dimanche 24 janvier 2021

Interdits

i.

Une photo de toi, je ne peux la regarder que si l’image
Est très petite ou ancienne, ou assez floue
Ou si la prise est à contre-jour.

Les enregistrements de ta voix, je suis incapable de les écouter
Faisant très gaffe d’éviter le répondeur, resté inchangé.
Des vidéos, n’en parlons même pas.

Rien que tomber sur ton écriture est à la limite du supportable.
Trop de ta présence m’est insoutenable, et j’ignore
Si je voudrais qu’un jour ça s’arrange.

Pour l’instant, tout est donc mis sous scellés.
Pour ce faire, certains endroits de l’appart ont été
Sanctifiés et transformés en aron kodesh, Arche sainte.

Mais je ne m’imagine pas encore de fête pour toucher à ces
_________________________________________reliques
Et les sortir en procession, dans la liesse grisée des hakafot.
Enfin, chacun a le sens du sacré qu’il peut.

C’est-à dire, je comprends désormais comme jamais l’interdit
Des images, puisque je me les interdis à moi-même –
La voix de l’au-delà incluse toutefois.


ii.

Fais pas ci, fais pas ça – je me parle comme à un enfant.
Lave ta vaisselle, tu ne voudras pas te réveiller avec la cuisine
______________________________________dans cet état !
Personne au monde n’est en droit de me sermonner ainsi ; moi, si.

Pour que le bordel ne s’installe, j’aère grand ouvert chaque matin,
________________________________________peu importe
Si ça caille, rite que j’ai toujours subi en le trouvant incommode et
___________________________________________superflu.
Sagement, je baisse le chauffage la nuit, même si je vis encore.

C’est que la vie, je l’ai déjà dit, est maintenant toute constituée de
__________________________________règles et d’interdits :
Ceux de ton temps, en fait de simples arrangements entre
________________________________________cohabitants
Puis ceux que depuis, je me suis imposés à moi-même.

Ce corpus devrait concourir à me garantir un minimum de morale,
___________________________________car Genèse 2.18 :
Il n’est pas bon d’être seul, on devient vite cinglé en ne suivant
______________________________________que sa nature.
Or, les règles et interdits les plus utiles, je n’arrive pas à m’y
__________________________________________résoudre.

En fait, je ne suis pas plus sérieux maintenant que je ne l’étais en ta
_______________________________________présence utile.
L’ère miraculeuse étant finie, mes tentatives de la substituer par
________________________________________des artifices
Se révèlent toutes en fin de compte absolument futiles.

J’apprends donc à la dure que le truc de l’interdit ne marche
_____________________________________jamais vraiment
Quand c’est autre chose qu’un compromis âprement négocié
Ou plutôt un mignon petit contrat d’amoureux.


iii.

Es fehlt den Menschen an Verstand
Und angefangen bei Herrn Kant:
Die allernützlichsten Befehle
Entspringen nie der eignen Seele;
Imperative und Gebote
Vereint: in ihnen rufen Tote.


18. Januar 2021

samedi 23 janvier 2021

Sillons, enclos et adultères

i.

Moi, qui suis né sur une île, ne
Plus être entouré par le mer me manquait.
Toi, l’idée d’être cernée d’elle t’angoissait plutôt.
Nos séjours sur des îles étaient donc toujours un peu courts.

On l’a énormément évoquée, la mer, c’est un sujet mille fois
___________________________________________rebattu
Sa houle, ou ses contours dorés... mais moi, j’ai l’excuse de ma
________________________________________biographie ;
Or toi, qui en as eu un peu peur, en fin de compte, l’as fréquentée
___________________________________bien plus que moi.

Mais c’était dans une vie antérieure
Et si je m’en suis plaint plus d’une fois, maintenant
Encore, d’une certaine façon, tu es infiniment plus près d’elle que
______________________________________________moi.


ii.

Toi, ton âme d’éternelle amante, tu l’as humblement accrochée à
_________________________________________cette ville.
Jour après jour, tu l’as parcourue, et inlassablement décrite
Comme tu as arpenté tes sentiments pour elle.

Et moi, qui avais maintes raisons d’être jaloux
Moi, je ne la parcourrai plus avec toi ;
Ce n’est plus la même à présent.

Ta vie durant, tu as franchement préféré la visiter seule
Et plutôt, disons-le, au pas de charge, une expression que tu
_________________________________________chérissais.
Mais parfois tu cédais, et on la pénétrait ensemble – c’est-à-dire, je
_________________________________________te courrais

Plus ou moins après, en avalant borne après borne de l’élue de ton
_____________________________________________cœur
Dont l’indifférence même t’était chère. Se pourrait-il donc, en effet
Qu’une trace mourût qui comporta tant de joies et tourments ?

Toujours est-il que notre occasionnelle relation à trois
Était beaucoup plus difficile à gérer que celle
Entre juste toi et ta Lutèce chérie.

Là, c’est l’hiver, mais au prochain printemps, je ne
L’explorerai plus avec toi, ni ses secrètes ruelles moites
Ni le Luxembourg, ni le banal Parc Floral, ni nulle part ailleurs.

Mais quand je m’y promènerai, ce sera avec toi, bien que je ne
____________________________________________sache
Si le verbe « promener » sera toujours le bon : sans toi avec toi,
________________________________________j’aurai hâte
En procédant, désormais seul, peut-être encore plus vite qu’avant,
_________________________________en courant après toi.

De tous ces lieux avec ou sans flamme, ses visages croisés et
__________________________________________mirages
J’aurai besoin plus que jamais, mais sans savoir les décrire
Comme toi tu l’as fait en y imprimant ta chair.


17 Janvier 2021

vendredi 22 janvier 2021

De la repartie

Quand je me suis plaint de ma tonsure naissante
Tu m’as répondu que ça ne te dérangeait pas
Étant trop petite pour me voir d’en haut.

Tu as toujours eu de la repartie, et moi, l’esprit d’escalier
Tu étais toujours plus pressée que moi, comme si
Tu sentais avoir moins de temps devant toi.

C’est terrible mais aussi une espèce de consolation.
En tout cas, je ne te verrai pas chauve ! voilà
Ce que tu aurais pu me répliquer.

Mais moi, très bêtement, j’aurais adoré te voir vieillie
Toute grise et fripée, ce qui n’est pas une réponse
Qui montrerait le moindre sens de l’humour.

Il y a comme une nécessité qu’il fasse nuit
Les journées ne peuvent pas se suivre sans cela
Jamais l’un sans l’autre, la logique est implacable ;

Or, s’il y a aussi une autre nuit, interminable, une et dernière
Il existe peut-être également un dernier jour définitif –
Et qui saurait affirmer que ce n’est que boutade ?

18 Janvier 2021

jeudi 21 janvier 2021

Così

i.

A sea as deep as now my nights are dark
Bears many a shivering exaltation of shark
And I should feel more sure and sheltered
Under a diver’s iron helmet
But only have my skull to fend and wish
Wilder, oh foam-born one, than fiercest fish.


ii.

En arrivant en France
Je m’étonnais qu’on s’adressât aux anciens grands, déchus
Les gratifiant à jamais d’un « Monsieur le Président » ;
Aujourd’hui je ne le remarque plus.

Entre-temps, j’ai compris :
C’est le pays des roitelets de droit divin démis
Où tout se tient pourtant ; et ainsi – aussi – la patrie
D’un classicisme tel qu’il te permit.

Et là, j’en viens au fait :
La grâce mozartienne n’est possible en la matière
Que sous des circonstances spécifiques, car il faut
Évoluer dans une ère charnière

Où l’ancien est encore
Vivant mais dûment questionné et remis à sa place
Par l’émancipation moderne, et le nouveau toujours
Soumis aux vieilles règles coriaces.

Et te voilà, ma belle
Incontrôlablement traditionnelle
In a neutchelle.


iii.

    J’ai mentionné auparavant sans trop spécifiër
Combien le trop-plein d’un esprit peut être titillé
Par telle turgescence, aréolaire et éphémère
Et en réalité, aucunement poussée pour plaire :
    Ainsi m’avait ému et gonflé d’un aplomb du diable
D’avoir pu rencontrer en toi ma Fiordiligi fiable ;
C’était le temps qui a voulu nous faire fréquenter –
La courte fenêtre de tir d’une époque enchantée.


18 Janvier 2021

mercredi 20 janvier 2021

Fantasmes

L’autre jeudi, je me suis tapé un chef-d’œuvre
Et vers la fin, tout à coup, il y avait encore cette scène
Me rappelant subitement qu’elle s’était déjà gravée en moi.

De cette auguste pellicule, ce qui m’était resté le plus dans la
___________________________________________mémoire
C’était lorsqu’elle montrait mine de rien une particularité
___________________________________________physique
Qui, dans le développement, était quasiment sans importance

Un détail ridicule, d’apparence innocent, et tellement mi-cro-
__________________________________________sco-pi-que
Qu’il ne pouvait que me faire un effet bœuf, m’émouvant
__________________________________________ davantage
Que tout le reste dudit machin récompensé de plusieurs Oscar.

En cherchant sur le web, j’ai vu que je n’étais pas le seul, mais
_______________________________ presque, qui avait tiqué ;
Et tout en me rassurant que l’exhibitionnisme cinématographique
______________________________________ne relevât jamais
Du hasard des préférences, au moins une personne donc dans ce
_______________________________________ vaste univers
Semblait avoir été accrochée comme moi. Un autre fêlé du crâne,
_______________________________________________quoi.
Au demeurant un Asiatique, ce qui ne m’étonnait pas plus que ça.

Parfois, il suffit d’un petit bout de chair dénudée
Puis le ciel se déchire et un autre se montre.
天外还有天, nous disent les sages chinois
Tiān wài hái yŏu tiān, et ils ont raison :
Il y en a toujours encore un derrière
Un nouveau ciel au-delà du ciel.

Comme tout un chacun
Mais peut-être un tantinet plus
Que les très sages, j’ai mes préférences
Anatomiques, et toi, tu tombais très bien à cet égard.

Mais parfois, mes goûts allaient bien au-delà
Et puisque je n’avais pas de mal à l’avouer
Tu m’écoutais en tâchant de comprendre.

Tu étais un tout petit peu curieuse, mais
Fort intelligente. Et ça tombait aussi à pic. Car
Sans une certaine curiosité chez la personne, afin d’équilibrer
Son intelligence, ce n’est vraiment pas la peine de confesser quoi
_________________________________________ que ce soit.

Comme ça, même si une partie de mes goûts allait au-delà
Du convenable, ça restait dans notre cadre commun.

Il doit être terrible de vivre avec quelqu’un de
Jaloux de nos fantasmes et incapable d’apprécier
Que derrière notre ciel il y a toujours un qui dépasse
Les immenses pouvoirs de l’Aphrodite aux belles fesses.

16 Janvier 2021

mardi 19 janvier 2021

Voyant un jeune athlète

Voyant un jeune athlète africain
Promener un tout petit chien élégant
Si élégant qu’on le penserait « de femme »
Je me suis demandé si c’était vraiment le sien
Et non pas plutôt le fidèle compagnon de sa copine.
        Et pourtant on sait bien que les jeunes
Athlètes africains, et peut-être même
Plus que d’autres, affectionnent
Les attributs dits féminins.

La porte a parfois un problème, parce que
La clé ne s’introduit pas facilement dans la serrure.
Tu avais toujours beaucoup plus de mal avec ça que moi.
La voisine, elle aussi. Je la vois s’énerver, et ça ne m’étonne pas.
        Il me semble que savoir ouvrir une porte avec une clé 
______________________________________problématique
Est affaire d’hommes, les clés obéissant plus volontiers
À leurs maîtres qu’à leurs maîtresses.
L’homme se voit peut-être naturellement du côté de la clé
Et la femme, de celui de la serrure – ou carrément de la porte.
Encore une vision très sexiste que tu ne m’aurais jamais reprochée
Puisque tu étais une femme libre et non pas de celles
Qui doivent encore se libérer.

15 Janvier 2021

lundi 18 janvier 2021

Bienveillance

i.

On peut trouver cela assez
Éprouvant de sortir avec moi
Car je ramasse tout dans la rue.
Possiblement moins par radinerie
Que bienveillance envers les choses.
Toi, tu faisais pareil avec tes Guerrisol
Qui m’ont maintenant habillé pour la vie.


ii.

J’ai rêvé qu’on devrait partager nos affaires
Maintenant que nous vivons de nouveau chacun de notre côté.
C’était très désagréable, surtout quant aux outils de cuisine –
Les couteaux, j’y tiens particulièrement, tu le sais –
Mais il n’y avait pas là l’idée de divorce, aucun ressentiment.
La séparation par la mort ne nous a pas rendus moins
_______________________________________bienveillants ;
Tout juste, et c’est normal, un petit peu plus méfiants.


iii.

Depuis longtemps, l’hiver venu, je nourris les mésanges
Avec toutes sortes de graines.
Elles préfèrent clairement celles, un peu chères, des courges ;
Très volontiers, je me soumets à leur caprice.

Quand elles se servent, elles sont bougrement méfiantes
Agissant comme des voleuses.
D’évidence, elles ne se rendent pas compte
Que je leur donne exprès, et il est à craindre que le concept même
De se faire des cadeaux entre espèces différentes
Soit irrémédiablement étranger à leur esprit.
C’est que n’ayant pas idée de leur grâce émouvante – en effet
Une grâce de voleuses – à tout jamais
Elles ne pourront rien comprendre aux raisons.

L’amour
N’est ni aveugle
Ni le grand pardonneux du cliché.
Ce n’est pas qu’il manque d’apercevoir les défauts
Et ce n’est pas qu’il les pardonne
Mais il les juge quasiment de l’intérieur, en sachant
Comme s’il était dans l’autre, l’autre
Qui a toujours ses raisons.
Du coup, ces défauts n’en sont plus vraiment
Voire transformés par miracle en délicieuses qualités.

L’amour est un avocat de défense dont les
Plaidoiries sont toujours dans le vrai, car éclairantes et
________________________________________salvatrices.
Mais même entre nous on avait du mal à saisir
L’étendue de notre mutuelle bienveillance.



15 Janvier 2021

dimanche 17 janvier 2021

S’il existait

S’il existait un permis de mourir
Trop réticente pour t’y préparer
Tu l’aurais raté sans le moindre doute.

S’il y a une licence pour la vie –
Toi, tu l’as décrochée les yeux fermés
Vive et vivace jusqu’au dernier souffle.

Impuissant à t’achever à l’usure
Toi, l’increvable par et de nature
On a dû te faucher verte et pas mûre.

Pour autant, ça ne t’a pas rendue prête.
À quoi bon la funeste expectative
Et à quoi bon, ma foi, être fin prêt ?

Tu as tracé la voie que je suivrai :
À ton précieux instar, quoiqu’il arrive
Je ferai tout pour tomber aussi net.

14 Janvier 2021

samedi 16 janvier 2021

Debout

Mourir de la sorte, debout
Est moins question de station
Que de morale.

Aux pôles, on voit des icebergs entiers
Se détacher avec fracas pour partir dans la mer.
Ainsi, tu t’es détachée en entier
Dans un silence de fracas.

J’ai vu tomber en poussière
De grandes choses, à peine effleurées ;
Puis, j’ai été présent lors de ta mise en bière
Et autant que j’en ai pleuré
J’ai constaté combien tu étais restée entière.

Telle une météore quand
Fichue dans ce fichu bout de terre :
Surtout ne pas te désagréger en tombant
Mon éternelle réfractaire
Voilà l’ultime de tes engagements.

Te voyant rejoindre la nuit
En rebelle, en éclair, comme un charme
Aussi pleine de vie, enfin... rien qu’aguerrie :
Malgré la féroce justesse des larmes –
Pas si clair que tout soit joué et fini.

14 Janvier 2021

vendredi 15 janvier 2021

Fleurs

i.

Lors de ton enterrement
J’ai lu un extrait d’Asphodel
Parlant de notre poulain qui gambade.

Je ne pouvais rien faire de mieux à cet instant
Mais je savais qu’il y aurait un temps
Pour t’offrir mes propres fleurs.


ii.

Je crois que de ton vivant
Tu n’as jamais reçu autant de fleurs de moi
Que maintenant je te mets sur ta tombe.

Pourtant, tout ce ce que j’ai fait pendant notre longue vie
Commune
Je l’ai fait sous tes yeux
Et je tenais à le faire sous tes yeux
Même si, élégamment, tu regardais peut-être ailleurs.

J’avais besoin de le faire sous tes yeux
Même clos ; et maintenant, tu les a fermés
Et je ne peux pas te mettre assez de fleurs sur ta tombe
Pour te remercier de tout.


14 Janvier 2021

jeudi 14 janvier 2021

De la mécanique huilée

Le corps est aussi une machine, et
Au cours des années
J’avais appris à manier le tien, et toi, le mien.

Tu avais compris où trouver les éléments de contrôle
Et comment faire fonctionner tous ces multiples leviers
Et moi de même. L’un et l’autre
On était devenu des pilotes d’engins.

Plus tellement des surprises
Plus tellement de ces délicieuses
Secousses chaotiques des conducteurs débutants
Mais notre savoir acquis, notre technicité, valait bien mieux.

On disposait tous les deux de nos clefs de contact, de magiques
Boutons de démarrage et des pressions dont la manipulation
Parfaitement dosée était infaillible pour que l’engin se mette en
_____________________________________________branle.
Un rituel, c’est aussi bête que ça ; si tous les grands cultes
Ont leurs règles préétablies, ce n’est pas pour rien.

Puisqu’on en parlait à peine – non pas par pudeur
Mais parce qu’on tenait aux blandices du tâtonnement –
Il nous fallait du temps pour atteindre cette perfection presque
___________________________________________médicale.

Si l’on avait été du même sexe, ça aurait certes été plus facile ;
Or la nature n’est pas totalement idiote :
Elle compte aussi sur la diligence des instincts
Et parce que nous nous formions avec diligence, nous y sommes
____________________________________________ arrivés.

Il fallait juste ne pas trop se restreindre dans ses réactions
Et si le bon fonctionnement exigeait qu’on se retînt
Le communiquer d’une certaine manière.

Aussi, c’était intéressant de se découvrir être de simples
__________________________________________machines ;
Les machines n’en pouvant mais, mine de rien
On se maîtrisait, quoi.

Et maintenant c’est fini.
Plus besoin de nos diplômes
Désormais, chacun dans son trou est le seul à se connaître.

9 Janvier 2021

mercredi 13 janvier 2021

En toute logique

i.

Chacun a toujours eu son vélo
Mais c’étaient deux vélos de femme
Parce que, la barre basse, c’est bien plus pratique en ville.

Jusqu’à présent, j’ai continué à utiliser le mien
Pourtant moins bien que le tien
Considérant que ce qui est à toi, est à toi, point barre.

Là, je viens d’avoir un problème avec le mien
Et puisque je ne suis pas tout à fait cinglé, je me dis
Que je devrais envisager d’étrenner le tien, si ce mot est juste.

Mais je ne sais pas encore si j’en serai capable.
La perspective d’avoir à changer la hauteur de ta selle m’indispose
Puis j’ignore comment je me sentirai en roulant avec.

Je ne crains pas pour ma virilité
Étant donné que le mien aussi a toujours été un vélo de femme ;
Ma crainte va au-delà, elle est très diffuse.

Serait-ce une peur métaphysique ? Elle va au-delà de tout
Et j’en suis vraiment confus. Enfin, l’idée même
D’invoquer la métaphysique dans le cas de ton vélo me rebute.

Le psychanalyste parlera d’un question identitaire
Et c’est vrai, ce vélo-là est fait pour emporter une jolie fille
Mais je ne suis pas le serf impuissant de mon imaginaire. Et
____________________________________ _____ pourtant.

En tout cas, je me vois vraiment mal
Assis à ta place sur ce vélo usurpé, et je doute
Qu’un jour, je m’y verrai. Bien avant, je me verrais interné à
_____________________________________ __Sainte-Anne.


ii.

Au sortir de la chambre
J’avais oublié d’éteindre
Et quand je suis remonté me coucher
J’ai vu la lumière à travers la porte.

Pendant si longtemps, apercevant cette lumière
Je savais avant même d’entrer ce qui se passerait :
Encore en train de lire
Tu ne m’avais peut-être pas attendu, mais c’était tout comme.
J’aimais bien moins te trouver déjà endormie.

Voir aujourd’hui de nouveau cette lumière familière
M’a procuré un moment de bonheur intense.
J’anticipais qu’on irait se retrouver comme avant ;
Te savoir partie, n’a pas empêché ma joie d’éclater
L’excitation étant par trop instinctive.

Sur le plan émotionnel, cet oubli valait son pesant d’or ;
En toute logique, je devrais laisser allumé plus souvent.
Une surprise pareille, ne dûrat-elle qu’une seconde, est _______________________________________inestimable
Maintenant que tous les gestes à la maison sont de mon fait.


9 Janvier 2021

mardi 12 janvier 2021

Cauchemar

i.

Lentement, tes derniers instants s’effacent dans ma tête
Pour laisser place à des souvenirs plus heureux.
J’ai peur de la perte des souvenirs
Mais pas de ce souvenir-là.

Quoiqu’il en soit, tout en correspondant à ta force
Ces dernières semaines, en réalité
Ne te correspondaient pas

Car les terribles moments
Où se dévoile notre héroïsme, ne
Sont pas ceux qui nous correspondent.
Ceux qui nous correspondent véritablement
Ce sont ceux où tout est facile, les moments de bonheur.


ii.

Avant, un cauchemar, c’était un rêve ;
Maintenant, c’est plutôt cauchemar au réveil.
Quand peu à peu je me rends compte que je n’ai fait que rêver
Puisque c’est seulement en rêve que tu subsistes
Toi, qui aimais tellement Peter Ibbetson.
Encore une preuve de ta prescience.

C’est un cauchemar
Puisque, en me réveillant
Je me rends également compte
Que je me suis presque habitué à ton absence
Saleté qui donne à mes cauchemars
Une tournure supplémentaire –
Le tour d’écrou, quoi.

Puis le pincement s’estompe
Cédant le pas à la grisaille sans espoir.

Je me réveille donc de péripétie en péripétie
C’est fascinant à sa façon, quasiment un drame grec
Avec catharsis à la clé, avant que ma journée ne recommence
En reléguant le cauchemar dans le domaine du bourdon de fond :
Il m’accompagne alors en version expurgée discrètement
________________________________________jusqu’au soir
Puis, de nouveau les idées se brouillent, je divague
Et j’arrive au beau royaume de mes nuits
Où tu as encore ta place réservée –
Comme dans Peter Ibbetson.

8 Janvier 2021

lundi 11 janvier 2021

De l’apparition

i.

Ta disparition
Est suivie d’apparitions
Comme un long suçon indolore
Suit le heurt d’un grand baiser fougueux.


ii.

Maintenant c’est seulement du fin fond de mon sommeil
Que tu m’aides à faire l’analyse de mon deuil
Car il faut bien que j’analyse.

D’emblée, tes suggestions sont devenues fort imprécises
Puis, lourdes d’une imprécision quasi surnaturelle
Comme je m’imagine celle

D’une apparition mariale, illuminant le mur
De son halo brumeux aux contours doux et pourtant sûrs
En me confiant des métaphores

Évaporées à l’indolore
Mais d’une charge suffisante à changer l’existence
De qui la vit, voit et ouït au creux de son silence.


iii.   

אחרי מות קדשים            

Après la mort, des saints – Akhareï mot
K’doshim :
Eh bien, il me faut la litote
D’la rime...
De circonstance.

Enfin, je pense :
Lifneï hamavet, kedosha – avant
Sainte déjà
La mort n’a pas
Eu trop besoin d’aller en bonifiant.

Quand tu m’es apparue dans cette vie :
De sainteté
Je n’avais nulle envie.
Imméritée, elle a été
Ma récompense.


7 Janvier 2021

dimanche 10 janvier 2021

Les nations

i.

À un moment donné, tu as voulu passer du maillot deux pièces
Au maillot une pièce ; je ne voyais pas de raison, et
Sans raison, je me souviens de ces choses-là.


ii.

J’ai presque oublié les phares jaunes.
À l’époque de ces phares, tu étais déjà toi
Et on venait de se connaître, de ça je me souviens.

Sur pas mal de plans, ton époque la plus
Lumineuse étaient les années soixante-dix ; je t’ai
Connue dix ans après, quand tu étais encore plus éclatante.
Et il y avait toujours encore les phares jaunes, bientôt remplacés.

Quand cette exception française était finie
Je m’étais déjà tout à fait acclimaté
Vocabulaire du Midi inclus.

Reste que tu n’étais jamais seulement toi
Mais avec cela, ma Marianne de mairie
Trimbalée en bagnole à phares jaunes.


iii.

Moi, je cuisinais le chaud, et toi, le froid.
Je t’appelais ma Kaltmamsell, un terme allemand.

Ça t’a pris à peu près une trentaine d’années
Avant que tu ne me dises que tu avais compris
En quoi j’étais, tout de même, resté un Allemand.

Tu regrettais mon absence d’accent
Et ça t’a pris à peu près une trentaine d’années
Pour comprendre qu’en fin de compte, je l’avais gardé.

Tu as quand même fini par l’entendre
Et je t’en sais gré, ma Kaltmamsell chérie.


7 Janvier 2021

samedi 9 janvier 2021

De la conjuration

i.

Vaut mieux que je ne tombe plus malade
Sinon, qui me soignera désormais ?
C’est que tu m’administrais des granules
Comme toi seule savais faire puisque
L’homéotruc, je n’y ai jamais cru.

Pourtant, je les ai bien fait fondre avec
L’intime conviction qu’elles allaient
Être merveilleusement efficaces
Étant donné que ç’avait été toi
Qui me les avais mises sous la langue.

Ce n’était donc pas la granule mais
L’action magique de ton intention
Qui guérissait. Depuis, plus de bidules ;
Le monde entier ayant perdu son charme
Sans toi, l’enchantement ne marche plus.


ii.

J’ai encore rêvé de la lumière magique
Entièrement faite d’humeur
Et de vivacité.

Je la conjure maintenant
En allumant une petite bougie
Dont la flamme est un peu instable.

Et si ce feu tremble
C’est qu’il doit y avoir un souffle
Persistant, tout d’humeur et de vivacité.


6 Janvier 2021

vendredi 8 janvier 2021

Cinq vignettes

i.

Je reçois encore du courrier à ton nom
Ce qui me fait plaisir
Même dans le cas d’une facture.
Sinon, l’hiver
Tu as toujours insisté que je mette mon écharpe.

En rentrant
L’écharpe autour du cou
Je récupère une facture à ton nom
Et je suis presque heureux.


ii.

Les pires des garnements
Ont l’air d’anges lorsqu’ils dorment.
Toi, je ne saurais même pas dire quel air tu avais.

Tu as dû rester
Rigoureusement toi les yeux fermés.


iii.

Je n’ai pas hâte de raconter
Ce qui t’est arrivé ;
C’est un secret
Trop intime
En fait.


iv.

Dans un autre documentaire
On interviewe des Russes chez eux.
Leur appartements avec leur bibliothèques
Avec, devant, d’humbles livres d’art mis face couverture
– Et parfois juste de ces jolies boîtes à biscuits –
Ressemblent au nôtre, leur esthétisme
Démodé s’apparentant au nôtre.

Tu étais bien plus belle que la plupart des femmes
Et de la beauté d’une Russe très belle
Devant sa vieille bibliothèque.


v.

Parfois, le flash
Et d’autres fois, la tentative infructueuse.

Je vois dans l’absence de mémoire
Quant à certains aspects de toi
La preuve de la profondeur
De la mémoire.


5 Janvier 2021

jeudi 7 janvier 2021

Du regard

i.

Tu n’es certainement pas la seule morte sur terre
Et parfois, on peut les voir dans les regards des vivants.
Plus sûrement, on les trouve dans les maisons
Et si j’en fréquente peu
Quand j’y vais, je les vois.

Je sais également qu’on peut te voir, toi, dans ma maison
Et je suis convaincu
Que celui qui a des yeux
Te voit aussi dans les miens.

Comme tant d’autres
Tu es devenue maison et regard de vivant
Dans toute ta plénitude
Et tu ne disparaîtras
Qu’avec nous et nos coquilles.


ii.

Par chance, je n’ai pas pu voir sur le moment
Ton regard.
Pas vraiment, ma douce.

Ce n’est que l’autre jour dans un documentaire
Que je l’ai découvert, tout à coup, dans celui
Plein de gratitude et de résignation
D’une femme, aussi amaigrie que toi
Sortie dans les bras d’un GI lorsqu’il était peut-être déjà trop tard.

Bien sûr, les circonstances n’avaient rien à voir
Mais, même choyée comme tu l’étais
Toute emmitouflée de l’amour et de la sollicitude de ton monde
La présence de la mort
A engendré le même regard.

Il m’aurait dit
Ce que nos mots nous ont caché encore.


5 Janvier 2021

mercredi 6 janvier 2021

De l’harmonie

i.

On pourrait dire que ne nous sommes disputés
Pas une fois dans notre vie commune
Puisque nos chamailleries incessantes ne portaient
Que sur des sujets vains et ridicules.

Nous n’oublions jamais que j’ai garé l’automobile
Puis refusé de redémarrer juste
Parce que tu disais aimer le jeu d’un imbécile
Raillé par tous mes copains guitaristes.

Puisqu’il nous était si aisé de nous rabibocher
Nous nous déchirions donc très souvent
Tout en étant fichtrement infichus de nous fâcher
Autrement que de tout petits enfants.

Le Paradis n’est point là où dort la paix éternelle
Mais le foutoir, messieurs, où l’on s’excuse
D’aussi bon cœur que toi et moi, querelle après querelle
Et jouant au Poète et à sa Muse.


ii.

Le plus souvent, chacun de nous a passé ses journées
À sa façon, pour retourner le soir la raconter
Et parfois seulement la nuit.

Chacun a vécu ses journées participant dans son
Spectacle personnel, et seulement sa narration
Nous a retrouvés réunis.

Je ne connais de solution meilleure si l’on est
Des êtres liés par la vie et pourtant séparés
Dès la naissance par leurs corps.

Séparés par la mort, nous ne nous quittons plus jamais
Et je passe mes journées dans ta compagnie aimée ;
La nuit seule, on raconte encore.


iii.

Étant plus forte que la maladie
Ta beauté ne t’a pas quittée, mourante ;
Il s’est scellé un pacte d’harmonie
Entre ton corps et la mort en attente.

Un médecin t’avait parlé un jour
De ta dentition quasi-phénicienne ;
Cette harmonie voulut faire de toi
Pharaonne phénico-égyptienne.

Avant, c’était entre toi et la vie
Que l’harmonie engendrait la symbiose
Pour à la fin te métamorphoser
En la plus haute des apothéoses.


4 Janvier 2021

mardi 5 janvier 2021

Quand dans la brume

Quand, dans la brume et le silence, au Puy Mary tu as
Pris peur, et moi, j’en n’avais pas
Mais ne pouvais pas te convaincre
Qu’il n’y avait absolument rien à craindre ;

Quand, dans la brume et le silence, cette peur était
Plus forte que ma conviction et persuasion mêlées
Et tu m’as pourtant gentiment suivi au bord des larmes
Et puis, tout près de nous, on a entendu le vacarme

D’une corne de camion, car longeant en vérité
La grosse route ce qui, à la fin, t’a rassuré
Alors que, quant à moi, un petit sentier balisé
Me garantit le bon retour assez ;

Quand, dans la brume et le silence donc, je me savais
Ton héros méconnu et, du coup, un peu agacé
Puisqu’il faut se fier à son prince, même si c’est moi –
Pour toujours je me souviendrai, ma reine, de cela

Alors que peu m’est resté de l’après ou de l’avant :
C’est dire combien j’ai eu besoin de tes sentiments
Ma fleur de la garrigue, ô toi, mon immortelle amie
Pour vivre l’aventure de la vie.

3 Janvier 2021

lundi 4 janvier 2021

Yizkor

i.

So long as flowers deck the plot
No body’ll catch a cold nor rot
And once we’re all indeed forgotten
’T will be too late to have us rotten.

There’s basically no other way
To make the dead shiver and decay
Than putting all too soon the stone
To be bemoaned and yet alone.


ii.


J’ignore si les morts oublient les choses
De leur vie sur terre
Si un jour dans leur monde
Ils s’avouent: je ne sais plus comment c’était
De mon vivant.

Moi, je ne peux me permettre d’oublier
Si je veux vivre encore un peu.
Dors, toi, ma fleur, immortelle Riza, et si tu es
Trop fatiguée, oublie sans crainte, je me
Souviendrai pour nous deux.


iii.

Si je peux encore être Orphée
Et si tu peux encore être Eurydice
Ce sera dans le souvenir.
Je ne te retrouverai que les yeux en arrière
Car tu me suis devant moi.


2 Janvier 2021

dimanche 3 janvier 2021

Ni chute ni séparation

i.

Alors que ton corps m’est voilé
Ton esprit rôde ici
Comme en une sorte de nudité
Supérieure.

Cela rallume mon désir
De flammes violentes.
Caressé par ta seule et unique pensée
Je brûle et je demeure.


ii.

Tu n’aimais surtout pas me voir
    marcher pieds nus sur le parquet ;
C’est là, à peu près, la seule in-
    fidélité que je te fais.
Mais je remarque désormais
    les traces que ça fait paraître
Ma foi, et ô combien j’étais
    aveugle avant de te connaître !

Sentir ma chair toucher du bois
    proscrit sans l’ancienne insouciance
M’a déporté du Paradis
    dans le verger de la conscience.
Chaque pas pèche par défaut
    saint souvenir, plaisir et fronde –
Voilà encore un des cadeaux
    dont tu me gâtes d’outre-tombe.

Les arbres morts du vieux plancher
    grinçant marqués de rébellion
Disent alors qu’il n’y pas eu
    ni Chute ni séparation :
Sauvé par l’éternel mystère
    choisi malgré mes malfaçons
Les tares n’important plus guère
    Je te rends grâce sans chaussons.


2 Janvier 2021

vendredi 1 janvier 2021

Cache-cache

Au travers de trois mètres bien tassés d’épaisse terre
J’entends ta voix
Et j’entends comme elle sonne d’autant plus nette et claire
Sous tout ce poids.

T’aurais-je entendu aussi bien pendant nos jours joyeux ?
Mon cœur, j’en doute.
C’est qu’il t’a fallu te cacher, mutine, ainsi par jeu
Pour que j’écoute.

Tu t’es transformée en un objet de désir jamais
Conquis par moi
Et pourtant on s’est retrouvés, enlacés et aimés
Dix mille fois.

31 Décembre 2020

jeudi 31 décembre 2020

Sans pouvoir oublier

 Sans pouvoir oublier combien elle est profonde
Je la caresse en jardinant, ta chère tombe.
Ainsi, ma main t’effleure encore, aimante, et passe
Désespérée de n’en fleurir que la surface
Avidement tout le long de ta peau chérie
Et tente de toucher ton cœur enseveli.

30 Décembre 2020

mercredi 30 décembre 2020

La question non posée

Au lit, plus ou moins pris de froid, je redeviens parfois celui
D’avant, du temps de ta présence
Puis je me surprends à vouloir demander ton avis d’experte.
Or, en prenant conscience que
Tu ne pourras répondre, ma question s’envole dans la nuit
Comme afin de t’y retrouver.

Alors, question et celle à qui elle a été posée sans qu’elle
Soit en état de réagir
Se réunissent quelque part au noir mystère du néant –
Le même qui m’entoure ici.
Du coup, ça calme un peu mon désarroi d’être dorénavant
Confit dans mon propre silence.


     Die ungestellte Frage

     Lieg fröstelnd ich im Bett, dann werd ich oft zu dem von früher
     Als du noch bei mir warst
     Dann überrasch ich mich dabei, nach deinem Rat zu fragen.
     Doch merk ich dann, dass du
     Nichts sagen kannst, entschwindet meine Frage in die Nacht
     Wie um dich dort zu finden.

     Die Frage und diejenige, die außerstande ist
     Sie zu beantworten
     Vereinen sich dann irgendwo im rätselhaften Nichts
     Das mich auch hier umgibt.
     Dies tröstet mich in meiner Ausweglosigkeit, der ich
     Im eignen Schweigen schwele.


29. Dezember 2020

mardi 29 décembre 2020

Through the Grapevine

i.

Maintenant que tu es partie, ce sont de drôles
De phénomènes que j’entends parler de toi :
Bestioles sur le mur deviennent messagères

Fins rayons sous les portes, lourds appels.
Tuyaux ronflants, lignes de téléphone.
Pourtant, je reste clairvoyant

Clairentendant
Et clairpensant –
Juste à l’affût, en somme.


ii.

J’ai développé un drôle d’autocontrôle
Maintenant que tu n’es plus là.

Suivre ma pente naturelle me désole :
J’invente donc d’étranges lois.

Pour garder la main sur les choses, je m’enjôle
En me grondant avec ta voix.

Le prix de perdurer est bien ce double rôle
Tant je me sens réduit à moi.


iii.

Maintenant que tu m’as laissé seul derrière la porte
Tel un garçon sage, tout crispé pour entendre
Le fin tintement qui l’autorise à la rouvrir

Un drôle de sentiment m’envahit
Un drôle de je ne sais quoi.

Découvrirai-je, au beau milieu du salon transfiguré, la gloire
De l’énorme sapin constellé des lumières de l’enfance
Avec sa montagne de cadeaux autour du pied ?

Ah, ce sentiment qui m’envahit
Ressemble bien à la peur
De ne plus mériter
Aucune fête.


26 Décembre 2020

mercredi 23 décembre 2020

Si la chimio avait abîmé tes cheveux

Si la chimio avait abîmé tes cheveux
J’ai cependant pu en conserver une mèche.
C’est tout ce que de toi je peux toucher encore.

J’aurais aussi coupé un ongle, prélevé
D’autres rognures, voire un durillon, que sais-je
Pour les mettre à l’abri dans un écrin en or.

Caresser celle qui a dû s’absenter, c’est
Pénétrer dans le rêve de ma Blanche-Neige
Qui, endormie dans son cercueil, défie la mort.

22 Décembre 2020


mardi 22 décembre 2020

Je réagis comme un paysan plaqué

Je réagis comme un paysan plaqué
Surtout soucieux de ne rien chambouler
À la maison, pour que, le jour de ton retour

Tu puisses retrouver les affaires en place
Puis, tes précieuses paperasses
Ensemble avec l’amour ;

Pour que, l’heure de ton retour
Tu t’assoies sur ta chaise en face
Comme de rien, comme jamais partie

Juste, peut-être, avec un indicible tout petit
Sourire en coin réintégrant ton ancien monde.
Espoir de fou ? Mais pas une seconde :

Connaissant où tu gîtes
Je saurais t’y rejoindre à la limite.
Ce jour, nous fêterons nos retrouvailles en silence

Je penserai à peine en ta présence :
Qu’est-ce que t’as bien pu ficher là-bas
Ces longues années, terrée chez les cancrelats ?

21 Décembre 2020

lundi 21 décembre 2020

En attendant la yahrzeit

Désormais, je m’endors la nuit tout seul
Le drap tiré sur moi tel un linceul.
Ce lit est devenu ma tombe à moi
Ressemblant à la tienne dans le froid.

J’ai bien du mal à savoir si je souffre
Du vide ou de ton souvenir béant
Craignant l’oubli, ou désireux du gouffre
Qui, devant moi, m’attire en ton néant.

Je ne prie plus les dieux, mais les déesses
Et fussent-elles sourdes à l’écoute ;
Car même si, elles aussi, s’en foutent
Tournant le dos aux cris de ma détresse
Dans leurs chitons qu’ami Zéphyr froufroute
Elles me font revoir tes belles fesses.

C’est qu’il ne reste pour me consoler
Que le reflet frivole d’un mirage
Image de ton déchirant courage
Des derniers jours du court bonheur volé.

20 Décembre 2020

samedi 19 décembre 2020

Quatrain, Reprise & Coda

Du smegma de l’adolescent / Au phlegme du barbon : / Pris entre deux néants / Bonheur ne vit point long.

i.

Vom Smegma der Adoleszenz
Zum Phlegma alter Knaben:
Das Schöne ist vom Nichts umgrenzt
Das Glück nur kurz zu haben.


ii.

Doch wie sie noch hinter den Gräbern hervorhuschen
Fangerles spielen zwischen Gräbern
Und nicht zu fassen sind
Bleiche, Nebelgestalten der Jugend
Wo doch unten liegt
Was wir geliebt haben
Und nun – selbst auch wortlos und reglos
Und steinern – weiterlieben.


iii.

Warte aber.
Ich muss für uns beide
Nur den Grenzstein noch setzen.


11. Dezember 2020

samedi 5 décembre 2020

Resilienz

i.

Tut dir einmal der Zahn weh
Dann hat der Zahn schlicht Hoamweh.
Dann reiß den Zahn schnell aus
Und schick ihn nach Haus.

Tut dir einmal der Hals weh
Dann friss halt keinen Schmalz meh
Und wisse: Drachensaft
Gibt Rachen Kraft.

Tut dir einmal der Bauch weh
Dann tuts dem Bäuchlein auch weh:
Das will auch sein Vergnügen
Und mag nicht lügen.

Tut dir einmal der Kopf weh
Dann lerne aus dem Kopfweh:
Lass die Gedanken schweifen
Aufn Rest magste pfeifen.

Tut dir einmal der Zeh weh
Dann eil schnurstracks aufs WC.
Drauf scheißen, jemineh
Heilt auch den Zeh.

Tut dir einmal der Schwanz weh
Dann tut er dir nie ganz weh:
Freu dich, was du gehabt
Wenns nicht mehr klappt.

Tut dir einmal der Po weh
Dann tut dir halt der Po weh –
Kurz währt des Rösleins Blüte
Kallipyge Aphrodite!

Tut dir auf einmal nix weh
Dann danke deiner Glücksfee:
Die letzte Medizin
Ist ste-her-bin.


ii.

Ich koche wieder, schreibe wieder
Nur die Gerichte und Gedichte
Schmecken nach Tod, sind Todesfrüchte
Singen vom Tod, sind Todeslieder.


23. November 2020

mercredi 4 novembre 2020

Doctrinette

In any madness lies a truth
In any truth a madness
In any rudeness something smooth
In any sphere a flatness
In utter virtue badness
In seasoned cruelty callow youth
In any poise hysteria
In artwork no mysteria
In any freedom some obtrusion
In science a core of self-delusion
In sheer anemia blood transfusion
In health lots of bacteria
In any bore a hidden wit

For there is not the slightest bit
Of sense in stating the opposite.

October 27, 2020

mardi 3 novembre 2020

On Infinite Parallels

      So hushed a voice before the ditty
The road runs out way off the city:
Hopeful like Moses on the verge
I’ve hummed along the desert dirge.
      I’ve drunk lush pills, to no avail
And tried where schnooks and calves prevail
Earned but one lifetime of remorse.
Could all have gotten worse, of course.

      Since all winds up the way it started
And all the wiser you’re outsmarted
And soundest arguments turn lame
If raised, in hunter’s stead, by game
      Don’t blame the players, name the game.
The rules abjectly say the same:
When lines are crooked, the crooks unbend
To silted ruts that never end.

October 26, 2020

lundi 2 novembre 2020

Grob fahrlässiges Muskelspiel

     Nicht warf Apoll den Diskus aus Versehen...
Es fand sich Hyazinth nur leider dort.
Nachlässigkeit passt ebenso zum Sport
Wie töricht in der Nähe rumzustehen.
     Wollt Hyazinth ihn denn nur siegreich sehen
Und er verstand’s? Pech ist bei Göttern Mord.

     Der Zeitpunkt ist sein eigenes Geschoss.
Hermes ist mal dasselbe unterlaufen
Doch niemand scherte das. Immerhin spross
     Dann auch was, um es nach dem Kind zu taufen.
Ob’s Krokus oder Herbstzeitlose wär:
Ich selber fürchte nun den Tod nicht mehr.


Démonstration de force par négligence
 
     Serein, Apollon propulsa son disque...
Mais, pas de pot, Hyacinthe traînait là.
Tout sport, pour l’amoureux, comporte un risque.
Est-ce que, le garçon rendu fada
     De l’admirer, son dieu, lui, l’imita ?
Divine, l’erreur n’est qu’assassinat.

     L’instant en soi est instrument de tir.
Plus tard, Hermès a fait la même erreur –
On s’en fichait. Par chance, une autre fleur
A bien voulu pousser en souvenir.
     Crocus, colchique, à raison ou à tort :
En attendant, je ne crains plus la mort.


Reckless Muscle Show

     Self-confident Apollo hurled his disk...
Alas, a gaping Hyacinth fell smitten.
Sports, for the fan, don’t come without some risk:
Stood that boy by that near since idol-bitten
    And idol, thus, just bore in mind to shine?
Error turns into murder, if divine.

    The moment is a shot of its own kind.
The other day, swift Hermes slew one too –
Nobody cared. Love had it, out of rue
Yet a wee flower sprang up to remind.
     Let’s call it crocus, saffron, spring, or fall:
Death doesn’t scare me anymore, withal.


October 18, 2020


dimanche 1 novembre 2020

Schuld und Unschuld


     Aktäon hat im Internet gespannt
Die Nymphchen waren aber noch zu frisch.
Der Ordnungsmacht ging er ins Netz, der Fisch;
Nun liegt er da – zerpflückt, zerfleischt, entmannt.
     Selbst hier scheint die Empörung zu betonen:
Man kämpft mit seinen eigenen Dämonen.

     Indem Narziss sich keuschlings widersetzte
Ward er zu dem gemacht, was er schon war:
Ein Blümelein, schuldlos und wunderbar.
Gut möglich, dass er die Verwandlung schätzte;
     Gut möglich auch, dass keiner wissen mag
Wer er im Grunde ist, und blüht und klagt.


Culpabilité et innocence

     Actéon mate à fond, sur son ordi.
Mais ces nymphettes sont trop fraîches, dis !
Coup de filet, mon chou. Te voilà pris ;
Dès lors c’est toi qui, sacrifié, y gis.
    L’indignation générale le prouve :
C’est notre propre opprobre qu’on réprouve.

    Narcisse, en se refusant, faux rebelle
S’est mué en ce qu’il a toujours été :
Petite fleur, trop innocente et belle.
Peut-être la transformation lui plaît ;
    Possible aussi que nul n’aime connaître
Soi-même, fleurissant dans le mal-être.


Guilt and Innocence

     Actaeon peeping at Net’s nymphets. Boo!
These sometimes are a bit too young and fresh.
Police barged in. Poor perv, now it is you
Who lies that prone, weltering unmanned raw flesh.
     The general indignation seems to show:
The world basically fights its inner foe.

     Lovely Narcissus spurned them all and so
Was morphed into what he had always been:
Some beauteous plant, too innocent and green.
The idea might have pleased him, we don’t know;
     One may be loath to learn about himself
Choosing to flourish, mournfully, on the shelf.


October 16, 2020

vendredi 30 octobre 2020

Mag es denn möglich scheinen

Cette nuit, en m’endormant je me dis comme ce serait beau si ma chérie était là. Puis je sens dans le noir que quelqu’un me caresse la joue. Je me laisse dorloter, c’est si agréable, mais tout à coup je me reprends, terrifié : qui est-ce qui me caresse ? Ça ne peut plus être elle. Qui est entré dans ma chambre ? J’ai beaucoup de mal à me calmer et ne le fais qu’au bout d’un long moment. Enfin conscient je me dis : Et si ç’avait été vraiment elle ? – Rêve ou pas rêve ? Est-ce que je me suis posé ces questions dans le rêve ou déjà réveillé ? Je n’en sais rien. Voilà où j’en suis.

 Mag es denn möglich scheinen
Sich mit der Toten zu vereinen
Muss man kein Jenseits meinen:
Ich rede von Gebeinen.

Alles kann hier geschehen.
Vereinigung konkret zu sehen
Meint ein Zusammengehen
In Tiefe, nicht in Höhen.

Ob droben oder drunten:
Wir hatten uns ja hier gefunden
Und uns auch hier verbunden
Bevor du mir entschwunden.

Ob drunten oder droben:
Bis diese Trennung aufgehoben
Und wir erneut verwoben
Wars doch nur ein Erproben.

29. Oktober 2020

jeudi 15 octobre 2020

L’âme de mon amour

Quand, affaibli, le corps s’endort
C’est l’âme qui s’affirme encore.
Reste aussi forte que toujours
En préparant le grand retour.

Les rochers n’ont pas d’âme en eux
Mais ceux qui pleurent sont si creux
Et vastes qu’âme crécerelle
Déploie en eux déjà ses ailes.

Ce n’est certes pas un outrage
D’appeler le corps une cage :
Quand elle s’ouvrira, l’oiseau
S’envolera vers le plus haut.*

23 Janvier 2020


*Les deux lignes finales ont été légèrement changées, conformément à une suggestion de mon amour. C’était sa dernière contribution.

dimanche 2 février 2020





MARYSE  SCHLEGEL  née  GEVAUDAN

29. 7. 1950  –  27. 1. 2020



lundi 20 janvier 2020

Vom Klimawandel

Je me demande toujours pourquoi on fait un tel bordel avec le changement climatique causé par l’homme. Si l’homme est à coup sûr en train d’abîmer pas mal de choses autour de lui, il est également connu que les espèces évoluées ont une durée de vie fort limitée. L’espèce homo sapiens a, au grand maximum, encore cent mille ans devant elle, possiblement rien de plus qu’une poignée de millénaires. Or, une fois cette espèce disparue, il est garanti qu’au bout d’un petit million d’années la nature aura parfaitement récupéré et sera peut-être même plus riche et diversifiée que jamais. Ne nous surestimons pas, on est et reste des facteurs insignifiants. Notre époque de destructions ne saurait être qu’un très court interlude dans un monde qui compte en ères géologiques.

i.

Die Windschutzscheiben bleiben fortan sauber
Die Winter werden milder, wegen uns.
Der geht noch ein paar tausend Jahr, der Zauber
Bevor sichs wieder einrenkt, ohne uns.

Was sind schon hunderttausend für Planeten?
Da hauste kurz ein Rudel kluger Affen
Nicht klug genug, zu hören auf Propheten
Doch immerhin so schlau sich abzuschaffen.


ii.

Voll Langmut und Geduld, Mutter Natur
Als wartete sie aufs Erwachsenwerden:
Sie geht vorbei, fast ohne jede Spur
Der wilden Kinder Tollerei auf Erden.


 iii.

Brains teeny tiny commanding giant shapes
Those dinos had to vanish from this place.
We aren’t smarter, bunch of ill-bred apes
Our time is running out at a growing pace.

When rowdy youngsters cannot help but spoil
And plunder and corrupt their native soil
Then Mother Nature must rise up to teach
The very lesson taught to all and each.

[Ich frage mich immer, warum man um den vom Menschen verschuldeten Klimawandel ein solches Bohei veranstaltet. Zweifelsohne macht der Mensch ziemlich viel um sich herum kaputt, es ist aber ebenfalls bekannt, dass die entwickelten Gattungen nur eine recht begrenzte Lebenszeit haben. Die Spezies homo sapiens hat maximal noch hunderttausend Jahre vor sich, unter Umständen sind es nicht mehr als eine Handvoll Jahrtausende. Ist sie verschwunden, braucht die Natur garantiert gerade mal eine kleine Million von Jahren, bis sie sich erholt hat und vielleicht reicher und bunter ist als je zuvor. Überschätzen wir uns nicht, wir sind und bleiben ein  unbedeutender Faktor, und unsere Epoche von Zerstörungen kann nur ein sehr kurzes Interludium sein in einer Welt, die in geologischen Zeitaltern rechnet.]

19. Januar 2020

mercredi 1 janvier 2020

Tierfreunde

Ich sag ja nicht, dass jeder Vegetarier
Sogleich ein Hitler oder Himmler sei
Doch Schäferhunde sind nun einmal Arier
Und ihren deutschen Herrchen arisch treu.

Ich sag ja nicht, dass Hammelchen zu schächten
Allein schon höhere Menschlichkeit beweise
Doch wer die Bösen sind, wer die Gerechten
Entscheidet nicht das Vieh, glücklicherweise.

31. Dezember 2019

lundi 2 décembre 2019

Only Fuckwits Tour the World

I by and large keep dwelling motionless
But sometimes some flight stops off southward bound
And while they line the ridge I try to count
Them roughly, vivified in my recess.

Should you surmise that I’m not born a bird
I notwithstanding feel bestowed with wings:
There’s further distance in the realm of things
And more belonging than can be inferred.

Since destinies amount to destination
Mine isn’t done with pondering to and fro
And watch a fledgling host come, sit, then go
And register their drive and hesitation

For there is always someone ready last
That is, I’m just the one who follows past.

December 1st, 2019

Almost the last to take wing

dimanche 1 décembre 2019

Devenir

Après tout, l’opposition est la seule forme utile de collaboration.

i.

Tels des chiens se fiant à leurs maîtres
Enfants, ils se fient aux adultes
Ou au moins aux adultes présents, ceux
Qui les ont à la limite engendrés –
Rien que pour les singer en fin de compte.
Les chiens ne vont pas aussi loin.

À qui doivent se fier les adultes ?
À leur soi-disant Créateur absent ?
Pour en imiter l’élégante défection ?
Mais on finirait tous en chiots abandonnés.

Remercions toutefois le Ciel pour ses efforts
Éducatifs.
Ils sont, ma foi, du plus bel effet.


ii.

Ce qui est sombre et obscur dans la masse du corps
Ne s’éclaircira pas.
Qui a échappé à ta vue à quinze ans
Tu ne l’apercevras jamais.
Tu as beau barboter à la surface du lac
Impossible de plonger dans ses profondeurs
Et en revenir instruit.
Si tu y plonges, tu t’y perds.

Car, plus encore qu’au barbotage en été
Lac invite, en hiver, au patinage sur le leurre de sa surface.
Mais attention, poète !
Le romantique
T’avertit que la mort rôde dans le plaisir
Et que la lune est très proche quand nous courons la nuit.


iii.

Je regarde mes mains. Elles ne savent plus rien faire.
Je regarde mes pieds. Ils ne savent plus rien faire.
Je regarde mon sexe. Il ne sait plus rien faire.
J’écoute ma bouche. Elle ne sait plus rien dire.
Seulement mes yeux savent voir
Seulement mes oreilles savent entendre
Je suis réduit au réceptacle
C’est peu de chose de devenir soi-même.

Lorsque j’étais encore autrui, je savais faire.
C’est assez facile d’être autrui, il ne faut que faire
Mais ça ne tient pas.
Longtemps, sans rien dire, sans rien faire
Toi-même t’attend.


Fin Novembre 2019

dimanche 3 novembre 2019

A Center Theory


i.
Aber ich lebe selbstverständlich auch in der Mitte der Welt, und diese Mitte ist kein anonymes Kaff, kein schwarzes Loch sozusagen, mit nur ein wenig schlüpfrigem Rand drumherum, sondern ein echtes historisches Weltzentrum. Ich bin nicht so vermessen, aus Hinterpfuiteufel meinen Weltnabel zu konstruieren, nur weil ich dort bin. Nein, um behaupten zu können, dass ich in der Mitte der Welt lebe, habe ich mich zuerst einmal in eines der echten historischen Weltzentren begeben. Es war also schon ein solches Zentrum, bevor ich dort zu hausen begann. Ich konnte mich allerdings nur in eines begeben. Eines. Es gibt ja, das muss ich zugeben, mehrere. Aber meines ist das am meisten in der Mitte liegende, dafür stehe ich ein.

Weast and est and sorth and nouth
Bear with me, I keep the mouth
Keep that maw, which is the center
Nothing leaves, but all must enter.

Nothing funnels in for free
Since the times of memory:
To collect the toll I stand
Tiniest landmark of the land.

Do I tell the things I’m learning?
Do I honor those I’m earning?
Do I play the death knell’s role
Or do I just hoard the toll?

It depends on how you quest
Seast and outh and worth and nest.


ii.
« … qui verra terminés errance, lutte, exil. »
                                                                       Maryse

Être au milieu
Être au centre du monde, dis-tu
N’est jamais un choix, mais une obligation
Pas choix de vie, mais obligation et de vie et de mort.

Tant que tout gaze, nulle raison de s’en plaindre
Mais lorsque ça commence à être le bordel
On se verrait mieux retiré à la périphérie
Pour observer, à la télé par exemple.
Quelques vagues infos suffiraient
Pour continuer à se regarder
Calmement le nombril.

Ce n’est pas possible.
Le plus contemplatif de tous
Reste toujours au centre du monde
Et, le cas échéant, prend tous les coups
Parce qu’il se trouve, le pauvre, exactement là.

Même la tombe, dis-tu, sera encore au centre du monde.
Et même si, comme on suppose, on n’y sent plus rien
Sous une armure devenue à la fin un peu efficace
On ne s’en enfuira jamais, du centre du monde.
Voilà tes paroles, et je commence à les saisir.


26 Octobre 2019

vendredi 1 novembre 2019

Especially the Bridle

It seems there is an urge for realism
To admire things depicted looking true.
I would that art’s effectual truism
Made things so thin that life shone merely through.

If mine were not intolerably real
There might glow some hope through it in its joy;
I’d rather feel an urge for haze to feel
At last myself, a small receptive boy.

And should it simply be indifference
That gives the outer world its power and glaze:
The light shed over, ruthless, age-old, tense
A varnish wall impossible to raze

No matter if my days froze into nights
Would keep my trust in telling wrongs from rights.

October 29, 2019



[Emblematic Still Life with Flagon, Jug, Glass and Bridle. Johannes Torrentius, 1614]

samedi 19 octobre 2019

Ein Waggerl für unsere Zeit

Waggerl hält sich für Cervantes
Wie man liest, ein altbekanntes
Phänomen, denn zum Quijote
Il lui manque la jugeote.

18. Oktober 2019


vendredi 18 octobre 2019

El oro del Inca


i.

Prinz Eitel gibt sich frech und still
Du aber weißt schon, was er will
Er schreit herum und gibt sich leise
Du aber weißt, ihn locken Preise.

Die Katz ist kein Charakterschwein
Die Katz will sein ka Hund
Und der will keine Katz nicht sein –
Auch das hat seinen Grund.

Du schließlich werde, was du bist
Du schließlich wisse, was das ist
Du schließlich pfeif auf Lob und Preis
Und folge höherem Geheiß.

Prinz Eitel pfeift auf seinem Ast
Als ob im Himmelszelt
Und weil du keinen Vogel hast
Hast du sein Ziel verfehlt.


ii.
„Reliquae autem res, intellectibiles sint aut corporeae, sunt non divites per seipsas, immo indigent uno vero influente super eas bonitates et omnes gratias.“
                            Liber de causis, 165

Hätten es die alten Peruaner nicht so mit dem Gold gehabt
Hätte man sie wahrscheinlich in Ruhe gelassen.
Nichts besitzen, was Räuber anlocken könnte –
Das ist leicht gesagt.
Was weiß ich denn, was Räuber anlockt?
Ich frage mich, ob die alten Peruaner
All ihr Gold für besonders wertvoll gehalten haben
Sie hatten ja so viel davon.
Ihre Werte waren vielleicht gar nicht die der Räuber.
Die Welt ist unergründlich, und
Wenn wir Pech haben
Nimmt uns noch jemand unsere guten Ratschläge ab
Die wir auch für wohlfeil halten.


[Si les anciens Péruviens avaient été moins férus d’or
Il est probable qu’on leur aurait fichu la paix.
Or, ne rien posséder qui pourrait tenter des brigands
C’est vite dit.
Est-ce que je sais ce qui tente les brigands ?
Je me demande si les anciens Péruviens
Considéraient tout cet or comme particulièrement précieux
Ils en avaient tant...
Leur échelle de valeurs n’était peut-être pas celle des brigands.
Le monde est insondable
Et avec un peu de malchance
Il se pourrait bien que quelqu’un finisse par prendre nos avis
Que nous avons, nous aussi, à foison.]


16. Oktober 2019


mardi 15 octobre 2019

Vom Einhorn


i.

Hübsch vormodern mit ihren Eigenheiten
Dörren sie Pilzchen wie in alter Zeit.
Dazu gehört: Sie mögen sich nicht leiden
Im Nachbarkaff schon dörrt der böse Feind.

Wir, glatt, global, zurechtgehunzt, Ikea
Den Blick zum Bildschirm, schaufelnd Fertigfraß
Entseelenden Konsums, immer noch meha...
Wir, Spaßgesellschaft ohne rechten Spaß.

Dort hinten weiß man sich noch zu bescheiden:
Statt Pille ein Pogrom, ist dir nicht wohl.
Dann gleich zurück, Erdäpfel grob zu schneiden
Das gute Schwarzbrot, Speck und Winterkohl.

Zu vieles, Freunde, hat man überwunden;
So mancher wurde krank, statt zu gesunden.


ii.

Es gab einmal eine deutschsprachige Literatur, die man auch als Deutschsprachiger mit Genuss lesen konnte. Jetzt bekommt H. den N.-Preis. Nach einem G., einer Frau J. und einer Frau M. Ich kenne eigentlich nur die unangenehmen Seiten von Herrn G. und von den beiden Damen überhaupt keine, aber H. scheint mir schön in die Liste zu passen. Wie ich höre, hat er noch kürzlich, nachdem ein sogenannter „Sex- und Korruptionsskandal“ halbwegs verraucht war, sich verpflichtet gefühlt, eine Binsenwahrheit zum Besten zu geben, und dabei womöglich an seine eigene kernige Person gedacht: nämlich, dass ein N.-Preis für L. eine Farce sei. Jetzt ist er tatsächlich selber farciert und, laut Zeitung, sehr gerührt darüber. Die Stimme soll ihm versagt haben vor lauter freudiger Überraschung. Was doch so alles, wenn man schon nicht mehr damit rechnet, auf einen zukommen kann... es fiel ihm vielleicht Hölderlins Rettendes ein. So übel geht es auf der Welt doch nicht zu, hat er sich garantiert gedacht, man mag schreiben, was man will. Das meine ich auf meine Weise auch. Zumindest hat diese Welt, ich habe leichte Schwierigkeiten, es zu übersetzen: de la suite dans les idées. Man kann sich, Skandalnudeltum hin, Skandalnudeltum her, wunderbar auf sie verlassen.

Man weiß so einiges über das Einhorn, Unicornis communis 
________________________________________communis.
Seit Jahrhunderten ein gern gesehener Gast etwa auf
____________________________________Wandteppichen
 Findet es sich neuerdings bis hin auf ganz bildungsfernen
_____________________________________Schlafanzügen
Doch man zweifelt noch, ob es zu den Paar- oder den
_________________________________Unpaarhufern gehört
Also eher zu den Wiederkäuern oder zum Pegasus hin tendiert.
Falls Unpaarhufer, stellt sich außerdem die Frage der
______________________________________Genießbarkeit.

Einhörner sind aber auch wegen des Elfenbeins gefragt:
Ihr Horn ist ein annehmbarer Ersatz für den Elefantenstoßzahn
Dessen kommerzieller Vertrieb mittlerweile nicht mehr zulässig ist
Denn das Einhorn kommt einfach zu häufig vor, um geschützt zu
___________________________________________werden.
Nur das Seltene ist es wert, gesetzlich geregelt zu werden;
Das allgegenwärtige Einhorn springt im rechtsfreien Raum herum.

Ich halte es für unsportlich, Einhörnern vorzuwerfen
Sich auf ihre stille Art nicht mehr zurückzuhalten, oder gar
Zu vermuten, es sei nichts Edleres als Publicitysucht, was sie
_________________________________________antreibt –
So ein Einhorn fügt sich damit nur brav in seine Unmündigkeit.
Es ist bei aller falschen Scham richtig schwer zu verkraften, dass
Mythologische Haustiere kein klein bisschen vom Aussterben
_______________________________________bedroht sind.


14. Oktober 2019

lundi 7 octobre 2019

Missverständnis, existentiell

„In jedem Fall besteht dies Wahrnehmen in dem schlichten Hinblicken auf das Objekt.“
                            Husserl, Logische Untersuchungen VI, §58

Das verstehen die Werbeleute:
Es fällt sofort auf, dieses frische Gesicht
Ausgesucht glatt, rosige Backenknochen, die dunklen
Augen schmal, fast asiatisch, vom lichtgrünem Hintergrund
Magisch abgehoben und doch so eingebettet
So unwiderstehlich anziehend
Dass ich immer wieder zurückblättern muss
Und sinnlos den Blickkontakt suchen.

Das verstehen sie nicht, die Reklamefritzen:
Dass ich die geringste Ahnung hätte
Wofür geworben wird.

Das Gesichtchen bleibt im Gedächtnis
Vom Prodüktchen, keine Ahnung.

Genauso ist sie mir, die gesamte Welt:
Magnetisch angezogen
Übersehe ich die Gründe.


Malentendu existentiel

Ça, ils savent faire, les publicitaires :
On le remarque sur-le-champ, ce frais minois
Lisse à souhait, les pommettes bien roses, les yeux sombres
Étroits, presque asiatiques, devant un fond vert acide
S’en détachant, magique, et pourtant si immergé
Si irrésistiblement attirant
Que je ne cesse de feuilleter en arrière
Pour chercher un absurde contact visuel.

Ça, ils ne savent pas faire, les gars de la pub :
Que je saurais aussi
Quel produit on veut me fourguer.

Le visage me reste imprégné dans la mémoire
Mais du but de la réclame, aucune idée.

Voilà mon rapport au monde entier :
Comme magnétiquement attiré
Et aveugle aux mobiles.


6 Octobre 2019

dimanche 6 octobre 2019

Nos pisciculi in aqua nascimur

„Die Möglichkeit eines Gottesbeweises ergibt sich […] aus der Einmütigkeit, mit der die theologischen Schulen seit Jahrhunderten diese Möglichkeit als theologisch sicher vortragen.“
                            Diekamp, Katholische Dogmatik I, 1, §2

Wir werden im Wasser als Fischlein geboren
Und wachsen uns aus zu verschiedenen Kerlen
Und kriechen zu Ufern manchmal, wo die Flossen
Uns wachsen zu Füßchen, und dann gar zu Flügeln

Wogegen die, die jede Ausflucht verübeln
Stets brav weiterschwimmen im Bauch, unverdrossen
Nur Luftbläschen spuckend, und ihr Urteil fällen
Dass wir unsre Unschuld gen Himmel verloren.

Ja, Unschuld von Ehemaligen
Als ob es von Belang wäre
Was der Bibelgürtler über das Flüchtlingspack denkt.
Fällt das ins Ursprungsmilieu zurück
Kann es nicht mehr gerettet werden, zu
Verändert schon, es erstickt jetzt.

Kiemen muss haben die Unschuld, sie muss
Sein gemütlich, Mitschwimmertum, nicht dessen Gegenteil
Was auch immer behaupten mag ein Tertullian
Dieser negative Kopf, der es dennoch nicht zum Kirchenvater
__________________________________________schaffte.
Immerhin das.
Nochmal Glück gehabt, Engelchen.

5. Oktober 2019




vendredi 4 octobre 2019

Urvögel

Bekanntlich sind Vögel nichts anderes als Flugsaurier, die klug genug waren um zu überleben. Die schlauen Kerlchen schauen einen ja auch dementsprechend an. Es liegt eine vorsichtige, berechnende Kälte in Vogelaugen. Mich stört das nicht, ich verstehe es, mir sind diese Überlebenskünstler trotzdem sympathisch. Warum sollen einem Flugsaurier nicht sympathisch sein? Ich hätte womöglich sogar einen Tyrannosaurus sympathisch finden können, wenn der nicht so dumm gewesen wäre, schon vor mir auszusterben. Bisschen groß vielleicht, aber sympathisch. Kreatur muss keinen Dackelblick haben, um mein Herz zu erweichen. Dieses Herz haben schon ganz andere erweicht: Langwimprige mit Kulleraugen, weichem Fell auf dem Schädel, zarten Gliedern, Pfirsichhaut und melodiösem Timbre, Schönheiten, ja, aber innerlich keineswegs so zartfühlend wie seinerzeit eventuell der Tyrannosaurus, von dem wir nur wissen, dass er ein etwas kräftiges Gebiss hatte und eine recht tolpatschige, ruppige Gangart, wofür er aber auch nichts konnte, und ansonsten einfach nicht gerissen genug war, was sich dann übel rächte. Ein Kinderschreck wie so mancher bärbeißige Onkel, obschon im Grunde eine kreuzbrave Seele. Freilich sollten wir mittlerweile erwachsen geworden sein und unsere Voreingenommenheit überwunden haben. Sind wir erst einmal vom Schicksal bestraft, können auch wir uns nicht mehr verteidigen, wenn man dann nach den Knochen beurteilt.

i.

Noch gibts uns kaum und scheinen wir schon fast
Zu Ende, als Gelegenheit erschöpft, verpasst
Wo es vorher Äonen brauchte, bis ein Tier verschwindet.
Wer eines Tags Menschenfossilien findet
Wird sagen: Zwar nicht ganz zum Opteryx gelungen
Doch immerhin mit Schädeln schön geschwungen.

Noch gibts mich kaum und scheine dennoch fast
Erschöpft, ein Stimmlein unerhört verklungen
Weil Zwitscherei allein kein Dasein je begründet
Und bloßes Rumgeflatter in Vergessen mündet.
So fühl ich mich schon selbst in Stein gezwungen:
Höchstens bewahrter früher Himmelsgast.


ii.

Kann nicht mal fliegen und zu Fuß muss gehen:
Dem Tod entgegen Welt zu übersehen und verstehen –
Es mögen spätre sich damit befassen.

Kann nicht mehr richtig gehen, nur noch fliegen
Um sei’s nur einen Fuß auf den Boden zu kriegen
Von allen guten Geistern längst verlassen.

Sich festen Trittes in die Lüfte zu erheben
Scheint letztlich einzig Grobmotorikern gegeben.
Wer Hosianna pfeift, hat sich drauf eingelassen.


[Chacun sait que les oiseaux ne sont rien d’autre que des sauriens qui ont été assez intelligents pour survivre au cataclysme. Cela se voit déjà à la façon dont ces petits malins nous contemplent. Il y a une froideur prudente, calculatrice, dans l’œil des oiseaux. Cela ne me dérange pas, je le comprends, ils me sont tout de même sympathiques, ces spécialistes de la démerde. Pourquoi ne devrait-on pas ressentir de la sympathie pour des sauriens ? J’aurais même pu avoir de la sympathie pour un tyrannosaure, si ce dernier n’avait pas eu l’idée stupide de disparaître avant moi. Un peu grand peut-être, mais sympathique. La créature n’est pas obligée d’avoir un regard de chien fidèle pour toucher mon cœur. Ce cœur, il y en a déjà eu d’autres qui l’ont touché : des avec des longs cils obombrant leur claires mirettes, avec de la fourrure toute soyeuse sur le crâne, des membres fins, une peau de pêche, un timbre mélodieux, des vénustés, ça oui, et pourtant pas aussi empathiques comme éventuellement, dans son temps, le tyrannosaure, géant dont nous savons juste qu’il avait une dentition conséquente et une démarche maladroite et rude – ce qui n’était pas sa faute – et, sinon, manquait seulement de débrouillardise, défaut qu’il a payé cher. Une terreur des enfants comme tel oncle grognon qui, au fond, possède une âme d’or. Mais nous devrions enfin nous comporter en adultes et dépasser nos partis pris. Une fois que le destin nous aura punis, nous aussi, nous ne pourrons plus nous défendre lorsqu’on jugera d’après les os.]


3. Oktober 2019

samedi 21 septembre 2019

On Social Exchange


1. This Beggar’s Belief

L’optimisme de certains mendiants est stupéfiant. Celui-là, je le croise tous les jours et ne lui donne jamais rien, mais il me sollicite toujours, d’une voix invariable, comme en obéissant à un réflexe. Je pense qu’il ne me regarde même pas. Comment peut-il espérer que je lui donne s’il ne me regarde pas ? Me regarderait-il, non seulement je ne lui donnerais rien, mais en plus je le gratifierais d’une méchante grimace. Il a parfaitement raison de ne pas lever la tête vers ceux qui ne lui donnent rien, bien que, dans ce cas, il ne saura jamais qui ils sont. Notre existence entière est faite de la sorte, ce type de mendiant est carrément un symbole.

At any supermarket
The payer’s eyes must first be met –
How dare you frigging beggar blindly beg?

I’ve begged the living daylights
Out of myself and this is why
My call stays vocal while I turn my gaze awry.

I’m deaf, but when I’m slighted
My ear grows quick, it must construe:
You buggers should be taken down a beg or two.

The change in a fat wallet
Poor loot I aim to cull, milord
Comes even ruder than one’s blandest courtesy could afford.

[Der Optimismus mancher Bettler verblüfft. An diesem einen da gehe ich jeden Tag vorbei und gebe ihm nie etwas, und doch bettelt er mich unweigerlich an, im stets gleichen Tonfall, als gehorchte er einem Reflex. Ich glaube, er schaut mich noch nicht einmal an. Wie kann er hoffen, von mir etwas zu bekommen, wenn er mich nicht anschaut? Würde er mich anschauen, bekäme er nicht nur nichts, sondern würde außerdem sehen, wie ich unwillig mein Gesicht verziehe. Er hat insofern völlig recht, nicht zu denjenigen aufzuschauen, die ihm nichts geben, obwohl er dann nie weiß, wer das ist. Unser gesamtes Dasein ist so beschaffen, diese Gattung Bettler ist geradezu ein Symbol.]


2. Mendicus, mendax

Si, d’habitude, j’hésite un peu à trier mes congénères tout de suite d’après leur physique, cela ne vaut pas en cas de mendicité avérée. Quiconque choisit de s’y adonner, se trouve soumis à mon jugement immédiat, je le détaille comme du bétail.

S’il est jeune et vigoureux – il y en a de plus en plus – je l’assigne à la prostitution informelle, et dans l’éventualité que cela lui rechigne, aux secteurs sous-payés qui manquent de bras. S’il est mince et a l’air dégourdi, il n’a qu’à faire acrobate de rue, et s’il est carrément chétif et nul, il pourra toujours prendre la peine de maltraiter un petit piano en plastique pour divertir le public rarement averti du métro. S’il présente une tare quelconque, est vraiment moche, contrefait, voire mutilé, ou encore manifestement dépendant d’une substance toxique, je suis prêt à lui signaler avoir droit à de multiples allocs et à la Cotorep, aides d’État pouvant dépasser le Smic. S’il joue au pieux, je le renvoie illico aux bons soins de l’Église, ou plus probablement de la Mosquée, et s’il crache sur le bourgeois et cetera, je lui recommande de tout cœur de s’en remettre à la belle solidarité des amicales révolutionnaires. S’il est très jeune, il n’a qu’à taper papa maman, ses oncles et ses tantes, ou à défaut se retourner vers nos méritoires institutions de protection de la jeunesse, et enfin, s’il est très vieux, je lui file d’office la retraite minimale.

Il y en a donc peu qui passent le test et que je déclare aptes à exercer ce subtil métier qu’est la mendicité pure et simple. À ces aptes, je ne leur donnerais toujours rien, car je suis radin, mais du moins accepterais-je que d’autres leur donnassent. Sinon, tout acte de charité irrégulière me blesse personnellement. C’est triste que la réalité ne cesse de s’éloigner de l’image idéale que je lui réserve, mais ce n’est certes pas ma faute s’il y a désormais trop de gratuité dans le monde.

While tight ass winces, wears a frown, or jerks
He who hands alms out may not smile, and smirks.
I, pokerfaced – not blindly – go my way
Hating capitalism anyway.

Those begging are still of the trading sort
And whine to exploit each flaw the giving sport.
I’d rather kiss or hug ye, hapless brothers
Since loath to stoop to humiliating others.

You’d think I’ve got a heart no one can touch;
It’s the reverse: I love us all too much.
You’d then presume I’ve got a twisted mind.
See, things are worse: I simply am too kind.


September 19, 2019


[Credit: Wellcome Collection]

dimanche 15 septembre 2019

Chicken Lost

Poule égarée. Récemment, près de chez moi, je suis tombé sur une poule. Oui, une vraie, en pleine ville, devant la porte d’une maison, grattant de la patte à peu près comme le ferait un chat qui voudrait qu’on lui ouvre. Je l’ai regardée, elle m’a regardé, j’étais ému. Quoi faire ? Je la savais fort menacée, cette poule, si calme sur le trottoir et pourtant en danger de mort. En était-elle consciente ? Je la regardais de nouveau, elle me regardait de nouveau. Comment donc faire ? Dépassé par les événements, je ne l’ai pas sauvée. Je suis rentré, la surveillant, stupidement, de ma fenêtre.

Je le savais. Peu de temps après, un véhicule des éboueurs s’est arrêté, un jeune en bleu de travail en est sorti, rigolard, le gars de souche paysanne ou apparentée, en tout cas d’une de celles où l’on sait quoi faire d’un volatile perdu, puis il l’a attrapée et embarquée sans façon, la pauvre bête caquetant comme une folle, et c’est peut-être encore dans son camion qu’il lui a tordu le cou. Quoi qu’il en soit, ce soir-là, quelque part en banlieue, on boufferait du couscous à la poule.

J’ai un rapport sentimental, pas tout à fait normal avec les animaux, comme j’ai un rapport sentimental, pas tout à fait normal avec mes congénères. C’est que si j’ai en partie, moi aussi, des aïeux paysans, ils ont déménagé en ville il y a presque cent cinquante ans, et le reste, s’ils n’étaient pas citadins depuis toujours, et s’ils ont peut-être, quelques automnes, coupé le sifflet à de la volaille, ils l’ont fait par expiation et certainement pas en rigolant. Tout ça te rend incapable de réagir comme il faut lorsque tu tombes sur une poule en pleine ville. Des gens comme moi, c’est assez tragique, ne sauveront pas le monde. Mais les autres encore moins.

I looked into one bay-red eye
And it stared back, straight into mine
And I would so have wished that I
Could be that knight in armor’s shine.

Take off my sword, throw in my towel
I have to yield before I fall
But were I he who saves lost fowl
I’d literally save you all.

Surely I could identify
With chicken I’ve sustained the eye
Brave enough to empathize with men
Not apt to save the humblest hen.

[Verirrte Henne. Kürzlich bin ich bei mir in der Nähe auf eine Henne gestoßen. Ja, eine echte, mitten in der Stadt. Sie scharrte vor einer Haustür und benahm sich ungefähr wie eine Katze, die hereingelassen werden will. Ich schaute sie an, sie schaute mich an, ich war gerührt. Was tun? Es war mir klar, das sie sehr bedroht war, diese Henne, allzu ruhig auf dem Bürgersteig trotz Lebensgefahr. War ihr das bewusst? Ich schaute sie erneut an, sie schaue erneut mich an. Was zum Teufel konnte ich machen? Ich war überfordert von der Situation und habe sie nicht gerettet. Überwachte sie dann nur wie ein Idiot von meinem Fenster aus.

Ich wusste es. Wenig später hielt ein Fahrzeug der Müllabfuhr, und ein junger Mann im blauen Anton sprang raus, so einer, dem noch Bauernblut oder Vergleichbares durch die Adern pulsiert, der also weiß, was man mit einer verirrten Henne anstellt, hat sie gepackt, die wie verrückt gackernde mir nichts, dir nichts in seinen Laster verfrachtet und ihr womöglich schon dort den Hals umgedreht. Jedenfalls gab es irgendwo in der Vorstadt an diesem Abend garantiert Hühnerkuskus.

Ich habe ein sentimentales, verqueres Verhältnis zu Tieren. So, wie ich ein sentimentales, verqueres Verhältnis zu meinen Mitmenschen habe. Ich habe zwar auch teils Vorfahren aus dem Bauerntum, doch die sind schon vor weit über hundert Jahren in die Stadt gezogen, und die übrigen, falls sie nicht seit jeher Städter waren und vielleicht manchmal im Herbst irgendwelchem Geflügel die Gurgel durchgefiedelt haben, dann aus Sühne und sicherlich nicht lachend. Das alles macht einen unfähig, sinnvoll zu reagieren, wenn man mitten in der Stadt auf eine Henne trifft. Leute wie ich, es ist traurig, werden die Welt nicht retten. Aber die anderen noch weniger.]

14. September 2019

samedi 14 septembre 2019

Aus der Nähe, aus der Ferne

Stieß auf einen alten Kürbiskern aus revolutionären Zeiten, voller hundsmiserabler Gedichte, die noch nicht einmal das Konzept „Agitprop“ rettet, und verfasst von echten Revolutionären, die hinterher noch echte Unikarrieren hinlegten, also das, was ich verabscheue wie sonst wenig. Selbstverständlich ergriff mich dennoch Nostalgie.

Die alten Zeiten waren mies, ach, mies
Doch waren es immer noch weniger
Und das will etwas heißen.

Ich würde gern drauf scheißen
(Und bin doch kein Beschöniger)
Was seinerzeit die Zukunft noch verhieß.

Es ist mir leider nicht möglich
Drum leid ich unsäglich:
Mist und Müll, Kehricht und Kot
Vergolden sowohl Morgen- als auch Abendrot.

12. September 2019

mardi 10 septembre 2019

Talking


i.

Es ist noch früh, ich lese Creeley:
So schön und einfach sind nicht viele.
Zu spätrer Stunde kommen dann
Die kompliziertern Kumpel dran.

Das Komplizierte in der Dichtung
Ist wie das Dickicht um die Lichtung:
Es gäbe niemals ohne Wald
Jene naive Lichtgestalt.

Sie zeigt allein aus Plötzlichkeit
Das Dunkel mehr als Dunkelheit:
Wer vordrang bis ins Glück
Weiß, er muss zurück.


ii.

Habe wieder einmal davon geträumt
Mit anderen Menschen zusammenzuwohnen.
Ein Zimmer nur war für mich reserviert
Und wer ins Bad wollte, musste durch.
Mein Bett, leicht versteckt hinter einem Schrank
Doch wüsste jeder, der ins Bad ging: ich lag da noch.
Käme einer durch die Tür, würde ich mich rechtfertigen
Wie zufällig telefonieren und ins Leere sagen
Ich hätte die ganze Nacht über gearbeitet
Denn nur da hätte ich die nötige Ruhe
Doch es stimmte nicht. Ich hatte
Geschlafen wie jeder und lag jetzt einfach noch im Bett
Während die Mitbewohner, tätige Leute, schon längst auf waren.
Ich, schlechten Gewissens, hörte ihr dämliches Herumfuhrwerken.

Ja, ich, überlegen und mir doch Ausreden ersinnend.
Das habe ich wieder einmal geträumt.
Ich träume immer realistisch.



Talking

i.

Il n’est pas tard, je lis Creeley :
Plus simple et beau est impossible.
Après, ce sera l’heure des
Copains autrement difficiles.

En poésie, le compliqué :
Fourré autour de clairière.
Il n’y aurait pas sans la forêt
Tant de candeur et de lumière.

Ainsi, soudaine, elle nous montre
Mieux que la nuit l’obscurité :
On sait dès la rencontre
Du bonheur qu’il faudra rentrer.


ii.

Une fois de plus j’ai rêvé
D’habiter un appartement collectif.
Une seule pièce m’était réservée, et pour
Rejoindre la salle de bains, fallait passer par elle.
Mon lit se trouvait un peu caché derrière une armoire
Mais qui irait se laver saurait que j’y étais encore.
Si quelqu’un entrait, je me justifierais :
Comme par hasard, je téléphonerais disant dans le vide
Que j’avais travaillé toute la nuit, parce que
Seulement la nuit, je disposais du calme nécessaire
Alors que ce n’était pas vrai. J’avais dormi
Comme tout le monde et m’étais simplement pas encore levé
Quand mes colocataires, des gens actifs, étaient, eux, depuis longtemps debout
Moi, de mauvaise conscience, entendant leur agitation débile.

Oui, moi, supérieur et pourtant cherchant des excuses.
Voilà ce qu’une fois de plus, j’ai rêvé.
J’ai toujours des rêves réalistes.


8 Septembre 2019