jeudi 4 juin 2026

Haare

« Nos rêves ne nous préparent pas pour l’éveil, ni l’éveil pour nos souvenirs. »
                                                                                                                           JMC

Er hat wenig von unglücklicher Liebe zu erzählen
Denn die ist ewig her, dann kam lange
Liebe ohne störendes Adjektiv

Bis auch sie endete. Jetzt den Kopf
Damit er höher liegt
Auf das umgefaltete Kissen

Die Augen offen, dahinter –
Vergangenes
Und daneben: Leere.

Findet er morgen wieder Haare auf dem Kissen
Sind es seine eigenen.
Er verliert jetzt noch mehr.

Sie sollte ihn so nicht mehr kennen
Doch es wäre ihr gar nicht aufgefallen
Denn darüber waren sie längst hinaus.

Tatsächlich hatte es nie gezählt – so etwas
Zählt doch nicht zwischen lebendigen Menschen
Das Mienenspiel ist doch das einzige, und

Nur der drohende
Tod
Zählt.

Doch als sie die ihren verlor
War das nicht leicht für sie.
Sie litt schweigend, das merkte er

Aber ich hätte sie doch nicht damit trösten können
Dass ich ihr sage: Mir ist es egal
Ich sehe das gar nicht

Es war doch der
Kommende
Tod.

2. Juni 2026

mercredi 3 juin 2026

Le jeu

Lorsqu’on a eu très chaud et que la fraîcheur est revenue, le souvenir de la canicule s’estompe presque aussitôt. De même, après une période de froid intense, le retour d’un temps clément efface rapidement le souvenir du froid. On ne parvient plus à ressentir dans sa chair ni la chaleur lorsqu’on est au frais, ni le froid lorsqu’on est de nouveau dans le confort. La sensation d’une intensité semble fragile : elle ne se prolonge guère au-delà de sa présence.
Les choses sont peut-être différentes si l’on passe directement du torride au glacial ; le choc des extrêmes pourrait laisser une empreinte plus durable. Mais cela nous arrive rarement. Le plus souvent, on revient à une température agréable, état neutre.
La mémoire du malheur, dans la vie tempérée de tous les jours, s’avère différente. Elle se fait certes discrète, mais demeure présente d’une manière que ne connaissent les variations du temps. J’exprime cela sans être certain que le lecteur saisisse où je veux en venir. En tout cas, je n’y oppose pas le physique au psychique.


Au mois de mai, quelle fournaise !
Depuis peu, le temps s’est rafraîchi, et
Je vais vers les fenêtres pour laisser entrer l’air.

Dès que je les referme, un peu par réflexe
J’étouffe de nouveau, car les murs ont encore
Le souvenir d’un passé proche que, moi, j’ai oublié.

Si j’oublie si vite, ce n’est pas grave :
Nos murs sont constamment les gardiens du souvenir
Comme nos portes sont celles du secret.

La très-lointaine est la plus proche, elle
M’accompagne, dans mon dos, l’effleurant presque
Pour s’envoler le temps que je me retourne.

Je sais aussi qu’elle attend derrière chaque porte
Mais quand je l’ouvre, par pure facétie
Cette fille de l’air se cache.

1er Juin 2026

lundi 1 juin 2026

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dimanche 31 mai 2026

Song

Rocking on my porch without much light
I heard far dogs barking up the night
Told myself it’s like a chain-gang holler
As they too have on their necks this collar
But then thought they sure don’t care a bit
Because life is what you make of it.

I then pondered back to asking why
Right up there these buddies are so shy
Settling for all twinkle but no bark –
Are them stars not pinned into the dark?
Dark must be the heaven of the free
Mumbled I, and that persuaded me.

May 28, 2026

vendredi 29 mai 2026

Suppositions

i.

If I could publish, I’d sure be a star
But I’m too old now to bother. So far.
Might be once in the grave I’ll regret
Might be once passed away I’ll forget.


ii.

Je n’ai pas un mais trois peignoirs :
Un bleu, un vert et un carré, plus léger ;
Dans aucun des trois je n’ai l’air digne.
J’ai peut-être l’air d’un poète en peignoir
Mais c’est une pure supposition.

Je possède aussi un kimono –
Pensant me connaître, on m’en a fait cadeau.
Je ne le porte pas.
En kimono, je me trouve ridicule de prétention
Une sorte de Gregor von Rezzori.

C’est pourtant une honte que cette très belle pièce
Se morfonde, en exil, au fond de la penderie.
On doit se poser la question
Pourquoi, diable, l’air que j’ai m’importe-t-il autant.
Je suppose que c’est mon amour-propre
Qui me fait préférer d’humbles peignoirs.


iii.

Muss der Dichter eigentlich stets wissen, was er so dichtet
Oder genügen Vermutungen?
Die Zeit schöner Sicherheiten ist vorbei, und
Es waren ohnehin falsche, wie wir uns heute sagen.

Aber genervt hat mich dieses Dichten auf Verdacht
Schon als Anfänger. Kontrollfreak.
Erklärt vermutlich alles.


27. Mai 2026

[Rodin, étude pour Balzac, 1897]

mercredi 27 mai 2026

Dürre letzte Ratschläge

Des Wahre isch ’s Ganze.


1. The Quest of Simplicity

Who’d think the stuff one dreams of isn’t real?
Man can’t but want things that somewhere exist.
Ain’t that philosophy? Is there a list
Of thinkables or dreamables? I feel
Most daydreams sadly aren’t mad enough
To become realizable stuff.


2. Hegels Bauernregeln

Lass die bunte Kuh in Ruh
Sie hört dir ja doch nicht zu
Doch zum Troge führ ein Schwein
Niemals nur zum Schein.

Mähst du deinen Ziegen Gras
Haben sie vom Leben was
Und der Geißbock soll dann halt
Auch nicht mit Gewalt.

Falls das Kalb sich blökend wehrt
Macht der Bulle was verkehrt.
Schweigt es, doch wird rot ums Mäu
Ist es noch zu scheu.

Fühlt ein Schaf sich allzu wohl
Füttre es mit Rosenkohl.
Hängt am Hammel keine Schell’
Wird er kriminell.

Flüsterst du dem Huhn ins Ohr
Kommt es sich zu wichtig vor.
Pack dich lieber selbst am Schwanz
Als die eitle Gans.

Quatsch das zarte Lamm nicht krank –
Es will nur ein wenig Dank;
Auch der Hund möcht gern allein
In der Hütte sein.

Was der Kater schnell erbricht
Kommt der Bäurin ins Gericht;
Was jedoch der Bauer würgt
Ist nicht gut verbürgt.

Schlachte sie, die alte Sau
Knallt der Knecht sie im Verhau;
Deiner treuen Hausmagd soll’s
Besser gehn im Holz.

Wenn der Landmann sich dran hält
Ist Gelingen in der Welt
Und der Hahn kräht sich nicht tot
Schon im Morgenrot.

„Jetzt gilt es nun, eine Subjektivität darzustellen, welche die Herrschaft über die ihr nicht mehr angemessene Gestalt und äußere Realität überhaupt zu erringen sucht.“ Ästhetik II, 3, 3



20. Mai 2026

dimanche 10 mai 2026

Enthusiasm and Reason

Prié de correspondre à de mystérieuses attentes, même en voulant bien faire on ne peut pas s’y conformer, puisqu’on ne les connaît pas, et ça sentirait du reste le forcé. Il faut donc que ça se fasse d’emblée.
Cette chose arrive, mais c’est alors un miracle, pareil au caillot de sang qui, avec un peu de chance, se liquéfie une fois par an pour faire plaisir au bon peuple de Naples. S’il s’y refuse, pas grave : on reste simplement dans la normalité. Car nous vivons dans une société policée où la déception permanente n’est jamais une catastrophe, et le miracle, rien qu’un plus. Sans lui, ce n’est rien – juste rien. Et ce juste rien, c’est la norme qui nous accompagne ici-bas.
Grâce à ses exigences immodérées, la jeunesse, elle, est la seule normalité permettant encore le miracle. Mais d’habitude, elle passe sans laisser d’autres traces que des vœux devenus si raisonnables qu’un ange descendu sur terre ne saurait les exaucer.

I had a love she was enthusiastic to the end
She earnestly refused to understand
The vapors of the levelheaded –
Is there reason embedded?
I had a love god-sent.

I had a love god-sent
Who hardly could believe
That there are grounds to grieve.
I lost my love, I did not lose what she
Embodied, nor the lessons of patient sagacity.

My life here isn’t finished yet, I guess
Nor is unreasoned reasonableness:
It bids me now to overcome
The nurturing of glum
Ideas in distress.

May 9, 2026

vendredi 8 mai 2026

In Bed

“No one has yet determined what the body can do”
                                                  Spinoza, Ethics III, 2 schol.


In bed I sometimes ask myself
Why sleep is necessary
And then consistently doze off
Before I solve that query.

Next day, when I wake up, my quest
Tries to arise with me
But I’m too busy now to think
About it seriously.

The curious mind forms problems while
They seem to carry weight
And when I could find out, they are
Already out of date.

Can someone see a better way
To enshrine philosophy?
Fatigue and life’s distractions help
To keep alert and free.

May 7, 2026

jeudi 7 mai 2026

On Poetry

“There are so many kinds of awful men.”
                                                     Wendy Cope

1. Intrinsic

April is the fourthest month–
All the rest is unwarranted opinion.
Don’t besmirch innocent seasons, you...
Snob! Mon semblable? Mon œil!
They all do what they can weatherwise.

One must be so careful these days:
Kinder, wir sind Kulturträger
And our jottings are like De Beers’–forever.
May I say that
More than once they just serve to repair indiscretion?


2. Was bleibt

Hab dem seinen Feinsinn nie abgenommen
Und das lange bevor herauskam, dass auch er in
NS-Blättern lyrisch debütiert hat.

Wer hinterher heroisch
Frühlingsschnee, der vom Vordach tropft
Und andere Zartheiten bedichtet
Kann eigentlich nur...


3. La caricature

Il ne faut jamais avoir
La gentillesse mal placée.
Celui qui tabasse sa femme

Son exquise finesse
Lui gagne tous les suffrages
Car il respecte les codes du genre.

L’auteur de poèmes cruels
Qui, en fait, est un tendre, lui
N’a qu’à s’en prendre à lui-même

Si le monde ne l’honore pas
Autant que le bourreau
De sa bourgeoise.


4 Mai 2026

samedi 25 avril 2026

Maîtresse de l’horloge

Bien qu’au courant, le plus souvent les amis sont infichus de se mettre à ma place. En parlant de sagesse, ils l’insultent, s’adressant à moi comme si j’étais celui d’avant, comme si ce qui, de ton temps, m’importait, comptait toujours. Leur ignorance est manifeste. Voilà une chose que tu n’avais pas prévue. Privé de toi, on m’abandonne à moi-même. C’est frappant et, là encore, sans importance. La sagesse ne s’acquiert pas à bon compte ; là où elle se trouve, elle est aussi invisible que le néant dans lequel elle va disparaître.

Le temps s’écoule sans passer
Le présent s’est figé
La montre – arrêtée à cette date.

Si les heures se suivent
Rien n’est arrivé depuis
Et rien ne m’arrivera plus.

Je lis tes derniers messages –
Hier. Ils datent d’hier.
Hier – dans l’autre langue : ici.

Impossible de parler d’elle
Après en avoir fait l’expérience –
En avoir plein la bouche prouve l’absence de la mort.

Désormais, tout est jugé
À partir d’une fin
Cachée aux autres.

L’avoir vécue
Me réunit à toi
Hors de ce monde.

16 Avril 2026

lundi 13 avril 2026

On Glory

A silvery dirt is wafting down
To garland skull with candy.
Come Friday, wait for Monday –
That’s soon enough for such a crown.

Eternal fame arrives too late:
Now cold as ice while burning
Now unconcerned while yearning
Yet always king, to compensate.

April 11, 2026

samedi 11 avril 2026

Wo ist dein Stachel, Hölle

Je sors de la ouate du sommeil, et quelque chose de désagréable se réveille avec moi. Ce serait certainement exagéré d’appeler ce quelque chose la dure réalité, et en tout cas, cela ne dure pas, c’est juste du domaine du réel et il me faut un petit moment pour que s’émoussent ses arêtes. C’est ça le réveil à proprement parler. Plongeant dans ma journée, la réalité se révèle bientôt aussi capitonnée et donc parée contre les chocs qu’un sommeil sans véritables rêves.

Was Kanten hat und Stachel, das
Hält kurz, und abgetötet geht
Es weiter, scheinbar aufersteht
Es: Höhle leer – als sei das was.

Soll das erlösen? Es gibt nicht
Die schiere Leere schon ein Licht.
Ist da ein Spalt, lässt er herein
Von außen, was nur Widerschein.

9. April 2026

jeudi 9 avril 2026

Et dona ferentes

        Duett vom üblichen Scharfsinn

„Einer freut sich, keiner leidet:
Eingeweide ausgeweidet
Und dafür auch noch beneidet –
Wo des Wildes Wunde klafft
Weist des Waidmanns Meisterschaft
Auf des Weisen Willenskraft.
    Doch warum zuvor noch schießen
    Ist das nicht genug Genießen?“

„Mag das hassen oder mögen
Muss den Bock doch erst erlegen
Brauche dafür Gottes Segen –
Krieg ich ohne Flinte nicht
Weil Er nie zu viel verspricht
(Abgesehn vom Weltgericht...)
    Was du siehst, ist bloß Ergebnis;
    Es entging dir das Erlebnis!“

„Sah dich tief das Messer senken
Den Gehilfen zu beschenken:
Hundes Stirn vom dunklen Denken
Schwer in Falten auch gelegt;
Sah das Blut, das euch erregt
Mienen harrend unbewegt.
    Sagte mir, an solchem Wesen
    Ist die Welt schon längst genesen.“

„Hab Vertraun in höhere Mächte:
Meist tut einer dann das Rechte
Tat er erst einmal das Schlechte.
Sogar Jesus, wohlbedacht
Hätt es zu nicht viel gebracht
Ohne Judas in der Nacht.
    Sollst auch Todesküsse achten –
    Ist kein Schlemmen vor dem Schlachten.“

Beide zusammen:

„Ewig, ewig unverzeihlich
Sterbenseklig, wild abscheulich
Ist nur, was ansonsten heilig.
Treue ist ein trefflich Ding:
Finger her, du Widerling!
Passt er, der Hubertusring?
    In das schräge Horn denn blase:
    Gute Nacht euch, Fuchs und Hase!“

3. April 2026

samedi 4 avril 2026

Von Freude, Freunden und Fremdem

i.

Wer so viel erlebt
Zieht keinerlei Nutzen daraus.
Muss das Erlebte beschränkt sein
Um daraus zu lernen?
So scheint es.
Nur das Seltene beeindruckt –
Und daran fehlt’s.

Doch muss Nutzen sein?
Ist Verschwenden nicht sinnvoller
Ist es nicht angemessener dem Leben?


ii.

Wäre er langsamer, könnte er reden
So aber stürzt es heraus
Und wie ein Gebirgsbach hinunter –
Jeder springt zur Seite und
Keiner versteht’s.

Einer versteht’s, doch der ist genauso:
Springt nicht zu Seite und
Lässt sich mitreißen.
Was hat er dann noch groß an eigenem Leben?

Nichtverstehen ist einfacher;
Nur die Hälfte verstehen das Beste
Denn das Andere kommt dann von dir selbst.


iii.

Fremd ist, was hängen bleibt.
Welch ein Widerspruch!
Wär es nicht fremd
Könnte man nicht von Kleben reden –
Was nur haftet, gehört nicht dazu.

So aber nimmst du es mit
Es bleibt bei dir
Und bleibt weiterhin fremd.
Mehr kann man nicht erwarten.


28. März 2026

samedi 28 mars 2026

Dernière photo

Ils dévoraient tout.
Je ne voyais qu’eux –
Peut-être depuis toujours

Peut-être de plus en plus... Toutefois, vers la fin
Je ne voyais plus rien d’autre que tes yeux
Leur regard engloutissant le mien.

                              *

Dans ma routine fragile
Je ne la cherchais surtout pas
Mais pris de surprise par la dernière photo

Je m’arrache à ces yeux pour enfin voir ton visage
Et puisque tu n’est plus là en personne
Je finis par y arriver

                              *

Et soudain, je découvre ton extrême maigreur
Tes pommettes plus saillantes que jamais
Et ce teint d’un terrible blafard.

Tu es
Si décharnée
Que ton âme est visible.

                              *

Et puisque ta belle bouche esquisse encore un sourire
Aussitôt j’oublie tout, de nouveau mon regard
Aspiré par tes yeux où se reflète

Désormais le ciel nocturne –
Tu n’es simplement plus
Ancrée sur cette terre

                              *

Tu es en train de partir
Vers cette nuit dans tes yeux
Aimants – confiants – conscients

Déjà transfigurée, presque
Une constellation, et parmi elles
Chez toi dans ton indicible douceur.

23 Mars 2026

jeudi 26 mars 2026

Of Monkmen, Movies, and Mammal Maieutics

„Nur ächter Stein kann ächtes Gold bewähren.“
                                Schopenhauer, Der lydische Stein


1. Gute Menschen hören schlecht

– Der Mönch ist böse.
– Nuuun ja.
– Nunnen schon, meinste…
– Man muss differenzieren.
– … aber Mönchen nicht? He, das ist verboten.
Du Mönchenfreund hast offenbar was gegen Weibchen.
– Ich fühle mich ziemlich missverstanden.
– Na klar doch.
Junge, ich vernehme die Zwischentöne.


2. My Own Ebert

When watching romance in a movie theater
I often note this lack of truth – the guys
Don’t act like lovers would, I hear their lies
And see their fevers fail my proof thermometer.

The mundane reason for it comes out clear:
Those who appear in famous flicks ignore
The bore of love’s routine, they cherish more
The thrills of a professional career.

They know brief crushes, prenups and divorce
Experts they are in busyness, however
Smashing their play – they’re probably too clever
To impersonate more than attention whores.

Whatever glamorous might show the sheen
Life renders badly on so large a screen.


3. D’autrui

Putain, où est-tu, truc ?
Comme si truc pouvait répondre.
Il faut chercher. Truc, lui, reste silencieux.

C’est sa force, la force brute
De l’inertie. Si truc se manifestait :
Hou hou, je suis là ! c’en serait fini de lui.

C’est exactement l’absence de parole, son
Mutisme, qui fait de l’objet du désir
Une forteresse inexpugnable.


26 Mars 2026

mercredi 18 mars 2026

Wabi-sabi

Il ne faut pas taper en premier, mais si un gosse en frappe un autre, normalement l’agressé ne se laisse pas faire, il réplique. La retenue n’est pas innée, elle s’apprend. Un môme qui encaisse sans réagir est un môme qui pose problème. Les parents n’aiment pas ça, et ils ont raison : le petit violent s’éduque ; mais le comiquement inerte au regard étonné, les meilleures paroles n’en feront jamais un adulte libre.
Or, il y a un moment dans la vie à partir duquel l’image de la douceur l’emporte. L’homme imperturbable et placide devient plus séduisant que l’irascible et excité. Sa douceur impressionne davantage, elle constitue en elle-même une preuve de force. Pour avoir du succès, il faut savoir se défendre sans trop bouger, même l’ironie est malvenue. Le bon mot que tu as sur la langue pour enfoncer cet idiot, si tu ne le ravales pas, il risque fort de partir dans la mauvaise direction. C’est à n’y rien comprendre – la belle s’en ira pendue au bras du rival immobile, aussi nul
soit-il.

 

1. Lowliness

Lately, when dining out with Misery
I saw this tourist girl sit next to me.
Lightheartedly, she ordered coke and wine
In virgin eyes antediluvian shine.

Couldn’t help thinking: If the brat survives
The mix, she has the happiest of all lives.
May lifelong learned reserve be optionless
Mock modesty can’t own true lowliness.

It’s wiser to be victim than offender:
Sheep wouldn’t tell the butcher from the tender
As long as they bleat out the slaughtering.

It’s pricier to dish out than to rein in –
Fine things would cost much less, were it not so.
Don’t lose your punch for strains and stresses, though.

 

2. Makel der Jahreszeiten

Unter triefendem Vordach
ein kahler Mönch, wägend
ob Abwarten zu Erkenntnis führt.

Bei kurzen Nächten
oft schon am Nachmittag
ein Gähnen.

Vier Finger des Töpfers
verschwinden
in der entstehenden Schale.

Die Krähe
stumm im Schnee
fliegt plötzlich krächzend auf.


17. März 2026

 

[Osako Mikio, Bowl]

samedi 14 mars 2026

Drei unbequeme Wahrheiten

1. Home Truth

Sheer cause can’t justify one’s brashness to
Endow with grace the useful – peasants do:
Whatever their dim-witted fingers grope
Like Midas’s turns into startling gold.

Their bowls look like foul fruit, shells gray with mold.
Ignoring worth, and even that of hope
No claim of art spoils crockery or tools
Godless aplomb pervading utter fools

Who rush in where schooled angels fear to alight.
Is this some price to pay? For all our skill
Not one succeeds when there is too much will
We all must first go blind to get things right

No daydream has the fullness of the night –
Darkness alone allows exhaustive sight.


2. Etwas geht immer

Der niedrigste der Diener weiß
Um seines Herrn Begehren
Hundertmal mehr als die mit ihm
Von gleich zu gleich verkehren.

Nur wer befiehlt, verbirgt sich nicht
Zeigt schamlos bis aufs Glied
Das ragt, und ahnt nichts, wenn der Feind
Ihn nackt und schutzlos sieht.

Der braucht sein Wissen zwar, jedoch
Gebraucht es lange nicht;
Erst wenn alte Löwe schwankt
Spuckt er ihm ins Gesicht.

Baff wischt sich Leu den Speichel ab:
Wer da? Und Brutus lacht:
Kennst du denn nicht das Weltgesetz
Das dich zum Herrn gemacht?

Sein Meister faucht mit letzter Kraft:
Du kennst es auch nicht ganz!
Und schlägt den frechen Diener tot
Noch mit dem Schlabberschwanz.


3. Ignorances acquises

Devenu sage, j’ai perdu la capacité de décrire une clope allumée
De remarquer sa cendre grise et cet anneau de feu derrière –
Détails qu’un Ponge voyait bien. Il a dû en pétuner, lui.

Tant que j’étais accro, nul besoin d’en parler ;
Abstinent de longue date, soudain
Ce cruel désir s’impose.

Bien trop tard, tout à coup
Tu perçois des ignorances acquises.
Ta petite vie semble faite d’imbéciles regrets.


11 Mars 2026

mercredi 4 mars 2026

Pauper’s Talk

To tell you all, it only takes a thimble
Of dish soap – drizzled over spuds, they’ll bear:
Sheer speed is the one upside everywhere –
Don’t simply bungle stuff, try to stay nimble.

Where lovers teem, there sneer infertile haters;
Their fist fights seem a bashful act of sex.
Bombs equal shooting stars creating craters –
The helpless just keep wishing by reflex.

Like truth and taste, or primal greed and lust
Red’s in the ballpark of your neighbors’ blue.
Yes, decency’s no mother and no must
But just another type of point of view

Since every piece of crap on heirloom earth
While trickling down has got its right by birth.

March 3, 2026

vendredi 27 février 2026

Alimentation générale

1. Nourritures célestes

Ces escargots bouffeurs de fleurs
Sont les messagers d’un ailleurs
Comme les anges
Par ce qu’ils mangent –
Pas étonnant qu’ils soient hermaphrodites.

[– Quel beau poème ! Mais es-tu sûr de ce que tu avances ?
Les anges, à l’instar des papillons, ne mangent plus rien, non ?
– Leurs chenilles, si. Des feuilles en masse même.
– Mais une fois métamorphosés en créatures ailées
Un peu de nectar, sinon rien. Les escargots, eux, bouffent tout.
– Eh ben, moi, poète
Je ne me sens pas non plus chenille d’un futur ange.
– Pourtant, tu t’empiffres déjà en prévision.
– En effet, c’est une question de stade.
Les taoïstes ont raison : la perfection prend du temps, elle
Passe par la sublimation de la nourriture.
– Et ces ânes amateurs de pâquerettes ;
S’en nourrir, appelles-tu cela respecter la pâquerette ?
– L’âne ailé, c’est Pégase, c’est
Platero et moi. Les deux, quoi.]


2. Nourritures terrestres

J’ai renoncé, je pense
J’en suis même presque sûr :
Les unes veulent que je danse
Les autres sont trop mûres.

Faut piger l’âme du poète
Sa double nourriture :
Autrement nature
Jusque dans les fêtes.

[– Reste dans ton trou alors.
C’est sans doute facile pour un éternel immature –
Souple à jamais, tu devrais te faire à tout.
– Tu le dis.
– Et du coup, inéducable ?
– Ça oui, je crains.
– Mais non inalimentable ?
– J’espère bien.]


25 Février 2026