lundi 18 juin 2018

How to Grow into Daddy’s Britches

Derrière, ça joue au ballon. Je ne le vois pas, je l’entends. Entendre un ballon frapper le mur à intervalles, sans être exactement un plaisir, reste du moins lié à la belle saison. Accompagné de cris d’enfants, c’est supportable – infiniment plus que les conversations professionnelles des parents qui m’arrivent sans gêne, ponctuées de leurs gros rires contraints, à travers mes fenêtres ouvertes. Mais, déjà, les voix des jeunes joueurs commencent à changer.

Learning is the word.
To learn means to imitate.
You may feel weird at the beginning
But one day gawkiness will have fallen away from you
As it fell from your forefathers
When they came down from the baobabs
Deep-sixing old knowledge
And so intent to turn human.
They didn’t know whom to imitate
But it surely worked out, there was not one
Fellow knuckle-dragger to be found out there in the savanna
Who would have told them they now looked like dopes –
No longer decent apes, actual idiots.

They are a big example.
Get off your fine tree like they did
By taking the unprecedented as a model;
This way you’ll grow into your daddy’s britches.
The savanna remains as empty as ever
No one will realize.
Let yourself fall off the baobab – not a felid, its overripe fruit
Learning how to fall
By trying to ape decomposition.


[Le mot c’est apprendre.
Apprendre c’est imiter.
Tu te sentiras peut-être bizarre au début
Or, un jour la gaucherie t’aura quitté
Comme elle a quitté tes ancêtres
Quand ils sont descendus des baobabs
Rejetant leur vieux savoir
Et tellement décidés à devenir humains.
Ils ne savaient pas qui imiter
Mais ça a marché, bien sûr, il ne s’y trouvait pas
Un seul co-pithèque, là-bas, dans la savane
Pour leur dire qu’ils avaient désormais l’air d’imbéciles –
Non plus de bons grands singes, de véritables idiots.

Qu’ils te servent d’exemple.
Quitte ton bel arbre comme eux ils l’ont fait
En prenant le jamais-vu comme modèle ;
C’est ainsi que tu rentreras dans le costume de papa.
La savane est toujours aussi vide
Nul ne s’en apercevra.
Laisse-toi tomber du baobab – pas en félin, en son fruit blet
Qui apprend à tomber
En essayant de singer la décomposition.]


17 Juin 2018

dimanche 17 juin 2018

Deux vignettes


1. Vespérale

Quand le soir tombe
Et les lumières sont allumées
Mais ce n’est pas encore la nuit noire
Une douceur certaine gagne le quartier.
Je serais presque tenté de me réconcilier
Avec les voisins désagréables
Tellement le temps compte.
Par chance, c’est une heure calme
Où personne n’est dehors, donc pas besoin
De faire suivre d’actes mes caprices.
L’heure passe, la nuit arrive, et
Le lendemain, ces gens sont de nouveau
Comme ils étaient.

Si la douceur a fait vaciller
Le jour cru, lui, rassure.
 


2. Maritime

Un cri de mouette me transporte sur la côte.
Descendue, celle-là, le long de la Seine
Suivant le modèle des envahisseurs Normands
Puis poussée jusque chez nous, à l’écart du fleuve ?
Cette nuit, je rêve d’inondation.
Moi sur un bateau, et Paris sous les eaux
Qui montent vite, bientôt la seule butte dépasse.
Juste à temps, je défais les amarres sans les larguer tout à fait
Pour que le bateau se mette à monter avec.

Ça reste angoissant quand même
Un cri de mouette.


15 Juin 2018

vendredi 15 juin 2018

Quartier d’artistes

         Goles, suite

Le gars d’à côté a repeinturluré sa façade –
En multicolore, ma foi.
L’autre voisin me demande :
Comment tu le trouves ?
Moi : Moche.
Lui : Eh ben, moi, tu vois, je trouve ça joli.
Plus c’est coloré, plus j’apprécie.
Voilà les critères, me dis-je
D’un gosse de cinq ans
Mais je la ferme.
Oui, je vis maintenant
Dans un quartier d’artistes.

Plusieurs fois par an
La ville organise notre vie culturelle :
Pendant tout un week-end, nos artistes ouvrent leurs portes au
___________________________________________public.
On se rend compte de leur nombre
Et qu’ils exercent dans leurs appartements.
Il est difficile pour un artiste d’entretenir deux endroits
Et c’est la raison pourquoi il y en a toujours eu
Qui ont vécu dans leurs ateliers.
Or, nos artistes à nous
Exercent dans leurs appartements, eux.

Ici, elle semble de tout repos
La vie d’artiste.

Normalement, ou ce n’est pas une vie
Ou ce n’est pas un artiste
Mais on aura du mal
À en trouver la confirmation
Face à tant de suffisance et ce ravissement
D’exhiber, à domicile, ses petites urgences.
Ne vous étonnez pas, c’est la loi des besoins :
Les uns font gros, et les autres petit.

C’est qu’en vérité, ils ont tous de vrais métiers, quoi.
Pas du métier, de vrais métiers.

Ils ne gagnent donc pas leur pain
De façon aléatoire
Ah, ça non ;
D’évidence, ils jouissent de situations stables –
Tout respire la joie de créer.
Il doit y avoir des fonctionnaires parmi eux.
Leur intérieur aux normes les trahit.

On finit par constater
Que l’atmosphère serait plus respirable sans eux
Et c’est la seule chose à dire à leur sujet
Qui montre encore un peu
Que ça dérange, les artistes.

14 Juin 2018

lundi 11 juin 2018

But Has the Breath of Life


i.

On a laissé faire la nature
Et la nature a mal fait.
Ce n’est pas que la nature fasse toujours bien
Lorsqu’on la laisse faire.
Avoir confiance en elle
Est un pis-aller parmi d’autres.

Celui qui se fie à la nature
Est comme le sot à la recherche de sa clé sous un lampadaire
Alors qu’il l’a perdu ailleurs : plus loin, là
Où il n’y a pas de lumière.
La lumière naturelle illumine à sa guise et
Peut garder l’essentiel dans le noir.


ii.

C’est l’époque des fenêtres ouvertes
Et à l’aube j’ai entendu un bruit étrange
Bruit d’oiseau mais étrange
Ni chant, ni croassement
Puis j’ai entendu la voix familière à côté de moi :
Qu’est-ce que ça peut bien être ?

Je me suis donc levé pour aller voir
Et je n’ai vu que le chat noir
Qui, intrigué comme nous autres, observait.
Je suis visible comme lui, me suis-je dit, pas comme l’oiseau
_________________________________________invisible ;
En présence d’un bruit étrange, le chat et moi faisons quasiment
______________________________________________un.
Est-ce que cette fraternité matinale m’a rassuré ?

J’aurais mieux aimé voir l’oiseau.
Seulement, on ne choisit pas
Ce que l’on voit et ce que l’on entend.

Puis, à nouveau, la voix familière, derrière moi :
T’as vu ce que c’est ?
– Non. J’ai vu le chat noir.

 10 Juin 2018

dimanche 10 juin 2018

Zip Line

En traversant l’aire de jeux du Parc Floral, je me rends brusquement compte que la tyrolienne, sorte de téléphérique rudimentaire, existait déjà il y a une trentaine d’années, et que parmi les adultes qui surveillent les petits faisant la queue pour descendre la fausse pente, il doit y en avoir quelques-uns qui, enfants, y ont patienté eux-mêmes. Les passant en revue, je fais mon choix, imaginant leurs bobines de l’époque. Lorsque la progéniture leur ressemble, c’est très facile.
Place de la Nation, il y a un manège qui tourne, lui aussi, depuis plusieurs décennies. Au moins deux générations ont pu faire leurs tours, excités ou béats dans ses voitures et sur ses motos au design inchangé. Ces endroits-là attirent le jeune âge comme les trous noirs la matière, et ils sont, au même titre, presque la preuve que la mort n’existe pas.

One, all his life through, feared black holes
Suspicious they were tempting whores
But when at last they met his course
He found that holes are bores.

Sure, they’ll attract and tuck you in
But you will never know, for then
The game dragged by its very spin
Will start a new begin.

A tongue not anymore your own
A call devoid of pitch or tone
Whether it’s you or not: alone –
Pastime to joy, and mourn.

June 8, 2018

dimanche 3 juin 2018

Le lustre a un problème

Le lustre a un problème.
Depuis longtemps.
Je ne peux plus compter les fois où j’ai dû monter sur le tabouret pour revisser l’une des ampoules en me brûlant les doigts. Et le lustre n’est pas seul.
Plein de choses ici ont un problème ou deux. La maison est comme piégée, mais je connais les gestes à accomplir. Grâce à ces gestes, mille fois répétés, mon petit univers fonctionne. Ou presque.
Et dire que la plupart des gens maintenant ne savent même plus ce que c’est que la fidélité. Fidélité à sa jeunesse, aux convictions de sa jeunesse, aux décisions qu’on a prises, aux achats qu’on a effectués, à celle, celui ou ceux qu’on s’est choisis dans sa jeunesse, aux promesses jamais faites mais tenues. Cette fidélité signifie qu’on accepte de vieillir, faisant face aux innombrables faiblesses liées au temps qui a passé.
Sont infidèles aux idéaux de leur jeunesse tous ceux qui ne supportent pas de vieillir, tous ceux qui veulent rester indéfiniment jeunes. Ces éternels adolescents ne sont que des parjures, ils ne valent pas mieux que les pignoufs qui balancent leur électroménager aux premiers signes de fatigue. Honte à vous, vous allez mourir seuls et sans amour !

3 Juin 2018

Lustre à problème, vu d’en bas

samedi 2 juin 2018

Le prix d’un éclair

L’autre jour, dans la nuit, un orage :
Coup de tonnerre et éclair en même temps.
Un truc a sauté, plus d’électricité.
Seulement, en face, pendant quelques instants encore
Le clignotement façon jouet de l’alarme
D’une des voitures garées, éveillée, elle seule, par le vacarme.
Ce moment de clarté brusque, on l’a payé ensuite
D’une nuit profonde et calme : il a bien fallu attendre
Le matin pour avoir de nouveau quelque lumière.

Le matin en question, tout ça m’a fait penser à George Oppen
Dont j’ai ressorti les New Collected de mes rayons
Pour, peut-être, saisir le sens des événements passés.
En fait, une fois de plus, je n’ai pas appris grand-chose
Car le plus important, je le savais déjà.
C’est que l’épiphanie d’une milliseconde
S’équilibre par des heures de nuit noire.

2 Juin 2018

lundi 21 mai 2018

Vegn dem perzenlekhn goles

ועגן דעם פערזענלעכן גלעס

Neuerdings lebe ich in einem der angesagtesten Viertel des pariser Ostens. Nicht, dass ich umgezogen wäre, ich kam schon in den Achtzigern her, also Jahrzehnte, bevor das Viertel angesagt wurde, mittlerweile ist es das aber. Ich hatte Arbeiter als Nachbarn, doch jetzt sind das alles finanzstarke Vollidioten – nicht die Arbeiter, bitteschön, sondern meine Nachbarn.
Es ist das Schicksal nicht ausreichend mobiler Künstlerexistenzen, irgendwann einmal nicht mehr Arbeiter, sondern Vollidioten als Nachbarn zu haben. Diese Vollidioten haben sich, so will es scheinen, nur deshalb so stinkteuer eingekauft in das vorgebliche Künstlerviertel, um den paar leider verbliebenen Künstlern gegenüber unablässig ihre erstaunliche Kaufkraft zu demonstrieren. Alles liegt auf dieser Linie, namentlich diese neue vegetarische Nachbarschaftskultur mit ihren ekelhaften Verbrüderungsfesten und Privatrödelmärkten für ausgemustertes Kinderspielzeug, und da wundert man sich, dass dem kleinen Manne – obschon meilenweit von jedwedem Künstlertum entfernt – im Exil unbezähmbare Hassgefühle erwachsen. Je weiter der an den Rand und ins gesellschaftliche Aus gedrängt wird, desto weiter landet auch der Künstler im gesellschaftlichen Aus. Da kann er sich noch so festkrallen an seinem Fels.


i.

Je n’ai jamais compris comment ces coloniaux
Propres sur eux pouvaient vivre si calmement
Dans leurs jolies villas, entourés d’indigènes
En haillons, et sans même l’opportunité
Roulant carrosse de les saluer, la main
Gantée de blanc à l’instar du gracieux monarque.
Moi, ça me ferait peur de savoir que l’engeance
Qui traîne devant ma pelouse et mes rosiers
N’a même pas l’idée de vénérer le luxe
Qu’offre à des yeux chassieux le bon goût britannique.


ii.

Ô moule accrochée à ton rocher : tant que tu
Te confonds avec ton support, tant que la mousse
Recouvre tout, tout va très bien, mais quand la roche
Se met à bouger, se dénude ou prend des teintes
Insoupçonnées, c’en est fini de votre entente.
L’évolution, hélas, n’accorde pas le temps
De changer ta couleur à toi : la mousse morte
Plus rien ne t’assimile à ton support et tu
Deviens coque incongrue, absconse, absurdement
Collée à un écueil malade, tu deviens
Moule malade et seulement la maladie
Confond désormais le vivant et son milieu.


[Depuis peu, je vis dans l’un des quartiers les plus branchés de l’est parisien. Ce n’est pas que j’aie déménagé, j’y suis arrivé dès les années quatre-vingts, donc fort longtemps avant que le quartier ne devienne à la mode, mais désormais il l’est. Dans le temps, j’avais des ouvriers comme voisins, mais maintenant ce sont des imbéciles pleins aux as – pas les ouvriers, bien entendu, mais mes voisins.
C’est le sort de la bohème artistique pas assez mobile de finir entourée non plus d’ouvriers, mais d’imbéciles. Ces imbéciles, me paraît-il, ont acquis à prix d’or leurs baraques dans ce soi-disant quartier d’artistes à seule fin de faire valoir leur incroyable pouvoir d’achat envers et contre les quelques artistes malheureusement restés. Tout est de la même eau, à commencer par cette nouvelle culture de voisinage végétarienne avec ses hideuses fêtes de fraternisation et ses vide-greniers pour jouets cassés, et l’on s’étonne que les gens de peu – quoique très éloignés de toute bohème – recuisent leur haine dans l’exil. L’ouvrier, plus on le pousse dehors, plus l’artiste, lui aussi, se retrouve marginalisé. Il ne lui sert à rien de s’accrocher à son rocher.]


18 Mai 2018

jeudi 10 mai 2018

Sitting Lately in a Draft

[Wenn einer im Zug sitzt – ich meine: im Luftzug – wird er davon vielleicht krank. Der verräterische Zug streicht ihm erfrischend über die Haut, aber unter der Haut richtet er Schreckliches an. Er kann urplötzlich den Hals nicht mehr so recht bewegen, um zu schauen, woher der Zug eigentlich kommt. Man kann nämlich oft erkennen, wo er herrührt, sieht dabei weder Luft noch Zug, aber beispielsweise Fenster. Offene. Das menschliche Gehirn tut den Rest.
Dieser Luftzug entspricht anderen diskreten, jedoch ebenfalls krankmachenden Phänomenen. Sobald man den Kopf nicht mehr wenden, sobald man nicht mehr korrekt hinter sich blicken kann, fangen die Probleme an. Auch schon kleinste Öffnungen (die angeblich verpassten Gelegenheiten) erweisen sich dann als sehr schädlich. Das m. G. tut den Rest. Es ist erst im geschlossenen Raum halbwegs außer Gefahr.]

O to break loose, like the staggering
sot, spectacular, coughing along
not far from puking against the breeze
one would call it a struggle against memories
a sort of wry clinch, too pretentious in length
skipping the first, the second... the tenth...
eventually able to splutter the ground
alive enough to forget all around.

May 9, 2018

lundi 7 mai 2018

Hôtel de la Paix universelle

Es gibt Menschen, die sich sehr um den Weltfrieden sorgen. Tag und Nacht knabbern sie daran. Man möchte ihnen zurufen: Solange ihr keine anderen Sorgen habt... Hat man nämlich andere Sorgen, wird der Weltfrieden schnell zur Nebensache.
Nun ist es aber so, dass tiefe Sorgen die Ausdruckskraft der einen beflügeln, doch der anderen versiegen lassen. Unter Sorgendruck versiegende Ausdruckskraft wiederum scheint Zeichen einer gewissen Seelengröße zu sein. Wer hält es denn nicht für angebracht zu verstummen, falls es nichts mehr zu sagen gibt? Beflügelte Weltfriedensapostel sind insofern eher seelenlose Barbaren. Die allgemeine Barbarei der Weltkonflikte kann, weil dem eigenen Wesen entsprechend, von diesen Kiebitzen zwar mit aller Schärfe wahrgenommen werden, verhindern können sie sie allerdings nicht, ja, es mag sein, dass es ohne ihre aufgeregte Schreierei sogar ein weniger besser bestellt wäre um den Weltfrieden.

i.

Pendant longtemps, petit train-train me semblait fade
Et je cherchais en vain des moyens d’escapade
Des éléments de fuite, pour me maintenir
Ignorant mon passé, présent et avenir
    Jusqu’à ce jour où ce train-train a déraillé
    Me faisant regretter mes années à bâiller.


ii.


L’Occidental, touriste sans sentir mauvais
N’a pas seulement ses destinations rêvées
Mais se soucie aussi de la paix sur la terre
Tandis que ces peuplades-là, ou sédentaires
    Ou migratoires mais très rarement curieuses
    Ne songent qu’à la paix de leurs âmes trop pieuses.

Moi, qui n’ai jamais prétendu être en mesure
De garantir l’entente stable et équitable
En Orient, comment voulez-vous que j’assure
L’intérieure, celle entre Dieu et le diable ?
    Cependant, je n’aspire à rien qu’à cette paix
    Conscient qu’à l’échelle globale c’est râpé.

Ô paix, combien voudrais-je donc qu’on me la foute !
Or, pour ça il faudrait un ciel désert sans doute
Puis, question d’équilibre, un enfer aussi vide
Ce qui est, certes, d’une présomption stupide :
    La plénitude du bas, moyen et haut monde
    Rendant l’appel d’un vide impérieux, ma blonde.


6 Mai 2018

jeudi 3 mai 2018

Pendule

Finalement on a mis la vieille maison en vente
Et on a embarqué les trucs qui nous intéressaient, disons.
Quelques souvenirs, quoi.
Dont une pendule.
Pendule qu’on n’a jamais vue en marche dans la vieille maison.
Pendule morte donc, depuis une éternité.

Une fois accrochée chez nous, je l’ai remontée
Mais rapidement, le carillon nous a énervés – pas besoin
D’avoir la fuite du temps constamment dans l’oreille.
L’œil suffit, l’œil, lui, est gouvernable
D’autant plus qu’on n’est pas obligé de regarder.

J’ai donc arrêté le son, tout en gardant la fonction horloge
Horloge qui, d’abord, retardait beaucoup, puis
Après quelques manipulations, avançait beaucoup.
Rien à faire, ou l’un ou l’autre, et
C’était peut-être la raison, me consolai-je à la fin
Pourquoi on ne l’avait pas fait marcher
Dans le vieux temps, dans la vieille maison.

Ou trop en avance ou trop en retard
Et strictement rien entre les deux – il est
Bizarre, le passé, et son besoin de justesse.
Rien à voir avec le présent que l’on vit
Magma incalculable, qu’on le veuille ou non.

2 Mai 2018
 


lundi 9 avril 2018

Des gros et des maigres

    Deux pièces gastronomiques avec explication pour les Allemands

1. On mangeait mieux sous Holopherne

J’ai aperçu telle étoile montante, espoir
De toque, et ce tout jeune espoir n’était point gros.
Qu’il puisse encor grossir quand il est mince, est beau ;
Mieux vaudrait qu’il ait déjà pris un peu de lard.

Faut pas qu’il soit obèse ; or, minceur est moderne
Et autrefois on bouffait mieux dans nos cavernes.
Le fricot de nos jours plus heureux n’est mangeable
Que chez les derniers ploucs, fi du propos de table !

Acclamons le progrès, il nous a amené
De vrais progrès, dont des cuisiniers en plastique !
La plastique est du jour, et l’âme un nouveau-né –
Le mot « progrès » est une notion élastique.

Je sais qu’elle a besoin de chefs, la populace
Et d’un régime nourrissant d’espoir ces masses
Mais lorsque lesdits chefs se mettent au régime
L’espoir du gras de fond est devenu infime.

Même si ce n’est plus l’époque des cavernes
En haut, il faut du gros, fi des propos de table !
Debout, vieux populo, et que ton poids accable
Les jeunes sveltes qui ont repris les tavernes !

[Erklärung. Unser lyrisches Ich stößt hier also auf einen kommenden Meisterkoch. Ja, tatsächlich Meisterkoch? Der fragliche Hoffnungsträger ist nämlich gertenschlank, und unser Dichter hat kein Vertrauen in gertenschlanke Köche, nimmt ihnen ihre Meisterschaft offenbar nicht ab. Es könne aus dem jungen Mann zwar noch etwas werden, gibt er zu, besser sei es für Menschen dieses Berufszweigs aber auf jeden Fall, schon früh ein wenig Speck angesetzt zu haben. Regelrecht fett müsse nicht sein, aber gertenschlank gehe auf keinen Fall. Das sei nur modern, und nur modern. Im Folgenden behauptet der Autor, er erkenne Fortschritte durchaus an, doch in puncto Gastronomie sehe er keine. Gut getafelt, meint er, werde fast nur noch bei reaktionären Hinterwäldlern, wo man sich Tischgespräche freilich lieber erspare. Das Gedicht endet mit dem Aufruf, die fettleibige Unterklasse möge sich erheben gegen den von oben aufgezwungenen Magerkeitskult.]


2. Et vive la Sociale !

Du temps que le bourgeois s’empiffrait de bidoche
Le peuple n’avait presque rien dans son assiette ;
Puis vint l’époque où l’un s’est mis à la di-ète
Et l’autre, se gavant, s’est fait pesant et moche.

On peut se demander pourquoi la mode change
Pourquoi l’un jeûne tout à coup, et l’autre mange
On peut tenter de distinguer le vrai du faux
Et de départager les moches et les beaux

Mais il n’y a pas moyen de laisser de côté
La politique en affrontant l’omniprésence
Du corps (social), d’ignorer laideur et beauté :
La force est éthérée, et lourde l’impuissance.

Je sais qu’il était gros, le bougre, lourd et con
Face aux sveltesses qui ne savaient dire non ;
Le pouvoir restait pourtant dans leurs jeunes mains
Et tant pis pour les cœurs dedans leurs jolis seins.

Chers temps quand gros et lourd se tapait sans scandale
Les belles, celles-ci n’ayant que ça pour elles :
Lui, étant vieux, et elles, toutes jouvencelles...
Ô justes temps bénis quand vibrait la Sociale !

[Erklärung. In diesem geradezu widerwärtigen Machwerk erinnert sich der Urheber eingangs an Zeiten, in denen sich nur wenige Glückliche ausreichend ernähren konnten. Diese Zeiten, erlaubt er sich zu behaupten, seien allerdings vorbei. Einer abgemagerten Oberklasse stünden mittlerweile dickleibige Sozialfälle gegenüber, die Macht sei schlank geworden, die Ohnmacht verfettet. Unvermittelt wird nun Bezug genommen auf einen dicken Mächtigen, der es bekanntermaßen an sich hatte, dünne Berufsanfängerinnen zu belästigen. Jederzeit sei aber die „eigentliche“ Macht bei den Schlanken gewesen, und nicht etwa irgendwelchen aufgedunsenen Säcken! Die hoffnungsfrohe Jugend habe nun einmal mehr Pepp als deprimierte Opas mit Übergewicht. Auf deren übertriebene Triebhaftigkeit geht der Verfasser überhaupt nicht ein, er sieht überhaupt nicht, dass Leute, die nichts für ihre Fitness tun, auch keine Bedürfnisse mehr haben sollten. Abschließend wünscht er sich Zeiten zurück, in denen es noch eine so richtig gewerkschaftlich aktive Arbeitnehmerschaft gab und die notgeilen Machtspielchen alter weißer Männer unter dem Aspekt ausgleichender Gerechtigkeit betrachtet wurden. Wir sind echt angewidert.]

31. März / 3. April 2018

samedi 24 mars 2018

Vom Geheimnis eigner Dichtung


i.

Eingeschnappt vom Angebot
Kleinen Lebens ohne Not:
Les von Larkin ein Gedicht ich
Deprimiert es mich nie richtig.

Das Geheimnis eigner Dichtung
Geht vielleicht in diese Richtung:
Les ich drauf ein Limerickchen
Deprimiert mich das ein Stückchen.

Schmutz und Schund kommt mir gelegen
Bibeln scheinen mir obszön:
Steh beglückt im Nieselregen
Traure, falls nur’s Wetter schön.


ii.

Quand je ne vais pas bien
Je me console avec des livres.
C’est émouvant, l’homme entouré
Par une vaste bibliothèque, diriez-vous.
Or moi, c’est plutôt Robinson, l’homme seul
L’homme dans sa cabane nue
Masturbatoire –
Robinson et ses mémoires.

C’est que les livres qui me consolent
Ne sont pas des livres imprimés
Ce sont des livres en attente
Des qui n’existent pas encore
Des qui n’existeront peut-être jamais :
L’édition de mes propres œuvres
Agrémentée d’instantanés
Imaginaires
Supports du plaisir solitaire.

L’égocentrisme, diriez-vous
N’est qu’une maigre consolation
Et vous avez, mon cher, parfaitement raison.
Mais ai-je dit que ce défaut me consolerait tout à fait ?
Il me console un petit peu, à peine.
Dans la désolation îlotienne
Sont pur ennui
Récits d’avant, récits d’autrui.


[Ich bin ja eigentlich für eine Karriere gut. Wer mich einmal „entdeckt“, kann eine ganze Karriere darauf gründen, muss nur zuerst herausgefunden haben, warum ich im Gespräch mit mir ständig die Sprache wechsle, und dann in der Lage sein, das so zu erklären, dass man es versteht – ‚man‘ sind hier die Bewohner welchen Festlands auch immer. Nur Mut. Mich gibt es bis dahin wohl nicht mehr, es sollte also zu bewerkstelligen sein.]


23. März 2018


mardi 20 mars 2018

Kaliyuga, Continued


1. The Imperviousness of the Eye

Das menschliche Ego ist laut Shankaras Vedenkommentar (oder vielmehr den Upanishaden selbst) ungefähr daumengroß, und dieser Winzling und Störenfried im Leib beherrscht, wie wie heute wissen, vergleichbar der allerdings nur erbsengroßen Hypophyse, so ziemlich alles. Dass das Ego etwas kleiner ist als der immerhin etwa mittelfingerlange Durchschnittspenis, mag uns erfreuen, darf aber nicht darüber hinwegtäuschen, dass eine Ego-Exzision im Gegensatz zur Penis-Ablation eine ganze Reihe unangenehmer Nebenwirkungen hat, und zwar bei sämtlichen Geschlechtern.

Too keen to know my utmost self
I picked an old book off the shelf.
My eyes, too fickle through the pages
Just couldn’t reap the crop of ages –
My mind, too steady a veneer
Had wished to study Taittiriya.

To know oneself, one shouldn’t try
But trust the darkness of one’s eye.
Impervious is its golden blind
As of the first caves of mankind
While starlike daylights blink inside
To enhance the brilliance of this night.


2. Climate Change

Wie ich erfahre, sind Hochs jetzt nicht mehr nur männlich und Tiefs nicht mehr nur weiblich, man kann sie jetzt nicht mehr am Vornamen erkennen – dank der Bemühungen sexistischer und homophober Pfeifen, die offenbar der Meinung sind, eine Hoch sei einem Tief grundsätzlich vorzuziehen, und ein Top einem Bottom. Von Yin und Yang haben die noch nie etwas vernommen, eurozentrische Rassisten sind sie auch noch.

Who can’t foresee tomorrow’s weather
Must trust in forecast altogether.
The climate god long was a fellow:
Him pissed off, well, you’d your umbrella;
Now it’s a lady, tit for tat:
She torrid, don a summer hat.

To make things change, you can’t force gods
By dressing up against the odds
Yet soaked or seared from toe to tip
You may keep your stiff upper lip.
This said, I gather man’s condition
Could be a source of indecision.


3. And Many Happy Returns

Hauptmerkmal im offenen Finanzkapitalismus ist der universelle Ehrgeiz. Absolut ungezügeltes Karrieredenken war absolut unmöglich in der Klassengesellschaft. Die Allgegenwart eines sich bis auf das tätowierte Lumpenproletariat erstreckenden Aufstiegswahns ist der Beweis dafür, dass das Böse am Kapitalismus, nicht wahr, tatsächlich schon längst überwunden wurde, und wir seither im Paradies – man kann es auch „Nirwana“ nennen – gegenseitig um den gepiercten Nabel rotieren. Dummköpfe mögen kommen und behaupten, es sei die Schuld der Fortschrittlichen, die Warnungen Luxemburgs vergessend solches ermöglicht zu haben, noch Dümmere verweisen vielleicht auf einen unseligen Marschallstab im bildungsfernen Tornister, die Allerdümmsten aber werden Ostasien und den Niedriglohnsektor mit ins zu Spiel bringen versuchen. Wie auch immer enthemmte Allerallerdümmste triumphieren jedoch. Diese Welt ist bis auf weiteres die ihre geblieben.

There seems to be no room for lust
In bugs and shit, the poor things just
Must wriggle through, their sole ambition
Never transcends a vermin’s mission
But once reborn as human farts
The thick of rebirth trial starts.

When runs, trots, lust and greed seem real
It’s like the last test on the Wheel
of Life, the one you’ll fail to pass
Unless you play it cagey, ass.
The wiser hanker for returning
As pest, devoid of sinful yearning.


March 19, 2018

mardi 13 mars 2018

Lied vom Wesen und seinem Verhältnis zur Seele

Seit der olle Marx mit dem Bade ausgeschüttet wurde, ist „fortschrittlich“, nurmehr lautstark Parität bei der Ausbeuterei zu fordern, und gilt als „internationalistisch“, wer die Zuwanderung überzeugter Klerikalfaschisten schon rein vom Menschlichen her begrüßt. Als „reaktionär“ wiederum wird bezeichnet, wer die Konsequenzen beispielsweise aus der Lektüre des 18. Brumaire zieht und sich diesbezüglich abmeldet. Papa Marx hatte das alles schon vorgesehen. Stichwort: Bonapartismus.
Motor des Fortschritts sind nun nicht mehr die Ausgebeuteten, sondern die Zukurzgekommenen. Namentlich solche, denen man in der Jugend einmal unbefugt wohin gelangt hat und deren spätere „Beziehungen“ sowie eine angestrebte höhere Laufbahn deshalb buchstäblich in die Hose gingen. Also alles am Arsch aufgrund eines Arsches. Benachteiligte gab es schon früher, nur war man seinerzeit noch nicht so weit, den Sexualtrieb im näheren Umfeld fürs
Karriereloch verantwortlich zu machen, man wollte die Verhältnisse ändern, nicht auch noch den letzten lüsternen Bengel domestizieren. Das Frechsein, die Anstößigkeit selbst hatte den Ruch des Revolutionären, kleinbürgerliche Weinerlichkeit war deutlich weniger gefragt. Auf das gesellschaftliche Feindbild „übergriffiger Mitmensch“ kam erst wieder der Aftermarxismus. Doch auch das hatte der Meister in seinem Gerangel mit den Seelenvollen herrlich antizipiert.

Wann immer unter Leute geh
Das eigne Wesen nicht versteh;
Doch bald ich mich im Eck versteck
Die Seele quasi auch noch weg.

Dies Wesen ist wie zäher Brei:
Du frisst und wirst nicht froh dabei
Liegt dir im Magen schwer wie Stein
Und musste doch verschlungen sein.

Die Seele aber klebt wie Geld
Das Angst im engen Beutel hält
Im Beutel, unter der Matratz
Für später angehäufter Schatz.

Der aber gleicht der Leibes Harn:
Zurückzuhalten ist ein Schmarrn
Braucht einen stillen Ort, ein Klo
Muss fließen in ein Nirgendwo.

Hat sich sein Wesen dann verpisst
Das doch der Seele peinlich ist:
Zurückzusaugen geht nicht mehr –
So wird dieselbe selber schwer

Und bleibet doch ein Häuchlein bloß
Des eignen Wesens, wesenlos
Ob ich nun unter Leute flieh
Oder mich bang ins Eck verzieh.

3. Dezember 2015 / 13. März 2018


dimanche 11 mars 2018

Tonsure

Ma tonsure naturelle, désormais localement intégrale
Me dit qu’il faudrait que je la couvre, sinon
Je risquerais le cancer du crâne
Ou au moins l’insolation.
Alors que faire ?

Le sombrero est hors question, trop réservé
Aux Mexicains et irrémédiablement ostentatoire ;
Le chapeau melon fait clown, l’entonnoir te rend fou
Et pour un passe-montagne ce n’est ni le lieu ni la saison.

Il me faudrait, en vérité, un truc beaucoup plus discret
Cachant juste le trou, si tu vois ce que je veux dire.
Et c’est vrai du reste, je la possède, cette chose
Une petite voix intérieure m’interdisant
De l’emprunter le cas échéant.

Or, ce rond de tissu, par malchance
Il n’est là que pour les cas échéants, ces
Quelques sacrées occasions où l’on veut bien
Me convier – ce qui, ma foi, est fort rare – afin
Que j’y participe affublé selon de vieilles usances
Ladite voix impérieuse m’interdisant également
De l’arborer hors contexte, car hors contexte
Point de salut ici-bas pour l’infidèle
Cancer du crâne ou pas.

Reste l’abominable calotte brodée de nos artistes.
Et tant pis si je n’ai pas l’attitude qui va avec
La nature ne laisse parfois pas de choix.

Quelle disgrâce de se dégarnir, puis
D’avoir la petite voix intérieure
Tout en manquant d’attitude.

Tiens, on se déguise à
Présent, pépère ?

11 Mars 2017

mercredi 7 mars 2018

Ages of Civilization


i. Antiquity

Brutale Sklavenhaltergesellschaft der Antike. Die Welt war noch jung und klein, ging gerade mal bis zum Hadrianswall und Gibraltar, aber doch war der Mensch sehr athletisch, seine Sexualität voll entwickelt, das eine in Marmor gehauen oder Bronze gegossen, das andere vorzüglich auf Vasen abgebildet. Die Zukurzgekommenen seinerzeit hatten noch nicht die Möglichkeit, ihrer Wut in Kunstwerken oder sonst irgendwie Luft zu verschaffen, sie gar zu “twittern”. Spartakus und Genossen freilich wehren sich auf ihre Weise.

A hunky young brute of no breeding
Had a backyard too tight for a seeding;
Yet he yearned after feeding
And thus learned proper bleeding
For a little know-how ain’t misleading.

[L’esclavagisme brutal de l’antiquité. Le monde, encore jeune et petit, ne dépassait point le mur d’Hadrien et Gibraltar, pourtant l’homme était très athlétique et sa sexualité pleinement épanouie, l’un représenté en marbre ou bronze, l’autre expressément sur des vases. Les désavantagé.es de l’époque n’avaient pas encore la possibilité d’exprimer leur colère dans des œuvres d’art ou ailleurs, ne parlons pas de « twitter ». Or, Spartacus et ses camarades se révoltèrent à leur manière.]


ii. Middle Ages

Finster, finster, dieses Mittelalter. Gott über alles, bei Leuten, die kaum über eins fünfzig werden konnten. Kein Wunder, dass es Epidemien und hochfahrende Gotik gab. Sowie Hexerei und Badehäuser (gemischt). Ziemlich unfaire Sittenverteilung zwischen ausgesprochen frei und ausgesprochen unfrei. Noch lange keine Bauernkriege, aber schon bald Chaucer, Dekameron und Ironie. Echt unfair.

Some midlifer of meager beliefs
Got caught searching his soul in his briefs
But the sad case was dropped
When his dwarf Savior popped
For one source of redemption is griefs.

[Sombre, fort sombre, ce moyen-âge. Dieu au-dessus de tout, chez des gens qui avaient du mal à dépasser le mètre cinquante. Pas étonnant qu’il y ait eu des épidémies et du gothique altier. Puis de la sorcellerie et des étuves mixtes. Répartition des mœurs assez injuste entre très libre et très pas libre. Encore beaucoup de temps avant la guerre des paysans, mais bientôt Chaucer, le Décaméron et l’ironie. Vraiment injuste, tout ça.]


iii. Modern Times


Der Neuzeit widerstrebt alles Traditionelle. Man ist jetzt allgemein befreit, vielleicht zu befreit um sich nicht eine neue Lebensaufgabe namens „Unterwerfung“ zu geben. Das Religiöse kehrt zurück, vor allem bei den Ungläubigen. Die Zukurzgekommenen können endlich anonym das Maul aufreißen, man erhört sie und alles wird gerecht und kompliziert. Das meiste kostet was, doch immer mehr Zeug wird gratis angeboten. Denn was gratis ist, ist auch nix wert. Normal, sagt der Neuzeitler.

There was this whorey man of ambition
With a tush too worn out for tradition.
So the tricks asked for head
And he gave it instead
Because toothlessness has its own mission.

[La modernité n’aime pas les traditions. On est désormais universellement libéré, et peut-être un peu trop pour ne pas aspirer à une nouvelle mission universelle appelée « soumission ». Retour de la croyance religieuse, notamment chez les laïcs et impies. Les désavantagé.es ont enfin la possibilité d’ouvrir la gueule de façon anonyme, on les écoute et tout devient juste et compliqué. La plupart des trucs sont payants, mais on propose de plus en plus de conneries à l’œil. C’est que le gratos ne vaut rien. Et c’est normal, dit le moderne.]


7 Mars, 2018

dimanche 4 mars 2018

Leçon de pattes

Ici, la neige est rare, mais hier soir, elle est tombée.
Le chat du voisin est absent, et au matin je vois
Des traces de pattes d’oiseaux sur le toit.

Les oiseaux, je les observe, ils sont extrêmement prudents :
Au moindre mouvement, à l’ombre même d’une ombre
Ils décampent en s’envolant puisqu’ils ont des ailes
Des ailes faites pour voler, et c’est ce qu’ils font.
Dans les airs, ils se savent irrattrapables
Par quasiment toute créature aux mauvaises intentions
Et des rapaces, il n’y en a pas par ici.

L’homme est beaucoup moins prudent.
Du chat noir, il s’en fout
Des mouvements et des ombres également ; et si
Cela se trouve même des rapaces bien qu’il n’y en ait pas par ici.
Il ne possède pas de véritables ailes
Et s’il s’envole à la fin, c’est pour de bon.

Curieux : quand l’homme se met à faire l’ange
C’est au moment où c’est cuit pour lui.
D’une certaine manière, il est
Le contraire d’un oiseau.
Pas assez prudent et
Partant trop tard.





[Vogelkrallenlehre

Es fällt hier nur selten Schnee, doch gestern Abend fiel welcher.
Nachbars Katze ist nicht da, und am Morgen erkenne ich
Die Abdrücke von Vogelkrallen auf dem Dach.

Vögel – ich beobachte sie – sind ungemein vorsichtig:
Bei der kleinsten Bewegung, dem Schatten eines Schattens
Machen sie sich davon, entfleuchen weil sie schließlich Flügel haben
Flügel, gemacht um zu fliegen, und genau das tun sie.
In der Luft wissen sie sich in Sicherheit
Vor praktisch jeder bösen Absicht
Und Greife gibt es hier nicht.

Der Mensch ist viel unvorsichtiger.
Die schwarze Katze ist ihm egal, Bewegungen
Und Schatten sind es auch, und unter Umständen
Sogar Raubvögel, obwohl die hier nicht vorkommen.
Er hat keine richtigen Flügel
Und fliegt er am Ende davon, ist es für immer.

Seltsam: Wenn der Mensch auf Engel macht
Dann erst, wenn alles zu spät für ihn ist.
Er ist auf eine gewisse Art und Weise
Das glatte Gegenteil eines Vogels.
Nicht vorsichtig genug und
Viel zu spät verduftend.]


2. März 2018

samedi 3 mars 2018

In eigener Sache


i. Von der Lust, sich zu ärgern

[Hatte wieder einmal kräftig Lust, mich zu ärgern, und las daraufhin in den Gedichten eines Spießers, dessen Werk ich aus keinem anderen als gerade diesem Grund gekauft hatte. Nachgerade widerwärtiges Spießertum, in der Tat. Sofort erkennbar an der Kraftmeierei, dem typischen Spießerton, selbstredend nach den alten Meistern, sozusagen zwischen Brecht und Benn, doch solange die noch feucht hinter den Ohren, also erbärmlich leicht nachmachbar sind. Diesen Spießergedichten ist die Spießerfresse des Herstellers auf der hinteren Umschlagklappe zugeordnet. Ein Albtraum von einem Photo, mithin das Wertvollste des gesamten Buchs. Ruft in mir augenblicklich die Erinnerung an einen bleichwangigen, heulsusenhaften, sehr verzogenen Kindheitsfreund hervor, dessen abartig überheiztes Kinderzimmer, die allgegenwärtige Mutter. Ich kannte das nicht, im Wohlstand alles so eng, doch wir waren schließlich Kinder, da kann noch etwas aus einem werden, und ich glaube, aus diesem Kindheitsfreund ist auch noch etwas geworden, mehr oder weniger. Bei vom DAAD verzärtelten Fünfzigjährigen mit genau so einer Visage ist es zu spät.]

Der schwerfällige Benn hat das Nachkriegswestdeutschland
__________________________________________beruhigt
Die Adenauerrepublik: War nicht anders zu machen.
Brecht hat die Ostzone nicht beruhigt.
So etwas war mit ihm nicht mehr zu machen.

Das Wiedervereinigte musste nicht mehr beruhigt werden.
Ohne jede Aufgabe, diese Bürschchen.
Nur das war jetzt noch leichter zu machen: kreuzbrave
______________________________________Reiseliteratur.
Wenn schon erweiterte Freizügigkeit
Unruhe wäre angesagt gewesen
Anstatt Ende von Nachkrieg oder wie auch immer.

Die äußere ist der inneren Emigration eindeutig vorzuziehen
Hysterisches Chaos, reiner Langeweile. Doch
Am fürchterlichsten ist, wenn man ohne den Arsch zu heben
____________________________________umgezogen wird.

Ach, Russland hat sein Imperium verloren
Amerika seine Vollidioten sogar als Präsidenten.
Warum sollte es dem Land der Dichter und Denker besser
__________________________________________ergehen?


ii. Ungelesenes


Ich besitze unter anderem zwei Limes-Bände Benn, in die ich in Jahrzehnten nie recht hineingesehen habe. Sie enthalten eine Auswahl, Briefe und Dokumente, und stammen von meinem Deutschlehrer – ob seinerzeit geschenkt oder nur geliehen, weiß ich nicht mehr; jedenfalls steckte er sie mir zu, nachdem er von einer Gedichtinterpretation so beeindruckt gewesen war, dass er mir eine 1+ dafür gegeben hatte, weil, wie er mir nicht unbewegt mitteilte, dieser Aufsatz ihm, doch meinem Lehrer, das Verhältnis von „fahren“ und „erfahren“ betreffend (es handelte sich um „Reisen“) neue Horizonte eröffnet habe. Ich erinnere mich heute nur noch daran, damals in etwa vermerkt zu haben, dass man sich manches für sich selbst nun einmal er-fahren müsse. Er-fahren wie er-arbeiten, eine Selbstverständlichkeit, nicht wahr.

Ich war damals gegen 16 und interessierte mich nur am Rand für derartige deutsche Lyrik, mein ganzes Interesse galt dem spanischen Barock, seit ich – es war gerade InterRail für mich erfunden worden – in den Pyrenäen einem Sommerkurs des alten Blecua hatte beiwohnen dürfen. Der las und schmauchte, schmauchte und las über Góngora und Quevedo, klapperdürr im Anzug schwimmend und mit weitgehend zerstörter Stimme. Was scherte mich da ein Benn, dessen Schnoddrigkeit oder Begriffsgenesen, wenn ich gerade von höchster Stelle, ganz übergeordneter Warte her, in Kenntnis gesetzt worden war über solch wirksame Ungetüme wie etwa die Acroceraunios montes, oh Júpiter, oh tú.

Benn scheint mir auch heute noch stark überschätzt, aber an meinen Deutschlehrer – er hatte, glaube ich mich zu erinnern, einen Aufkleber „Deutschland dreigeteilt – niemals!“ am Auto – an den erinnere ich mich nach wie vor mit Rührung ungeachtet seiner politischen Ansichten und trotz Fronterfahrung womöglich mangelnden Weltläufigkeit. Die beiden ungelesenen Bändchen haben insofern eine tiefere Bedeutung als die des puren Gelesenwerdens, und das, will mir scheinen, ist letztlich nicht ganz unbennsch.


iii. Von Zucht und Ordnung

Hannah Arendt, die ja so vieles ganz genau zu wissen schien, glaubte auch zu wissen, dass das politische Engagement Bertolt Brechts dessen dichterische Kraft zerstört habe. Sie zog den jungen, künstlichen Brecht dem so schlicht gewordenen alten vor, verwechselte offenbar dichterische Kraft mit Geschick, Kunst mit gut gemacht. Sie erkannte nicht, dass Brechts Engagiertheit in erster Linie nicht die Aufgabe hatte, Gedichte in politische Waffen zu verwandeln, sondern vor allem anderen dazu da war, die eigenen Künstlichkeit zu bekämpfen. Erfolgreicher kann ein Kampf kaum ausgehen als der innere Dschihad des von Natur allzu kunstfertigen BB.

Bei Frau Arendt war es umgekehrt. Sie wurde mit der Zeit immer poetischer. Ihre in Theorie verwurzelten Sicherheiten setzten sie allmählich außer Stande, die fast unwirkliche Komplexität grauer Wirklichkeit zu erkennen. Kein Wunder, dass diese Ideologin etwas gegen Ideologie hatte.


28. Februar 2018


vendredi 2 mars 2018

L’œuvre spéciale

Cette œuvre est peut-être la plus spéciale
Qui se trouve accrochée à mes murs.
Elle me vient de grand-mère.
Je ne l’ai ja-mais pigée.

« Beau support à l’imaginaire », me souffle-t-on.
Mais tous les tableaux le sont. C’est
Du flamand, ça ?

Je pense que ces eaux sont celles d’un Rhin tout jeune
Et le jeune Rhin me fait peur, plus peur
Que le Rhin plus âgé, ou le Rhin
Carrément majestueux.

La jeunesse est toujours monstrueuse, me souffle-t-on.
Plus monstrueuse que l’âge de la raison, quand
Ce sont les adultes qui nous font chier
Historiquement parlant.

Le problème de cette croûte
C’est son manque de clarté. On dirait
Un poème.

24 Février 2018  [Tableau XI]


jeudi 1 mars 2018

D’un legs

Comme tout le monde, j’ai eu deux grands-pères.
L’un était peintre, l’autre pas.
Ceci – vous l’avez certainement deviné – est de celui qui ne l’était
____________________________________________pas.
Pourtant, elles sont parlantes, grès ou verre, ses deux bouteilles
____________________________________ d’avant-guerre.

Ce grand père – le maternel – était un
Monsieur très bien, mais pas artiste pour un sou
Alors que le paternel, celui qui était artiste sans le sou
N’était pas un monsieur particulièrement bien. Irresponsable.
__________________________________________surtout.
Je porte même pas son nom, puis c’est courant dans la bohème.

La grande responsabilité de l’autre grand-père a eu le résultat
Que les trois seules œuvres qu’il s’est autorisées dans son
_________________________________________existence
Ont parfaitement survécu et se trouvent maintenant chez son
__________________________________________petit-fils
– Poète dissipé, et en plus porteur de son nom.
Il n’est donc point étonnant
Que rien ne subsiste des tableaux de mon grand-père peintre
Et que tout subsiste de mon grand-père pas peintre.

Mon grand-père pas peintre, celui
Qui a peint trois petits trucs en tout et pour tout
Et qui m’en a légué la totalité
Avait tout bêtement l’humble sens de ces choses
Alors que l’autre, qui en a peint des masses, n’a songé à rien.
La recherche d’une gloire pérenne est pas mal de fois moins
__________________________________________efficace
Que le simple souci de la postérité.

24 Février 2018  [Tableau VIII]





mercredi 28 février 2018

Far West

Une fantaisie qui nous rappelle les fantaisies de l’enfance
Et, en même temps, leur atmosphère crépusculaire.
Pourtant, il y en a encore, du chemin a faire.
Trappeur ou Indien, chevaux et buffles
Tout ça, du règne du fantastique
Tout ça, d’abord fantasmé.

Aucune idée
S’il dormira à la belle étoile.
En tout cas, je le vois mal rentrer ce soir.
La montagne bleue et rose, nous la connaissons du cinéma.
Elle n’est pas moins immuable que l’avant-plan
Si peu évident au-delà du fantaisiste.

Peut-être suis-je, là aussi, perdu dans l’imaginaire, mais je pense
Que plus on se morfond chez soi en rase campagne
Plus on rêve des prairies américaines.
Or, notre représentation du vaste
N’est pas très grande, et c’est là tout son charme.
C’est que l’immensité correspond avant tout au plus petit et
___________________________________modeste en nous.

24 Février 2018  [Tableau VII]





mardi 27 février 2018

Reconnaissance immédiate

Du beau pin, et surtout, derrière, la Tour Magne, toute
En blancheur contre un ciel blanc.

Le rapport au monument peut être multiple
Et aussi très simple, fait de rien que de chair et de proximité.

Il y a tellement peu de différence entre tour et ciel, cela
Ressemble à l’angoisse qui – blanche sur fond blanc – me taraude
________________________________________maintenant.

Mais devant, il y a aussi le grand vert de l’espoir.
Un peu tordu tout de même.

24 Février 2018  [Tableau VI]



lundi 26 février 2018

De mauvais augure

Forêt bien sombre
Faite en l’an quarante et un
Par quelqu’un qui a dû cesser d’être aux anges.
Plus très content, mais exerçant son boulot honnêtement.

L’aquarelliste semble inquiet
De ce qui se trame par les airs, ô Walkyrie
Et pourtant, connaissant ses opinions de l’époque
Je peux vous assurer qu’il n’aurait jamais cru
Que cette gloire wagnérienne finirait
Logiquement comme ça.

En quarante et un, même pour lui le sort était scellé ; la preuve :
Un ciel d’orage avec deux sombres oiseaux. Oui, on peut
Être un sombre idiot quand on est artiste peintre ;
Il y a toujours la possibilité de se racheter
En dépeignant la forêt telle quelle.

23 Février 2018  [Tableau V]


dimanche 25 février 2018

Ce même jour

Ça, c’est l’église dite du château
De la ville où j’ai grandi.

Auparavant, la ville
A presque intégralement disparu ;
L’église a été épargnée et je l’ai donc connue ainsi.

Mais là, elle est peinte avant
Au milieu de ce qui existait encore.

En fait, ce n’est pas vrai. Elle aussi a été touchée
Faisant juste partie des quelques ruines
Qui ont pu être reconstruites.

Reconstruite à l’identique, si tu veux
Comme si cela existait.

Ce n’est pas un grand tableau, c’est le
Motif qui compte, motif un tantinet compliqué :
Bâtisse historique avant sa transformation en témoignage.

On a pu grandir dans ses parages
Et souhaiter l’imiter.

23 Février 2018  [Tableau IV]




samedi 24 février 2018

Nature morte

Ces citrons sont de la main d’un ami.
Ce ne sont nullement des agrumes anonymes.
Puis, ils étaient chez ma mère.

Après sa mort, je les ai récupérés
J’en ai hérité en quelque sorte bien que c’était
Moi-même qui lui en avais fait cadeau.

Quand je les regarde, j’ai la preuve
Que ma mère est partie, et
Pas la peine de m’y habituer, je m’en irai aussi.

Les citrons, eux, seront encore là, je suppose.
On dirait des citrons, quoi ; en fait
C’est autre chose.

Si la nature est morte
Elle a vocation de survivre
À ceux qui ne sont vivants que par nature.

23 Février 2018  [Tableau III]



vendredi 23 février 2018

Falaises

Et puisque nous y sommes
Il y a aussi l’autre chef d’œuvre
Celui dont on cherche encore le cadre.
Vendu quasiment à l’œil, mais vendu sans.

Ce sont bien des falaises et, vous avez raison
En pleine nature, un si majestueux paysage n’en a
Sûrement pas besoin, étant lui-même le meilleur cadre
– D’une de nos satanées disputes de vacances, par exemple ;

Seulement, depuis un bout de temps on est rentrés
Plus du tout du côté d’Étretat, on jouit de la plus belle
Concorde au foyer, et dès lors la craie l’exige, son cadre
Tout à fait introuvable jusqu’à présent.

Si, si, certes, j’en ai proposés, mais pas une
De mes suggestions de circonstance ne leur allait
À nos falaises à deux balles, si blanches, nues et démunies
Et pas seulement face au spectacle d’une mer tant de fois
______________________________________déchaînée.

Si je n’arrive pas à leur dénicher ce quelque chose
Apte à structurer le tout, couple apaisé inclus
Sans doute, elles finiront par s’écrouler
Comme leurs imposants modèles.

22 Février 2018  [Tableau II]







jeudi 22 février 2018

L’éclat

On a acheté un petit tableau.
Je ne l’avais pas bien vu dans la vitrine
Il y avait trop de reflets, ou d’ombre ou de soleil
Et surtout, je me suis posé la question de la pertinence
Mais ma chance m’a convaincu et nous sommes donc entrés.

Le brocanteur l’a décroché, en annonçant
D’emblée le prix, agréable surprise.
Seulement là, le tableau ne m’a plus tellement plu
Et on n’allait quand même pas l’acheter juste
Parce qu’on pouvait se le permettre.

On a remercié le gars
On est sortis et on a cogité ensemble
Puis on est revenus d’un pas leste pour le prendre
Tout en marchandant encore un peu
Pour la paix de l’âme.

Depuis qu’il est accroché dans la chambre
Ce tableau m’enchante chaque matin davantage.
Et puisqu’il s’est imposé l’idée
Que le petit personnage esquissé sous les arbres
Est penché sur la malle d’un vélo de facteur
Il a désormais un titre, « La postière ».

Il faut parfois se décider à l’aveuglette
Tout autant qu’il faut savoir tirer un trait, au besoin.
Ainsi, j’ai pris la décision
De renoncer à contacter ces très anciens amis
Ceux de quarante ans qui ne m’appellent plus d’eux-mêmes –
Quelle importance, la vie passe.

Un tableau doit avoir trouvé sa place, mieux
Vaut le garder sous les yeux, pour en juger
De bonne humeur ou de mauvaise
À la meilleure des lumières et quand la nuit tombe ;
Or, les amis qu’on n’a plus vus depuis des lustres
Ont perdu leur éclat en toute circonstance.

21 Février 2018  [Tableau I]




samedi 17 février 2018

For the Ride

[Autour de moi, du paysage, rien que du paysage, enneigé, inconnu, avec quelques silhouettes plus ou moins debout dans la désolation. Sinon, paysage vide, et qui passe, mais par à-coups.
Je regarde autour de moi, et partout c’est le même décor jamais vu, imperceptiblement changeant, par à-coups donc, comme si j’étais dans un tortillard panoramique qui ne cesse de s’arrêter là où je n’ai pas intérêt de m’attarder.
En attendant, je m’interroge et la réponse tombe toute seule : ce doit être un voyage d’agrément, sans véritable but. Si cela se trouve, je me déplace ainsi pour le seul plaisir de mes yeux et non pas pour arriver quelque part, désolation étant destination. Belle perspective, en effet.]

Vu sur l’écran tel bijou supposé génial
Dont je ne pigeais rien, ce qui est peu courant
Car ce qu’on dit, je ne l’entends pas forcément
Mais ce qu’on montre, je le capte en général.

Je pense que le hic dans ce grand film était
Qu’il ressemblait un peu trop à la vie, la vraie.
C’est que quand tout est clair, le cinéaste sait
D’avance comment le truc va se terminer.

Là, il semblait aussi ignorant du futur
Que nous, on l’est dans la vie, et c’est malheureux
Puisque le public ne comprend alors pas mieux

Qu’il ne saisit sa propre vie imprévisible
Et ça, bien que l’art a comme avantage sur
La vie qu’en principe il doit être intelligible.

15 Février 2018

vendredi 16 février 2018

Trois traductions accessoires


Sarah Kirsch, Vie de chat

1. Neige

Comme devant nos yeux exercés
Tout se transforme, le village vole
Des siècles en arrière dans la neige
Il ne nous faut que quelques corneilles
Des saules têtards le long du chemin, des chiens démodés
Amour et fidélité ont cours, tu me tires
Par-dessus des fossés, portes mon petit
Fagot volé dans le soir
Une fumée vivante enveloppe les maisons.


2. Tempus hibernum


Quand le charme s’amenuise et le gel
Fait une pause, reprend ses forces, les prairies
S’étendent presque comme en été, la neige
Est un reste sale et sur les étangs brillants
Stagne l’eau de fonte, quand le village
Ouvre les portes des étables, les veaux nés dans l’année
Ont le droit de cavaler pendant une après-midi et ça sent partout
Le fumier, la vache et les meules de maïs
Quand les paysans coupent du bois dans la forêt, les piverts
Se rassemblent dans le jardin et le soleil prudent
Ratatiné et tout faible dans la brume éternelle
Pourtant ose s’avancer précocement dans l’éther
Modèle villageois d’un soleil simple et utile
Soleil dont on entendra encore parler
Quand les champs abandonnent leur distinction
Se montrent échevelés, existence ordinaire, effondrée
Les bouses de l’été passé apparaissent
Sur place, des ruines d’arbres
Vagabondent sous des nuages enragés
Les âmes noires des corneilles
Se hissent dans le vent, quand la vie
Est alors monotone, triste et vulgaire
Parmi des gens renfrognés et moroses, moi
Je suis heureuse en ma campagne banale.


3. Troisième portée


En essayant d’atteindre les barreaux de l’échelle
Les chatons tombent régulièrement
Du haut du grenier sur les dalles de l’étable.
Après la première chute fatale, le fermier balance
De la paille sous la trappe, les petits mistigris
Récupèrent la tétine du pionnier
Sur le ventre maternel, leur chances de survie
Ont augmenté de façon vertigineuse.


Trad 23 Janvier,11 et 13 Février 2018

jeudi 8 février 2018

On Flamboyancy and Grayness, Truth and History

Maintenant, on accorde du crédit même aux dires des femmes et des enfants ; avant, on s’en méfiait un peu. C’est un progrès sans pareil.
Depuis peu, femmes et enfants, eux aussi, ont éventuellement le droit de proférer des conneries. On le justifie avec la circonstance qu’il s’agit de femmes et d’enfants. Exactement comme on excuse, le cas échéant, les intenables âneries d’un poète pour peu qu’elles soient émises en une langue « tenable ». Au lieu de déplorer que l’étron, par surcroît, ait été garni de guirlandes. Mais l’emphase ne transforme jamais l’ineptie en vérité, bien au contraire : elle la rend plus pathétique encore.
Maintenant, femmes et enfants disposent donc du bonus idiot des poètes. Il faut tout accepter sans ciller parce que, semblerait-il, c’est une affaire de justice. N’oublions pas qu’il y avait autrefois le bonus aryen. Désormais, ce sont les femmes et les enfants qui en profitent. Progrès incommensurable, en effet.

Melomaniacs amongst the old Romans
Ended up with inventing amongst the gold fibulae
One peculiar device fastened into the foreskin
To prevent its withdrawal. Quid praestas?

This for sure was supposed to secure the two cherries:
To guarantee the longest possible vocal unbrokenness
And then the singer’s primitiae – his étrennes – but
In a pinch some birds are apt to hit the tup, see, betunicked.

So, this well-preserved cockerel wasn’t always unfondled
When that clasp was removed for a costly deflowering.
The premier jet is hardly ever a first draft:
Fibulae are often fabulae.

The real history’s a bag of tricks and wires
Much more sophisticated than some sods’ desires
No piece of shit in a silken stocking because
From up close it mightn’t be what it’s alleged that it was.

Coming far less regressive than the regressive allow
And perchance more progressive than the progressive avow
The past is the one thing you can’t control nor belie
You can only falsify.

[Man schenkt jetzt Glauben auch den Reden von Frauen und Kindern, früher tat man das nicht so sehr. Und es ist dies ein Fortschritt sondergleichen.
Neuerdings dürfen also auch Frauen und Kinder eventuell Unsinn verbreiten. Man rechtfertigt das damit, dass es ja Frauen und Kinder sind. Gerade so, wie man gegebenenfalls auch unhaltbaren Humbug entschuldigt, wenn er nur, wie einer sagte, in „haltbarer“ Sprache ausgedrückt ist – anstatt zu bedauern, dass die Scheiße auch noch mit Lametta verziert wurde. Dummes Zeug wird durch emphatischen Vortrag ja niemals richtiger, sondern der macht das Ganze nur noch schlimmer: pathetischer im Wortsinn des Englischen.
Also nun Frauen und Kinder mit dem Dichterbonus des Idioten. Man muss ihnen alles unbesehen abnehmen, weil angeblich eine Frage ausgleichender Gerechtigkeit. Vergessen wir nicht, dass es auch einmal einen Arierbonus gab. Nun profitieren also Frauen und Kinder davon. Welch unermesslicher Fortschritt in der Tat.]

8. Februar 2018

vendredi 2 février 2018

Tool


i.

On n’a pas pu l’élire, notre roi
Il nous a été imposé, le gros
Par les barbares, nous n’avons eu droit
Qu’à ses scrupules ou faux choix moraux.

Négociateur illégitime
Falstaff haï, pouvoir infime
A fait ce qu’il a pu pour nous
En tant que rien : rien, peu ou prou.

Mieux vaut encore acclamer son bourreau
Que subir tel avocaillon d’office
Mieux vaut le glaive à nu qu’en son fourreau
Mieux, l’immédiat néant du précipice.


ii.

Oh, l’homme fort est un homme désiré.
On m’a collé des responsabilités
Il a fallu que je les prenne
J’ai fait de mon mieux.

La vie n’est pas une affaire de justice
Elle est une histoire d’échecs ;
À l’instar des mots, indépendants des faits
Elle est faite d’instants sans liaison.

Instant après instant
Faites le mieux de vos échecs
Afin de la réussir en détail
Si je peux me permettre un conseil idiot.



1er Février 2018

mercredi 31 janvier 2018

New Dawn, New Noodles

    « Grex rather than sex » – la formule de Robert Frost est ancienne,
et plus vraie que jamais.

1. Upside Down

– Why aren’t you erect?
– But nothing’s happened yet.
– Come back when your thing’s up.
Tried at home, fancied something and eventually succeeded.
– Here we are.
– Prove and show it.
When shown, stiff had sourly reverted to limp.
Both were deeply disappointed.

There’s a long way to go, the lonely mind being, alas, unreliable.
You better let things happen first.
Dare to give ’em a hand.
But that’s no longer legitimate.


2. Display Rules

Ich kenne einen kleinen Hund
Der bellt zuweilen ohne Grund:
Sieht er mich kommen, tut er ganz
Verrückt und wedelt mit dem Schwanz

Springt hoch in seinem Unverstand
Und leckt und fordert meine Hand
Vergeudet seine Liebe und
Weiß es doch nicht, denn Hund bleibt Hund.


29. Januar 2018

dimanche 28 janvier 2018

Light and Shade, Politically Speaking

[Le grand soir tombe. Rien n’a été gagné, tout juste un petit changement de perspective, un retournement dans le plume, en somme. Au lieu de manifester pour la « liberté », on s’époumone pour plus de retenue. Liberté remplacée par retenue, l’époque est à la sagesse mais, une fois de plus, se déchaîne : sûr de soi, en surnombre, ça cherche toujours la castagne.
Victime de trop de liberté, passe encore ; mis en pièces par des bacchantes en folie, quel délice. Mais là, tout le monde comme infirme, tout le monde se remuant comme de pauvres alités afin de s’éviter des escarres...
et furieux avec ça ! Je me sens comme l’amoureux éconduit d’une belle laideronne. La sensation est ambiguë, fascinante.
Libéré d’un carcan, voilà quant au triomphe de la retenue. Exiger le souhaitable, l’humain, l’indispensable même, j’aurais dû y penser avant. Du temps que l’on savait encore où l’on en était : certainement attachés à des chaînes, et soi-disant en train de s’en dépatouiller.
N’importe. Enfin, un autre soir est tombé. S’ensuivront quelques petites heures nocturnes dont il faudra profiter, camarades
.]


i.

The night falls.
Should be time to unsheathe
But let this light
Be toy
Not tool, nor weapon.

Let be its dimness
Bright enough
This night
That it be motley toy
No boasting chisel thing, no blazing dagger.

Come here to play.
Unsheathe but let this light be toy
Let us be duel slackers.


ii.

Ja, meinst du denn, das reicht aus?
Du musst schon selber schauen.
Spiel-, aber nicht Werk- oder Waffenzeug, so, so.
Wo führt das denn hin?
Das hilft nur wenig, wenn dann jemand kommt.
Auch unsre albernen Schwächen müssen doch verteidigt werden.


iii.

You can’t expect a natural self-educator
To disbelief in the laws of nature;
He knows no others.

On a cloudy day
Who’d ask the sun barging in
To be a little more decent
According to the circumstances?


[C'est qu’on se trompe lorsqu’on pense qu’avant la libération sexuelle on n’aurait pas pu vivre sa sexualité librement. Qui savait se débrouiller, le pouvait – en privé bien entendu. Quand ces choses ont fini par être étalées sur la place publique, les gens n’ont pas nécessairement pu vivre plus librement, parce que même dans un pays sexuellement libéré, la sexualité, en règle générale, reste du domaine privé ; il faut donc toujours savoir se débrouiller pour trouver chaussure à son pied, et ce n’est pas donné à tout le monde. La libération a simplement un petit peu facilité les choses ; elle a ouvert le marché, en le régularisant. Mais la technologie aussi. Surtout la technologie. Technologie sans libération n’est guère possible. Les Saoudiens, eux aussi, ont accès au web, et ils ne s’en privent pas, semblerait-il. Collective ou personnelle, cette libération-là, elle se passe en privé.
Quant à moi, ma libido personnelle est carrément née avec la libération sexuelle, c’est une question d’âge. Quand il n’y avait pas encore de libération sexuelle, je n’étais pas encore vraiment sexuel. J’étais un petit garçon en phase de latence, exactement comme la société qui m’entourait. Finie ma latence à moi, la libération sexuelle générale est arrivée – avec son lot de photos enfin esthétiques, d’explications enfin explicites et tout. Par conséquent, je ne saurais dire comment elle serait, ma sexualité, sans ladite libération. En l’état des choses, elle correspond à peu près aux nouvelles normes, celles édictées par une libération normative à son tour. Tout ça tombe bien, diriez-vous, mais c’est mauvais signe. Lorsqu’il en va de la liberté, le conformisme est toujours mauvais signe. Si je préfère, moi aussi, le sexe-joujou au sexe-outil ou au sexe-arme, si je suis un chaud partisan du jeu flemmard en la matière, cela peut être une coïncidence. C’est peut-être un pur hasard si je peux me compter parmi les gagnants de la libération en question, mais c’est très mauvais quant à la notion de liberté. S’il faut toujours y correspondre, la liberté, à juste titre on s’en branle, elle ne vaut pas son étiquette de prix.
Par chance, le jeu n’est jamais sérieux. Et heureusement, il paraît maintenant que les beaufs parmi nous, utilitaristes et militaristes, n’avaient pas tout perdu, eux, tant qu’ils savaient se débrouiller en privé, la position aidant parfois. Avec la publicité actuelle, ce n’est d’ailleurs pas qu’on empêche à la fin ces porcs indignes de profiter scandaleusement d’une libération faite pour ceux qui s’y conforment, mais sous le prétexte qu’il y aurait de
mauvais profiteurs, des suivistes contre nature, on s’attaque au principe de la liberté même. En vérité, la cochonnaille peut respirer : elle n’est atteinte en rien. Obéissant à l’injonction de parité, de féminisation plutôt, elle a simplement changé de bord. Alors que la liberté, illusoire si elle ne s’étend pas sur l’exploitation complète, bêtes incluses, s’esquive sous les bons soins des bonnes âmes.]

iv.

Is a vale any sexier than a peak
Is a hole holier
Is mystery more inviting
Than a bulge, a beak, a beacon?

You just jump into the unclaimed garden
Pick and strip that rose
Petal after petal:

The rim of the well isn’t hidden
And it’s the rim that shows the place
Where to seek pushed on by thirstiness.

Deep down there may be water but you can’t see it.
You may drop a pebble, hear it splash
And still – darkness. Is there a bucket attached and waiting?
Femininity is by no means surer.
Men can only have trust in the masoned-up rim;
The hope is theirs.


January 21, 2018

mardi 16 janvier 2018

Biographie

[Quand mon pied s’enfonce dans un tas de merde, je dis « Merde ! », et quand pour une fois j’ai eu du pot, je m’exclame « Quel pot ! ». Je nomme donc la chose. Quand je dis à quelqu’un « Eh, salut ! », nommant telle chose, elle n’est pas nécessairement déjà arrivée ; je ne constate donc rien, je ne fais que souhaiter. En revanche, quand j’ai dit « Merde ! », c’était trop tard, et quand je me suis exclamé « Quel pot ! », le pot en question, je l’ai déjà eu. Comment distinguer lorsqu’on dit quelque chose si c’est une constatation ou un souhait ? Souvent, c’est la déveine qui nous l’apprend. M’exclamant « Vie de merde ! », je fais à coup sûr un constat, mais criant « Bonne chance ! », ce n’est très probablement encore rien qu’un souhait. Enfin, quand je dis « Merde ! » à quelqu’un pour lui souhaiter bonne chance, je me conforme à une convention qui veut qu’on exprime le contraire de ce qu’on est censé souhaiter. Ainsi, l’inavouable jalousie, si humaine face au possible succès d’autrui, a eu son mot à dire. Tout récemment, une dame, s’adressant à moi, s’est écriée à la fin « Bon courage ! ». Me l’a-t-elle souhaité, m’a-t-elle souhaité le contraire, ou voulu faire un constat ? Et tout cas, elle doit être au courant de certaines choses qui me sont encore cachées. Ce ne serait pas la première fois que quelqu’un d’autre connaît ma vie mieux que  moi.]


1. Lob des Weins

Zu viel Eisen im Blut. Meine Ärztin
Hat mir daraufhin quasi den Roten verboten.
Ich solle besser auf Weißen umsteigen, meinte sie.

Ich mag nun aber mal den ganz tintigen
Den so tanninreichen Saft des tiefen Südens.
Mehr als eine Geschmackssache ist das jedoch nicht.

In meiner Bestürzung vergaß ich
Zu fragen, ob die helleren des Ostens
Auch zu denen mit zu viel Eisen zählen

Und ob ein Schwarzriesling beispielsweise
Medizinisch gesehn, nicht schon halber Weißwein ist.
Denn das ermöglichte einen burgundischen Kompromiss.

                                   בורא פרי הגפן

Hab nie länger in Landstrichen gelebt
In denen keine Reben wachsen wollen, und
Wo man Weintrinken deshalb für erwähnenswert hält.

Die Dichter aus Nichtweinanbaugebieten
Oder Gegenden, wo sie ihr Zeug aufzuckern
Haben es bezeichnenderweise immer so davon.

Ich meinerseits kann literarisch
Mit Rotwein kaum etwas verbinden.
Gedankenlos schütte ich ihn in mich hinein.

Wenn es denn sein muss
Weil zu viel Metall dem Körper schadet
Will ich zur Not umsteigen auf alltäglichen Gamay

Und hin und wieder Pinot noir, weil im Sonderangebot
Oder gar die Sorten, die ich aus der Jugend kenne
Doch daraus wirklich kein Thema konstruieren.

Es soll hier nur erwähnt werden, dass
Gerade das, wovon der Dichter sich nährt
Am besten unerwähnt bleibt in seiner Dichtung.


2. Grimoire

Si je m’achète parfois un pavé énorme
Ce n’est pas pour le lire en sa totalité
Mais pour jeter un œil, un seul chapitre informe
Assez quand le roman a quelque qualité.

Seulement, il faut que ce soit moi qui feuillette
Pour choisir les extraits qui feront tout l’ouvrage ;
N’ayant en main qu’un mince abrégé, la cueillette
Ne m’intéresse plus, il me faut mille pages.

Telle ombre pour témoin, tel mort qui se reflète
Plus vivement dans la psyché des jours vécus :
Trop paresseux pour me farcir ma vie complète
Je ne la vis qu’ici et là, distrait, perclus.


10 Janvier 2018

dimanche 7 janvier 2018

Ein Wahlspruch unter anderen

    Freiheit! geht die Parole, und ihr wisst
Auch gleich, wie es gemeint ist, denn es gibt
Nur eine, die greift tapfer zu und frisst
Was man ihr vorwirft oder in den Rachen schiebt.

    Der Hunde Freiheit ist ihr Napf, mir freilich
Gibt das durchaus zu denken und ich denke
Mich tapfer frei, der Vorgang ist abscheulich
Muss wer mitansehn, wie ich mich verrenke.


    Gleichheit ist im Gesetz verankert und
Man findet Gleichheit selbst in der Natur:
Sich gleichen Samenstrang und Nabelschnur
Und gleich sind Milchkanal und Kinderschlund.

    Ich bin auch völlig gleich mit dem Geschwätz
Das in mir brodelt, und das gleicht den Lehren
Die ihr mich zwingt, mir wortlos anzuhören –
Gleichheit ist schließlich ein Naturgesetz.


    Brüderlichkeit sei auch, nicht wie bei Brüdern
Die sich am frischen Grab ums Erbe prügeln
Doch nach der Sangesbrüder Art, mit Liedern
Um klangvoll Differenzen wegzubügeln.

    So sollen alle Brüder sein, gleich jenen
Die dumpfe Eintracht üben im Verein
Nur nicht wie echte Brüder Brüder sein
Guten und Bösen, Hässlichen wie Schönen.


12. Oktober 2016 & 2. Januar 2018

samedi 6 janvier 2018

Sailors May Die on a Whim


1. Shipwreck

Dozens and dozens of dynasties ago
Caught in a tempest by the South China Sea
Swallowed up was a ship overladen with crockery.

Dozens and dozens of dynasties later
A calm sun glistening over the South China Sea
Treasure divers went down to retrieve the ancient chinaware

But not did they haul out of the depths the ship itself
Plundered empty, henceforth doomed
To forlorn dissolution.

In the case of a brimming vessel
The procedure seems acceptable, if lacking elegance;
I will spare you my take when it comes to the ambition of some
_____________________________________________men.

To end up ransacked, plain alone and
Abandoned to woe, destruction, ruin, and decay
In these people counts among glorious life’s eventualities.

As for their trove of objects of desire
A freight not utterly guiltless of the disaster
I, on my part, would prefer it left down in the dark.

Not only would that benefit the morale of the wreck
But above all, it would lead us to imagine that justice exists
And that we have laws valid even throughout times of ghastly
________________________________________turbulence.


2. A Riddle

The surface of the sea in fair weather
Could be compared to some
Dirty window pane.

The surface of the sea in storm
Is like while washing
The said pane.

When the storm is over
The surface comes
Dirty again.

Apparently, there is no function
To maritime climate
conditions.

Sailors
May die
On a whim.

[Wenn die Sonne aus einem bestimmten Winkel auf die Fensterscheiben trifft, erkennt man an den dann deutlich sichtbaren Schlieren, dass diese Fenster ungeputzt sind. Aufgrund ihrer Ostlage passiert das allerdings nur morgens, und da ich kein Frühaufsteher bin, weiß ich gemeinhin nichts von diesem Zustand meiner Fenster. Nur an wenigen Wintertagen tritt der Zeitpunkt meines Aufstehens mit jenem zusammen, an dem die Sonne noch in einem Winkel steht, der genannte Unreinlichkeiten sichtbar macht. Um die Jahreswende fällt mir dann plötzlich auf, dass ich hinter total verdreckten Scheiben lebe. Aber wer reißt in bitterer Kälte schon die Fenster auf um sie zu putzen? Wenn die Klimabedingungen wieder so sind, dass man es tun könnte, habe ich den Tatbestand längst vergessen.-
Ich schreibe Gedichte für die Schublade, wie man das nennt. Also Gedichte, die keiner drucken will, und die dadurch niemals in die Lage kommen, öffentlich das Licht der Welt zu erblicken und von Sonnenstrahlen getroffen zu werden. Sie sind gleichsam wie Fenster, die möglicherweise viele unklare, ja unappetitliche, Stellen aufweisen, aber keine Kritikersonne weist mich, ihren Schöpfer, darauf hin. Doch erreichte mich ein solcher Hinweis, wäre es garantiert ebenfalls im tiefsten Winter, also nicht in einem Augenblick, wo er mich zum Handeln bewegen könnte. Ich wüsste übrigens auch kaum, womit man schlierige Dichtwerke in völlig durchsichtige verwandelt.]

5. Januar 2018

mercredi 3 janvier 2018

Déchettologie


1. D’un naufrage

Il y a des siècles
En mer de Chine déchaînée
Fit naufrage un navire trop rempli de vaisselle.

Des siècles après
En mer de Chine très calme
Des plongeurs remontèrent la belle porcelaine

Le navire, lui, ils ne le remontèrent point.
Dépouillé, esseulé, il fut abandonné
À sa disparition définitive.

Dans le cas d’un moyen de transport surmené
Ce procédé me paraît acceptable quoique peu élégant ;
Je vous épargne mon avis quand il s’agit d’humanité ambitionnée.

Finir pillé, passablement seul
Et abandonné jusqu’à disparition définitive
Chez ces gens-là, est dans les éventualités existentielles.

En ce qui concerne les choses désirables
Chargement excessif coresponsable du naufrage
Personnellement, je préférerais les laisser au fond du trou.

Ceci ne profiterait pas seulement au moral de l’épave
Mais nous donnerait en outre l’impression que justice existe
Et qu’il y a même des régulations valables dans les pires tempêtes.


2. Attention à ce qu’on veut adopter

Un petit bout de truc avec un poisson dessiné dessus
Fut jeté à la mer, puis adopté par les sardines
Et intégré dans leur bel ensemble.

Quand l’essaim avançait, hardiment il avançait avec.
Quand l’essaim s’enfuyait, peureusement il s’enfuyait avec
Mais quand l’essaim s’alimentait, lui ne s’alimentait pas vraiment.

Vinrent des requins pour s’attaquer à l’ensemble.
Mangèrent toutes les sardines et mangèrent le déchet avec.
Si ça ne peut pas manger correctement, ça peut être mangé, ça
_____________________________________________oui.

C’est qu’il est tout en bas de la chaîne alimentaire.
Peut pas bouffer, le malheureux, mais peut être bouffé ;
Il faut prendre en pitié l’immangeable par nature, non par sort.

Disons-lui une messe, à notre frère
Une messe maritime comme pour les naufragés :
On n’est chez soi que lorsqu’on sait faire comme les autres.

[Quand vous jetez, n’oubliez pas que tout finira à la mer, et quand vous récupérez, n’oubliez pas que tout nous vient de la mer. Que l’on pille les épaves ou balance un truc dans la cuvette, n’oublions pas le sort scellé portant le beau nom de « mer ».
Avant, on mangeait et on chiait tranquilles. Avant, chacun habitait son île avec une destinée bien circonscrite, mais en incorporant la non-limite, notre destin commun est devenu fluctuant, tout dépend désormais de ce que le libre arbitre rejette et de ce qu’il récupère – et toujours en rapport avec la flotte qui entoure, immensité en fin de compte pas aussi immense que ça. Pas plus qu’un vulgaire seau d’eau qui ne nous semble au-dessus de nos moyens que lorsqu’on se sent dans l’obligation de l’avaler d’une traite.]


2 Janvier 2018

dimanche 31 décembre 2017

Über Verständnis


1. Vom Schiffswrack

Vor Jahrhunderten
Versank im südchinesischen Meere
Ein Schiff, unachtsam vollgepackt mit lauter Geld und Geschirr.

Nach Jahrhunderten
Wurde es ausfindig gemacht. Bei Schönwetter
Stiegen Taucher hinab und brachten herfür Messermünzen und
________________________________________Porzellan.

Nicht brachten sie wieder herfür das Schiffswrack selbst.
Ausgeraubt, völlig vereinsamt blieb es seiner
Restlosen Auflösung überlassen.

Ich halte ein solches Verfahren im Falle überforderter
Transportmittel zwar für noch zulässig, aber schon reichlich
________________________________________unelegant
Und verschweige lieber, wofür ich es halte, wenn es um
_____________________schöpferisches Menschentum geht.

Ausgeraubt, völlig vereinsamt und
Zur Auflösung nur sich selbst überlassen zu sein
Ist hier kein unglückliches Einzelschicksal, sondern nahezu die
____________________________________________Regel.

Was die Unmengen von Messermünzen und Porzellan betrifft
Jene Ladung, die am Schiffbruch im Orkan nicht unbeteiligt sein
__________________________________________mochte:
Ich persönlich zöge es vor, genannte Hinderungsgründe dem
___________________________ __Meeresboden zu belassen.

Nicht nur ginge es dem Schiffswrack moralisch besser
Sondern man könnte dann immerhin noch sagen, ja, es gäbe doch
So etwas wie Gerechtigkeit, und Gesetze, denen selbst Unwetter
________________________________________unterlägen.


2. Vom Wortgeklimper

Ich mag dem Streuner, der bei mir vorbeischaut
Einen Brocken zuwerfen –
Zum Ausgleich, oder als Dank für seinen Hundeblick

Doch ich weiß auch
Dass das sein Leben nicht verändern wird
Und damit weiß ich alles, was ich über ihn wissen kann.

Zur Adoption
Ist so ein Streuner
Dann doch zu streunerhaft.

[Was jenseits des Verstehens liegt, ist allerdings Wortgeklimper.
Es gibt ohne Zweifel ein regressives Pläsier, sich von Wortgeklimper einlullen zu lassen, doch dann hat man es nicht mehr mit Literatur zu tun, sondern höchstens mit Psychotherapie. Dass man für Psychotherapie zum Beispiel auch Literaturpreise bekommen kann, sagt zwar einiges über die Juroren aus, doch nur wenig über die literarische Wirksamkeit ungezügelter Psychotherapie.]


31. Dezember 2017

jeudi 28 décembre 2017

Vom Leib, der hinter Mauern wohnt

Gleich nebenan wird ausgebaut, mich weckt allmorgendlich
Brutale Klopferei, sie läutet unbarmherzig Tag:
Der harte Stein hallt wider, aber nicht mein weiches Ich
Obschon es mitgetroffen wird von jedem Hammerschlag.

Wär, statt aus Fleisch, ich selbst ein Haus, oder mein Nachbarhaus
Mit alten Fenstern, zitternd und hell zu zerspringen drohend –
Die Hiebe, die man mir verpasste, hielte ich schon aus
So aber leidet stumm der Leib, der in den Mauern wohnt.

Die Nacht allein gehörte uns, die milde Dunkelheit
Vereinte und verwob Wortlosigkeit mit stummem Stein
Ob Haus ob Leib, doch in der Pein des Tagesanbruchs teilt
Sich wieder auf was nach Natur und Art getrennt soll sein.

28. Dezember 2017

vendredi 22 décembre 2017

Hey Look a Squirrel

Le cul sur une image m’intéresse presque plus qu’un cul en réalité. Peint, dessiné ou photographié, il est facilement nu, car les artistes semblent savoir ce que je veux ; puis, en général, ils se débrouillent pour me le montrer sous un angle particulièrement favorable. C’est tout à fait étonnant comme ces inconnus devancent mes désirs. Leurs images ayant été faites bien avant que je les ai vues, on pourrait parler de science infuse chez ceux qui représentent cette partie du corps qui, dans la réalité crue, se révèle le plus souvent pas mal banale. C’est que, dans la vraie vie, ce ne sont pas les artistes qui l’exhibent le cas échéant mais – nuance ! – leurs modèles en personne. C’est-à-dire n’importe qui voulant bien s’y prêter. 
Pourquoi donc suis-je dans une telle disposition dès que, venu de nulle part, un simple fessier dans le plus simple appareil s’affiche simplement sur une image et que, parfois, un simple trait suffit pour me l’évoquer ? Cette simplicité plurielle est le grand mystère de l’art – sa promesse comme on dit en marketing – rendant le choc, la distraction pour ainsi dire, instantané. Elle me fait penser à la rusticité du facétieux qui au milieu d’une discussion très sérieuse s’écrie : « Tiens, un écureuil ! » avec l’effet garanti que tous les regards se tournent aussitôt vers la fenêtre. 
En vérité, si l’écureuil se montre, ceci est hélas toujours dans l’ordre des choses. Qui, dans la triste réalité, aurait déjà vu ce rongeur arboricole grimpant, disons, l’obélisque place de la Concorde ? Et à quoi bon ? Uniquement dans l’œuvre d’art l’incongru est vraisemblable, et alors gage d’un inéluctable intérêt. L’obélisque en question signifiant tellement plus que la simple concorde, le cul, lui, peut devenir l’écureuil de l’existence.


Ein Findling unter finstern Fichten lag
Man hätte grad gemeint: ein Unterleib
Ins Moos gebettet, nackt seit Jahr und Tag
Allein für Fuchs und Has zum Zeitvertreib.

Ich kam dumm hergewandert, aber fand
Den Findling, ei, so glitzernd, glatt und rund
Strich schüchtern über ihn mit warmer Hand
Und küsste ihn erkühnt mit heißem Mund

Vor dem nicht ungetrübten Weitergehn –
Es war ja bloß ein starres Stück Natur
Wenn auch so zugänglich dem Missverstehn
Wie sonst geliebte Unterleiber nur.

Wärst du, begehrtes Fleisch, doch auch so kalt
Wie dieses alte, kalte, tote Stück
Glitzernd in einem finstern Fichtenwald:
Es gäb für uns kein Vor und kein Zurück.

Doch wärmer noch als meine Hand bist du
Noch heißer als mein Mund auf kaltem Stein
Und lässt mich, willig, denken immerzu:
Du warst nicht, bist nur, und wirst nicht mehr sein.


21. Dezember 2017