lundi 10 septembre 2018

Notes Around “Thursday”

Man kann von Zukünftigem träumen und von Vergangenem. Und sogar von Gegenwärtigem. Die Träume von Gegenwärtigem sind die trügerischsten. Ein jeder, der sie träumt, versteht mich.

Zeitreisen gehen in Ordnung, doch wenn sogar die Gegenwart nicht mehr stimmt, wird es kritisch: Ich bin Atem, ich streiche über den anderen Körper und es erregt mich selbst. Lässt den anderen Körper kalt und berührt mich nur selbst. Ist so das Streicheln gedacht? Nein, aber das Träumen. Dennoch kein eitlerer Vorsatz, als je damit aufzuhören.

Le voyage est fait pour être ensemble, on embarque
Entouré, curieux du trajet, émoustillé même ;
Le finir seul est une idée exécrable
Et néanmoins la règle.

Si je m’y projette, maintenant
Je ne ressens plus rien, je ne vois plus rien
Je suis planté là comme un con, sans vie intérieure
Privé de la joie de toujours pouvoir parler à la bonne personne.

Et pire, il paraît
Que je suis toujours chez moi
Là où on m’a oublié, sur ce quai d’une gare en plein
Désert Mojave où je ne reconnais rien sauf les virevoltants du
____________________________________________rien.

Terminé seul, le voyage n’a jamais eu lieu, on dirait :
Cette gare de Western est mon chez-moi
Avec mes livres et photos, bibelots
Ramassés, riens enfin inutiles.

Et une seule pensée, à peine consolante
Que c’est le voyage de tous.

[On peut rêver de l’avenir et du passé. Et même du présent. Les rêves du présent sont les plus chimériques. Celui qui les rêve me comprend.

Pas d’objection contre les voyages dans le temps, mais lorsque jusqu’au présent nous ment, la merde commence : Je suis haleine, je souffle sur le corps de l’autre et ça ne fait que m’exciter moi-même. Cet autre corps reste froid et ça ne touche que moi. C’est ça l’idée derrière quand on caresse ? Non, mais quand on rêve. Pourtant, Il n’y a pas de résolution plus vaine que d’en finir un jour.]

8 Septembre 2018

dimanche 9 septembre 2018

Hard Times, Flemish

Quand les temps sont durs, les nouvelles sont d’un grand support. Dès tôt le matin.

Je me réveille, je constate que les temps sont durs et me jette sur les dernières nouvelles. Ça fait du bien d’apprendre que la lire turque va de plus en plus mal, tant pis pour les Turcs. Oui, j’apprécie particulièrement les infos financières. Rien à foutre des finances dans le monde, mais j’adore lire ça. Ce n’est pas comme les tremblements de terre qui suscitent encore une pointe de compassion. Si les finances vont mal quelque part, ça me rassure énormément : voilà le résultat quand on se laisse faire. Faut pas se laisser faire, point à la ligne. Autant que je sache, y a des lanternes partout, même en Anatolie dégringolante.

Ici, le fric, ça va à peu près, on se laisse moins faire. Toutefois, lire les nouvelles aide. Si je ne comprends toujours rien à ce qui m’arrive dans des temps aussi durs, du moins je crois à nouveau en une justice. Presque tout ce qui trouve le chemin des nouvelles témoigne de la justice sur terre. Même un pont italien qui s’effondre.

Take off those nasty glasses.
Yes, looks like Bosch, and yet looks wrong
Since Hell is all its colors strong.
Now try and see this easy feast
Of paint: now rearing grinning beast
Eternity lightheartedly compasses.

Without your nasty glasses
No push of diabolic throng –
Tacky detail is always wrong.
To get things right stay blurred, behold
From far enough this cosmic cold
Eternity at any rate surpasses.

Don’t trust no nasty glasses.
Each life in detail is a mess
But from quiet clouds mere senselessness
Melts into grace to purblind eyes.
Come, ditch your goggles, loves are lies
Eternity like any pastime passes.

[In harten Zeiten sind Nachrichten eine große Hilfe. Schon ab frühmorgens.

Ich wache auf, stelle fest, dass die Zeiten hart sind, und stürze mich auf die neuesten Nachrichten. Es tut gut zu erfahren, dass die türkische Lira immer weiter fällt, tant pis für die Türken. Ja, ich schätze vor allem die Finanznachrichten. Die weltweite Finanzlage ist mir völlig egal, aber ich lese einfach gerne darüber. Es ist nicht wie bei Erdbeben, die noch einen Rest Mitleid erwecken. Wenn es finanziell irgendwo abwärts geht, beruhigt mich das ungemein: So endet es eben, wenn man es mit sich machen lässt. Man darf es nicht mit sich machen lassen, basta. Meines Wissens gibt es überall Laternenpfähle, sogar im rezessionsgeschüttelten Anatolien.

Hier läuft es kohlemäßig halbwegs, wir lassen es nicht so mit uns machen. Dennoch hilft das Lesen der Nachrichten. Ich verstehe zwar immer noch nicht, was mir zugestoßen ist in derart harten Zeiten, doch glaube wenigstens wieder an eine Gerechtigkeit. Fast alles, was es in die Nachrichten schafft, zeugt von irdischer Gerechtigkeit. Selbst eine einstürzende Brücke in Italien.]

8. September 2018

samedi 8 septembre 2018

Wenn der weiße Flieder

Auch die Blütenpracht ist nur im Auge des Betrachters
Im Körper die Krankheit zum Tode.
Weiß man, was blüht, liegt die Pracht schon im Dunkel der Nacht.

Oh, leuchtende Nacht.
Schlafend, er=
Wartend.

7. September 2018

vendredi 7 septembre 2018

Vom Harmoniebedürfnis

Momentan herrscht eine große Harmonie in der Familie. Man muss nur mit der Politik anfangen. Noch vor sehr kurzem gab es unweigerlich Streit, fing man mit der Politik an; nun ist das Gegenteil der Fall. Genauer gesagt: Man fängt wie früher mit der Politik an, aber kurz bevor es zu Streit kommt, ruft eine gnädige Seele wie beim Kartenspiel „Trump!“ – nein, nicht „Trumpf“ sagt sie an, sondern „Trump“ – und augenblicklich sind wir alle, alle einer Meinung. Schütteln frenetisch die Köpfe, oder schütteln vielmehr gemeinsam unseren Kopf – so als wäre das nur ein einziger – derart zwingend sind wir plötzlich einer Meinung. Es ist unwahrscheinlich beruhigend, neuerdings diese Möglichkeit zu parteiübergreifend harmonischen Familienfesten zu haben. Ist die Stimmung am Kippen, muss nur diese eine Silbe fallen und schon kommt es zu wahrhaftigen Verbrüderungsorgien zwischen Verwandten, die sich sonst schnell in die Haare kriegen. Bei Nennung des Gelbschopfs fallen sie sich nämlich vor lauter übereinstimmender Entgeisterung buchstäblich um den Hals, jeder kennt eine noch unfassbarere Anekdote aus dem Weißen Haus. Dieser Trump ist ein Harmoniestifter sondergleichen. Es sollte viel öfter ein allgemein anerkannter Vollidiot zum mächtigsten Mann des Planeten gekürt werden.

Man hat mir jetzt übrigens mitgeteilt, die Sache funktioniere prinzipiell auch mit dem Wort „Plumpsklo“. Man müsse also nur „Plumpsklo!“ in die Menge rufen und alle Anwesenden würden zu Freunden. Anscheinend werden auch schon überall wählbare Plumpsklos herangezüchtet, damit man später bei Bedarf einen aus der Hosentasche ziehen könne.

Es wird mal wieder was enthüllt
Was die Gazettenseiten füllt.
Ich würd auch gerne was enthüllen
Um euren Wissensdurst zu stillen
Doch leider ist jede Enthüllung
Bei mir sexuelle Wunscherfüllung.
Enthülle dich, oh Traumgesicht
Damit es weitergeht, mehr nicht!


Du besoin d’harmonie

Actuellement, il règne une grande harmonie à l’intérieur de la famille. Il suffit de parler politique. Encore très récemment, fâcheries et disputes étaient garanties quand on se mettait à parler politique ; maintenant c’est le contraire. Pour être plus exact : on se met à parler politique comme avant, mais juste à temps, une âme charitable crie « Trump ! » Et ben non, elle ne crie plus « Pouce ! » – ça ne marchait jamais – désormais elle crie « Trump ! ». Puis, c’est automatique, nous tombons tous, tous, d’accord. De concert, nous secouons frénétiquement nos têtes – ou secouons plutôt notre tête comme si c’était une seule – tellement nous sommes contraints d’avoir le même avis. Incroyable, cette nouvelle possibilité de passer des fêtes de famille harmonieuses au-delà des clivages. Dès que l’atmosphère s’envenime tant soit peu, on n’a qu’à prononcer une seule syllabe pour que s’ensuivent de véritables orgies de fraternisation entre des gens apparentés qui, en temps normaux, en viennent inéluctablement à se crêper le chignon. Or, rien qu’à l’évocation d’une crinière jaune, exaspérés, exacerbés, voire déchaînés, ils se tombent dans les bras, commençant à se narrer des anecdotes de la Maison Blanche dont chacun connaît une encore plus ahurissante. Ce Trump est un créateur d’harmonies sans pareil. On devrait élire beaucoup plus souvent un idiot notoire pour être l’homme le plus puissant de la planète. 

Je viens d’ailleurs d’apprendre que la chose fonctionnerait en principe aussi bien avec le mot « Desgogues ». Il suffirait de s’écrier « V’là Desgogues ! » et tous les présents deviendraient amis. Il paraît même qu’on est actuellement en train d’élever des petites gogues bientôt éligibles afin d’en disposer si le besoin en société se présente.

Encore, on a dévoilé gros
Pour remplir le journal d’infos.
Moi aussi, je dévoilerais
Des choses pour les déflorer ;
Hélas, chaque révélation
Chez moi exige fellation.
Révèle-toi, beauté de rêve
Afin d’éviter que je crève !


6 Septembre 2018

dimanche 2 septembre 2018

On Love Poems


1. Why so upset

Why so upset?
Oh, fatal comeuppance:
All limbs wide spread
And, good God, no clap hands!

Why so worked up about
Being yourself you wonder.
You’re not alone, a crowd
Of deadbeats pins asunder.

Spread without conviction
No plum thing shown.
They want sex, no depiction
Of scarabs’ doubt, supineness-prone.


2. Karl’s Poetry

Ich kenne eine Dame, die eine Großfürstin kennt – wir kennen hier alle Großfürstinnen oder zumindest Damen, die welche kennen – und diese Dame erzählt mir immer von ihr. Wie großfürstlich sie sich doch benimmt, obwohl es die Lebensumstände eigentlich nicht zulassen. Falls ich recht verstanden habe, bewohnt diese Großfürstin nämlich den Großfürstinnenflügel eines Sozialbaus, meiner Dame gerade gegenüberliegend. Auch das ist in unseren Breiten nicht selten.
Es scheint Großfürstinnen schwer zu fallen, sich nicht großfürstlich zu verhalten, selbst wenn es im Grunde nicht mehr geht, sie haben es im blauen Blut, sind offensichtlich von den Umständen kaum erziehbar. Der Sozialbau hat sich danach zu richten und tut es anscheinend auch. Kleine Leute können sich dem ehrfurchtgebietenden Gebaren angeborener Durchlaucht nicht entziehen, deren Autorität ist eine zu natürliche, keine gerade mal so angelernte wie beim Aufsteiger, der es zum Beispiel nur noch nicht auf den freien Wohnungsmarkt geschafft hat. Es braucht vermutlich mehrere Generationen Sozialbau bis solcher Adel verblasst. Leider hat die meiner Bekannten bekannte Großfürstin keine Kinder, es kann mithin nichts verblassen. Es ist schade, einen derartigen Prozess nicht verfolgen zu können, es muss sehr lehrreich sein, das Verblassen von Großfürstlichkeit mitzuerleben. Meist haben wir es mit dem Gegenteil zu tun und das ist eher bestürzend. Ich stelle mir vor, wie nach mehreren Generationen nichts als eine gewisse Art des Abwinkens übrigbleibt, ein Abwinken ohnegleichen, das Jahrhunderte unangefochtener Herrschaft und Größe zum krönenden Abschluss bringt. Ich würde auch gerne so abwinken können, doch bei mir schlägt unweigerlich das Ressentiment durch. Echte Großfürstinnen wissen gar nicht, was das sein könnte.

Young Karl wrote love songs and I’ve learned
That they’ve been published. Haven’t read them
Nevertheless, I can imagine
How they would ring to ears concerned.

If they weren’t blatantly conomic:
True want has always had this reeling;
No man I guess can hide his feeling
Commerce and love aren’t antinomic.

I know it would be trite to expect
Politics everywhere in Marx.
Suffice it to assume love sparks
To help mankind with growing erect.

[Je connais une dame qui connaît une grande-duchesse – ici, nous connaissons tous des grandes-duchesses ou des dames qui en connaissent – et cette dame me parle toujours d’elle. Notamment, comme elle se comporte en grande-duchesse malgré les circonstances qui, à dire vrai, ne le permettent pas. C’est que je crois avoir compris que la grande-duchesse en question habite l’aile grande-duchessière d’un HLM, juste en face de mon amie. Cela aussi n’est point rare sous nos latitudes.
Il semblerait que des grandes-duchesses ont du mal à ne pas agir à la grande-ducale, même si, en réalité, ce n’est plus possible ; elles ont ça dans le sang bleu, elles ne sont pas ré-éducables par de simples circonstances. Le HLM doit s’y conformer et, apparemment, il le fait. Les petites gens n’arrivent pas à se soustraire à l’imposante emprise d’une altesse née, son autorité est par trop naturelle, elle n’est pas bêtement apprise comme chez le parvenu qui, par exemple, n’est tout juste pas encore parvenu à intégrer le parc privé. Il faut probablement plusieurs générations en HLM avant qu’une telle noblesse ne s’estompe. Par malchance, la grande-duchesse connue par mon amie n’a pas d’enfants, partant il n’y a rien à s’estomper. Il est bien dommage de ne pas pouvoir assister à un tel processus, il doit être très instructif d’observer de quelle façon la grande-ducalité s’en va. Le plupart du temps, nous avons affaire à son contraire et c’est plutôt consternant. Je m’imagine alors qu’après plusieurs générations il n’en reste que certain petit geste résigné de la main, expression de résignation indépassable, point d’orgue ô combien auguste de siècles de domination et grandeur incontestées. Moi aussi, j’aimerais savoir bouger ma main ainsi, mais chez moi, rien à faire, il y a toujours le ressentiment qui transparaît. Les véritables grandes-duchesses ne savent même pas ce que cela pourrait être.]


3. Von der Nützlichkeit des Biertrinken

Biertrinken ist doch nicht nützlich, was soll das denn?
Bier schmeckt, man kann Lust drauf haben, aber nützlich, Freunde
Ist es doch nicht, es in sich reinzukippen.
Für das Bier Geld auszugeben ist höchstens nützlich.
Nützt dem Brauer und dem Wirt, die
Haben ja auch ihre Kleinen am Hals und müssen was verdienen.
Doch damit ist der Nutzen schon erledigt.
Das einmal gekaufte Bier kannste ruhig wegschütten, hat
Sich dann schon amortisiert, trinken
Musst du es dann wirklich nicht mehr.
Damit die Presse nicht eingeht, musst du ja auch
Die Scheißzeitung nicht lesen, sobald du sie bezahlt hast.
Das Lesen ist ab dem Moment nur noch Zeitverschwendung.
Am Ende ist das sogar viel gesünder:
Nüchtern ins Bett und ungelesen. Hopp, ungetrunken
Gleich ins Klo und ungelesen in den Container (blau).
Zeitsparend, ohne Umweg. Früher ins Bett eben.
Viele behaupten, so würde man leicht hundert
Und ich halte mich auch fast daran. Fast. Prösterchen!
Bezahle für so vieles, das ich nicht brauche und nicht genieße.
Löhnen, löhnen und nix davon haben, genau, ihr Arschlöcher –
Und das alles aus reiner Liebe, reiner Liebe.
Pfui Teufel, wenn das nicht wenigstens jemand anderem was
____________________________________________bringt.
Nützlich am Biertrinken ist einzig und allein, dass man besoffen
Klarer drauf aufmerksam wird.
Hat immerhin noch einen gewissen Unterhaltungswert.


[De l’utilité de boire de la bière

Mais qu’est-ce que c’est xa ? Boire de la bière n’est pas utile, dis donc.
La bière a bon goût, elle fait peut-être envie, mais, camarades
La siffler n’est certainement pas utile.
Utile est seulement dépenser de l’argent pour elle.
Ça aide le brasseur ou le bistrotier ; eux aussi
Ils ont leurs petits sur le dos et doivent gagner leur croûte.
Tout de suite après, c’en est terminé de l’utilité.
Une fois achetée, la bière peut sans problème finir à l’égout
Économiquement, elle est amortie
Inutile de la boire en plus.
Pour que la presse ne crève pas, tu n’as pas non plus besoin
De le lire, le canard de merde que tu t’es acheté.
À partir de ce moment, toute lecture n’est que perte de temps.
En fin de compte, il est bien plus sain
D’aller au lit sans avoir bu ni lu. Et hop : non-bu
Dans les chiottes, et non-lu dans le conteneur (couvercle jaune).
Directement, sans détour. Tu te couches du coup plus tôt.
Beaucoup disent que de cette manière on devient facilement centenaire
Et moi, je m’y conforme presque. Presque. Santé !
Je paie pour tellement de trucs qui me servent à rien.
Casquer pour nib, eh, rien de rien, je connais, mes connards –
Et tout ça par pur amour, pur amour.
Bon diable, s’il n’y avait pas au moins quelqu’un d’autre pour en profiter.
La seule et unique utilité que je vois à la bière ingurgitée
C’est que, bourré, tu t’en rends compte plus clairement.
Alors au moins ça, un certain pouvoir divertissant.]

31 Août 2018

samedi 25 août 2018

Weisheit und Stimmen der Völker

[Noch einmal zu Chruschtschows Badehose.
Eine der wenigen nachhaltigen Lektüren zu Zeiten, als ich noch literarisch beeinflussbar war, stellt sicherlich ein Barral-Taschenbuch von 1972 dar,
Poesías para los que no leen poesías. Ich gehörte nicht zu denen, die keine Gedichte lesen, doch der Titel war zugkräftig genug, um mich die Neuerscheinung erstehen zu lassen. Es handelte sich um eine zweisprachige Ausgabe von frühen Gedichen Enzensbergers, Verteidigung der Wölfe, Landessprache usw., spanisch von Heberto Padilla. Mich interessierte, wie solche Gedichte nach ihrem Export ins linguistische Ausland aussehen mochten. Nun ja, sie sahen weiterhin so aus, wie sie von vornherein aussahen. Weiterhin wie die typische deutschsprachige Lyrik dieser Jahre. Weil ich darin keinen Vorteil erkennen konnte, war die Sache für mich erledigt. Die Möglichkeit, die ich damals schon für mich selbst sah – nämlich irgendwann einmal Gedichte in mehreren Sprachen zu verfassen, die jeweils nicht nach einer gewissen anderen Sprache rochen und dennoch Grenzen überschritten – war damit allerdings noch nicht vom Tisch. Dieses vielleicht durchaus gelungene Enzensberger-Padilla-Gesamtkunstwerk stellte für mich nur ein abschreckendes Beispiel dar. Weil Enzensberger – da konnte er noch so viel herumgekommen sein – auch via Padilla aufs nichts als auf Enzensberger hinwies, wurden solche Erzeugnisse für mich wertlos. Reine Heimatliteratur, aus lokalen Klischees fabriziert, Produkte gewöhnlichster Impermeabilität – das wurde im Spanischen unübersehbar. Was den Dichter Padilla anging, von dessen Tun und Schicksal ich damals nichts wusste: der war nun halt einmal ein Hispanoamerikaner, und deren kollektive Beschränktheit auf sich selbst störte mich dunkel schon mit fünfzehn. Ich sah fortan nur noch den Weg in radikale, glorreiche Vergangenheit.]

Wie die lebensklugen „Engländer“
Die aus unerfindlichen Gründen
Die Mucken einer Firma von geborenen Nichtsnutzen finanzieren
Und es ertragen, meist von Leuten regiert zu werden
Die mit jeder Silbe ihre Verachtung für das gemeine Volk
______________________________________ausdrücken
So hat jedes sein nicht nachvollziehbares Geheimnis, es ist
___________________________________bemerkenswert.
Kaum aneinander angeschlossen, haben die „Deutschen“ sich
_________________________________________erlaubt
Was kein Schwein sich je herausnahm, haben mehr oder minder
______________________________________bereut, doch
Wollen nach wie vor den Rest der Welt roten Kopfes belehren und
________________________________________bekehren.
Und was sonst noch, bitteschön? Was aus der Geschichte gelernt?
Die verklemmten „Schweden“ möchten ja auch Vorbild sein
Aber übertreiben es, sobald sie sich im lustigen Süden tummeln.
Die „Franzosen“ laufen atemberaubenden Idealen nach, die zu
________________________________________erreichen
Sie nichts, wirklich rein gar nichts unternehmen – zum Glück zu
____________________________________________faul
Zu nahe bei der sorella latina, es wäre nachgerade tragisch
Oder zumindest sehr ärgerlich, wenn es nicht so entspannend
___________________________________________wäre.
Die „Spanier“ sind und bleiben praktisch Spanier, so unpraktisch
________________________________________es auch ist
Und damit ist schon fast alles über sie gesagt. Und von den
Unabwaschbaren Flecken auf der weißen Weste der größten Nation
________________________________________unter Gott
Fängt man am besten gleich gar nicht an. Amis eben.
Und jedes dieser Völker bringt darüber hinaus, wie Herder zuerst
Bemerkte, seine Dichter hervor. Als ob das noch nötig wäre.
Würden sich die Menschen halbwegs zuhören, wäre schon viel
________________________________________gewonnen
Doch davon sind wir weit entfernt.
Nicht einmal die sich übersetzenden Dichter hören ja einander zu.
Übersetzen sich, doch hören offenbar nicht zu, sitzen
Dafür beieinander wie laute Touristen im Lokal, benebelt
Abgrundtief in ihrem jeweiligen Volk verwurzelt
Und hätten sich doch so viel zu erzählen, so viel dummes Zeug
Und tun es auch.
Am Ende hat der alte Johann Gottfried auch das schon
___________________________________herausgefunden.


[Tels ces « Anglais » pragmatiques
Qui par des raisons incompréhensibles
Financent les caprices d’une firme de branleurs nés
Et supportent être gouvernés la plupart du temps par des types
Qui avec chaque syllabe expriment leur dégoût des gens du commun
Chaque peuple, c’est frappant, a son secret impénétrable.
À peine unis, les « Allemands » se sont permis ce que pas un porc
Ne s’était permis auparavant, ont fait amende plus ou moins honorable
Puis, la tête toute rouge, continuent à vouloir sermonner le reste du monde.
Et quoi encore ? Quels enseignement tirés de l’histoire ?
M’enfin, les « Suédois » coincés, eux aussi veulent servir de modèle
Puis exagèrent une fois arrivés en troupeau dans le Sud lumineux.
Les « Français » courent après des idéaux à perdre haleine et ne font rien
Strictement rien, pour les atteindre – par chance bien trop paresseux
Trop proches de la sœur latine, ce serait franchement tragique
Ou pour le moins très énervant si ce n’était pas tellement reposant.
Les « Espagnols » sont et restent pratiquement Espagnols, aussi peu pratique
Que cela puisse être, et à peu près tout est dit sur eux. Et ne commençons
Même pas à parler des tâches indélébiles sur les mains blanches comme
Neige de la plus grande nation sous Dieu. Des Amerloques, quoi.
Et tous ces peuples engendrent, en plus, leurs poètes, un dénommé Herder
S’en est rendu compte en premier. Comme si cette chose était nécessaire.
Si le monde s’écoutait un peu, on serait déjà pas mal avancé
Mais nous sommes loin du compte.
Même les poètes qui se traduisent ne s’écoutent l’un l’autre.
Ils se traduisent mais manifestement ne s’écoutent pas
Assis ensemble comme des touristes bruyants, en goguette
Terriblement enracinés dans leurs peuples respectifs
Et pourtant, ils auraient tant de choses à se dire, tant de conneries
Et ils le font.
Si cela se trouve, même ça, ce vieux Herder l’a déjà remarqué.]


24 Août 2018

jeudi 23 août 2018

Rencontre unique


1. Monolog zum Schrei des Herzens

„Die Musik, die ich gelegentlich in mir höre
Ist ergreifender als die aus dem Radio.
Ich erigiere ja auch durchaus leichter via Kopfkino.
Nackte Körperlichkeit hat in der Realität immer so etwas konkret
____________________________________Enttäuschendes.
Ich meine, bei der Erotik stören andere Menschen einfach nur.
War in der Schule ziemlich schlecht in Mathe
Doch habe stets Lösungen für die größten Probleme gefunden –
Unverhofft, kinderleicht, fast automatisch, im Kleinhirn irgendwo
Wusste nur nie, wie ich es den Lehrern beibringen sollte.
Aber auf eine Fields-Medaille oder so einen Scheiß kam es mir
____________________________________ohnehin nicht an.
Alles ist vollkommen genug innen drin, Kiesel im Schädelteich
_______________________________________schimmernd.
Nicht, dass die Außenwelt eine Zumutung wäre
So weit mag ich nicht gehen, so weit meinen Augen nicht trauen
Aber sie kann es halt nicht so recht, leider.
Ist viel zu verbildet.
Und leider immer ihre faden blöden Köder.
Ohne eine gewisse Bildungsferne
Ist jedenfalls höchstens Halbgares erreichbar
Wahre Größe strahlt bedingungslos
Von innen. Sagt Rilke oder so.
Jetzt hör du mir, Herz, mit deinen Widersprüchlein auf.“


2. Idem

La musique que j’entends parfois en moi
Est plus émouvante que celle qui sort de la radio.
C’est que, aussi, je bande mieux via mes seules idées.
La corporalité nue a dans la réalité toujours quelque chose de concrètement décevant.
Je veux dire, en matière érotique, l’autre ne fait que déranger.
Si, à l’école, je n’étais pas très fort en maths
Je trouvais à tous les coups la solution pour les problèmes les plus compliqués –
Sans m’y attendre, en mode peinard, presque automatiquement, quelque part dans le cervelet ;
Seulement, je ne savais jamais comment le faire comprendre aux profs.
Toutefois, rien à cirer d’une médaille Fields merdique.
Tout est assez parfait en dedans, galet scintillant dans l’étang crânien.
Je ne dirais pas que le monde extérieur est un scandale
Je ne voudrais pas aller aussi loin, ni en croire mes yeux à ce point
Mais il n’est pas vraiment capable, lui, hélas.
Castré par trop de culture.
Et, hélas, toujours leurs leurres insipides.
Sans une certaine inculture
En tout cas, on ne peut réussir qu’à moitié
La véritable grandeur rayonne inconditionnellement
De l’intérieur. C’est de Rilke, je crois.
Alors, lâche-moi les basques, mon cœur, avec tes petites contradictions.


22 Août 2018

mercredi 22 août 2018

Talmud und Mozart


1.

Im Talmud* steht, dass die Mehrheit
Immer recht hat, ausnahmslos
Dass selbst Gott der Mehrheitsmeinung
Sich zu beugen hat, so groß

Ist er schon, dass jeder demo=
Kratische Mehrheitsbeschluss
Auch für ihn gilt, wer allmächtig
Ist, weiß auch, was wahr sein muss:

Gibt Gesetze gegen Willkür
Und verhält sich fortan still
Überlässt den Rest Gerichten
Wie die Welt es haben will.

Allerdings, das ist der Knackpunkt:
Als ich anfing, mich zu fragen
Was die Mehrheit in mir möchte
Lag der Gott mir doch im Magen.

Bauchgefühl und Bauchentscheidung –
Makel der Demokratie;
Mehrheitsmeinung schön und recht, doch
In mir selbst find ich sie nie.

                       *Bava Metzi‘a 59b

2.

Man stellt sich gerne Mozart permanent klimpernd vor
Dabei war es mucksmäuschenstill in seinem Haus
Nur die Feder kratzte leicht.
Hatte im Kopf schon alles spielend auskomponiert
Und musste es dann bloß noch mühsam niederschreiben.
Vielleicht gab es kein anderes Haus, in dem eine solche Stille
________________________________________herrschte
Musik fand im Kopf statt, das war Mozart
Und sie findet ja auch heute noch eigentlich nur in den Köpfen
____________________________________________statt
Die Klimperei und der ganze symphonische Lärm sind doch nur
____________________________________________nötig
Weil nicht jeder ein Mozart sein kann
Und deshalb seine Hörkrücken braucht.


Talmud et Mozart

1.

Pour le Talmud*, la majorité a toujours raison –
Dans tous les cas, absolument, sans aucune exception
Et même Dieu doit se plier à son verdict, il est
Assez grand, l’Éternel loin dans son ciel, pour l’accepter :
     Car celui qui est tout-puissant, du coup il sait
     Aussi parfaitement ce qui doit être vrai.

Une fois édicté tel code contre l’arbitraire
La sagesse, infinie, dorénavant n’a qu’à se taire ;
La suite, aux juges. Or, il y a un os et l’os est là :
Dès que, moi, je me mets à soupeser pros et contras
     Cherchant majorité en moi, vaille que vaille
     Ce Dieu travaille lourdement dans mes entrailles.

Qu’on se décide aveuglément, suivant son ventre
V’là le défaut démocratique, gauche, droite ou centre.
     Que majorité tranche, pourquoi pas, ma foi ;
     Seulement, je la sonde vainement en moi.

                        *Baba Metsia 59b


2.

Mozart, on se l’imagine volontiers tapotant du clavier
Alors qu’en réalité, sa maison était plongée dans un calme
______________________________________absolu
On n’entendait que le léger crissement d’une plume.
Mentalement, quel jeu d’enfant, tout était déjà composé à
______________________________________point ;
Ne lui restait que la longue corvée de la notation.
Peut-être n’y avait-il aucune autre maison aussi silencieuse
La musique était dans la tête, voilà Mozart
Et même aujourd’hui, à vrai dire, elle n’est que dans les têtes
Les pianotages et autres bruits symphoniques sont
_________________________uniquement nécessaires
Parce que tout le monde ne peut pas être Mozart
Et a donc besoin de ces béquilles auditives.


21 Août 2018

mardi 21 août 2018

Le détail qui tue

Sortant de chez moi, à Montreuil, je croise un jeune homme très élancé portant un énorme sac d’oignons. Maintenant ma question : quelle image précise cette phrase évoque-t-elle en vous ? Ces quelques mots suffisent-ils pour créer de la couleur locale ?

Si vous habitez le coin, cette image sera vive, et nécessairement celle d’un jeune homme à la peau noire, peut-être vêtu d’une chemise aux motifs africains, car on ne voit pratiquement jamais de jeunes à la peau blanche qui, très élancés, trimballent en plus des oignons achetés en gros, je n’y peux rien, c’est un fait. Si le gars était blanc, faudrait donc le mentionner expressément. En revanche, dans le contexte donné il est tout à fait inutile de spécifier la couleur de la peau pour évoquer à coup sûr l’image d’un Africain – Malinké, Soninké, Sonrhaï ou Peul. La pigmentation cutanée d’une personne n’a certes guère d’importance, mais peut-être comprenez-vous maintenant pourquoi, en tant que poète, je ne peux me limiter à ma langue dite maternelle. J’aurais beaucoup trop d’explications à fournir.


 Das Killerdetail

 Als ich meine Wohnung in Montreuil verlasse, kommt ein äußerst hochgewachsener junger Mann mit einem Riesensack Zwiebeln an mir vorbei. Nun meine Frage: Welches präzise Bild erweckt dieser Satz in Ihnen? Vermitteln diese wenigen Worte genügend Lokalkolorit?

Sollten Sie in der Gegend ansässig sein, wird ein sehr lebendiges Bild vor Ihrem geistigen Auge erstehen, und es wird auf jeden Fall das eines jungen Mannes schwarzer Hautfarbe sein, vielleicht in einem Hemd afrikanischen Stils, denn man sieht praktisch niemals junge Weiße, die, äußerst hochgewachsen, auch noch en gros erstandene Zwiebeln mit sich herumschleppen, ich kann nichts dafür, es ist ein Faktum. Wäre der junge Mann weiß, müsste man es also extra erwähnen. Im Kontext ist es hingegen absolut überflüssig, die Hautfarbe zu spezifizieren, um unweigerlich das Bild eines Afrikaners hervorzurufen, ob nun Malinke, Soninke, Songhai oder Peulh. Wie ein Mensch pigmentiert ist, hat sicherlich kaum Bedeutung, aber vielleicht verstehen Sie jetzt, warum ich mich als Dichter ganz einfach nicht auf meine sogenannte Muttersprache beschränken kann. Ich hätte viel zu viel zu erklären.

20. August 2018

 Photo : afrimarket.fr

lundi 20 août 2018

Rencontres passées


1. Vom öffentlichen Interesse

Seinerzeit
Als das Dichten noch in der Öffentlichkeit stattfand
War es doch auch schon so
Dass fast wichtiger als das Gedicht es war
Mit Chruschtschow gebadet zu haben.
Aber auch wer mit Chruschtschow gebadet hatte
Konnte noch nicht ganz auf das Dichten verzichten
Wollte er seine Gedichtbände losschlagen.
Da sind wir jetzt einen Schritt weiter.

Weil kein heutiger Chruschtschow mehr mit Dichtern baden geht
Werden halt auch kaum mehr Gedichtbände abgesetzt.
Fortschritt ist Fortschritt, die Sowjetunion ist tot
Da kann Putin noch so muskulös angeln um
Den Leuten einen Schrecken einzujagen;
Dichtpreise gibt es noch, aber jede
Medaille hat nun einmal
Zwei Seiten.


2. De la presse spécialisée

« Moi aussi, je lis la presse
Je me fais même happer par elle, tellement
Elle a la gueule avide. Elle est comme un tgv qui défile :
Déjà plus là mais happé je gis.

Or, lorsque je me plonge dans la spécialisée
Ben, ça ne me happe quasiment jamais.
Reparler de Pasolini, je veux bien, et
Parler d’un poète en action qui a une vue
Surannée sur notre belle capitale ex-ombilic du monde
Ça aussi c’est à coup sûr formidable, mais ça ne me happe plus
Ou disons, ça me happe beaucoup moins que les faits divers du
_____________________________________________jour.

Toute presse, paraît-il, vit de l’actualité ; dès qu’il n’y en a pas
Sa grande gueule se révèle affreusement édentée.
Alors, matricule ou pas, une fois spécialisée
Plus de salut : son appareil
Fait pitié, il ne mord pas, elle a beau
L’ouvrir énormément, sa gueule – elle agit en
Se retirant, comme un chien qui, abandonné par son courage
Continue d’aboyer en marche arrière. Qui se ferait
Happer dans ces conditions-là, hein ?

C’est que pour les spécialistes
Les questions poétiques semblent réglées une fois pour toutes.
Seulement, comment parler encore de ‘presse’
Quand on a affaire à un train de sénateur ?
Ceci dit, j’ai toujours préféré
Courir seul, et à pied. »


18 Août 2018

dimanche 19 août 2018

Dobel-Fragment

Der hungrigen Jugend folgt
Hungerndes Alter.
Allein die schlanke Schönheit ist dahin:
Dieses Alter ist aufgebläht
Dickwanstig kommt es daher, es ist
Ungesättigt gesättigt von Billigem
Von Stärkehaltigem, von Fäkulentem
Man muss fast sagen: von Fäkalien.
Auf die Dauer den eigenen.

Herbst 2014

samedi 18 août 2018

Les rencontres improbables


1. D’un développement durable 

« Par ici, on voit encore rouler quelques Volvo de la belle époque
Des bagnoles inusables.

Au début des années soixante-dix, les Suédois
Ont fabriqué des autos quasiment en inox
Une folie, commercialement parlant
Et le résultat reste, si je peux me permettre.
Les mecs dedans (car il s’agit en général d’hommes)
Du genre costauds à barbe et queue de cheval poivre et sel
J’ignore s’ils se considèrent comme inusables
Ou de bons coups, en tout cas
T’es une nana
Tu te fais sauter par l’un d’eux
T’es certainement servie, ma belle.
Pas de risque de politiquement correct.
Et pourtant, ces véhicules nous venaient de Suède.
Tels les Vikings, à la barre de leurs drakkars.

Il y a des retournements étonnants
Des rencontres improbables
Entre l’acier et la modernité fine, entre
Le sigle ♂ et les sensibles questions-qui-nous-taraudent
Puis il y a le principe de réalité.
J’aime mieux pas savoir où va le monde
Même une Volvo des seventies n’est éternelle que dans une
___________________________________certaine mesure ;
T’es une nana, tu te fais des soucis. »


2. Von dichterischer Nachhaltigkeit


Es gibt erfolgreiche Sprachrohre, und
Ich denke da an ganz besonders erfolgreiche
Die ununterbrochen ihre Aussagen geändert haben
Jedoch immer in ihrer Zeit blieben, stets
Direkt am Ball. Auch haben sie sich
Obwohl das aus ihrem schönen
Röhren nicht unbedingt hervorgeht
Immer wieder scheiden lassen, blieben
Demnach auch in der Beziehung stets am Ball
Mussten sich laufend mit jemand Neuem verbinden
(Einer Person, die mit ihrer Epoche im Einklang stand)
Was ich anstrengend kühn und bewunderungswürdig finde.

Stets die Meinung seiner Zeit zu verkörpern
Mit allen zeittypischen Irrungen und Wirrungen
Und jeder Zeit nie enden wollendem Enthusiasmus
Macht solch ein Sprachrohr besonders wertvoll, und
Wenn es dann zugibt, sich seinerzeit getäuscht zu haben
So zeittypisch getäuscht wie sein breites Publikum
Sei nun bekehrt und täusche sich nicht mehr
Genau wie das breite bekehrte Publikum
Dann bin auch ich regelrecht baff
Vor lauter Ehrfurcht:
Derart stets recht zu haben
Und bei aller Geisterfahrerei doch
Niemals auf die falsche Spur gelangt zu sein
Weil die Zeitgenossen auch alle Geisterfahrer sind
Zeugt nun einmal von einem Mut und einem Lebenswillen
Vor denen man nur achtungsvoll den Hut ziehen kann.

7. - 17. August 2018

vendredi 17 août 2018

Shylocksch

Die Gabel stach in ein Stück Fleisch
Und dieses Aas rief: Au!
Wie es schon in meinem Teller saß.
Es scheint, die Zeit wird rau.

Schneid nur heraus aus deinem Leib
Den Brocken, der dir passt
Und du wirst auch noch außer dir
Von Todesangst erfasst.

Wenn ich nur an mich halten müsst
Und wär ansonsten frei –
Das Leben wär ein Kinderspiel
Das Sterben einerlei.

17. August 2018

lundi 6 août 2018

De vraies rencontres


1. On Beauty and the Beast

“My teenage crush was a severe one
It lasted for a somber decade
Kept me at a distance
Didn’t give me an inch but didn’t set me free either.
Even years after, whenever I stumbled across untouchable
Which karma made happen every now and then
I was down in the dumps for a day or so.
I long had decided, though
To never ever get crushed in the same way again:
As soon as a new maidenly star twinkled in the firmament
I made sure to get things straight on the spot –
Either make it or break it, as the other saying goes
And, in general, my bastardizing came off.
Debauchful flings followed the crush.
Aching youth has no language, that’s the trouble I found
Having the everlasting proof for it:
One terminal day, when it was simply too late
Crush had ventured, for once in an earnest, not the official
_____________________________________quizzical tone:
‘Gee, who needs talking, homie? Why didn’t you just rape me?
The world belongs to those who dare, n’est-ce pas.’
And, indeedy-doody, beauty wound up wed to an intrepid local
____________________________________________beast.
Only then I knew why I’d been kept on a leash for so many young
____________________________________________years.
It had kept all that beauty alive.

When this harassment thing came up
Not for a split second did I believe that crap, merely
Remembering my late crushee’s belated serious-moment
________________________________________instigation.
Excuse my French but
I am a lot into personal experience.
We needn’t keep at all costs all the beauty all the time.”


2. Félicité

J’ai longtemps hésité, mais enfin
J’ai dû me faire voir gravement par-derrière.
La jeune et belle personne consentante m’a ensuite félicité.
Félicité, oui, messieurs : un excellent 9 à l’échelle de Boston –
J’étais si bien préparé qu’elle a pu avancer sans encombre
__________________________________________jusqu’au
Caecum qu’elle disait. Cela fait combien de mètres ?
Trop ému, j’ai oublié de lui demander.

Hé oui, on doit être préparé pour ses rencontres.
La jeune vierge au teint rose, on la baigne et on la parfume la veille
Puis une vieille la met au jus pour ainsi dire
Avant l’introduction de l’heureux élu.
Et dire que ça va bien moins loin...
Moi, j’ai dû avaler d’interminables gorgées
D’un philtre spécial, fort spécialement philtrant et
Dégueulasse... afin de m’éprouver. Car il faut
Prouver la force de son âme
Avant de s’engager si en longueur.
Il faut être proprement déterminé, quoi
S’agissant quand même d’une défloration jusqu’au caecum.
Et tout ça, immaculé, en transparence et sans l’ombre d’un doute.

Malheureusement, je n’ai rien ressenti, je m’étais endormi avant.
Quel manque de pot ! diriez-vous, mais c’était prévu.
Les meilleures rencontres, les plus profondes
On les fait souvent sans rien sentir.
Alors, jeune vierge au teint rose, aussi rose que mon cul
Jeune vierge baignée, parfumée, puis mise au jus par une vieille
Est-ce qu’on t’anesthésie aussi ?
Cela dépend à coup sûr de la législation.
Moi, vu mon âge, je ne sais quoi te conseiller.


5 Août 2018

dimanche 29 juillet 2018

De l’humanisme en poésie


i.

Il y a des gens vivant leur nuit de façon véhémente :
Fréquentent de « sinistres » lieux recherchant la chaleur
Bestiale dans l’humain, chez de beaux diables du malheur
Qu’ils prennent par la queue dès que l’occasion se présente.

Voici un tour longtemps étudié, puis perfectionné :
Le pauvre hère se saoule, et promptement sa braguette
Bâille et son truc roule entre les doigts d’un fameux poète
Qui, faisant de monstrueux vers mentaux, va frictionner.

Je ne nie pas que ça gonfle l’urgence d’un poème
Ni nié-je que ce que la nature intime intime
Doive être fait et je comprends l’étrange attrait de rimes
Étincelant des cent facettes du pareil au même.

N’étant point sourd, je l’entends, moi aussi, le cri sauvage
Du cul, mais j’ai du mal avec le si moral message
Que comportent tant de récits de son « correct » usage
Car les bons sentiments me mettent, moi, toujours, en rage.

Dois-j’en déduire que je suis encor bien plus barbare
Que nos Rimbauds des chiottes qui, eux, font de saints ascètes
Ne se nourrissant que du peu de lait qu’ont les quéquettes
Le transformant en Milch der frommen Denkungsart ?


ii.

Der sich im Sommerloch faul auf der Matratze Lümmelnde hat ein kleines Empfinden untenherum. Ein Empfinden, oder, wenn man so will, einen Aufmerksamkeit heischenden kleinen Genitalreiz, wie das Anstupsen einer Hundenase, Zärtlichkeit fordernd allein deshalb, weil das Herrchen passiv herumliegt. Zielsicher geht die Hand an den Ort des Geschehens, um dort effektiven Fliehkräften zu begegnen. Denn nichts gelingt so recht, die Konzentration fehlt. Es ist tatsächlich wie das Flattieren eines Hunds, das man mit den Gedanken woanders während des Vorgangs vergisst – bis auch dieser Hund merkt, dass ihm nur noch mechanisch über das Fell gefahren wird, und er sich unwillig erneut meldet.

Andererseits gibt es Gedichte (so nämlich schweifen des sich Lümmelden Gedanken) die aus möglichst buntem Geplätscher bestehen – möglichst bunt und möglichst geplätschert, und das wars dann auch schon. Wer sie liest, verliert immer wieder den Faden, die Schreiberei scheint ihm rein mechanisch erfolgt zu sein, nach einem kopflosen Vielfaltsprinzip, verschwommen moralpredigerisch, von ernsthaftem Bemühen um den Kunden keine Spur. Solche Sachen kann man schreiben, aber man kann es auch bleiben lassen; man kann sie veröffentlichen, doch das auch bleiben lassen. Ein mitempfindender Mensch (sagt er sich) hat nun freilich etwas gegen Literatur, die man schreiben oder auch bleiben lassen kann. Das ist sein Humanismus an einem verlümmelten Sommerlochnachmittag.

26. Juli 2015

samedi 21 juillet 2018

Révolution des mœurs, vue du Palais

„Kein feines Eigenbild ohne Narzissmus, und nur das rechtfertigt letzteren: einladend zu sein. Gschamigen Narzissten gehört entweder die Gschamigkeit oder der Narzissmus ausgetrieben, sofort Hoserl runter und ausgeprügelt, jawohl, denn wer was ausstellt, provoziert nun amal, dass jemand daherlatscht und bemerkt, da seien freilich allerherzigste Sächelchen im Angebot. Muss so ein Mensch dann ertragen können.“ – „Aber man streckt seinen Hintern doch für sich sölbst heraus, nicht für andere...“ – „Dieser Satz gilt wohl besonders in Zeiten uneingeschränkten Wettbewerbs und allumfassender Käuflichkeit bei gleichzeitiger Reduzierung des Sexuellen auf das Sportliche. Zugegeben, wer feilbietet, will verkaufen, nicht gefladert oder entrissen haben, da sind wir beieinander, das eigentliche Problem scheint allerdings eher zu sein, dass, weil das Preisschildl oftmals kaum lesbar ist, gerade auch insolventes Gesündel schamlos anfragt.“

Scythe-wielding folk, bondmen with pitchforks, dregs
Rushed to the royal chambers, found their queen
Hid under silken bed sheets, fairly mean:
Screamed, flailed and kicked till some boor grabbed her legs.

Once bound and gagged, Highness’s rank neglected
Blunt sickles ripped her off her negligee
Then callous fingers fondled, stiff at bay
She laid: rout’s tenderness came unexpected.

Call hers the charms of Old Regime, poor friends:
When fixed, sheer beauty cannot help nor budge
But watch ends meet, it doesn’t matter much
If bonds or hands are better arguments.

You simply save your face, your Grace, I guess
By writhing – squirming – straining motionless.


[Qui aurait pensé qu’ils allaient s’y prendre de pareille manière ? Comme portés par leur fièvre, les souffreteux s’avancèrent, firent crânement irruption, puis s’emparèrent du corps insigne, lui arrachèrent ses dentelles et le sortirent sur leurs frustes épaules, en triomphe. Dehors, la foule de gueux pouvait enfin le voir tel qu’il était, et le toucher, et aux endroits les plus exquis, et cette personne lactescente, désormais aussi raide qu’un cadavre, exposée à tous les vents sentait se frotter à elle d’inédites écrouelles que sa peau virginale, obéissant au réflexe ancestral, absorbait en éponge. Christifiée par tant de misère, Sa Beauté ne tarda pas à défaillir en mystère de la grâce, saluée par des « Vive la République ! » assourdis et gutturaux. C’était l’avènement d’une nouvelle époque, mes cocos, autrement juste. Ne restait qu’à l’enterrer loin du tombeau de ses ancêtres.]


20 Juillet 2018

vendredi 13 juillet 2018

Tombeau pour un petit chien

„Dasjenige Tier, in welches die Seelen der Toten nach allgemeinem Glauben übergingen, wurde zum Blutsverwandten, Ahnherrn und als solcher verehrt.“ – « L’animal dans lequel passaient, selon la croyance générale, les âmes des morts, devenait parent par le sang, il devenait ancêtre et était vénéré comme tel. »
            G.A. Wilken, cité par Freud, in Totem et tabou

Après la mort de son maître
Petit chien s’intégra gentiment dans son nouveau foyer, chez le fils
Acceptant sans protester son déclassement hiérarchique
Au profit du chat déjà présent :
Lui qui, jusqu’alors, avait eu tous les droits
Attendait maintenant en silence que le chat soit repu
Avant de s’approcher de la gamelle.
Aux yeux du fils, il était comme un prolongement
Du père décédé, à la fin très diminué, après une faillite ;
Mais puisqu’il était vieux lui-même
L’année à peine écoulée
Petit chien rejoignit son ancien maître.

C’est bien de se prolonger encore un peu sous forme de bête
Ça s’apparente à la transmigration de l’âme en attendant
La bête épousant la fonction d’un animal totémique :
Longtemps aimé par un homme d’être son chien
Puis aimé d’être ce qui restait de cet homme
Petit chien a eu une vie à son image
Sinon à l’image de nous tous.

13 Juillet 2018

mercredi 11 juillet 2018

Hausbesuch vom Dämon


Sei du stets überzeugt, da sei jemand beruflich unterwegs
Und nenne es Hausbesuch, rief der Dämon, als er zu wirken
___________________________________________begann.
Nicht ist es verschreckende Leidenschaft, die den Arzt motiviert
Doch beruhigend kalte Pflichterfüllung, wenn man so möchte
Und steckt er dir ohne Notwendigkeit den Finger wo hinein
Was vorkommen mag, solange du begehrenswert bist
Wird er dir die wahren Gründe gut verborgen halten
Und es muss dich also keineswegs bekümmern.
So ist alles nur eine Frage des Aufgenommenwerdens:
Fakten an sich sind bedeutungslos, wichtig ist
Wie du sie einordnest.
Erhalte dir jederzeit deinen Glauben an den Fachmann
Und zermartere dir vor allem nicht noch Jahre später das Gehirn –
Dies ist das große Geheimnis
Eines unbeschwerten Daseins und gleichwohl echten
______________________________________Künstlertums.
Dann mag des Dämons Gnade dich betatschen auf immerdar.


Démoniaque visite à domicile

Sois toujours convaincu qu’il s’agit là d’un déplacement professionnel
Et appelle-le visite à domicile, s’écria le démon se mettant à œuvrer.
Ce n’est jamais la passion déconcertante qui motive le médecin
Mais la froideur rassurante du devoir, si l’on veut
Et s’il plongera son index en toi sans nécessité
Ce qui peut arriver tant que tu es désirable
Il t’en cachera bien les vraies raisons
Et cela ne te chagrinera donc pas.
Ainsi, tout ne dépend que de la façon dont on le prend, ou comprend :
Les faits en soi sont insignifiants, ce qui importe
Est comment tu les situes.
Conserve à tous les coups ta foi dans le spécialiste
Et ne te torture surtout pas les méninges des années après –
Voilà tout le secret
D’une existence facile et néanmoins portant le sceau artistique.
Alors, la grâce du démon peut t’attoucher à jamais.


6 Juillet 2018   [Vitae 4]

mardi 10 juillet 2018

Summer Workshop in Rhyme Royal

[Will ich mich ein klein wenig über die Entwicklungen in der deutschen Literatur informieren und lese dann beispielsweise, dass ein erfolgreicher deutscher Schriftsteller, der am Gardasee lebt, dort den Sommer über Schreibkurse gibt, ist mein erster Gedanke: Warum stößt mir allein das deutsche Wort „Gardasee“ derart unangenehm auf? In anderen Sprachen klingt es neutral. Es muss an den deutschen Schriftstellern liegen, die, falls nur auflagenstark genug, mit ihren deutschen Frauen in italienischer Idylle zu leben pflegen. Wären es deutsche Touristen, kämen bei mir eher zärtliche Erinnerungen an die 60er-Jahre auf. Gegen Heinz Ehrhardt auf dem Campingplatz kann (gerade als Massenphänomen) kein vernünftiger Mensch etwas haben. Ich bin vielleicht nicht mehr sehr auf dem Laufenden, aber den See gibt es demnach noch – geologische Formationen sind schließlich kaum umzubringen – und, das entnehme ich dieser Nachricht, seit sich der deutsche Durchschnittstourist in weitere Fernen verfrachten lässt, fremdkörpern die deutschen Schriftsteller also auch schon ein Stück oberhalb der Toskana und lehren in der Hauptsaison ihre (feineren) Landsleute das Schreiben mit Seeblick. Hat man denn nie Ruhe vor der deutschen Pomeranzensehnsucht, dem deutschen Geld und deutschen Ausdruckswillen samt Bedürfnis nach Komfort? Auch solche abgrundtief deutschen Urfragen stellen sich mir in diesem Zusammenhang. Fällt mir dann allerdings der Geheimtip Saint-Quentin-la-Poterie und seine Fauna ein, relativiert das jeden „Schreibkurs am Gardasee“, ja treibt mir vor Rührung fast Tränen in die Augen.]

Encapsulated foreign bodies teach
In a prestigious setting alien stuff
That is, dear conscious reader, how to reach
One’s inner crack, exploitable enough
To make you turn from literary buff
    To real writer, see, all fees included
    With not a penny of one’s worth eluded.

Some would prefer to plunge into the world
And, thus, become desegregated dopes
And keep, within, their bowel movements furled
Instead of hollering their silent hopes
Not even men enough to glide the slopes
    Some surely would, but kinky others pledge
    To stay – whatever happens – on the edge.

Was there one earthling loved as he deserved
For all his faults, once Mommy passed away?
This Earth is flat but its horizon curved
And our poor paradises wane to gray
If padded out with comfort anyway
    And there’s no place nowhere, not east, nor south
    To learn to burn by shooting off one’s mouth.

Alas, one’s pen as means to express one’s being
Becomes a ginger plug shoved up one’s ass
The gap ’tween social rank and self-esteem
While whipped by self-ambition’s consciousness
Prevented from its clenching down to less:
    As if the man himself would need a lesson
    That hurting pen puts paid to crack’s expression.

July 7, 2018   [Vitae 3]

lundi 9 juillet 2018

Art

« Des objets insolites. »
                                 La juge d’expropriation

On aurait dit un tas de ferraille
Une décharge municipale
Sauf que le terrain n’était pas municipal mais
Un jardin privé, si l’on peut encore parler de jardin.
Et là, à côté, échevelé, l’artiste qui s’exprime :
Cette œuvre s’est faite loin de tout encouragement.
En réalité, elle a été découragée des décennies durant.
Découragée, sinon niée.
Seulement, elle est là, et tiendra peut-être la route
Tel un obstacle.
– Ça se trouve dans votre jardin, objecté-je
Et non pas sur la voie publique. Alors obstacle...
À la limite, ça blesserait les yeux de vos voisins
Si ce n’était pas camouflé par des buissons chevelus.
– Hélas, me répond l’artiste.
Je n’ai pas pu faire autrement.
La nature a poussé toute seule
Et comme je la laisse faire
Ne m’occupant que de mon art...
Je n’ai pas d’ambitions de jardinier, voyez-vous.
– La nature arrange, dis-je presque malgré moi
Sachant immédiatement que l’artiste me mettra dans le lot.
(Mais qu’a-t-on à perdre face à tant d’obstination ?
On dégagera tout ça vite fait une fois le créateur parti.
La seule question :
De la ferraille restant de la ferraille
Où qu’on la foute, elle fera le même effet.
Mieux vaudra donc garder la décharge là où elle est.
Assez cachée tout de même.
On ne touchera pas non plus aux buissons, quoi.)
Il est temps que je me casse, fais-je en avançant la main.
Ne vous inquiétez pas.
Vous, vous avez l’éternité devant vous.

1er Juillet 2018   [Vitae 2]

dimanche 8 juillet 2018

Ehrentag

“As people who ride behind the hearse may be somewhat surprised to see the rest of the world go about its business calmlystop and stare, perhaps, calmly enoughand then the mourners think, Why not? It is not your turn.”
                                                                                          Charles Reznikoff, The Manner “Music”

Ich weiß nicht, wie sich Ameisen vorkommen
Denen plötzlich Flügel wachsen und die dann fliegen können
Aber kaum haben sie diese Erfahrung gemacht
Fallen ihnen die Flugwerkzeuge auch schon wieder ab
Und weiter geht es mit dem Ameisenleben
Das sehr weit von jeglicher Fliegerei entfernt ist.
Es gibt schwerlich eine Kreatur, die weniger geeignet erscheint
Beflügelt zu sein wie die Ameise
Dennoch hat auch sie ihren genialischen Tag.
Ja, und der stellt wohl geradezu eine Bedingung
Für ihr Ameisendasein dar.

Immer wieder dringt herüber
Dies unangenehme Lachen.
Ist der Frohsinn dir zuwider
Solltest du auf taubstumm machen:
Taub, den Lärm zu überhören
Stumm, nicht auch noch zu erwähnen
Eintagslaunen würden stören
 
Mit den Augen voller Tränen.



Jour de gloire

J’ignore comment se sentent les fourmis
Auxquelles tout à coup poussent des ailes et qui peuvent alors voler
Mais l’expérience à peine faite
Les organes de vol se détachent
Et elle reprend, cette vie de fourmi
Si décidément éloignée de toute légèreté aérienne.
On a du mal à trouver de créature en apparence moins qualifiée
Pour le port d’ailes que la fourmi
Néanmoins, elle aussi a son jour génial
Et celui-ci semble même constituer
Une condition de son existence.

J’entends toujours cet infect et
Haïssable rire gras.
Si la chose te débecte
Fais le sourd et muet, mon gars :
Sourd d’abord au gai vacarme
Muet ensuite afin de taire
Qu’à des yeux emplis de larmes
Toute joie n’est qu’éphémère.


30 Juin 2018   [Vitae 1]

lundi 18 juin 2018

How to Grow into Daddy’s Britches

Derrière, ça joue au ballon. Je ne le vois pas, je l’entends. Entendre un ballon frapper le mur à intervalles, sans être exactement un plaisir, reste du moins lié à la belle saison. Accompagné de cris d’enfants, c’est supportable – infiniment plus que les conversations professionnelles des parents qui m’arrivent sans gêne, ponctuées de leurs gros rires contraints, à travers mes fenêtres ouvertes. Mais, déjà, les voix des jeunes joueurs commencent à changer.

Learning is the word.
To learn means to imitate.
You may feel weird at the beginning
But one day gawkiness will have fallen away from you
As it fell from your forefathers
When they came down from the baobabs
Deep-sixing old knowledge
And so intent to turn human.
They didn’t know whom to imitate
But it surely worked out, there was not one
Fellow knuckle-dragger to be found out there in the savanna
Who would have told them they now looked like dopes –
No longer decent apes, actual idiots.

They are a big example.
Get off your fine tree like they did
By taking the unprecedented as a model;
This way you’ll grow into your daddy’s britches.
The savanna remains as empty as ever
No one will realize.
Let yourself fall off the baobab – not a felid, its overripe fruit
Learning how to fall
By trying to ape decomposition.


[Le mot c’est apprendre.
Apprendre c’est imiter.
Tu te sentiras peut-être bizarre au début
Or, un jour la gaucherie t’aura quitté
Comme elle a quitté tes ancêtres
Quand ils sont descendus des baobabs
Rejetant leur vieux savoir
Et tellement décidés à devenir humains.
Ils ne savaient pas qui imiter
Mais ça a marché, bien sûr, il ne s’y trouvait pas
Un seul co-pithèque, là-bas, dans la savane
Pour leur dire qu’ils avaient désormais l’air d’imbéciles –
Non plus de bons grands singes, de véritables idiots.

Qu’ils te servent d’exemple.
Quitte ton bel arbre comme eux ils l’ont fait
En prenant le jamais-vu comme modèle ;
C’est ainsi que tu rentreras dans le costume de papa.
La savane est toujours aussi vide
Nul ne s’en apercevra.
Laisse-toi tomber du baobab – pas en félin, en son fruit blet
Qui apprend à tomber
En essayant de singer la décomposition.]


17 Juin 2018

dimanche 17 juin 2018

Deux vignettes


1. Vespérale

Quand le soir tombe
Et les lumières sont allumées
Mais ce n’est pas encore la nuit noire
Une douceur certaine gagne le quartier.
Je serais presque tenté de me réconcilier
Avec les voisins désagréables
Tellement le temps compte.
Par chance, c’est une heure calme
Où personne n’est dehors, donc pas besoin
De faire suivre d’actes mes caprices.
L’heure passe, la nuit arrive, et
Le lendemain, ces gens sont de nouveau
Comme ils étaient.

Si la douceur a fait vaciller
Le jour cru, lui, rassure.
 


2. Maritime

Un cri de mouette me transporte sur la côte.
Descendue, celle-là, le long de la Seine
Suivant le modèle des envahisseurs Normands
Puis poussée jusque chez nous, à l’écart du fleuve ?
Cette nuit, je rêve d’inondation.
Moi sur un bateau, et Paris sous les eaux
Qui montent vite, bientôt la seule butte dépasse.
Juste à temps, je défais les amarres sans les larguer tout à fait
Pour que le bateau se mette à monter avec.

Ça reste angoissant quand même
Un cri de mouette.


15 Juin 2018

vendredi 15 juin 2018

Quartier d’artistes

         Goles, suite

Le gars d’à côté a repeinturluré sa façade –
En multicolore, ma foi.
L’autre voisin me demande :
Comment tu le trouves ?
Moi : Moche.
Lui : Eh ben, moi, tu vois, je trouve ça joli.
Plus c’est coloré, plus j’apprécie.
Voilà les critères, me dis-je
D’un gosse de cinq ans
Mais je la ferme.
Oui, je vis maintenant
Dans un quartier d’artistes.

Plusieurs fois par an
La ville organise notre vie culturelle :
Pendant tout un week-end, nos artistes ouvrent leurs portes au
___________________________________________public.
On se rend compte de leur nombre
Et qu’ils exercent dans leurs appartements.
Il est difficile pour un artiste d’entretenir deux endroits
Et c’est la raison pourquoi il y en a toujours eu
Qui ont vécu dans leurs ateliers.
Or, nos artistes à nous
Exercent dans leurs appartements, eux.

Ici, elle semble de tout repos
La vie d’artiste.

Normalement, ou ce n’est pas une vie
Ou ce n’est pas un artiste
Mais on aura du mal
À en trouver la confirmation
Face à tant de suffisance et ce ravissement
D’exhiber, à domicile, ses petites urgences.
Ne vous étonnez pas, c’est la loi des besoins :
Les uns font gros, et les autres petit.

C’est qu’en vérité, ils ont tous de vrais métiers, quoi.
Pas du métier, de vrais métiers.

Ils ne gagnent donc pas leur pain
De façon aléatoire
Ah, ça non ;
D’évidence, ils jouissent de situations stables –
Tout respire la joie de créer.
Il doit y avoir des fonctionnaires parmi eux.
Leur intérieur aux normes les trahit.

On finit par constater
Que l’atmosphère serait plus respirable sans eux
Et c’est la seule chose à dire à leur sujet
Qui montre encore un peu
Que ça dérange, les artistes.

14 Juin 2018

lundi 11 juin 2018

But Has the Breath of Life


i.

On a laissé faire la nature
Et la nature a mal fait.
Ce n’est pas que la nature fasse toujours bien
Lorsqu’on la laisse faire.
Avoir confiance en elle
Est un pis-aller parmi d’autres.

Celui qui se fie à la nature
Est comme le sot à la recherche de sa clé sous un lampadaire
Alors qu’il l’a perdu ailleurs : plus loin, là
Où il n’y a pas de lumière.
La lumière naturelle illumine à sa guise et
Peut garder l’essentiel dans le noir.


ii.

C’est l’époque des fenêtres ouvertes
Et à l’aube j’ai entendu un bruit étrange
Bruit d’oiseau mais étrange
Ni chant, ni croassement
Puis j’ai entendu la voix familière à côté de moi :
Qu’est-ce que ça peut bien être ?

Je me suis donc levé pour aller voir
Et je n’ai vu que le chat noir
Qui, intrigué comme nous autres, observait.
Je suis visible comme lui, me suis-je dit, pas comme l’oiseau
_________________________________________invisible ;
En présence d’un bruit étrange, le chat et moi faisons quasiment
______________________________________________un.
Est-ce que cette fraternité matinale m’a rassuré ?

J’aurais mieux aimé voir l’oiseau.
Seulement, on ne choisit pas
Ce que l’on voit et ce que l’on entend.

Puis, à nouveau, la voix familière, derrière moi :
T’as vu ce que c’est ?
– Non. J’ai vu le chat noir.

 10 Juin 2018

dimanche 10 juin 2018

Zip Line

En traversant l’aire de jeux du Parc Floral, je me rends brusquement compte que la tyrolienne, sorte de téléphérique rudimentaire, existait déjà il y a une trentaine d’années, et que parmi les adultes qui surveillent les petits faisant la queue pour descendre la fausse pente, il doit y en avoir quelques-uns qui, enfants, y ont patienté eux-mêmes. Les passant en revue, je fais mon choix, imaginant leurs bobines de l’époque. Lorsque la progéniture leur ressemble, c’est très facile.
Place de la Nation, il y a un manège qui tourne, lui aussi, depuis plusieurs décennies. Au moins deux générations ont pu faire leurs tours, excités ou béats dans ses voitures et sur ses motos au design inchangé. Ces endroits-là attirent le jeune âge comme les trous noirs la matière, et ils sont, au même titre, presque la preuve que la mort n’existe pas.

One, all his life through, feared black holes
Suspicious they were tempting whores
But when at last they met his course
He found that holes are bores.

Sure, they’ll attract and tuck you in
But you will never know, for then
The game dragged by its very spin
Will start a new begin.

A tongue not anymore your own
A call devoid of pitch or tone
Whether it’s you or not: alone –
Pastime to joy, and mourn.

June 8, 2018

dimanche 3 juin 2018

Le lustre a un problème

Le lustre a un problème.
Depuis longtemps.
Je ne peux plus compter les fois où j’ai dû monter sur le tabouret pour revisser l’une des ampoules en me brûlant les doigts. Et le lustre n’est pas seul.
Plein de choses ici ont un problème ou deux. La maison est comme piégée, mais je connais les gestes à accomplir. Grâce à ces gestes, mille fois répétés, mon petit univers fonctionne. Ou presque.
Et dire que la plupart des gens maintenant ne savent même plus ce que c’est que la fidélité. Fidélité à sa jeunesse, aux convictions de sa jeunesse, aux décisions qu’on a prises, aux achats qu’on a effectués, à celle, celui ou ceux qu’on s’est choisis dans sa jeunesse, aux promesses jamais faites mais tenues. Cette fidélité signifie qu’on accepte de vieillir, faisant face aux innombrables faiblesses liées au temps qui a passé.
Sont infidèles aux idéaux de leur jeunesse tous ceux qui ne supportent pas de vieillir, tous ceux qui veulent rester indéfiniment jeunes. Ces éternels adolescents ne sont que des parjures, ils ne valent pas mieux que les pignoufs qui balancent leur électroménager aux premiers signes de fatigue. Honte à vous, vous allez mourir seuls et sans amour !

3 Juin 2018

Lustre à problème, vu d’en bas

samedi 2 juin 2018

Le prix d’un éclair

L’autre jour, dans la nuit, un orage :
Coup de tonnerre et éclair en même temps.
Un truc a sauté, plus d’électricité.
Seulement, en face, pendant quelques instants encore
Le clignotement façon jouet de l’alarme
D’une des voitures garées, éveillée, elle seule, par le vacarme.
Ce moment de clarté brusque, on l’a payé ensuite
D’une nuit profonde et calme : il a bien fallu attendre
Le matin pour avoir de nouveau quelque lumière.

Le matin en question, tout ça m’a fait penser à George Oppen
Dont j’ai ressorti les New Collected de mes rayons
Pour, peut-être, saisir le sens des événements passés.
En fait, une fois de plus, je n’ai pas appris grand-chose
Car le plus important, je le savais déjà.
C’est que l’épiphanie d’une milliseconde
S’équilibre par des heures de nuit noire.

2 Juin 2018

lundi 21 mai 2018

Vegn dem perzenlekhn goles

ועגן דעם פערזענלעכן גלעס

Neuerdings lebe ich in einem der angesagtesten Viertel des pariser Ostens. Nicht, dass ich umgezogen wäre, ich kam schon in den Achtzigern her, also Jahrzehnte, bevor das Viertel angesagt wurde, mittlerweile ist es das aber. Ich hatte Arbeiter als Nachbarn, doch jetzt sind das alles finanzstarke Vollidioten – nicht die Arbeiter, bitteschön, sondern meine Nachbarn.
Es ist das Schicksal nicht ausreichend mobiler Künstlerexistenzen, irgendwann einmal nicht mehr Arbeiter, sondern Vollidioten als Nachbarn zu haben. Diese Vollidioten haben sich, so will es scheinen, nur deshalb so stinkteuer eingekauft in das vorgebliche Künstlerviertel, um den paar leider verbliebenen Künstlern gegenüber unablässig ihre erstaunliche Kaufkraft zu demonstrieren. Alles liegt auf dieser Linie, namentlich diese neue vegetarische Nachbarschaftskultur mit ihren ekelhaften Verbrüderungsfesten und Privatrödelmärkten für ausgemustertes Kinderspielzeug, und da wundert man sich, dass dem kleinen Manne – obschon meilenweit von jedwedem Künstlertum entfernt – im Exil unbezähmbare Hassgefühle erwachsen. Je weiter der an den Rand und ins gesellschaftliche Aus gedrängt wird, desto weiter landet auch der Künstler im gesellschaftlichen Aus. Da kann er sich noch so festkrallen an seinem Fels.


i.

Je n’ai jamais compris comment ces coloniaux
Propres sur eux pouvaient vivre si calmement
Dans leurs jolies villas, entourés d’indigènes
En haillons, et sans même l’opportunité
Roulant carrosse de les saluer, la main
Gantée de blanc à l’instar du gracieux monarque.
Moi, ça me ferait peur de savoir que l’engeance
Qui traîne devant ma pelouse et mes rosiers
N’a même pas l’idée de vénérer le luxe
Qu’offre à des yeux chassieux le bon goût britannique.


ii.

Ô moule accrochée à ton rocher : tant que tu
Te confonds avec ton support, tant que la mousse
Recouvre tout, tout va très bien, mais quand la roche
Se met à bouger, se dénude ou prend des teintes
Insoupçonnées, c’en est fini de votre entente.
L’évolution, hélas, n’accorde pas le temps
De changer ta couleur à toi : la mousse morte
Plus rien ne t’assimile à ton support et tu
Deviens coque incongrue, absconse, absurdement
Collée à un écueil malade, tu deviens
Moule malade et seulement la maladie
Confond désormais le vivant et son milieu.


[Depuis peu, je vis dans l’un des quartiers les plus branchés de l’est parisien. Ce n’est pas que j’aie déménagé, j’y suis arrivé dès les années quatre-vingts, donc fort longtemps avant que le quartier ne devienne à la mode, mais désormais il l’est. Dans le temps, j’avais des ouvriers comme voisins, mais maintenant ce sont des imbéciles pleins aux as – pas les ouvriers, bien entendu, mais mes voisins.
C’est le sort de la bohème artistique pas assez mobile de finir entourée non plus d’ouvriers, mais d’imbéciles. Ces imbéciles, me paraît-il, ont acquis à prix d’or leurs baraques dans ce soi-disant quartier d’artistes à seule fin de faire valoir leur incroyable pouvoir d’achat envers et contre les quelques artistes malheureusement restés. Tout est de la même eau, à commencer par cette nouvelle culture de voisinage végétarienne avec ses hideuses fêtes de fraternisation et ses vide-greniers pour jouets cassés, et l’on s’étonne que les gens de peu – quoique très éloignés de toute bohème – recuisent leur haine dans l’exil. L’ouvrier, plus on le pousse dehors, plus l’artiste, lui aussi, se retrouve marginalisé. Il ne lui sert à rien de s’accrocher à son rocher.]


18 Mai 2018

jeudi 10 mai 2018

Sitting Lately in a Draft

[Wenn einer im Zug sitzt – ich meine: im Luftzug – wird er davon vielleicht krank. Der verräterische Zug streicht ihm erfrischend über die Haut, aber unter der Haut richtet er Schreckliches an. Er kann urplötzlich den Hals nicht mehr so recht bewegen, um zu schauen, woher der Zug eigentlich kommt. Man kann nämlich oft erkennen, wo er herrührt, sieht dabei weder Luft noch Zug, aber beispielsweise Fenster. Offene. Das menschliche Gehirn tut den Rest.
Dieser Luftzug entspricht anderen diskreten, jedoch ebenfalls krankmachenden Phänomenen. Sobald man den Kopf nicht mehr wenden, sobald man nicht mehr korrekt hinter sich blicken kann, fangen die Probleme an. Auch schon kleinste Öffnungen (die angeblich verpassten Gelegenheiten) erweisen sich dann als sehr schädlich. Das m. G. tut den Rest. Es ist erst im geschlossenen Raum halbwegs außer Gefahr.]

O to break loose, like the staggering
sot, spectacular, coughing along
not far from puking against the breeze
one would call it a struggle against memories
a sort of wry clinch, too pretentious in length
skipping the first, the second... the tenth...
eventually able to splutter the ground
alive enough to forget all around.

May 9, 2018

lundi 7 mai 2018

Hôtel de la Paix universelle

Es gibt Menschen, die sich sehr um den Weltfrieden sorgen. Tag und Nacht knabbern sie daran. Man möchte ihnen zurufen: Solange ihr keine anderen Sorgen habt... Hat man nämlich andere Sorgen, wird der Weltfrieden schnell zur Nebensache.
Nun ist es aber so, dass tiefe Sorgen die Ausdruckskraft der einen beflügeln, doch der anderen versiegen lassen. Unter Sorgendruck versiegende Ausdruckskraft wiederum scheint Zeichen einer gewissen Seelengröße zu sein. Wer hält es denn nicht für angebracht zu verstummen, falls es nichts mehr zu sagen gibt? Beflügelte Weltfriedensapostel sind insofern eher seelenlose Barbaren. Die allgemeine Barbarei der Weltkonflikte kann, weil dem eigenen Wesen entsprechend, von diesen Kiebitzen zwar mit aller Schärfe wahrgenommen werden, verhindern können sie sie allerdings nicht, ja, es mag sein, dass es ohne ihre aufgeregte Schreierei sogar ein weniger besser bestellt wäre um den Weltfrieden.

i.

Pendant longtemps, petit train-train me semblait fade
Et je cherchais en vain des moyens d’escapade
Des éléments de fuite, pour me maintenir
Ignorant mon passé, présent et avenir
    Jusqu’à ce jour où ce train-train a déraillé
    Me faisant regretter mes années à bâiller.


ii.


L’Occidental, touriste sans sentir mauvais
N’a pas seulement ses destinations rêvées
Mais se soucie aussi de la paix sur la terre
Tandis que ces peuplades-là, ou sédentaires
    Ou migratoires mais très rarement curieuses
    Ne songent qu’à la paix de leurs âmes trop pieuses.

Moi, qui n’ai jamais prétendu être en mesure
De garantir l’entente stable et équitable
En Orient, comment voulez-vous que j’assure
L’intérieure, celle entre Dieu et le diable ?
    Cependant, je n’aspire à rien qu’à cette paix
    Conscient qu’à l’échelle globale c’est râpé.

Ô paix, combien voudrais-je donc qu’on me la foute !
Or, pour ça il faudrait un ciel désert sans doute
Puis, question d’équilibre, un enfer aussi vide
Ce qui est, certes, d’une présomption stupide :
    La plénitude du bas, moyen et haut monde
    Rendant l’appel d’un vide impérieux, ma blonde.


6 Mai 2018

jeudi 3 mai 2018

Pendule

Finalement on a mis la vieille maison en vente
Et on a embarqué les trucs qui nous intéressaient, disons.
Quelques souvenirs, quoi.
Dont une pendule.
Pendule qu’on n’a jamais vue en marche dans la vieille maison.
Pendule morte donc, depuis une éternité.

Une fois accrochée chez nous, je l’ai remontée
Mais rapidement, le carillon nous a énervés – pas besoin
D’avoir la fuite du temps constamment dans l’oreille.
L’œil suffit, l’œil, lui, est gouvernable
D’autant plus qu’on n’est pas obligé de regarder.

J’ai donc arrêté le son, tout en gardant la fonction horloge
Horloge qui, d’abord, retardait beaucoup, puis
Après quelques manipulations, avançait beaucoup.
Rien à faire, ou l’un ou l’autre, et
C’était peut-être la raison, me consolai-je à la fin
Pourquoi on ne l’avait pas fait marcher
Dans le vieux temps, dans la vieille maison.

Ou trop en avance ou trop en retard
Et strictement rien entre les deux – il est
Bizarre, le passé, et son besoin de justesse.
Rien à voir avec le présent que l’on vit
Magma incalculable, qu’on le veuille ou non.

2 Mai 2018
 


lundi 9 avril 2018

Des gros et des maigres

    Deux pièces gastronomiques avec explication pour les Allemands

1. On mangeait mieux sous Holopherne

J’ai aperçu telle étoile montante, espoir
De toque, et ce tout jeune espoir n’était point gros.
Qu’il puisse encor grossir quand il est mince, est beau ;
Mieux vaudrait qu’il ait déjà pris un peu de lard.

Faut pas qu’il soit obèse ; or, minceur est moderne
Et autrefois on bouffait mieux dans nos cavernes.
Le fricot de nos jours plus heureux n’est mangeable
Que chez les derniers ploucs, fi du propos de table !

Acclamons le progrès, il nous a amené
De vrais progrès, dont des cuisiniers en plastique !
La plastique est du jour, et l’âme un nouveau-né –
Le mot « progrès » est une notion élastique.

Je sais qu’elle a besoin de chefs, la populace
Et d’un régime nourrissant d’espoir ces masses
Mais lorsque lesdits chefs se mettent au régime
L’espoir du gras de fond est devenu infime.

Même si ce n’est plus l’époque des cavernes
En haut, il faut du gros, fi des propos de table !
Debout, vieux populo, et que ton poids accable
Les jeunes sveltes qui ont repris les tavernes !

[Erklärung. Unser lyrisches Ich stößt hier also auf einen kommenden Meisterkoch. Ja, tatsächlich Meisterkoch? Der fragliche Hoffnungsträger ist nämlich gertenschlank, und unser Dichter hat kein Vertrauen in gertenschlanke Köche, nimmt ihnen ihre Meisterschaft offenbar nicht ab. Es könne aus dem jungen Mann zwar noch etwas werden, gibt er zu, besser sei es für Menschen dieses Berufszweigs aber auf jeden Fall, schon früh ein wenig Speck angesetzt zu haben. Regelrecht fett müsse nicht sein, aber gertenschlank gehe auf keinen Fall. Das sei nur modern, und nur modern. Im Folgenden behauptet der Autor, er erkenne Fortschritte durchaus an, doch in puncto Gastronomie sehe er keine. Gut getafelt, meint er, werde fast nur noch bei reaktionären Hinterwäldlern, wo man sich Tischgespräche freilich lieber erspare. Das Gedicht endet mit dem Aufruf, die fettleibige Unterklasse möge sich erheben gegen den von oben aufgezwungenen Magerkeitskult.]


2. Et vive la Sociale !

Du temps que le bourgeois s’empiffrait de bidoche
Le peuple n’avait presque rien dans son assiette ;
Puis vint l’époque où l’un s’est mis à la di-ète
Et l’autre, se gavant, s’est fait pesant et moche.

On peut se demander pourquoi la mode change
Pourquoi l’un jeûne tout à coup, et l’autre mange
On peut tenter de distinguer le vrai du faux
Et de départager les moches et les beaux

Mais il n’y a pas moyen de laisser de côté
La politique en affrontant l’omniprésence
Du corps (social), d’ignorer laideur et beauté :
La force est éthérée, et lourde l’impuissance.

Je sais qu’il était gros, le bougre, lourd et con
Face aux sveltesses qui ne savaient dire non ;
Le pouvoir restait pourtant dans leurs jeunes mains
Et tant pis pour les cœurs dedans leurs jolis seins.

Chers temps quand gros et lourd se tapait sans scandale
Les belles, celles-ci n’ayant que ça pour elles :
Lui, étant vieux, et elles, toutes jouvencelles...
Ô justes temps bénis quand vibrait la Sociale !

[Erklärung. In diesem geradezu widerwärtigen Machwerk erinnert sich der Urheber eingangs an Zeiten, in denen sich nur wenige Glückliche ausreichend ernähren konnten. Diese Zeiten, erlaubt er sich zu behaupten, seien allerdings vorbei. Einer abgemagerten Oberklasse stünden mittlerweile dickleibige Sozialfälle gegenüber, die Macht sei schlank geworden, die Ohnmacht verfettet. Unvermittelt wird nun Bezug genommen auf einen dicken Mächtigen, der es bekanntermaßen an sich hatte, dünne Berufsanfängerinnen zu belästigen. Jederzeit sei aber die „eigentliche“ Macht bei den Schlanken gewesen, und nicht etwa irgendwelchen aufgedunsenen Säcken! Die hoffnungsfrohe Jugend habe nun einmal mehr Pepp als deprimierte Opas mit Übergewicht. Auf deren übertriebene Triebhaftigkeit geht der Verfasser überhaupt nicht ein, er sieht überhaupt nicht, dass Leute, die nichts für ihre Fitness tun, auch keine Bedürfnisse mehr haben sollten. Abschließend wünscht er sich Zeiten zurück, in denen es noch eine so richtig gewerkschaftlich aktive Arbeitnehmerschaft gab und die notgeilen Machtspielchen alter weißer Männer unter dem Aspekt ausgleichender Gerechtigkeit betrachtet wurden. Wir sind echt angewidert.]

31. März / 3. April 2018

samedi 24 mars 2018

Vom Geheimnis eigner Dichtung


i.

Eingeschnappt vom Angebot
Kleinen Lebens ohne Not:
Les von Larkin ein Gedicht ich
Deprimiert es mich nie richtig.

Das Geheimnis eigner Dichtung
Geht vielleicht in diese Richtung:
Les ich drauf ein Limerickchen
Deprimiert mich das ein Stückchen.

Schmutz und Schund kommt mir gelegen
Bibeln scheinen mir obszön:
Steh beglückt im Nieselregen
Traure, falls nur’s Wetter schön.


ii.

Quand je ne vais pas bien
Je me console avec des livres.
C’est émouvant, l’homme entouré
Par une vaste bibliothèque, diriez-vous.
Or moi, c’est plutôt Robinson, l’homme seul
L’homme dans sa cabane nue
Masturbatoire –
Robinson et ses mémoires.

C’est que les livres qui me consolent
Ne sont pas des livres imprimés
Ce sont des livres en attente
Des qui n’existent pas encore
Des qui n’existeront peut-être jamais :
L’édition de mes propres œuvres
Agrémentée d’instantanés
Imaginaires
Supports du plaisir solitaire.

L’égocentrisme, diriez-vous
N’est qu’une maigre consolation
Et vous avez, mon cher, parfaitement raison.
Mais ai-je dit que ce défaut me consolerait tout à fait ?
Il me console un petit peu, à peine.
Dans la désolation îlotienne
Sont pur ennui
Récits d’avant, récits d’autrui.


[Ich bin ja eigentlich für eine Karriere gut. Wer mich einmal „entdeckt“, kann eine ganze Karriere darauf gründen, muss nur zuerst herausgefunden haben, warum ich im Gespräch mit mir ständig die Sprache wechsle, und dann in der Lage sein, das so zu erklären, dass man es versteht – ‚man‘ sind hier die Bewohner welchen Festlands auch immer. Nur Mut. Mich gibt es bis dahin wohl nicht mehr, es sollte also zu bewerkstelligen sein.]


23. März 2018