mardi 26 mai 2009

Héros allumés 1

Lit Heroes, version française 1

1 QUICHOTTE

Ne les aurais-tu point attaqués
Ils seraient gentiment demeurés
Ce qu’ils étaient depuis toujours :
Des géants ayant du grain à moudre sans réfléchir ;
Ainsi parfaitement hors de ton chemin.

Tant que tu ne les obliges pas à faire
Usage de leur pitoyable cervelle
Il ne leur viendrait pas à l’idée de jouer
Les tas de moulins à vent délabrés –
Et toi, tu ne risques certes rien, preux chevalier.

Profite du jour au lieu de provoquer
Du regard des moulins gonflant leur ailes.
En des époques désarticulées, des temps de vent
Sème ta mauvaise graine
Sans t’attendre à une trop belle récolte.

Quichotte en anglais


2 GULLIVER

La taille est un problème de toute une vie.
La question la plus déconcertante n’est pas de savoir
Si je suis trop grand ou trop petit ou exactement à ma taille
– Puisque je rentre fatalement dans celle que je suis censé avoir –
Ce qui m’embrouille pour de bon ce sont ces volumes bâtards rencontrés partout.

Personnellement, je n’ai pas l’habitude de changer de taille.
Si je peux faire jouer l’éclairage, pas moyen d’en dicter le résultat –
Ma taille est la bonne et je cadre avec mon état
Bien que des fois je me ferais volontiers un peu plus petit
Et d’autres, je sente que même à taille réelle je fais plus grand que nature.

De minuscules bestioles trottinent autour de moi
Et un gros imbécile m’assène des coups sur le crâne
Ça trottine et ça tapote
J’ai des fourmis dans la culotte
Tandis qu’un colosse veut se débarrasser de moi en se grattant.

Gulliver en anglais


3 NARRATEUR

Lorsque je me lève trop tard, je dors mal la nuit d’après.
Mon petit-déjeuner se compose alors d’une sorte de petit coquillage dodu
Dont le goût citronné suscite un enchaînement d’explications complexes.

Le matin est un bon point de départ pour de telles explications.
Alors que la lumière du jour, cette âme plutôt simple, ce
Jeune nigaud sculptural, nous balance largement les nouvelles dans la boîte.

De ma table, j’observe son arrivée sans mot dire.
L’obscurité partie, suis-je pour autant moins perplexe ?
Devenu moi-même, je me mets à méditer...

La journée commence avec de bizarres idées de journée.
Je devrais me jeter plein d’entrain dans la mêlée –
Mais je pourrais tout aussi bien retourner à mon trou, n’est-ce pas ?

C’est étrange, ce n’est pas ça que je m’apprête à faire.
Je m’apprête à être mélancolique
Et critique.

Narrateur en anglais


4 VENDREDI

Eh bien non, ce n’est pas mon nom, ça n’aurait pas de sens.
Ce n’est qu’une formule qu’il utilisait lorsqu’il était à ma recherche.
J’aimais mieux entendre ça qu’entendre les vrais sons charcutés.

J’ai quand même tenté de le lui dire ; après tout, c’était un ami.
En fait, il était le premier auquel j’ai fait cadeau de ces syllabes.
D’habitude nous ne le faisons pas. C’est inutile, nos parents savent
Et l’étranger ne doit pas avoir ce savoir qui procure trop de pouvoir.

Mais, bon camarade, je les lui ai dites et lui ai même confié
Que j’étais sur le point de deviner les siennes en langage puissant.
Il n’a même pas voulu m’entendre.

Devant lui, je l’appelais par son vrai nom et il n’a pas fait attention.
J’ai gagné les pleins pouvoirs sur lui mais n’en abusais point.
Parce que toute cette influence qu’il aurait pu avoir sur moi
Il l’a gaspillée, soit par gentillesse
Soit par pure ignorance.

Vendredi en anglais


5 QUASIMODO

Pour qui me prends-tu ? Même pas
Une fraction de seconde je me suis fait des illusions.
Une fille aussi chouette – crois-tu que
Je ne savais pas qu’elle n’était pas pour moi
Avec ce machin difforme dans le dos ?

Aussi loin que je peux me souvenir
Cette maudite bosse me dit que ces nanas-là sont sacrément lourdes
Bien que fichtrement tentantes
Et celle-là, elle me tentait d’une manière...
Qu’elle soit stupide, je m’y attendais donc parfaitement.

Sonner les cloches deux fois pas jour n’est pas très prenant ;
On dispose de plein de temps libre entre les carillons
Et peu à peu, on se met à avoir de drôles d’idées.
Je n’ai même pas dit à cette conne que j’étais fou de ses nichons
Il m’a suffi d’échouer à la sauver… et la voilà dans mon escarcelle !

Quasimodo en anglais


6 ULYSSE

En ce qui me concerne, je suis né cent pour cent casanier.
Comme vous, j’ai grandi devant le poste et j’ai toujours pensé
Que ce qui se passe sur l’écran est suffisant comme dépaysement.

J’ignore qui a raconté en premier que j’avais la bougeotte.
C’est sûr, j’ai un peu voyagé, mais par pure obligation : chaque
Jour que Dieu fit, je priai de pouvoir rejoindre ma bourgeoise chérie...

Pas un seul des exploits qu’on m’attribue rime à quelque chose.
Je ne vis au présent que depuis que je suis de retour.
Tout ce temps perdu me rend malade.

J’avoue que ma barbe est grise ;
Or, je n’ai pas la moindre idée à quoi bon.
Je me souviens de rien. Ne m’assaillez pas de questions.

Oui, il a dû y avoir des instants supportables
Au milieu des tracas, mais voyez-vous, je ne me
Rappelle même plus les noms de ces belles des îles.

Ulysse en anglais


7 SIDDHARTA

Un garçon à la voix probablement douce
Portant des bésicles cerclées de fer
Et, lorsqu’il se sentit vieillir, un nœud papillon flamboyant
A écrit un livre puisque je le préoccupais
Alors que moi, j’ai passé la plus grande partie de ma vie adulte
A expérimenter cette seule et unique chose :

Qu’il est inutile de se soucier de quelqu’un
Parce que la seule façon
D’approcher la rédemption collective est
De se concentrer strictement sur sa propre singulière personne
Quitte à être empoisonné par du sanglier faisandé
Jusqu’en fin de compte s’évanouir dans la nature

Pour le bonheur de tout le monde.

(Supposant qu’il ait voulu faire comme moi
C’est qu’il a dû me prendre pour ce sanglier.)

Siddharta en anglais

Trad. 24 Mai 2009

lundi 25 mai 2009

Héros allumés 2

Lit Heroes, version française 2

8 SGANARELLE

Selon le toubib, il n’y avait rien de quoi m’inquiéter :
À en croire mes grimoires, tout ça n’est que normal, me dit-il ;
Les tout-puissants patrons ont simplement le syndrome d’Asperger.
C’est d’ailleurs peut-être à cause de cela qu’ils fonctionnent.
Je lui fis toutefois remarquer qu’un valet se fait souvent asperger à tort.

On peut obéir aux injonctions sans une once de compréhension, fit-il ;
L’obéissance est pure affaire de corps, pas besoin de cerveau servile.
Mais si tu fais comme je te dis, voilà le truc, tu t’amuseras d’abord toi-même.
En tout cas, répondis-je, j’exécute surtout des ordres dont le sens m’échappe.
Je ne dirais pas que ses désirs ne valent rien, mais d’évidence, ça me dépasse.

Les choses seraient plus simples s’il me laissait faire de A à Z à ma façon ;
Mais pas moyen, c’est lui le chef. Moi, je suis un homme libre, comme il aime dire
Puisque lui, au moins trois fois par jour, succombe sous le poids de ses responsabilités.
Tu sais, dit mon pote le toubib, impossible qu’un tel malade puisse se voir d’un œil extérieur.
Je répliquai : Alors qu’il regarde plutôt par son œil du cul !

Sganarelle en anglais


9 SIMPLICIUS

Le hic avec la guerre est qu’ils
Te rattrapent dans ta cachette la plus sûre, ces touristes-là
Ils viennent te récupérer où que tu traînes.
Tout ce silence, tout ce bonheur paisible sur lequel ils finissent par tomber
Toutes ces sentes mousseuses jamais arpentées qu’ils finissent par remonter au pas cadencé...

Si tu as toujours souhaité te barrer là où les graines éclatent, t’es servi.
Ceci est en tous les cas, mon tendre poulet, la réponse la plus adéquate
Aux très-fougueuses espérances d’un angelot en âge de prendre son envol :
Tu le recevras sur-le-champ
Cet objet de ton désir mûrissant qui a tant ébouriffé tes sens.

La gloire d’être dans l’œil de l’ouragan, je l’admets, a de tout temps frôlé ton visage
Un lugubre appétit de récolter la tempête, ça oui.
Mais tu ne récolteras dès lors qu’une enfance perpétuelle, point à la ligne.
Un cadeau sans retour, aux couleurs toujours éclatantes déteignant partout, le plus
Chouette dans la guerre étant que tu peux rester au chaud, devant le feu de ton foyer
Qui brûle.

Simplicius en anglais


10 PHILÉAS

Si je suis aussi fatigué du monde, c’est parce que je suis conscient
Que l’espace de notre vie est tellement restreint.
Avec un peu d’éducation nous connaissons tout ;
Nous pourrions devenir pinailleurs et découvrir les charmes de la pédanterie
Mais nous n’avons pas grand-chose à découvrir.

A cet instant de ma vie
La seule question restée ouverte était : Combien de temps
Pour en faire le tour complet.

J’ai fait le tour de beaucoup de points
Je me suis promené en subventionnant plein d’endroits haut de gamme –
L’ennui véritable a son prix –
Et il était trop tard pour que je m’émerveille encore.

Pour découvrir cette dernière chose
Je n’avais qu’à faire l’impasse sur toutes les choses
Avançant sans voir la moindre des choses
Sans sentir la moindre puanteur
Sans rencontrer âme qui vive (je sais y faire !)
Donnant l’aumône à quantité de mendiants aux plaies les plus extravagantes
Sans venir en secours à personne d’autre que moi, Philéas.

Comme si rien d’autre n’avait été en jeu.

Philéas en anglais


11 ACHAB

La vie est trop courte pour s’arrêter aux broutilles et gaspiller son coup.
C’est suffisamment difficile de faire du boulot comme il faut.
En réussir ne serait-ce qu’un, est assez de gloire pour une vie.

Ne te perds pas dans les détails, seule compte l’intention.
Peu importe le but auquel tu te voues, qu’il soit grand ou petit
Grossier ou méticuleux par nature.

Dans mon cas, il doit être effectivement gigantesque.
Grossier ou méticuleux par nature, je n’en sais rien.

J’ignore presque tout sur ce singulier et unique gros machin.
Malgré sa taille, il est terriblement leste, on ne croirait jamais
Comme il peut être vif et volage, capricieux tel une prima donna
Transformiste balèze, des méga étincelles pirouettant devant les yeux.

Dès qu’il le faut
Le monstre plonge sous une ligne que je ne peux pas pénétrer.
Ses réactions sont parfaitement imprévisibles.
Moi, je ne piquerais même pas sous la ligne de mon front.
Mes propres réactions sont parfaitement imprévisibles.

Bien trop prévisibles pour moi, dit Ismaël.
– Il n’accomplira pas une seule chose valable, ce garçon-là.

Achab en anglais


12 WILLY

En ce moment, j’en vends pas mal de ces lampes.
Seulement, je ne leur dis pas de frotter. Il doivent trouvent d’eux mêmes.
Je pense même que d’un point de vue légal, j’en ai pas le droit.

Si l’on est pas complètement aveugle, rien que l’aspect devrait suffire à intriguer.
Si j’étais mes clients, j’essaierais certainement.
Mais ce n’est pas mon affaire, ça. Je ne suis pas prof en curiosité.

D’un autre côté, ce sont des clients, pas des indics.
Ils ne vont pas m’appeler en hurlant dans le combiné –
De même que moi, je ne les choisis pas, ces gens !

Nul colporteur ici-bas a le loisir de choisir à qui il fourgue sa camelote.
Une fois sorti de la fourgonnette, comprenez-moi...
Mais durant toutes ces années, pas une seule m’est revenue. Ils doivent être
Aussi contents de l’avoir que moi je le suis d’en être débarrassé.

Parfois, bien sûr, c’est préférable que le gars
Ne s’en rende jamais compte, comme cette petite chose peut s’avérer utile.
Qu’il la prenne pour rien d’autre qu’une jolie pièce d’artisanat.

En ce qui me concerne, j’en ai rien à cirer des jolies pièces d’artisanat.
Je suis d’avis que toute chose devrait être transcendante quelque part.
Notamment dans nos temps actuels
Je suis en ce sens philosophe.

Willy en anglais


13 JE

Le truc décisif, c’est « Je n’est pas moi. »
Un fois que tu as pigé ça, partenaire, me dit-il
Le reste est couru d’avance.

Je connais Arthur depuis un bon moment
Et je pensais, c’est-à-dire, du moins lorsque nous étions jeunes
Que lui, plus que tout autre savait qui il était.
Ce n’est que récemment qu’il a souhaité m’ouvrir les yeux.

De belles conneries ! je lui dis, mais le gars insista :
Je, fit-il, est à peu près à coup sûr un autre.
Moi aussi, je l’ai toujours pensé, lui répliquai-je
Et pourtant, on est des zèbres absolument différents.

Il me regarda, bâillant comme un chaton. Ouais, dis-je, si tu dis.
Primo, je ne voulais pas détruire notre belle amitié
Et deuxio, ses talents en tant que commercial avec l’Éthiopie sont flagrants.

Découvrir ce petit fait-là a pris tout ce temps
Parce que je n’aurais jamais pensé qu’il pouvait gribouiller de telles choses
Parce que moi, je le faisais. Et par conséquent, pensais que lui ne le pouvait pas.

Moi, je le prenais pour un type bien payé du Département d’Outremer, point final.
Mais cette espèce a disparu depuis longtemps.
Aujourd’hui, personne ne se contenterait d’être qu’un cadre sup chargé des ventes.

Je en anglais


14 MELMOTH

Jusqu’à ce jour, cela avait été l’inverse :
Me noyant sous un flot indistinct de paroles
Les débauchés me bourraient de leur propre gnôle ;
Or, ce paillard à la mélancolie perverse

(L’aiguillon tel qu’il n’administre point mais draine)
Tablant sur un bagout si âcre qu’il pénètre
Me dit victime du Destin, devant donc être
Vidée d’un venin déjà présent dans mes veines.

Voici mon bras ! lui dis-je, soudain plus très sûre
D’avoir jamais eu à souffrir ladite injure :
J’ai connu des coureurs de pire godelure –
Ils me blessaient bien moins que lui, par conjecture !

Trop tard je m’aperçus qu’il ne fit sa réclame
Que pour siphonner le plus juteux de mon âme
Réduite à mes dépens à la portion solide
Tel un ilot émergeant d’une mer aride.

Rien qu’avec de l’épais, comment veux-tu qu’on fasse
Sans plus de moyen pour napper ce qui dépasse ?
Prenez aussi l’exsangue, fis-je, spectre leste !
... Mais le voilà enfui sans demander mon reste.

Melmoth en anglais


Trad. 24 Mai 2009

dimanche 24 mai 2009

Héros allumés 3

Lit Heroes, version française 3

15 ROMÉO

Plus il y a de l’amour, moins il y a de la science.
Les amants sont comme des théologiens : ils aiment ou la foi ou le rite.

En apprenant à le saisir mieux
Elle aurait même fini par pouvoir lui procurer quelque plaisir
Mais pour cela, le temps leur manquait.

S’ils avaient eu le temps pour cela
Leurs membres aiguisés auraient pu se tomber dessus ;
Seulement leur affection en aurait pris un petit coup.
Mais de cela, il y en avait trop en revanche pour leur donner le temps
Et ce peu de connaissance requis.

L’abstention en amour ne fut jamais une question de morale, mais de stade.
Ils se trouvaient propulsés dans le stade où avoir affaire à l’univers entier
Signifie méconnaître l’universel.
Elle, fredonnante, ignorait quasiment quoi faire avec son début de trique
Et lui, dans tous ses états, ne savait pas comment lui dire ;
Du coup, pendant un instant, ne restait que leur passion brute...

Même dans les jours d’immense tension, le pâtre, près de son troupeau, sait comment faire
Et il n’y a pas moins d’amour pour autant.
Mais ces adolescents-là n’étaient point observateurs. Ô combien attirés envers l’autre
Ils ne connaissaient pas l’amour.

Roméo en anglais


16 OLIVER

Sonné, un martinet se blottit, tout ramassé le joli petit oiseau.
N’a pas vu la vitre.
Je suis sûr que les deux freux pas loin
Qui pour l’instant l’ignorent
Mais se sont rapprochés

Malins et robustes comme ils sont
Pourraient finir par attaquer
Décidant de ne voir dans leur proche congénère
Qu’une boule de viande délicieusement frémissante
Exactement comme nous-mêmes pourrions le faire.

Une fois considéré comme tel, on est vite perdu
Et ce n’est pas une grande affaire pour celui qui s’est un peu raffiné
De retourner à l’état brut. Fais attention aux passages, sinon...
C’est un boulot ardu, aussi ardu que
Pour un petit martinet de récupérer vite fait.

Oliver en anglais


17 CHINGACHGOOK

La peau, voilà de la beauté pure. De l’armure, de la beauté pure.
Mais l’armure est-elle plus fiable que la peau toute nue ?
Phryné sauvée grâce à son nu rougissant, Perceval abrité par l’armure rouge
Le déconcertant Chingachgook prospérait, lui, sous l’acier de son teint cuivré.

Quand tu pèles un fruit, tu peux en découvrir la douceur
Mais ne tente pas d’entamer la bête vivante, elle s’éveillera et sera féroce !
Existe-t-il vraiment rien-que-la-peau, ou de l’armure étincelante sans peau en-dessous ?

Peau ou armure, ils sont tous les deux comme le cliché d’une chose
Un désir sans âge qui la préserve le mieux.
La surface cirée, bien que certainement pas à niveau avec nous-mêmes
Nous brillons comme d’un noble lustre de statuaire
Et tout glisse, puisque rien ne pénètre.

Où donc est-ce que je la trouve maintenant, mon Aphrodite de Cnide ?
Et où donc le moindre champion d’Arthur ? Et où le dernier des Mohicans ?
Si jamais elle a existé, la beauté seule a dû louper sa cible.

Chingachgook en anglais


18 TADZIO

Pourquoi est-elle si tentante, cette sacrée jeunesse ? Si évocatrice ?
Est-ce que ce garçon simple et sain a la moindre idée
Qu’un vieux chnoque suit chacun de ses tours enfantins ?
Eh bien, s’il savait, par la barbe de Jupiter
Quel embarras et quel tracas !

Le monsieur se jettera à mes genoux.
Aurais-je à remplacer une dame entre deux âges ?
Comment pourrais-je faire une telle chose ?
Ne sait-il donc pas que
Je suis fait pour la masturbation ?

Fait pour la masturbation
Le vieux bonhomme s’essuie les verres
Abîmé en pensées sur Alcibiade, cet écolier qui
Tout empêtré dans la matière et aussi fluctuant qu’il faut
Avec un peu de chance y a réussi un 8 sur 20.

Tadzio en anglais


19 GENJI

Ceci est un rêve
D’égaler le brillant Hikaru
Fidèle en diversité.

Homme du commun, je ne puis aligner des vies et rester sereinement moi-même.
Ma lumière éclaire peu, et satisfaire une seule est déjà victoire.
Pour honorer un amour défunt droit au milieu du crime organisé
La mémoire ne peut vaincre les besoins et du jour et de l’hygiène.

Le manuel danois dit : Sois tout d’une pièce !
Me faisant dissolu, comment être d’une pièce dissolue ?
Quand j’ai envie de bouger, je me mets à en parler et me voilà point parti.
Si je n’étais pas sujet à la gravité, je me casserais comme un voyou ;
Mais on ne saurait être et d’un gris élégant et de couleur voyante...

Je n’essaie pas assez fortement d’admirer les cerisiers en fleur
Cette parabole de la candeur omniprésente soufflée en une seule pluie ;
Je dois vivre mes vies successives dans leur morne permanence et dissolution.

Genji en anglais


20 RODIN

Engagé sur ta voie sans issue, il faut dédramatiser
Comme Pierrot, le clown blanc, à face lunaire. Ou extérioriser
Tel Auguste le Rouge, qui lui, scélérat damné par la beauté
Se rabat sur les corps et à la batte fait passer l’innocence à l’enfant –
Puisque ce serait à quoi ils rêvent sur leur peau immaculée.

Les poignets bien attachés à l’anneau d’un pilier placé haut
Les yeux bandés et le reste, incidemment, dévêtu à s’en pâmer
C’est en se tordant que candeur irréprochable se sublime en péché
Et en tournoyant, dépouillée sous un bien morne fouet.

Finies les idées malsaines lorsqu’on rencontre la chair déjetée
Tant soit peu élevée par une poigne assez cruelle pour la guérir.
Grattée là où tu démanges, ta peine et tes prières vont à la divinité
Qui répond dignement, pour un être suprême, en éclatant de rire
Au lieu de geindre, une fois détachée, face et corps contre terre.

Lorsque tu auras acquis une connaissance plus profonde, ma belette
Il n’y aura plus de traces, si c’est cela que tu crains ;
Mais au moins un petit peu de drôlerie restera dans le monde réel.

Coincé sur ta voie sans issue, la meilleur façon de t’en sortir
Est de t’adonner corps et âme à ces arguties scolaires
Qui font croire qu’il n’y a point de bourreau au grand ailleurs.

Rodin en anglais


21 AKAKY

Lorsqu’un domestique – ou nez – après des temps immémoriaux
S’est résolu à ficher le camp
C’est très probablement à cause d’un maître apathique.
Lorsque ton loyal manteau est chapardé ou s’est perdu en route
C’est la faute à ton irresponsabilité, propriétaire.
Faut le garder à l’œil, notamment lorsque tu le sors en promenade

On ne peut pas voir son propre pif, et le chenapan en profite ;
Mais il est facile de surveiller un manteau, au moins le devant.
Si tu y tiens en permanence la main accrochée au collet
Personne ne pourra te le piquer sans tirer comme un fou.

Si je fais un avec mon nez, moi et ma fourrure font deux.
Une jolie fourrure, en peau de chat, peut me transformer en quelqu’un ;
Dans certains endroits, je dois manquer de pilosité naturelle.

Tout ce dont je peux être dépouillé, ce n’est pas moi, et il y en a plein.
Tout ce dont on ne saurait me dépouiller, serait-ce donc moi ?
On peut me priver de mes complexes, et on peut me priver de mes désirs
On peut même me déposséder de toute ma pauvre existence sur terre
Mais, tant que je suis là, on ne peut pas divertir mon attention d’un pouce.

Et c’est moins un manteau qu’il me faut pour cela
Que la perte de ce manteau, ou son expérience littérale.

Akaky en anglais

Le Quichotte de Cervantès
Le Gulliver de Swift
Le Narrateur de Proust
Le Vendredi de Defoë
Le Quasimodo de Hugo
L’Ulysse d’Homère
Le Siddharta de Hesse
Les deux Sganarelle de Molière
Le Simplicius de Grimmelshausen
Le Philéas de Verne
L’Achab de Melville
Le Willy de Miller
Le Je de Rimbaud
Le Melmoth de Maturin
Le Roméo de Shakespeare
L’Oliver de Dickens
Le Chingachgook de Cooper
La Tadzio de Mann
Le Genji de Dame Murasaki
Le Rodin de Sade
L’Akaky de Gogol

Trad. 24 Mai 2009

jeudi 14 mai 2009

Entre prédateurs de jardinet


Dans mon petit jardin, un petit animal
Mène sa vie dans la discrétion et le silence.
Peut-être un monstre pour encore plus petit que lui.
Ce n’était pas prévu, mais ce matin
Nous nous sommes rencontrés
Et on s’est regardé sans bouger – lui, peu rassuré
Mais sans s’enfuir pour autant.

De la bonté. Mais laquelle ? Découvrit-il
De la bienveillance dans mon regard ? Et moi –
Ému, que trouvai-je dans le sien de prédateur de jardinet ?
Nous nous sommes quittés, chacun retournant dans son monde
Hors de la vue de l’autre, mais en vérité, c’est le même
Nous n’avons simplement pas les mêmes victimes.

Après, j’ai pensé à Larkin, sa tondeuse, son hérisson
Qui a donc eu moins de chance que ma bestiole à moi
– Je n’ai guère de belles herbes dans mon pauvre jardin –
Et je me suis dit, me voyant dans la bête et dans l’autre poète :
Si c’est comme ça, si l’on risque de mauvaises rencontres
Mieux vaut encore crapahuter dans les friches
Que profiter d’un terrain par trop soigné.

14 Mai 2009

mercredi 6 mai 2009

Une question de principe


Il n’y a pas assez de place ni d’espace en ville.
Pour avoir de la place et de l’espace, il faut
Quitter la ville.
La grande maison dont on a besoin
Se trouvera en rase campagne.
Ne la cherche pas en ville, la plus
Tentaculaire des métropoles est trop petite, elle
Ne s’y trouve pas, ta maison.
En rase campagne, si.

Il y a beaucoup de place en rase campagne.
Assez pour une demeure des plus spacieuses.
La campagne ne s’en ressent guère, elle reste rase
Comme si de rien n’était ; une demeure
Aussi grande soit-elle, malgré toute sa place
N’y diminue guère l’espace autour d’elle.
Il n’y aura donc pas seulement
Énormément de place dans cette maison
Mais aussi alentour. Comment dire ? Lovée
Entre l’imperturbable et le généreux, elle paraît
Toujours bien trop exiguë, ta maison
Alors même qu’on l’y trouve.

6 Mai 2009

jeudi 16 avril 2009

Du vivant inconnu

Ce n’est qu’après leur mort que certaines choses se comprennent
De leur vivant, elles demeuraient obscures – elles sont
Comparables aux corps dont les derniers secrets
Ne sauraient se révéler que lors de l’autopsie ;
Or, on ne les éprouve que de son vivant
Et seulement là leur présence pèse
Et leurs secrets ont un sens.

Ce sont les membres du grand club
Des traîtres que l’on peut percevoir partout :
Ceux qui ont leur jeunesse exaltée derrière eux
Et ont appris assez tôt à s’en défaire ;
De la sorte, ils ont réussi
A se faire reconnaître encore de leur vivant
Alors que, de leur vivant, eux aussi étaient inconnus.

Le futur cadavre, du vivant
Déjà, il est quelque peu présent
Et son manque de secret a un sens.
La vision était mauvaise dès le début
Et depuis, elle n’a eu de cesse de baisser :
Mais on peut toujours discerner
Ce qui ne bouge plus.

Les secrets arrachés au mort
Que peuvent-ils avoir à nous dire ?
Le vivant, toutefois, s’est bien exprimé lui-même.
Il s’exprime si joliment dans le vide, ses gesticulations
Vont dans le vide et semblent fort énigmatiques.
Il n’est pas le moins du monde étonnant
Qu’il voudrait être mis en morceaux.

15 Avril 2009

Zu Lebzeiten unbekannt

Nach ihrem Tod erschließen sich manche Dinge
Sie waren zu Lebzeiten unbekannt – es sind
Wie Körper, deren letzte Geheimnisse
Sich erst in der Autopsie eröffnen dürften;
Aber erfahren werden sie doch nur im Leben
Und nur zu Lebzeiten sind sie wirklich zugegen
Und ergeben ihre Geheimnisse eine Sinn.

Es sind die Mitglieder des großen Clubs
Der Verräter, die allenthalben sichtbar sind:
Die, die ihre erregte Jugend hinter sich haben
Und jedenfalls früh genug dazulernten;
Dadurch wurde es ihnen möglich
Noch zu Lebzeiten bekannt zu werden.
Doch auch sie waren zu Lebzeiten unbekannt.

Der künftige Leichnam, zu Lebzeiten
Ist er wohl auch schon ein wenig zugegen
Und ergibt seine Geheimnislosigkeit einen Sinn.
Die Augen waren ja von Anfang an schlecht
Und sie lassen nun eben noch mehr nach:
Es kann aber noch erkannt werden
Was sich nicht mehr bewegt.

Was sollen die dem Toten entlockten
Geheimnisse denn schon zu sagen haben?
Das Lebendige äußerte sich immerhin selbst.
Es spricht so gut ins Leere, seine Bewegungen
Gehen ins Leere und wirken sehr rätselhaft.
Es ist alles andere als ein Wunder
Dass es zerfleddert sein will.

15. April 2009

dimanche 12 avril 2009

Morts

Comme Sylvia Plath le remarque déja
La mort se rencontre sous deux formes opposées :
L’une, marmoréenne (la mort dans la glace ou en statue de sel)
L’autre, mollassonne – celle qui nous fait se décomposer dans
_______________________________________ l’humus tiède.

Cette deuxième manière d’être macchabée est à la portée de tous
Et il ne faut même pas casser sa pipe pour cela –
Très souvent il suffit de vieillir.

Pourrissant ainsi, suis-je donc mort
Et capable d’affirmer qu’il n’y a plus rien après
Car pour moi, pris dans ma fange, le pire a déjà eu lieu ?

La pétrification autrement noble de quelques heureux élus,
_________________________________
serait-elle préférable ?
Que la vie est stylisable et réifiable à loisir, serait-ce là une
________________________________________ consolation ?
Cela ne signifie qu’une mort sous anesthésie, pour des douillets.

La mort à travers des jumelles ou vue de très près :
S’il était possible d’apercevoir la chose intime à distance
De telles question de vie ou de mort ne se poseraient même plus.

Mais nullement parce qu’il n’y aurait plus de mort ;
Ce serait plutôt la vie qui serait abolie.

8 Avril 2009


Tode

Wie Sylvia Plath schon vermerkt
Kommt der Tod in zwei Gestalten vor:
Einer marmorstarren (als Eis- oder Salzsäulentod)
Und einer weichen – der des Verfaulens im lauem Erdboden.

Diese zweite Art, mausetot zu sein, ist für einen jeden erreichbar
Und man muss dafür noch nicht einmal ins Gras beissen –
Zu altern ist meist völlig ausreichend.

Sollte ich also schon tot sein, wenn ich so verrotte
Und sollte sagen können: Es kommt wohl nichts mehr danach
Denn in meinem Morast habe ich das Schlimmste ja schon hinter mir?

Ist der hohe Versteinerungstod weniger Auserwählter dem vorzuziehen
Die Stilisierbarkeit, Verdinglichung des Lebens etwa ein Trost?
Es bedeutet nur den Tod unter Narkose, für Empfindliche.

Tod durch ein Fernglas oder aus nächster Nähe:
Wäre es denn möglich, das Eigene von weitem zu sehen
Stellte sich diese Frage von Leben oder Tod überhaupt nicht mehr.

Aber nicht deshalb, weil es etwa keinen Tod mehr gäbe;
Vielmehr wäre das Leben abgeschafft.

8. April 200
9

dimanche 1 mars 2009

Anderswo ausgeschieden 3 - Ein Elfenmärchen zwischendurch

Wurde nicht aufgenommen in meine kleine Gedichtsammlung „Anderswo ist auch Natur", die als Hörbuch bei Aton+HRM erhältlich ist.

Als es gerade anfing aufzuhellen,
Jedoch der Teich selbst noch im Dunkel lag,
Nur durch das Röhricht an erahnten Stellen
Kaum schillernd schon so etwas schien wie Tag –

Erfanden sich in nebligen Gewanden
Über dem Wasser schwebende Gestalten,
Die zwar sogleich wieder im Nichts verschwanden,
Doch lange Zeit noch im Gedächtnis hallten.

Ich weiß nicht, ob das etwa Elfen waren
– Ich schlief ja selbst, mit all den andern Tieren –
Doch als die Sonne kam, war im Gebaren
Der frühen Welt noch etwas zu verspüren.

Was über Schilfrohr schwirrt, sind nur Libellen,
Was schillert, ist nur Tau, im Netz gefangen;
Doch als es endlich anfing aufzuhellen,
Ist nicht die ganze Nacht am Teich vergangen.

25. September 2008

mardi 3 février 2009

Les péchés capitaux chez l’artiste / Die Kapitalsünden beim Künstler


AVARITIA – L’avarice


Elle a quoi comme gueule, l’avarice d’un artiste ? Normalement, le gars ne désire pas les choses d’autrui, mais les siennes. Son avarice consiste en ce qu’il veut avoir autour de lui un maximum d’objets de valeur ; souhaitant vivre au milieu de belles choses, il ressemble en cela à quasiment tout le monde. Or, comble d’avarice et de radinerie, il refuse de les acquérir, ces joyaux ; il entend se les fabriquer lui-même ; et si possible à partir d’un tas de poubelle. Il n’y a pas plus avare qu’un artiste. Le collectionneur, qui aime en prendre de la graine, est son seul copain issu de milieu hostile.

AVARITIA – Die Habsucht

Wie sieht sie aus, die Habsucht eines Künstlers? Der Kerl will ja normalerweise keine fremden Dinge, sondern eigene. Seine Habsucht besteht darin, dass er viele teure Wertgegenstände um sich versammelt haben möchte. Er möchte, wie beinahe jedermann, von schönen Dingen umgeben sein. Nur will er die Pretiosen vor lauter Habsucht und Geiz nicht erwerben, sondern selber fabrizieren. Und zwar möglichst aus einem Haufen Schrott. Etwas Habgierigeres als so einen Künstler gibt es nicht. Der Sammler, der sich gerne ein Stück davon abschneidet, ist sein einziger Kumpel aus Feindesmilieu.


LUXURIA – La luxure


Les plus luxurieux, on le sait, ce sont les vieux sculpteurs. Tripotent à longueur de journée des nudités. Plus tellement maintenant, mais c’est plutôt dommage et on y reviendra certainement. Sans luxure, ça ne marche pas. Chez personne. Sans luxure, pas besoin d’art. Nous devons donc exiger quelque luxure, même de la part du public. La luxure, nous ne devons surtout pas la vouloir réservée au processus créatif. La luxure doit régner partout, et aussi chez les incapables. La luxure, serait-elle vraiment un péché ? A partir de quand le deviendrait-elle ? Généralisée, le resterait-elle ? L’artiste hausse les épaules. Lui, qui se fait une idée de tant de choses, là, il donne sa langue au chat.

LUXURIA – Die Wollust

Die Wollüstigsten sind bekanntlich die alten Bildhauer. Schnippeln von morgens bis abends an nackten Leibern herum. Heute nicht mehr so sehr, aber das ist ja auch eher traurig und bleibt sicherlich nicht so. Ohne Wollust geht es nun wirklich nicht, bei keinem. Ohne Wollust, kein Bedürfnis nach Kunst. Also müssen wir auch vom Rest Publikum einen Rest publikümlicher Wollust verlangen. Wir dürfen das nicht für den Schöpfungsprozess reserviert wissen wollen. Die Wollust muss überall herrschen, selbst bei den Nichtskönnern. Gehört Wollust tatsächlich zu den Lastern? Ab wann wird sie dazu? Bleibt sie es, einmal zum Allgemeingut geworden? Der Künstler zuckt mit den Schultern, denn er, der von so vielem eine Ahnung hat, davon hat er nun wirklich keine.



SUPERBIA – La superbe


Mais il était partout, celui-là. « Puis l’apparition du Zambèze, voilà une merveille ! » C’est Monsieur le Conseiller Municipal qui parle de son voyage en Afrique. L’artiste qui, lui, ne voyage guère – de l’Afrique n’en parlons même pas – acquiesce, pensant en son for intérieur : si ce Zambèze avait vraiment pu la faire, son apparition, c’est ça qui aurait été merveilleux ! Car une apparition à des yeux de conseillers municipaux ne vaut pas grand’chose. Ce n’est sûrement pas une merveille. Pour être plus qu’un simple fait, il y faut d’autres mirettes, se dit-il. Mais lui, personne ne le subventionne.
Nous pensons que cet artiste a tort d’être aussi négatif. On ne peut pas tout avoir ici-bas, il devrait le savoir. Il y a suffisamment de soi-disant collègues à qui l’Etat les paye bel et bien, de tels voyages ; c’est que lui, il n’a jamais voulu faire le nécessaire. La superbe fait peut-être le maître, mais elle n’aide pas beaucoup si on veut se promener aux frais de la princesse. S’il veut voir le monde, ou le convaincre, un artiste doit se limiter à jouer l’orgueilleux.

SUPERBIA – Der Hochmut

Wo der schon überall war. „Der Durchbruch des Sambesi war märchenhaft!“ sagt der Stadtrat nach seiner Afrikareise. Der Künstler, der kaum jemals verreist, von Afrika ganz zu schweigen, nickt dazu, doch denkt bei sich: Hätte der Sambesi seinen Durchbruch geschafft – das wäre märchenhaft gewesen! Denn ein Durchbruch bei Stadträten ist ja nicht viel wert. Märchenhaft ist er garantiert nicht. Um mehr als eine Tatsache zu sein, sagt er sich, dafür braucht es andere Augen! Aber ihn fördert ja keiner.
Wir meinen, dieser Herr Künstler irrt sich mit seiner negativen Haltung. Denn man kann hienieden nicht alles haben, das muss auch er wissen. Es gibt genug sogenannte Kollegen, die solche Reisen auch vom Staat bezahlt bekommen, aber er weigert sich ja, das Nötige zu tun. Hochmut mag zwar den Meister machen, aber man kommt damit nicht auf fremde Kosten in der Welt herum. Wenn er die Welt sehen möchte, oder sie überzeugen, darf ein Künstler den Hochmütigen nur spielen.



GULA – La gloutonnerie


En art, la gloutonnerie signifie presque toujours l’absorption de liquides. Il est rare qu’un artiste ingère trop de bouffe, en revanche très souvent il picole trop. Pouvoir créer un chef-d’œuvre en état d’ébriété avancée est un privilège, par des raisons de sécurité publique, réservé à lui seul. Mais, passablement bourré, tout le monde devient un tantinet génial. Puis ça cuve et oublie tout.

GULA – Die Völlerei

Völlerei in der Kunst ist fast immer der Konsum von flüssigem Füllstoff. Der Künstler überfrisst sich selten, aber häufig pichelt er zu viel. Die Möglichkeit, im Suff Meisterliches zu schaffen, ist sein großes Privileg. Aus Sicherheitsgründen ist das allerdings nur ihm vorbehalten. Aber ein klein wenig genial macht ein Vollrausch auch die anderen. Doch dann schlafen die ihn aus und vergessen alles.


ACEDIA – La paresse


La paresse est peut-être une vertu en art. Les artistes travailleurs ne dilapident pas seulement leur propre capital énergétique, encore gèrent-ils les affaires de l’art même de manière gaspilleuse.

ACEDIA – Die Trägheit

Auch Faulheit mag zu den künstlerischen Tugenden zählen. Fleißige Künstler sind nicht nur die Verschwender ihrer eigenen Energie, sondern sie gehen geradezu verantwortungslos mit der Kunst selbst um.



IRA – La colère


La colère, pour peu qu’elle soit sainte, ne constitue certainement pas un vice. La sainte colère de l’un est la guerre sainte de l’autre, pour ainsi dire. L’artiste, lui, mène encore une autre croisade. De quelle colère s’agit-il lorsque le soir, gavés par le petit écran d’incompréhensibles horreurs, les spectateurs se scandalisent ? Est-ce de la sainte colère qui les fait quasiment s’écrouler sur leurs clic-clac face à tant d’injustice ? La guerre, pourrait-on penser, ne dégoûte pas tout le monde autant que ces gens-là, bientôt poussés hors du salon par la colère. Le samedi, notre artiste les croise en ville, agglutinés en s’époumonant pour la paix. Et voilà que l’artiste aussi se met en colère. En route avec son filet à provisions, se découvre-t-il l’âme belliciste ? L’envie lui prend-elle de dégoupiller ses fruits pour les lancer à la figure de ces spectateurs à bout de nerfs, à seule fin de donner un sens à leur rage impuissante ? Mais quelle mouche le pique donc, l’artiste en question, passé maître en détournements, partant opposé à tout ce qui renvoie à la tour d’ivoire ?


IRA – Der Zorn


Zorn, wenn es nur ein heiliger ist, stellt beileibe kein Laster dar. Des einen heiliger Zorn ist quasi des anderen heiliger Krieg. Der Künstler aber führt noch einen ganz eigenen Kreuzzug. Um welchen Zorn handelt es sich, wenn die Zuschauer sich über die unerklärlichen Schrecken, mit denen der Bildschirm sie füttert, allabendlich furchtbar erregen? Ist es heiliger Zorn, was sie vor lauter Unrecht auf dem Klappsofa selber zusammenklappen lässt? Krieg schlägt, könnte man denken, nicht jedem so auf den Magen wie diesen Leuten da, die der Zorn schließlich aus der Stube treibt. Am Samstag kreuzt unser Künstler sie in der Stadt, wo sie sich im Haufen die Kehle nach Frieden heiser schreien. Doch da gerät der Künstler seinerseits in Zorn. Entdeckt er, unterwegs mit dem Einkaufsnetz, etwa plötzlich seine Kriegshetzerseele? Packt ihn die Lust, sein Obst wie Granaten zu entsichern und diesen Zuschauern, die es nicht mehr mitansehen können, in die Visagen zu schleudern, nur um ihrer ohnmächtigen Wut einen Sinn zu geben? Was ist bloß los mit dem fraglichen Künstler, geübt in Zweckentfremdung, und mithin allem Elfenbeintürmlichen abhold?


INVIDIA – La jalousie


La jalousie est d’habitude, entre artistes, un stimulus puissant. Mais désormais ce sont ceux qui faisaient un excellent public, qui envient aux artistes l’artistitude, et rien n’est plus néfaste pour l’art. Grâce au progrès social, l’ancien public éduqué a pu dépasser ce qu’il considère, à tort, comme une attitude de consommation passive. Il se découvre dès lors, lui aussi, parmi les créatifs, en état de latence, voire actifs. La sécurité que procure à l’ancien public sa belle situation ne sert, pense-t-il peut-être, que de base matérielle à davantage de créativité. Ainsi ne reste-t-il plus que des « boulots alimentaires ». Mais subsiste quand même de la jalousie, engendrée ne serait-ce que par la peur d’être méconnu. Cependant, l’artiste ne méconnaît personne, surtout pas son ancien public, il sait que la vie est dure pour tout le monde. Seulement, lui aussi a ses petits problèmes. A la longue, c’est lassant de s’occuper à plein temps de ce qui ne représente que le passe-temps d’un ancien public. Les raisons en sont multiples ; or, sa dèche inévitablement croissante n’y a guère de part. Mais allez expliquer cela aux profiteurs de la modernité...


INVIDIA – Der Neid


Neid wirkt sich unter Künstlern meistens produktiv aus. Doch neuerdings neiden die, die einst ein herrliches Publikum waren, dem Künstler das Künstlertum, und es gibt nichts Gefährlicheres für die Kunst. Dank des gesellschaftlichen Fortschritts hat das gebildete ehemalige Publikum überwunden, was es fälschlich für passives Konsumentum hält, und darf sich ebenfalls als latent, wenn nicht aktiv Schöpfendes begreifen; die finanzielle Sicherheit, die ihm seine Versorgtheit an besserer Stelle gewährt, stellt, so redet es sich vielleicht ein, ja auch nur den Untergrund für weitere Kreativität dar. So gibt es offenbar nur noch „Brotberufe“. Ein Neid bleibt dennoch bestehen, und sei es auch nur aus der Angst heraus, verkannt zu werden. Aber der Künstler verkennt doch nicht, vor allem nicht sein einstiges Publikum, er weiß doch, wie schwer es jeder hat. Nur: er hat es eben auch nicht ganz einfach. Es ist auf die Dauer keine besondere Freude, sich im Hauptberuf mit dem herumzuschlagen, was eines einstigen Publikums alleiniges Hobby ist; die Gründe dafür sind mannigfaltig, des Künstlers unweigerlich steigende Geldknappheit indes zählt kaum dazu. Aber mach das einmal den Modernitätsgewinnlern klar...

22/1/09

lundi 19 janvier 2009

Anderswo ausgeschieden 2 - Außer Konkurrenz

Wurde nicht aufgenommen in meine kleine Gedichtsammlung „Anderswo ist auch Natur", die als Hörbuch bei Aton+HRM erhältlich ist.

Weil es im Teich zwar viel Geflecht,
Doch keinen rechten Hecht nicht gab,
War dort ein Karpfenknilch der Hecht
Und brachte Hinz und Kunz auf Trab.

Solange nur ein Karpfen tut,
Als sei er Hecht im Karpfenteich,
Macht das zwar nicht den Teich kaputt,
Jedoch für Wirbel, dafür reicht's.

War zwar ein falscher Hecht der Karpf
–– Milchzähnchen hinter Pustebacken ––
Doch meinte, dass er alles darpf –
Vor allem, sinnlos Wellen schlagen!

'Nen Hecht in diesen Teich zu setzen
Stand sicher niemals zur Debatte;
Wodurch er, dieser Ekelfetzen,
Noch lang den Hecht zu spielen hatte.

25. Februar 2008

samedi 17 janvier 2009

Drei Gleichnisse aus dem Monoprix


1. Das Monoprix-Gleichnis von Vincennes


Der Monoprix von Vincennes ist an einer Stelle, an der diese Supermärkte meistens einen Spiegel haben, offen, man kann auf die andere Seite sehen. Es ist mir mehrmals passiert, dass mir jemand entgegenkam und ich mir sagte: Seltsam, so sehe ich aber nicht aus! Ich bin mir in Supermärkten seither nie mehr so richtig sicher und stelle mir auch überhaupt Fragen über mangelnde Verspiegelung.
Ich vermute ja nun, dass auch der Himmel offen ist, und käme ich hinein, fürchte ich, würde ich mich auch nicht wiedererkennen. Man muss wirklich aufpassen, wenn man sich nicht selbst entgegenkommt.


2. Das Monoprix-Gleichnis von Montreuil

Als Aasfresser muss man im Monoprix von Montreuil immer aufpassen, dass man nicht ganz schlimm krank wird. Man muss sich beeilen, darf bei keiner Entscheidung auch nur ein klein wenig Zeit verlieren, denn der Bereich, in dem die Metzgereiprodukte ausliegen, ist stark unterkühlt, man denkt sich: Vorsicht, so halten sie ihr Fleisch möglichst lange jung! Man kann in diesem klirrenden Leichenschauhaus das vergammelte dann gar nicht mehr vom frischen unterscheiden.
Kälte ist ein billiger Gleichmacher. Dieser Monoprix überzeugt mich davon, dass überall nur gekühlt wird, um zu sparen. Doch hält sich auf Eis das Tote nur scheinbar etwas länger am Leben, begegnet das leichtgeschürzte Lebende dort tatsächlich seinem Tod.


3. Das Monoprix-Gleichnis des II. Arrondissements

In den verhältnismässig teuren Monoprix-Supermärkten trifft, namentlich in der noblen pariser Innenstadt, der müde Besserverdienende, der direkt aus seinem Büro kommt, am Abend auf ein selbstbewusstes Völkchen gepiercter Sozialhilfeempfänger, das seine Kaufkraft lieber hier ausgibt als bei Lidl, zu dem es sich in etwas ärmere Viertel bemühen müsste. Aber ein Recht auf Eleganz hat schließlich jeder. Ich gehöre weder zu der einen, noch zu der anderen Kategorie, ich weiß auch nicht, wer mir näher steht, gesellschaftlich, gedanklich und gefühlsmäßig, ich fühle mich in gemischter Gesellschaft immer etwas verwirrt, verlasse die Läden meist wieder, ohne etwas gekauft zu haben. Ich sage mir: Hätte ich ein Publikum für meine kleine Literatur, wollte ich es lieber nicht kennenlernen...

16. Januar 2009

vendredi 16 janvier 2009

Anderswo ausgeschieden 1 - Noch so ein Problem, Bär!

Wurde nicht aufgenommen in meine kleine Gedichtsammlung „Anderswo ist auch Natur", die als Hörbuch bei Aton+HRM erhältlich ist.

Im Tierpark von Herrn Hagenbeck
Beklagt sich Mark, der Kragenbär:
„Man nennt mich hier den Kinderschreck
Dabei lieb ich die Kleinen sehr.”

Es krächzt die Eule Emma aus
Athen von ihrem Vogelhaus:
Wer nennt Sie hier 'nen Kinderschreck
Mark Kragenbär von Hagenbeck?
Ich hab auch Ohren mitbekommen
Und so etwas noch nie vernommen.
Doch schaun Sie mal den Kragen an,
Da hängt was Gelbes vorne dran!”

Giraffe Gudrun, der Bär Mark
Seit langem schon den Kopf verdreht
(Und zwar weil sie auf Schlipse steht
Wie vorn an Mark der Sabberlatz)
Beruhigt ihn: „Ist doch nur Quark –
Die Eule hat 'ne Meise, Schatz!”

So hält sich Mark, der Kragenbär
Im Tierpark von Herrn Hagenbeck,
Noch heute für 'nen Kinderschreck,
Doch merkt nicht mal, dass in der Tat
Er vorn was Gelbes baumeln hat
...Was zwar die Kleinen kaum geniert
Doch Eulenaugen echt schockiert.

20. Februar 2008

mercredi 7 janvier 2009

Gleich fliegen die Flamingos davon


Es ist nicht die Schuld der Flamingos, dass sie wenig mehr als freilebende Wellensittiche sind.

So etwas wie eine tierische Yuccapalme zu sein - diese Yuccapalme, die im Lebensraum des Zivilisierten den Gummibaum ersetzt hat und das historische Usambaraveilchen - ist traurig, aber wahr. Deshalb sehen wir manche Tiere auch von recht nahe.

Einmal in unseren Gefilden angekommen, bleibt keiner lange exotisch. Man atmet unsere verpestete Luft und bekommt in Stubenwärme und gewisser Gemütlichkeit umgehend die Räude des Gewöhnlichen verpasst. Wer denkt noch an die Eukalyptussavanne, sieht oder hört er einen Wellensittich? Dem Tierchen dürfte es gelegen kommen, nicht mehr allzu entfremdet zu sein; der kleine Liebling mit dem Migrantenhintergrund hat sich eingelebt und pickt zur Sicherheit die bewährten Jod-S11-Körnchen. Der Federschmuck, den er nach wie vor trägt, beeindruckt erwachsene Menschen allerdings nicht mehr, er hat einen staubigen Hauch von altem Spielzeug, und die tarnende Kriegsbemalung ist auch sinnlos geworden. Obschon unfreiwillig zugeflogen, fügte sich der Sittich sofort in die trübste Wohnzimmeratmosphäre ein. Auch wenn er ihn nicht unbedingt gesucht hatte, so fand er, wie wir, doch den Weg aus der Wildnis, und das büßt er nun mit ästhetischer Verkümmerung. Er interessiert nur noch Kinder oder einsame alte Leute.

Zumindest in dieser einen Hinsicht sind Flamingos doch noch andere Vögel: solche, die nach wie vor bei jedem ein gewisses Fernweh hervorrufen, und sei es auch wiederum nur das nach einem Florida, das so traumhaft ist, wie es eben ein Bildschirm erscheinen lassen mag.

Die ungebändigten schlanken Schönheiten, die wir hier bei Narbonne vor industriellem Hintergrund versammelt sehen, heben jetzt gleich ab und drehen dann noch eine kurze Runde, bevor sie sich an praktisch derselben Stelle wieder zu uns herablassen. Weiter wollen auch sie nicht.

Für uns, die wir hintereinander am Randstreifen parkten und Seite an Seite, gleich Japanern oder Spatzen auf einem Leitungsdraht, mit Digitalgeräten den Schwarm noch etwas näher an uns heranzoomten, war es aber doch ein unerwartetes Erlebnis. Man verlangt ja nicht viel von seiner Umgebung, nicht mehr jedenfalls als Wellensittiche oder diese Flamingos, die für den einheimischen Muschelzüchter vielleicht fast so etwas wie rosarotes Ungeziefer darstellen.

7. Januar 2009

vendredi 12 décembre 2008

Fun Explosions of Faith

On holy eve
A benison spoke o'er
A sparkling silver beaker
Plunged into soft candle light
A Santa Claus, rosacea and snow
A crimson padded satin sacred heart
A seated orange Buddha, lit by silky blazes
An angel out of gold foil and nacreous elfin hair
Some pearly saints in tawdrily yspotted witch attire
A lustrous jet-black Kali, spitting onyx, onyx weaponed
A jug-eared Ganesh, shell pink, chubby purple, saffron-clad
A motley gang of wax apostles, hands raised twixt carnations
Rati as buxom nymphet of the lushest green, astride her parrot
A hunky martyr youth, dripping sanguine in shimmer and sheen
Such bulging 'ceps you'd crave to lick the glitz off 'em gashes
Either Devaki-Krishna or Virgin Mary with the Child––too
Tangerine and augustly enthroned to tell those four apart
A glossy ivory evangelist of absolutely fey appearance
The Lord made hot-toned flesh in blond a surfer boy
A meek-faced Savior, cloyingly lithe, sequinèd as
A leaping dolphin, partly unadhering, ironed on
A spangle-studded teenie tank top ocean sky.
Who's lacking in this gaudy little game?
Where are the earnest ones that blast
So hard to just make good for it?

December 12, 2008

jeudi 11 décembre 2008

La tumba de Antonio Machado

La tumba de Antonio Machado y de su madre
Tiene buzón en su losa, lo que permite a todo
Poeta aún vivo echar un sobre, tal vez con
Su deseo más ardiente y atrevido. Está previsto que
El muerto y su madre intercedan ante las instancias
Competentes para que lo cumplan. Curioso como soy
Hubiera querido meter mi mano en la caja abarrotada
Para sacar uno u otro de esos papelones y descifrarlo.
Por devoción ni siquiera lo intenté, devoción más por
El poeta a quien le quedaría algún anhelito por formular
Que por el poeta ya complacido en todo, o su mamá.

24 de Noviembre 2008

La tombe d'Antonio Machado

La tombe d'Antonio Machado et de sa mère dispose d'une
Boîte à lettres, ce qui permet à tout poète encore en vie
D'y glisser une enveloppe, éventuellement contenant
Son plus ardent et téméraire souhait. Il est prévu que
Le mort et sa mère intercèdent auprès des instances
Compétentes pour le voir exaucé. Curieux comme je suis
J'aurais bien aimé piocher dans la boîte remplie à ras bord
Afin de récupérer et pouvoir déchiffrer l'un de ces papelards.
Or, par piété je n'ai même pas essayé – davantage dévotion
Envers le poète à qui il resterait quelque petit vœu à formuler
Qu'envers le poète déjà comblé en tout, ou sa maman.

Trad. 24 Novembre 2008

Das Grab von Antonio Machado

Das Grab von Antonio Machado und seiner Mutter ist
Mit einem Briefkasten versehen, was es jedem noch lebendigen
Dichter ermöglicht, einen Umschlag einzuwerfen - eventuell
Mit seinem sehnlichsten und kühnsten Wunsch. Es ist vorgesehen
Dass der Tote und seine Mutter sich bei den dafür zuständigen
Instanzen um dessen Erfüllung bemühn. Neugierig, wie ich bin
Hätte ich nur zu gerne in den vollgestopften Kasten gegriffen
Um den einen oder anderen Wisch herauszufischen und zu entziffern.
Aus Pietät hab ich es noch nicht einmal versucht. Pietät wohlgemerkt
Gegenüber dem Dichter, der noch ein kleines Anliegen auf Lager hätte
Und nicht etwa dem, der schon restlos befriedigt wurde, oder seiner Mama.

Übers. 11. Dezember 2008

mercredi 10 décembre 2008

La cloche de bois

When dawn was lean, I as a cat
Moved on by moonlight flits;
I've learned to settle bits by bits
––Too much fish head, too fat.

That wooden bell that once has rung
Recalls unmindful dawn:
I ran to what I since live on
So fleet when waste was young.

Since bones grew moldy, head and all
Naught but that record slim:
Have gone out on the mossiest limb
For all odd fear to fall.

December 4, 2008

mardi 9 décembre 2008

Neuf genres d'habillé - 1 L'habillé apparition

Pour être habillé classe
Il ne faut pas uniquement
Que les frusques soient à la mode
Mais aussi qu'elles ne soient pas portées depuis trois jours
Ou toutes chiffonnées après une nuit sur un canapé de fortune.

Le beau Brummell, lui
Qui a dû en passer, de longues soirées arrosées :
Dans quel état était-il après l'une de ces nuits blanches ?

Le très-beau, sagement, il s'éclipse sur le
Coup de minuit, alors que les autres gars restent
Jusqu'au petit matin, se tirant, ébouriffés, avec leurs conquêtes.

Il en va de même avec la vérité qui, elle aussi
Ne se révèle qu'après une épreuve des plus rudes ––
Démontrant qu'elle n'est que d'essence tout à fait ordinaire.

15 Novembre 2008

lundi 8 décembre 2008

Neuf genres d'habillé - 2 L'habillé apparat

Si l'habit fait le moine
Et si l'habit fait aussi le cardinal à collège
L'habit fait encore plus certainement le mannequin.

Vêtir un jeune squelette
Ou revêtir un patriarche bedonnant
N'est certes pas pareil, le cintre frivole diffère de l'arc sacré
Mais ces apparences ne nous apprennent que peu.

Autrement comme surgis
D'outre-tombe, les os grelottant, en
Effroyable rappel de la vanité des modes
La vue du squelette sur la mondaine passerelle
Serait insupportable sans le linceul flottant autour ;

Tandis que l'homme enrobé, investi par la foi
Saint fromager ou éminence de saindoux
Sans la haire ou la pourpre pompeuse
Resterait bien de ce monde-ci.

16 Novembre 2008

dimanche 7 décembre 2008

Neuf genres d'habillé - 3 L'habillé sitôt

L'enfant à peine né
Vite fait il se trouve engoncé
Couches et tout, dans une grenouillère.
Je me demande toujours comment cela se fait.

Essayez donc de l'enfiler
A votre animal chéri, vous allez voir
Avec quelle force élémentaire il s'y prend
Pour s'en débarrasser, on dirait qu'il lutte pour sa vie.

L'enfant, lui, se laisse faire.
Ce n'est pas une bête de somme dressée
Qui entre-temps rentre sous le harnais d'elle-même ;
Et pourtant, quelle docilité pour devenir maître du monde !

16 Novembre 2008

samedi 6 décembre 2008

Neuf genres d'habillé - 4 L'habillé injuste

On peut être habillé, et bien
Et pourtant très, très mal habillé.

On ne se promène pas en frac en ville.
Celui qui le fait, a l'air d'un clown.
Un clown, est-il mal froqué ?

Certes pas, si le clown est habillé en clown ;
Certes oui, si le quidam s'est habillé en clown.
Le quidam n'est pas assez clown en soi, et ce frac
Si tu n'as pas d'autres excuses, pauvre quidam
Laisse-le tout simplement dans ton armoire.

Ce n'est pas parce que tu l'as acheté avec tes sous
Que tu peux faire tes courses au marché en frac.
Le monde est compliqué, et son regard injuste.
Il ne suffit point de posséder un joli frac ;
En plus, il te faut de jolies invitations
Pour le mettre en toute impunité.
Seul en frac, t'es ridicule.

17 Novembre 2008

vendredi 5 décembre 2008

Neuf genres d'habillé - 5 L'habillé tout juste

On a parlé du nu, on parle désormais de l'habillé.
Il y a les habillés injuste, juste, et tout juste.
Ce dernier se tricote à la lisière
Du pratiquement nu.

Or, il s'en distingue
Parce que le presque nu
Vise le déshabillé complet
Alors que l'habillé tout juste
Va vers
davantage de garde-robe.
Cet habillé-là, quoi que l'on en pense
Correspond bien à un verre qui se remplit.

La taille du string, on s'en tape ;
Ce qui compte est la tendance lourde.
Et le sens de l'histoire dans le cas présent
D'un habillé tout juste, va vers plus de justesse.
Il va vers l'habillé juste en partant du tout juste habillé.

On demande bien sagement :
Je peux entrer, t'as mis ton rikiki ?
Et non pas : M'enfin, quand donc est-ce
Que tu le tomberas à la fin, ce voile ultime ?

17 Novembre 2008

jeudi 4 décembre 2008

Neuf genres d'habillé - 6 L'habillé entrailles

Celles et ceux qui s'habillent en noir
Ne mettent parfois que des habits de circonstance.
S'ils s'habillent ainsi, cela ne veut pas dire qu'ils se sentent
D'humeur sombre, mais qu'ils se dirigent au cimetière par
____________________________________________exemple.

Qui s'habille ainsi en noir, devrait s'habiller autrement en dessous.
Etre tout de noir vêtu, l'être à fond, jusque dans son linge
Peut être fort mauvais signe. Cela peut signifier
Que l'on anticipe en plein enterrement
Une dénudation intéressante.

Mais, diable, par qui ?

Les dessous noirs, portés aux circonstances
Peuvent signifier que le visible trompe son monde ––
A l'instar de ce même monde qui a bien des entrailles noires.

17 Novembre 2008

mercredi 3 décembre 2008

Neuf genres d'habillé - 7 L'habillé periculum in mora

Si tu enfiles l'habit de lumières, matador
Tellement seyant avec son or et ses paillettes
La taleguilla serrée, mettant les fesses en valeur
De belles fesses de héros, dis, fais attention à la bête !

Peut-être l'as-tu mis chez toi, devant la glace
Et la bête, sous la mère, tète encore sur le campo…
Bêtises – la bestiole est déjà là, attirée par la seule tenue.
Cet habit, sans le péril en la demeure, reste une affaire risquée ;
Qui sait si la bête n'est lancée à tes fesses que pour détourner
__________________________________________l'attention ?

En cas de danger, c'est certain, le camouflage paraît plus
________________________________________ __approprié ;
Mais exhorte-le, ton héros, à vaquer à la faena vêtu en civil –
Tu verras, avec un geste outrancier il éclatera de rire.

17 Novembre 2008

mardi 2 décembre 2008

Neuf genres d'habillé - 8 L'habillé esquimau

L'habillé esquimau ne protège pas seulement du blizzard
Il protège aussi du regard indiscret des camarades esquimaux.
Déjà pénible qu'on ne saurait être protégé de sa propre
_________________________________________ indiscrétion.

La familiarité n'aide en rien, pourtant habitués on reste des
_____________________________________________curieux
Guère davantage indulgents avec les formes entr'aperçues
A la pénombre de l'iglou, ou dans un débris de miroir.

Nous qui derrière nos affûts de glace aimons autant la vue du
_____________________________________ phoque blanchon
Qu'en plissant les yeux la lointaine toilette de quelque congénère
_____________________________________________ choisie
Frappant, avec quelle insistance notre propre moi peut réclamer
De demeurer fourré sous un boisseau bien fourni en fourrure
Et combien, emmitouflé, il nous y paraît mieux logé
Même si, vers l'été, le climat devient clément.

Pour comprendre, prenons le lièvre arctique.
Lui, en son état naturel, passe quasiment inaperçu
Et dépouillé de son pelage, il devient méconnaissable ;
Une fois écorché, il pourrait être n'importe quoi ;
C'est ainsi que, pour rester nous-mêmes, nous
Devons nous attifer tels que nous sommes.

17 Novembre 2008

lundi 1 décembre 2008

Neuf genres d'habillé - 9 L'habillé inscriptible

On n'est pas des cloportes.
On est doux et élastique, le corps humain
N'a pas besoin d'armure externe pour tenir son rang – un
Mobile et le v'là qui s'érige en spectacle, ça tient debout tout seul.

Malheureusement pas toujours.
Parfois, même titillé avec insistance
Il ne se lève plus. Alors, on lui colle un plâtre, une
Minerve, des attelles, un bandage, des bas de contention
Et tout un ceinturage fait de gaines qui le soutiendra encore mieux
Dans ses mollesses impuissantes que le balconnet à baleines des
_________________________________________ beaux jours.
Déshabiller la personne signifierait alors enlever à la maison
___________________________________________ branlante
L'étayage essentiel – tout s'écroulerait sur-le-champ !
Est-ce vraiment une tenue dont on se félicite ?
Ce sont là de véritables habits de poupée…

Par chance, l'être habillé par le plâtrier est un être
______________________________________déresponsabilisé
Qui garde entre tous ces plâtres, ces minerves, attelles, bandages
Gaines et bas de contention le plus souvent le cul en l'air
Affligé du coup d'un sexe particulièrement exposé.

Affligé, tu dis ?
Dans les pattes des docteurs
L'être habillé par l'art du plâtrier
Est un être certes solidement habillé
Mais ouvert à tous les vents, et heureusement soumis
A plein d'éventualités. Il n'y a pas de plus parfait habillage.

18 Novembre 2008

jeudi 27 novembre 2008

Ein Bild der Ewigkeit
















N
ach dem Ableben eines Zeitgenossen wird
Dessen Grabstein zum zeitgenössischen Porträt.
Wer ein neueres Bildnis des Verstorbenen möchte
Der gräbt besser nicht in der Erde, sondern fotografiert
Ganz einfach den Stein, der über ihm errichtet wurde.
Auch der Stein altert, auch er geht dem Tod zu, aber
So langsam, dass endlich keiner überfordert wird.

Ich, als durchaus sporadischer Friedhofsbesucher
Habe keine besonders pietätvollen Gefühle vor Ort;
Dennoch sagt mir ein Stein mit darauf einem Namen
Den ich kenne, natürlich mehr als der eines unbekannten
Da mir eben auch beim Bild eines mir bekannten Gesichtes
Mehr Erinnerungen kommen als bei dem eines unbekannten.
Das der Witterung unterworfene Antlitz eines Grabsteines
Wird jedenfalls vermöge der Schrift zu einem bekannten.
Oder aber, weil man immer wieder daran vorbeikommt
(Man stellt sich den Erwähnten dann vage danach vor)
Oder weil man es schlicht und einfach wiedererkennt.

Das Besondere am Gesicht eines Grabsteines aber ist:
Man kann sich oft selbst unter einem schon bestehenden
Verscharren lassen und zum Familiengesicht hinzugesellen
Oder die Dinge bis zum Tod schleifen lassen und selbst nichts
Für sich bestimmen; oder, weil man seit jeher dazu neigte
Sich abzusondern, etwas Persönliches für sich erwählen
Von dem niemand anderes weiß, bevor es zu spät ist.
Welche Freude dann, dort zu liegen zu kommen!

Nicht, dass Grabsteine das Leben verlängerten oder
In besonderer Art und Weise die Erinnerung förderten
- Ich für mein Teil erinnere mich nicht genauer an jemanden
Nur weil ich vor seinem Grabmal stehe - sie sind jedoch
Offenbar von beachtlichem Nutzen, geht es darum
Sich vorzustellen, was für einen Anblick man
Nach seinem Tod bieten dürfte. Ich selber
Sehe mich da ja gerne als Findling
Oder als abgebrochene Säule
– Also ganz romantisch –
Nur nicht als glatten
Marmorniemand.

26. November 2008

dimanche 23 novembre 2008

L'image idyllique

Paisiblement au repos entre les cuisses
Tout en rabats, replis et peau excédentaire
Malgré des rondeurs qui trahissent du contenu
Avachi sur le côté qu'il s'est choisi sur son lit poilu
Le sexe de l'homme ne rêve de rien.
Lorsqu'il dort, il ne rêve à rien.
Lorsqu'il se met à rêvasser –
C'en est fini du doux repos.

On a dit toutes sortes de bêtises à ce sujet
Mais l'homme ne voudrait pas être comme son sexe
Il ne voudrait certainement pas être transformé en
Rien qu'une bite énorme. Ce n'est pas vrai, il
Détesterait être réduit à ça. Il est bien
Content que ses rêves éventuels
Ne dérangent pas son repos.

Pour rester au calme au milieu d'un
Bordel fondant sur lui de toutes parts
L'homme dispose des moyens du civilisé.
Il peut dire à son sexe : Je te confie tout ça
Vois un peu ce que tu peux faire avec
Pendant que je reprends mes forces
Puisque j'en ai besoin, moi.

L'homme qui est un feignant
Est tranquille comme un roi lorsque
Cet ingénu qu'est son engin, obligeamment
Se lisse les fronces pour se débrouiller tout seul.
L'homme, lui, se tourne juste un peu dans ses draps
On lui voit la face arrière à présent ; jamais au grand jamais
Il ne voudrait changer de place avec son pauvre sexe.

22 Novembre 2008

Ein Bild des Friedens

Friedlich zwischen den Schenkeln ruhend
Ganz aus Runzeln bestehend und überschüssiger Haut
Trotz der Wölbungen, die auf einen Inhalt schließen lassen
Auf der erwählten Seite schlaff auf sein haariges Bett hingefläzt
Träumt des Mannes Geschlechtsteil von nichts;
Denn wenn es schläft, dann träumt es nicht.
Beginnt es, an Träumen zu spinnen
Ist es aus mit der süßen Ruhe.

Man hat diesbezüglich schon viel Unsinn erzählt
Aber der Mann möchte nicht wie sein Geschlecht sein
Er möchte um Himmelswillen doch nicht zu einem einzigen
Riesigen Schwanz werden. Es ist nicht wahr, so etwas
Wäre ihm ja geradezu schrecklich, er ist froh
Dass eventuelle Träumereien ihm
Die Ruhe nicht verderben.

Um inmitten eines von allen Seiten auf ihn
Einstürzenden Chaos den Frieden zu bewahren
Verfügt der Mann über die Mittel des Zivilisierten.
Er kann zu seinem Genitale sagen: Ich vertraue dir all das an
Schau einmal, was du damit anfangen kannst
Während ich wieder zu Kräften komme
Denn das habe ich bitter nötig.

Der Faulpelz von Mann ist seelenruhig
Während das dumme, dienstfertige Teil sich die
Falten glattstreicht um zu schauen, was zu machen ist.
Der Mann wendet sich bloß ein klein wenig in den Laken
Und man sieht nun seine Rückseite; nie und nimmer würde er
Tauschen wollen mit seinem bedauernswerten Glied.

Übers. 23. Nov. 2008

mercredi 5 novembre 2008

A Gift to the World

Bled white by a sinister clique of billionaires
At length, the Realm hath crowned a sympathetic prince
Who preacheth: "Now rejoice, those remnants we shall
____________________________________share!"
And right, there is no cure for post-rape innocence.

A trusty pilot hence may steer the wreck––let's bless
That quiet man, unflappable, not halfway bonks
So that the braggers can steal out and leave the mess.
The Realm hath made a choice one must receive with honks!

November 5, 2008

mardi 4 novembre 2008

Deeds End

Deeds in a way are investing.
They are offspring and they are raiment.
But never enough to get dressed up conveniently.
All activities, one way or another, are short of a scrap of cloth
They are torn from delivery, they may cover––but
The way mourning week's garments do.

There are tricks to finish up fully togged out by proxy.
These are most common ones.
Acting, belatedly, by passing the buck to offspring
Vesting––them.

It's trickery, and it means frolicking.

Sloppy folks with no offspring
Don't dig those who romped into getting some;
They just sprang themselves
From fancy folks they must consider strait-laced.

They themselves may wear fine tuxedos but no shoes.
They're like bopping around in their stocking feet;
But it is the dance floor that appears slippery
Easy to glide, easy to slide––easy to
Slip into scramble and skid.

The silkiest cummerbund could not save the situation.
Footwear are the last issues to put on.
You'd get laced up by yourself.

October 30, 2008

samedi 25 octobre 2008

How to Slake an Ogre's Thirst

“Until nothing can slake my thirst / But to drink the entire sea.”
Kenneth Rexroth, Marichiko


I had some wisdom in the ogre's eyes before I forgot he'd come to eat me.
I intend to buy me a cottage out in the sticks for my sunset years, I
________________________________________________said.
Styx good, but stupid, he said, no plans, for no sunset, eat you before.
And what to drink with it? I asked; I'll be chewy, hoary meat––chewy.

Easy as pie for a gnawer, he said. But right, where the bottle?
I'll fetch water, I said, hoping that he would let me out.
You stay here, he said, have hands, will squeeze.
It might come in handy, I thought, to be rid of a future.

Relieved from any further worries, I thus leaned back and
Squinted trying to see what I could get for my money right now.
I still couldn't imagine anything else but
That cute cute little country house.

You will once join me out there, I said, you'll be my guest then.
Eat you up on the spot, just as good, he said.
There will be babbling brook quite nearby, I said, for the wash down.
Oh, I think I am cunning in bringing an ogre around.

Brook, he said, gulp in one swig. Brook, he said, whizz in one go.
Ogre like snails and like slugs, he said. Crusty house, but who care?
It'll stand on some headland, I said, above an ocean to swallow.
Say, the guy dragooned me into envisioning an ever grander
_________________________________________tomorrow...

Ocean ain't worth the salt, he said, and reached out and grabbed me.

October 25, 2008

mercredi 22 octobre 2008

Doting Old Girl

She's done something gross, that old floozy.
Well, she did it before but as long as she was looking fine
One could assert that it paid off, and so
Only a few bigoted Puritans complained.
Turning sluttery to account, yes, you got it right––
She went commando ever since she came of age;
But clothing the naked elderly is from now on all the rage.
All her equities sagging she should henceforth
Be better covered underneath.

Folks are ruthless, they advance too much on credit, folks.
They love confidence to get aquiver to distraction
They're mad on lending out a brittle trust, pressing upon
Little Miss Hobnob the most insidious accommodations
By accepting the unsoundest promises of just a period
She wouldn't even be aware of.
Folks are making advances
Expecting the favors of one period in return.

But there's never enough eternity on a period's hands
And––thriftily!––beauty subsides all the time.
Especially when the prospect of a quickie
Has gained so much traction.

Folks before were dismissive of efflux, they
Were blithely disregardful of a strumpet's impudence
As long as she'd live up to her own prurience
––And their darling heedlessness.
For there are but greedy ways to wage a war.

However, a bare smashup is utterly beyond the pale.

Got to bail her out with a plain piece of novelty lingerie.

October 22, 2008

dimanche 19 octobre 2008

Disquisition on Skittish Market 1 - Peer Push, Kin Pressure

Traditionally, societies are organized in
Staid multi-generational groups of kinfolk
And, on the other hand, boisterous age groups.

Consider the old man a bully, but of late
The more intrusive societies are, the more the
Organizational pattern of age groups seems to prevail;
So, less livable societies are oftentimes equaller, this way round.

As the Pope refuses to put it, but it is His own truth:
Age groups in most cases are sexier than ordinary clans.
If, however, this may sound strange in a gaggle of cardinals
Jolly yet serene––it is obvious in almost any larger youthful crowd
Sitting closely abreast at the edge of some swimming pool for instance
Displaying a plentiful amount of long brown legs, tucked up to the chest
And sometimes dangling in the water, for the posers venture the slacker act––
Sexy just like a crush of bare-chested Hitler youths fighting the flab of fuddiness.

And if by now we are agreed about the soothing effect of a perfectly judged
 
_______________________________________________________pyramidal
Age combine, others are hormone-driven. And wayward peers must be humored.
But if these are definitely way sexier than any of the multi-generational units
––Dignified ascendants and smirky descendants congregating on one
Yellowed family photograph, even if there's some cute looking
Soldier between them when World War II was still young––

Even a bevy of smegmatic seminarians contending against li'l evil is
Sexier––and so are phalanges, so are arrays of lightly-armed servicemen––
Than, too non-competitive a group, crocks on chairs flanked by their lanky hopes.

Yet, when the war is over––and war is always over when another one begins––
Weariness rearing its poise-mad head, the once sexy veterans will mostly
Hole up in another stodgy group of kinfolk, this is a given thing.

Yet, bushed, we will challenge another leniency
Not yet weaned from the thrills of youth
In loosely varying its b's and e's.

October 6, 2008

samedi 18 octobre 2008

Disquisition on Skittish Market 2 - Peephole and Nose

Peephole and wing of a nose

There's not much to a personal life except that it's personal. Off the
_______________________________________ charts personal.
It's so personal and, especially, personal in a way that no one can see
___________________________________________through it.

Traditionally, one can't see through oneself, since oneself isn't made
_______________________________________________out of
Glass but brimming with impenetrable inner life. E'en scatterbrains
________________________________________________are.
Only a whit more arcanely, and a bit on the fly, if I may say so.

The more inner life someone has gotten, the less this poor person can
__________________________________________see through.
Inner life is not a factor likely to enhance one's acumen, just on the
____________________________________________contrary.
Slavishly consistent with the occurences' non sequitur, it appears as
_______________________________________________some
Jumbled clutter that needs to be cleared up somehow, or rather to be
Balled up to the max, in order to store it away before there might
Possibly appear a peephole.

Once tidied, inner life tends to disappear, but it never disappears
___________________________________________altogether.
At the least, the wavering progress of the enlightenment shows that
Even the enlightened have some traces of inner life left.

Yes, there are more and more peepholes on earth, front and rear,
____________________________________________Buddhism
Is booming, and so is fashion. And, our bulk trimly packed in a corner
We are indeed teetering; but are we really verging on the edge of
Turning into an incipient bodhisattvian society?

October 14, 2008

vendredi 17 octobre 2008

Disquisition on Skittish Market 3 - Reliable Odds

...don't look anything like they should.

On the long shot that things will forever stay what they are
You can in fact bet on things as they are. Exactly the
Way they are now. A little thin and awkward.

On the long shot that youth, so impressive, is also marble enough
To make young forever stay so, you can bet on your own
Silly skittishness, the whim of a day thus being
The savior of all your remaining days, boy.

Skittishness and harsh concepts of sea, sex and sun
Appear to be distinctive for late capitalism
––Rather than for its earlier forms.

This proves how young the world is, at last
Seasoned into a puerile pastime. But I won't bet
On the long shot that things will stay unchanged by
Merely injecting neurotoxins into an overripe doll's face.

All living organisms are beauty bound
But beauty kind of bootstraps.
In the long run it misgives.

October 15, 2008

vendredi 10 octobre 2008

Drawing a Bead on It

Earthly delights come kindled by desire!
I said, and some retorted: Keen to see!
What most on earth indeed inflames the fire
Is paradisal sham credulity.

To the worst up-front hokum I then uttered
Some, leniently, responded right on cue.
The wheedling even waived my scruples muttered
Bare truth compared to eyes that pertly blue!

Still ogling at the trinkets, my desire
Had all too soon a ball because of those;
In view of more, one must by force admire
The pertinence of conscionable pose.

If I deemed some were hot instead of plain
No blarney nor consent could have us rise –
For all our lust, on earth we would remain
And not be shown into some paradise.

October 2, 2008

jeudi 9 octobre 2008

Neuf genres de nu - 1 Nudité désertique

Les plages les plus désertes de la côte
Ont justement été réservées aux nudistes.
On a bien fait, les nudistes arrivant en masses
Cela rend ces plages bien moins nues et désertes.

Le touriste qui voit dans du nu dans du sable désert
Mais éparpillé partout, le plus beau en la matière
N'a nullement besoin d'une plage qui même
Toute nue et déserte serait plus belle.

Chargé de nudité, le désert s'étoffe.
Il est bien modeste, dépouillé par nature
Il ne saurait être exigeant, il est vrai :
Un rien l'habille.

30 Septembre 2008

mercredi 8 octobre 2008

Neuf genres de nu - 2 Nudité lourde de sens

La nudité la plus lourde de sens
Est la nudité lourde. Ramassée, lourde.
La nudité moins lourde, moins accumulée
La jeune nudité en général, la nudité récente
Celle dont on fait l'éloge en public, à tout coin de rue
La nudité de ceux qui se supportent dans une glace
Qui se regardent fraîchement et se reconnaissent
N'est malgré tout pas aussi lourde de sens –
Elle est bien trop plaisante à l'œil !

Si les sens vont au sensuel
La sensualité – pour enfin parler d'elle –
Est cependant un élément quelquefois un peu lourd.
Puis, elle a toujours besoin de lourdeur, ou plutôt de lourdeurs
– Lourdeurs finement agencées dans le cadre de la nudité ;
Or, la simple surcharge la tue, notre délicate sensualité.

Et pourtant, elle en a besoin, de la nudité et tout ça.
Mais elle et la nudité, ne font en fin de compte
Pas aussi bon ménage que cela.

C'est pourquoi elle est si lourde de sens, cette nudité.
Lourde et fragile en même temps, nudité lourde de sens –
C'est pourquoi il vaut mieux avoir le temps de s'habituer à elle.

30 Septembre 2008

mardi 7 octobre 2008

Neuf genres de nu - 3 Nudité murale

Tout mur nu demande à être décoré.
Pourquoi pas avec un tableau ?
Un beau nu par exemple.

A la demande urgente du mur de se voir décoré
Répond à merveille l'envie pressante de l'homme
De voir ce malheureux mur paré de sa nudité humaine.
L'homme aime bien faire disparaître le nu derrière du nu ;
En déshabillant l'un pour habiller l'autre
Il remédie au nu en l'agrémentant avec un nu
Qui, du reste, peut être adossé contre un mur aussi nu
Que celui, plus loin dans son dos, juste avant sa décoration.

La nudité murale est dans ce cas doublement morale :
Le nu nous rappelle le nu vêtu de lui-même.
C'est donc un nu qui ne gêne plus.

30 Septembre 2008

lundi 6 octobre 2008

Neuf genres de nu - 4 Nudité symptomatique

La nudité peut être le symptôme de quelque chose.
Dans le meilleur des cas, c'est la vérité ;
Mais parfois c'est même maladif.

Comment ça, la nudité symptôme d'une maladie ?
La maladie couve et se cache, et quand enfin
Elle pointe son nez, on a les symptômes
Et voilà la guérison rendu possible.

Je parle de la nudité honteuse, moi.
Celle qui se cache, tout en étant nudité, dans
Les passages souterrains, les recoins des mémoires
Pour s'y exhiber dès que quelqu'un a l'idée de passer.

Déplacée, elle ressemble à la nudité forcée qu'elle provoque.
Lorsque le nu s'en va en raison même de la dénudation
S'enfouissant, brusqué, loin derrière l'épiderme.
Alors il n'y a de nu plus que le maladif
Telle une vérité au fond du trou.

30 Septembre 2008