de race, par exemple, ou un calendrier hippique présentant en gravures les plus beaux pur-sang de l’Allemagne impériale. Pourrait-elle en prévoir les conséquences ?
A gift is not a gift, a grift is not a grift
Unless there is no proper compensation;
Otherwise it’s a trick, an obligation
Conceived to guilt trip. Catch my drift?
An artist, lipstick baby, gifted pout
Don’t throw away those pearls you’re spitting out.
That saint who offers martyrdom to live
In history has nothing got to give.
2. Contemporary Witches
This afternoon, in the Paris underground, I noticed an attractive young woman reading something by Arthur Miller. I had recognized him from the back cover, so I rose and, without drawing attention, tried to see which of his plays it was. I thought of Marilyn reading The Crucible, and suddenly felt desirable.
Qu’as-tu à leur à proposer à ton âge ?
Tes vices et vertus, on n’en a cure
Âme incarnée, le frais et immature
Même à l’esprit apporte davantage.
La part des anges volée par nos diables
Le souffle de la vie nous rend moins fiables :
Animant les miroirs aux alouettes –
Quel poids... faisant de nous des girouettes...
December 23, 2025
lundi 15 décembre 2025
Erlösung von allem Übel
Wer erst das Weltgesetz wagt zu missachten
Und dafür Recht und Unrecht neu erfindt –
Er ist so keck... ach, wehen tut der Wind
Woher er muss, mag’s tagen oder nachten!
Wie fein er’s auch geplant, misslingt es doch
Schlupfte auch nur ein Sandkorn ins Getriebe
Und er, umstellt von der Gesellschaft Liebe
Zur Läuterung fährt ein ins finstre Loch.
Dort lässt er sich allmählich sanft bekehren
Denn keiner widersteht des Himmels Reiz
Weil Schilf sich besser biegt, und Gier und Geiz
Vermählen sich – kein Kampf kann ewig währen.
Und kommt er frei, dann freilich folgt die Straf
Für alle Missetat: der Schuft wird brav.
8. Dezember 2025
jeudi 4 décembre 2025
Petit mouchage
תוכחה מזבובון
i.
“I am speaking now / the way you do. I speak / because I am shattered.”
Louise Glück
Notre vie semble un peu plus longue
Que celle d’une fleur
Ou de nos petits camarades virevoltants
Mais est-elle plus riche sous le soleil ?
A-t-elle plus de sens ?
Nous sommes sans doute meilleurs
Quand il s’agit de justifier
Convaincus de les surclasser en mémoire...
Sauf que la mémoire n’est pas la vie
Elle en est presque la négation
Elle en est l’après-goût –
Et, en tout cas, celle de la nature
Dépasse la nôtre très facilement
De quelques millions d’années.
ii.
“All summer I heard them”
Stanley Kunitz
J’ai trouvé une mouche toute fine dans la baignoire.
Elle ne s’était pas noyée
Elle est morte de sa belle mort naturelle
Car l’hiver est déjà là
Et ce n’est pas la peine d’attendre le printemps
Lorsqu’une seule saison suffit au bonheur.
Ce serait trop dire que j’étais jaloux d’elle
Moi qui attends toujours le prochain printemps
Et même au printemps, celui à venir
Mais quand le tourbillon l’a emportée
Comme si elle ne valait rien
J’ai vu le tragique brusquement changer de bord :
Je suis si lourd ; elle, par contre, se déployant dans l’eau –
On aurait pu la prendre pour le pétale d’une fleur.
iii.
“my grandmother’s grave / like a loaf”
Linda Pastan
Il faut se contenter de ce qu’on est.
C’est une tâche plus ardue pour un humain
Que pour une fleur ou un animalcule
Et pas seulement à cause de la lourdeur.
Quand la mort nous fauche
Trop longtemps nous resterons présents
Trop longtemps nous restons poids
Désormais poids mort
La légèreté étant aux autres
À ceux qui ne la soupçonnent même pas
Aux justes qui fourmillent ici-bas
Voletant ou fleurissant
Tandis que nous, avec nos airs supérieurs
Nous en comptons au mieux trente-six parmi les nôtres.
3 Décembre 2025
mardi 2 décembre 2025
Entitlement
“Gulls / loudly insist on indefensible rights”
J. Schuyler
Their baby faces spout off rights by birth.
I hold that they derive from he who loves
And otherwise must be deserved, dear doves –
Entitlement comes merited on earth.
Unlike your cheek, true panhandling opposes
But isn’t mainstream-backed facility
With claims convenient to conformity:
You are no gulls, girls, flight of spineless roses!
Would it be fair to leave it to your skill
And trust your charm to get things rightly done
Ready to substantiate what both fulfill?
The cause it’s all about has long been won.
Fancy a fight? Just pick another one
Without complaining, and no overkill.
December
1st, 2025
mardi 25 novembre 2025
Les éléments
1. Interdépendance
Der kluge Nagarjuna fand heraus, dass ohne die Möglichkeit des Feuers Brennholz kein Brennholz, sondern höchstens Holz wäre. Ein ganz und gar marxistischer Gedanke des buddhistischen Kirchenvaters aus dem zweiten Jahrhundert. Was lernen wir daraus? Wäre Holz nicht eventuell brennbar, gäbe es kein Holzfeuer, sondern höchstens Feuer, und ohne groß den Geschmack zu bemühen, den sowieso nur die geübteren Zungen bemerken, hätte auch die bessere Margherita einen geringeren Tauschwert.
Si je réclame de l’air
Je ne constate pas que c’est du vent.
Du vent, à la limite, est préférable à du solide
Lorsque tu ressens le besoin d’un peu plus d’air.
En philosophie, c’est la même chose.
Le béton s’avère trop étanche
Si bien que l’air y demeure confiné :
S’il faut le percer pour que le vent passe
Et l’air circule, facilitant ainsi la combustion
Il vaut mieux s’arrêter avant la déconstruction totale
Qui t’enlève tout matériau pour qu’il ne te reste que du vent.
Rien de plus futile qu’une philosophie qui n’est que poésie
Et poésie médiocre, grammatologique
Mondaine, propos de table amusant
Philosophie entre la poire et le fromage
Et mentale seulement de par ses trous.
2. Stabilité
De mon métropolitain de strapontin, pas plus tard qu’avant-hier j’ai vu un homme bousculer une femme pour monter en premier. Quel malotru ! me suis-je dit. Mais non : cette femme était la sienne. Une fois la barre gagnée, la dame a parlé très gentiment à monsieur installé avant elle. Malotru pour les uns, mari pour les autres. Le progrès a du mal à y changer quelque chose.
On prétend désormais
Que sans équilibre parfait la vie se transforme en enfer
Et que même, il a le droit de pencher pas mal, cet équilibre obligatoire
Pour peu que ce soit du bon côté, réparateur d’injustices.
Je constate que
Seulement un équilibre parfaitement imparfait
Jusqu’à présent nous a permis de survivre en beauté
Et s’il penchait dans le temps carrément du mauvais côté
Enfin... pas grave.
Or, désormais on prétend –
Et c’est cette prétention, il me semble
Néfaste comme elles le sont toutes
Qui siffle la fin du bonheur.
Sauvons ce qui peut encore l’être.
Essayons de survivre dans l’injustice, sans prétention.
23 Novembre 2025
mardi 18 novembre 2025
Sadhu
1. Avec Berryman
Henry’s Confession
Ne soit pas un requote. Dans la vie
Tout tourne donc et te revient à la figure, genre Nietzsche.
Si personne ne s’approche
Willy-nilly, faut s’approcher des personnes.
Même si ce n’est pas l’idéal, point de vue dignité.
I saw nobody dangling, so
I hung myself to help flower the tree –
N’est pas une incitation au suicide, mais un conseil de survie.
Être snob ne signifie pas
D’avoir un surplus criminel d’amour-propre
Mais de se promener tel un sadhu, dignement trois quarts à poil.
2. Ethos
A string around one’s loins (for basic decency)
By holy waters to... turn ethical on earth?
Churl, hear it out, my scanty piece for what it’s worth:
Just strip and join the river, wait and see;
Do psalmodize – or keep your trap forever shut!
Is it the song and not the string that hones the soul?
Thou nincompoop: Where are the deeds?
Should saintliness not have an aim?
That’s what the nameless claim.
Or don’t ye dullards know how few it needs?
It’s in the books that, challenged, Parvati became a ghole.
3. Furor
Hättst du dich aufgebrezelt, wärst
Du Narr jetzt auch was wert
Nur geht nicht, dass man sich zuerst
Verhüllt und dann beschwert.
Einer von sechsunddreißig, ja –
Die Welt hält wegen dir.
Ohne dich wär sie nicht mehr da...
Doch dafür gäbs dich hier.
Man kann schwer haben Welt und sich
Und wer es beides will
Muss Trommeln rührn und gleichzeitig
So tun, als sei er still.
Du sagst dir: Dann noch lieber tot
Solangs nur weitergeht
Und zehrst von jenem Gnadenbrot
Das keiner je verschmäht.
19. November 2025
dimanche 16 novembre 2025
Le treize du mois
– Et le feu sacré alors ?
– Celui qui tient à hâter la descente du paradis sur terre
En ravageant les rangs des sceptiques ?
Celui qui, incarné en homme, le long des siècles
Transformait le paradis terrestre en enfer ?
– Oui, c’est de ce dieu noir que je te parle.
Il y a des retardataires, non ?
– Ce sont des faibles d’esprit.
– Certes, mais cherche à les convaincre et tu verras leur force.
– Tu ne persuaderas jamais un fou de sa folie
Car il a l’empire du ciel de son côté, comme les nôtres.
– Mais c’était dans des temps bénis.
– Et tu penses qu’elle est finie, la toute-puissance des bénédictions ?
Tu n’as jamais eu d’apparitions, toi.
Voilà pourquoi tu ne peux rien contre eux.
– Faut-il comprendre le feu pour le rendre inoffensif ?
N’a-t-on pas réduit les prophètes au silence
Uniquement parce qu’on ne les comprenait plus ?
– Pourtant, il vaut mieux le connaître, leur feu.
– Mais du coup, il peut nous contaminer ?
– C’est le prix à payer pour avancer dans la nuit.
14 Novembre 2025
lundi 10 novembre 2025
Plot Visit
Where are you now, life’s rustling energies?
Frills to one’s skeleton, or sketch: bereft
The tree looms truer. Some rash flurry’s theft
Or autumn’s grudgeless rape? Grim reaper, breeze?
Its nest long empty, of extinguished fire
Mute beacon to the end, it stays a dark
Enduring signal, naked to the bark
Devoid of banter – strong with new desire.
Upright I stand, on my own plot, brought flower
To future use, all morbid egotism
Unburdened maple, waiting, lonely, power
An image of myself... a narcissism.
No symbol ever tells one’s hour or place
Yet I must recognize a mirrored face.
November 10, 2025
samedi 8 novembre 2025
Fête des morts
i.
On fréquente aussi con que soi
C’est entouré d’eux qu’on se sent bien
Et l’on croit que cette foule de fréquentations
Confère le savoir et la sagesse. Grand-mère par contre...
Même ma mère
Pourtant bien plus mûre
Ne passait pas des heures avec elle.
La plupart du temps, l’aïeule restait seule.
C’était sa faute à elle
Car son amour incommensurable
N’allait pas sans conseils d’ordre pratique –
Trop soucieuse, elle ne pouvait pas s’en empêcher.
Celui-là n’aime pas les conseils d’ordre pratique
Que je ne puis me retenir de lui prodiguer
Dans mon amour incommensurable
Et il se barre vite fait.
Je lui pardonne d’avance.
Un jour, je le sais, il regrettera, lui aussi
Et finira souvent seul
En pensant aux chers morts.
L’amour qui nous unit à nos vieux
De tout temps, nous ne pouvons le montrer
Que trop tard, le donnant aux jeunes
Lorsqu’ils ne le méritent pas encore. C’est bien justice.
ii.
Tard au lit, j’écoute la radio.
Une rediffusion de Mozart, grand-mère
Aurait pu l’entendre
Lors de la première fois
Car elle date de son vivant.
Aurait-elle apprécié Mozart comme moi ?
J’en suis convaincu. Dans le cas
De Dionne Warwick, passant après
C’est moins sûr. Les expériences diffèrent.
Celles responsables du goût, oui, mais pas celles de la vie.
Or le goût, lui, n’est dû qu’aux épices
Qui camouflent la nature brute de l’aliment.
iii.
Je me replonge dans Le Rameau d’Or de Frazer
Quatre volumes de neuf cents pages –
Cela fait bien trente ans que je n’y ai pas remis le nez
Et je n’en ai jamais lu plus que de courts extraits
Choisis selon l’envie du moment
Mais... je me rappelle de ce que je lis
J’ai dû encore tomber sur les mêmes chapitres.
Une génération passe, mais la main qui feuillette
Garde ses habitudes – on ne
Vieillit jamais, dis donc. Alors tout ce que je viens d’écrire...
7 Novembre 2025
samedi 1 novembre 2025
De la véritable poésie
“Home in Missoula,
Home in Truckee,
Home in Opelousas,
Ain’t no home for me.”
Jack Kerouac
1. Thèse
Je rencontre des gens venus de très loin
Qui me racontent leurs histoires
Histoires de coins exotiques, jamais visités
Mais je les connais déjà
Je les ai entendues au moins cent fois
En vérité, elles se répètent.
Comment se fait-il qu’arrivant de contrées
Tout à fait inconnues
Ils me causent toujours de choses connues ?
Serait-ce dû à mes oreilles
Devenues sourdes à la sidération
Ou ces rivages si lointains
N’auraient-ils plus rien d’épatant à offrir ?
Serait-ce l’âge ?
2. Antithèse
Quand j’attends la nouveauté
Elle me pose un lapin.
Quand, inopinément, elle tape à ma porte
C’est une mauvaise nouvelle.
Serait-ce l’âge ?
3. Synthèse
Soyons plus positifs, car
Cela ne sert à rien de ne pas l’être.
Prétendons que tout connaître
Est le résultat d’une vie bien remplie
Et que les mauvaises surprises
Signalent juste que la vie continue.
Pour nous rassurer
Constatons donc ceci :
Sans aléas désagréables
Pas de véritable existence, mon gars
Et sans la merveille rétive
Pas de véritable poésie.
30 Octobre 2025
samedi 25 octobre 2025
Fairy Tale
In memoriam
When you met Fair, by any chance
She came to disappear:
Where love is lurking, witches dance
Luck is a bitch up here.
What did it whisper while she seemed
To linger on your smile?
All what you might have lived or dreamed
Stayed for a spell... awhile.
Since Fair was singled out for you
The Fiend made ring the bell.
No crystal shoe spoke ever true
Even if it fitted well.
October 24, 2025
vendredi 24 octobre 2025
Modèles de genre
1. La sorcière
La sorcière est soit très moche soit très belle –
Voilà le propre de la sorcière.
La moche est vieille, la belle jeune
La moche est une voisine sans nom qui fait peur
La belle, de passage, se nomme Esmeralda la Gitane et fait envie.
Pourquoi le diable ne prend-il pas entre les deux
Pourquoi pas de choix plus discret ?
Eh bien, il faut que la sorcière fasse quelque chose :
Peur ou envie, en s’en branle – pas de sorcière
Sans génie propre. Le diable a du goût, quoi.
S’il t’honore de ses avances, femme
Ne lui refuse pas ton cœur.
Le féminisme, c’est vrai, est une alternative
Mais sans la sorcellerie, pour celles
Entre les deux, la masse.
C’est pour ça qu’il exige des quotas.
2. L’exorciste
L’exorciste est un homme de bonne réputation. Son côté
Sulfureux, il ne le doit qu’à son savoir-faire, il lui est extérieur.
Il exerce une profession un peu spéciale, ça oui
Mais c’est quelqu’un d’ordinaire.
Il n’existe point d’exorciste de génie
Comme il peut y avoir de savetier de génie, non pas
En raison des godasses, mais génie en dehors de son métier.
Génie de métier, pourtant cela se trouve aussi – chez le
Comptable ingénieux, par exemple, celui qui finit en taule.
L’exorciste, trop raisonnable, n’appartient pas à cette race
Car il n’est pas tellement sorcier
De faire un bon inquisiteur, cela s’apprend.
Voilà pourquoi le diable le méprise :
Ce nigaud n’est même pas plus fort que lui, son démon –
Il a besoin de violence, de tortures, de mises à mort
Pour arriver à ses fins.
3. Le diable
Toi qui n’es ni homme ni femme
Malgré ton apparence
Car les cornes ne te transforment pas en mari
Et ton raffinement ne te fait pas femme
Toi, l’hermaphrodite, le hors-genre
Avec ton pied bot, tare sublimée, rachetée
Toi, le diable, que fais-tu encore parmi nous ?
Pourquoi n’es-tu pas allé en ville
Où des comme toi ont la vie meilleure ?
Pourquoi ce vilain conservatisme chez toi ?
Crois-tu peut-être que tu es mieux en enfer ?
Si tu penses qu’en bas tu es chez toi, mon trésor
Détrompe-toi : Tu as ton avenir devant toi
Il est radieux, fait de modernité
Ton monde n’est jamais celui du passé
C’est celui à venir.
23 Octobre 2025
jeudi 23 octobre 2025
Krankenbesuche
“The world is blanketed with foregone deaths,
small beads of ego, bright with appetite”
Updike, Hospital, in: Endpoint
1. Orangen
Ich erinnere mich aus meiner Kindheit, dass
Man bei Krankenbesuchen Orangen mitbrachte;
Und falls nicht, dann eine Flasche Hohes C.
Die schien man nur für Krankenbesuche herzustellen.
Ich erinnere mich an die Mischung
Von fadem Krankenzimmer und Orangenduft
Doch habe nie Kranke, die man damit beglückt hatte
Diese Orange essen sehen, sie hatten nie Hunger.
Kein Wunder, der weiße Raum war überhitzt und roch nach alt.
Besucher und Kranke waren sehr wohlwollend zueinander
Niemals Widerspruch, das musste die Krankheit machen;
Und hatte jemand den Kranken zuvor Schokolade geschenkt
Lag sie auf dem Tischchen hinter der Orange – das fiel mir auf –
Und irgendwann kam der Augenblick, an dem ich gefragt wurde
Ob ich nicht davon wolle. Ich dürfe gerne. Man ging
Davon aus, dass Kinder stets Lust auf Schokolade haben
So wie damals die Handwerker Lust auf Bier.
Ich kann mich aber nicht daran erinnern, jemals mit Genuss
Die Schokolade in einem dieser Zimmer gegessen zu haben
Nie war mir gemütliche Wärme so unangenehm
Es ekelte mich beinahe an.
Ich wusste noch nichts über Krankheit, oder nur
Dass man zu Kranken immer lieb und etwas leise sein muss.
Auch die Kranken selbst waren ja immer lieb und etwas leise
Oft viel lieber und leiser als solange sie gesund gewesen waren.
Das Kranksein machte sie geschmeidig, ja seltsam dankbar:
Die Orange hätte ich gegessen, wäre sie mir angeboten worden.
Garantiert schmeckte sie hier weniger sauer als anderswo.
2. Wirksame Medizin
Man wird nicht einfach so krank, auch das wusste man früher.
Gestern noch kerngesund, und heute darniederliegend
Die herbeigerufenen Barbiere waren hilflos –
Es musste jemand dahinterstecken.
Selbstverständlich wandte man sich dann an den Fachmann
Und erfahren, wie er war, fand er bald die Schuldige.
Erst spielte er ein wenig mit der oft jungen
Und bildschönen Hexe
Wie die Katze mit der Maus
Aber endlich wurde sie, teils immer noch recht
Ansehnlich, an einen Pfahl gebunden und angezündet.
Trotz teuflischer Hilfe überlebte sie das nicht
Und der Kranke wurde sofort gesund.
Nachdem er der Kirche ein Votivbildchen gespendet hatte
Verstarb er in Eintracht mit dem Himmel.
Doch wer kennt noch solche Kunst?
21. Oktober 2025



