mercredi 2 septembre 2026

Chicken Meat

 « Il y a de ces frimousses qui ne se suffisent pas, mais obligent à en voir plus. Ce n’est pas leur faute, c’est comme ça. Du coup, on se met à examiner le reste de la petite personne, c’est-à-dire cet appendice à la tête qui, lui, est plus ou moins emballé. Et si l’on est beau parleur et un peu insistant – car il ne faut jamais brusquer – il se peut qu’on obtienne le droit de déballer. On peut alors déboutonner, dézipper, dégrafer, dénouer, délier à loisir, voire démonter, et cetera. Si, ensuite, tout correspond à ce qu’on avait entrevu, c’est bien ; et si tout ne correspond pas parfaitement, si l’on découvre des vices cachés, on s’émeut de l’imperfection et c’est encore mieux.
Excité de constater que, sans véritable raison, la confiance règne, on peut passer sa commande, puis se réjouir du menu proposé. Une fois repu, il n’est pas impossible que l’on abreuve la petite personne d’un flot de paroles plus ou moins hors sujet, alors que la patiente, elle, n’a pas à répondre grand-chose, et c’est mieux ainsi : trois, quatre mots élogieux à l’encontre du volubile suffisent. Et si après un temps, elle s’endort, alors qu’on lui parle encore, puisqu’on ne veut pas être trop intrusif tout de suite, étant conscient qu’il ne faut jamais brusquer, on s’abstient de la secouer pour l’inciter à poursuivre sa calme écoute. Grand seigneur, on lui fiche donc enfin la paix et, n’ayant plus rien d’utile à faire, on s’assoupit de son côté. »
                                           attribué à Søren Kierkegaard, cand. theol.


Si je t’avais laissée en paix, ça n’aurait rien donné
Mais puisque je t’ai embêtée, le ciel s’est éclairci
Car entre nous il y avait cette lutte sans merci
Où l’un avait raison pendant que l’autre raisonnait.

N’y a pas de lutte lorsque l’un parle et l’autre a raison
Ni de tempête lorsque sans nuages est l’horizon
Mais une vie de mille conflits menée en stéréo
A toujours su se passer des lois de la météo.

31 Août 2026

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