Auswandern kann einer, keiner muss, wo er geboren
Stetig verweilen, doch wird ihm im Leben ein anderer
Körper zur Heimat, weil alles dort stimmt, ist der Wanderer
Wenn er ihn plötzlich verliert, plötzlich völlig verloren.
Gut möglich ist es, sich ganz einzuleben ins Fremde
So wie man schnell eine andere Sprache erlernt
Nicht aber, dem Heimatleib, der sich einem entfernt
Anders zu folgen als mit seinem eigenen Ende.
Wüsste ich, wo du verblieben, ich holte dich heim
Doch keine Erde, kein Grab ist mir heimisch so sehr
Dass ich dich finden kann, suchen kann ich nur am Meer
Auf das wir immer hinausschauten als ein Daheim.
Mehr noch als Blicke aus nahen und ruhigen Augen
Fehlt das Gefühl, in den Mutterschoß zurückzutauchen.
21. Oktober 2022
vendredi 21 octobre 2022
Aweliuth
dimanche 9 octobre 2022
Voix
Telle une voix
Tu flottes dans l’air
Tu es intouchable
Tu es la plus présente
Entourée de silence.
Tu as beaucoup enregistré.
Si je voulais, je pourrais entendre ta voix des heures durant
L’entendre parler, lire, chanter
Mais je ne le fais pas
Je n’ouvre pas les écrins qui la contiennent
Je n’ouvre que les écrins qui contiennent tes bijoux
Puisque je peux les toucher.
Ça ne peut pas aller plus loin :
Le Saint des saints, on n’en déchire pas le rideau
On attend de plus haut de le faire.
Ta voix s’est faite voix
Et n’importe laquelle, tienne ;
Nulle autre ne saurait porter plus loin.
Nulle autre ne saurait retentir aussi longtemps.
Je tendrai l’oreille jusqu’à ce que ta main m’effleure.
9 Octobre 2022
mardi 13 septembre 2022
Guérir comme un chien
Un chien n’est pas médecin
Il n’a pas fait d’études
Il ne connaît qu’une seule méthode pour soigner
Et puisqu’il aime son maître
Il va sentir avec sa truffe où il a mal
Pour le lécher à l’endroit précis.
Il arrive toujours à trouver, et il sait par nature
Qu’il faut lécher.
Si tu es amoureux, il n’y a pas non plus trente-six remèdes :
Il faut embrasser, sortant la langue sans rien dire
Pour faire partir n’importe quelle douleur.
Je me soigne désormais moi-même
Là où je peux
J’use de la salive, il n’y a rien de mieux.
Je suis seul, je ne l’ai pas su d’instinct comme un chien
Mais si je n’ai plus personne pour s’occuper de moi
Ce n’est pas très grave
Car avant, j’avais quelqu’un pour m’apprendre.
10 Septembre 2022
mercredi 31 août 2022
L’ange de propreté
La sagesse des anciens oblige le veuf
Elle lui dit : Fais de sorte que...
Promène-toi en ville en type digne mais sans trop
Ne tire pas ta gueule de circonstance
Mets-toi un faux nez sur le nez et joue au clown
Tout est mieux que de rester seul.
La sagesse des anciens est une sagesse sage
Il faut lui reconnaître des vertus
Mais qui croit se porter bien ne consulte point
Il n’en voit pas l’intérêt.
Ce n’est pas la souffrance connue
C’est un tout nouvel effroi qui te fait courir chez le docteur.
*
Je me lève tard tout seul
La cuisine est dans un état toute seule
L’aspiro est au chômage, la lessive attend, le lit reste défait tout seul
Je ne me rase plus guère, j’endosse toujours les mêmes trucs
J’ai l’estomac tout barbouillé tout seul –
Serait-ce une raison ?
Je tire la gueule que je veux
Je me promène en type digne mais échevelé
Je joue parfaitement au clown comme la loi me le prescrit.
Car il n’y a pas seulement le clown blanc
Il y a aussi l’auguste cracra
Le clown sans toi.
30 Août 2022
mardi 30 août 2022
Two Posthumous Sonnets
1. Cemetery Birds
Birds live in trees and sometimes you may see
Through leaves some feather color of the sky
And when they quit a twig, it quivers. My
That’s all there’s to it since eternity.
Do I watch birds, I judge we weigh too much
We should be just as lightsome as they are
This morbid overweight has led too far
Once faced with birds, I suppose we should be such.
We didn’t want to have us burned despite
The truth that soft flesh, not stiff bone had made
Us rise and stand and love, barely afraid
To leave for a brief spell this uterine night.
Do I consider you down there I think
Of cemetery birds as our closest link.
2. Walls
Your love perfused the bricks where it remains
To keep the house alive, its walls in place.
Sheltered, comforted, windowed by your face
I put my trust in cracks and water stains.
Inside grows outside throughout life, somehow
A skeleton of everlasting youth
These narrow walls form an adventure booth
And hamper less than what they dare allow.
Back then, we had no brickwork to dissever
No cold nor mold to keep us close and tight
Both bathing in one same natural light
Secured by this dear falseness of forever.
Walls look like beacons when so full of past.
I poke in bearings that went out too fast.
August 29, 2022
mercredi 24 août 2022
Vom geneigten Ohr
Hab den ganzen Tag verschlafen
Hab die ganze Nacht verträumt –
Hab ich etwa was versäumt?
Will mich selbst doch nicht betrügen:
Seh mich doch im Loch schon liegen
Zugescharrt und weggeräumt.
Hab doch noch das Häuflein Erde
Das mich zudeckt wie ein Freund
Der es immer gut gemeint
Ohne mir groß zuzuhören
Oder mich auch nur zu stören
Hab ich Tränen nachgeweint.
22. August 2022
vendredi 19 août 2022
Bhakti domestique
i.
Rien à faire
Tu ne voyais pas de différence
Entre une machine à couper le pain et une scie circulaire.
Hors question d’en acheter une.
Que toute cuisine allemande en soit pourvue
Ne la faisait pas moins dangereuse à tes yeux français.
Comment te faire changer d’avis ?
J’avais beau poser un doigt, mettre en marche
Puis montrer à l’ahurie que ce doigt était resté indemne.
J’ai dû me faire une raison :
Tu avais toute confiance en moi mais pas d’yeux
Qui auraient pu se laisser convaincre par la simple évidence.
ii.
Sans prêtrise ni office
Point de culte fait maison –
Ressentir, rite ou raison
Ont leurs lois qui les régissent.
Sortilège ou artifice :
On s’en foutait des prémisses
De l’acte cérémoniel
Ou du numéro du ciel.
Préférer l’amour au rite
L’émotion à la raison
Fait de l’émotion un rite
Et d’amour une raison.
17 Août 2022
jeudi 18 août 2022
She knew
C’est que, de ton vivant, je ne t’ai jamais écrit de lettre d’amour, pas une seule si je me souviens bien, même pas au début, ce n’était simplement pas mon genre. Toi, qui le savais, tu me laissais plein de petits mots, de minuscules déclarations d’autant plus grandes, parfois cachées dans un récipient. Tu ne les gribouillais pas pour ça, mais j’étais très ému lorsque je les découvrais, et je les redécouvre encore, et j’en suis encore ému, remué par ta préparation à rester à mes côtés au-delà de la mort.
En ce sens c’est bien fait que tu sois partie en premier, car si c’était moi le mort et toi la vivante, tu n’aurais rien à te mettre sous la dent en tant que message d’outre-tombe. Quelle tristesse quand j’y pense.
She knew wee ways to tell her truth
I knew just one I guess
I wouldn’t call myself uncouth
But I knew so much less.
Had I the knack to tell things ere
The cherished ears are far
I would comply, but to be fair
I’m rarely up to par.
Whoever prays: Come, stay around!
Foreknows what fate will bring:
There stays a song of bitter sound
When it’s too late to sing.
August 14, 2022
mardi 9 août 2022
Trop tard
Beauty that doesn’t serve any purpose
Is unpleasant to the learned eye
She cloys the mind.
Few have enough purpose in beauty
To satisfy both the learned and the unlearned
But they do shine wherever they set foot on this earth.
By chance, vacuous glitter comes blinded
By her own dazzling might
A scanty skill.
Miserable and ashamed
She would curl up and die, but so
She may keep delighting the happily ill-educated.
Confiding eyes are easy prey:
The plain view of you
Has honed mine.
August 9, 2022
samedi 6 août 2022
Encore
i.
Chaque nuit, je me couche dans un lit vide
Un lit toujours à deux places, et
Chaque nuit qui viendra, je m’y coucherai.
Si ta mort a arrêté ma vie, elle ne l’a pas arrêtée :
Je me couche, je vis
Une vie arrêtée qui ne l’est pas
Une vie sans carburant, je me couvre, elle
Tourne à vide, le moteur éteint, en descendant
De plus en plus rapidement la pente.
Arrivé en bas, elle s’écrasera
Mais morte depuis un moment.
Je m’endors pour me réveiller pareil.
ii.
Ils ne veulent rien dire parce qu’ils non pas le désir d’exprimer quelque chose, il leur suffit d’être dits, ils sont un peu narcissiques, ils veulent être le bruit de la pluie qui est censé être beau et signifier quelque chose du simple fait de sa beauté, ce qui, pour des mots, est subtilement décevant, et à vrai dire assez con.
Quand nous étions ensemble, nous échangions au possible des paroles voulant dire quelque chose car tel était notre plus naturel désir. D’habitude, il ne nous suffisait pas de prononcer celles à la beauté du bruit de la pluie, ou de parler rien que pour la beauté du geste buccal, voire d’inventer de ces mots décidément poétiques. Tous les deux, on était rigoureux en ce domaine : point de poésie inutile. En compensation, nous nous racontions plein d’histoires vraies, c’était ça le truc.
Tu es partie, je ne parle plus qu’à moi-même en voulant exprimer quelque chose. Je me trouve assommé de calembredaines, je m’en sens tout seul, et très con.]
Noch oder darüber hinaus
Wenn es eigentlich unnötig ist
Wenn es zu spät ist
Aber dennoch, immer noch
Noch als ob
Aus reiner Unfähigkeit nun.
6. August 2022
mardi 2 août 2022
Sur un tombeau égyptien
Tu n’es pas partie seule dans ton tombeau
Tu y as emporté des vertus qu’ont eu d’autres
Toi descendue, ils les ont soudainement perdues
Comme si ç’avait été toi qui les leur avais conférées.
Telle une reine d’Égypte
Tu reposes entourée de ces qualités
Offrandes funéraires plus précieuses encore
Que les merveilles dont on use dans la pénombre des palais.
Je suis resté veuf, privé non seulement de toi, mais
Aussi des vertus de certains, paumés sans toi :
Pour comble de misère, j’ai dû découvrir
Les réelles dimensions de ton âme.
Tu n’as pu t’en aller
Sans entraîner avec toi
Le meilleur de ton cortège
Tant tu étais plus que toi-même.
2 Août 2022
jeudi 21 juillet 2022
Having Become the Soul of a Song
Ce n’était pas mon idée, ni la tienne
Loin de là, mais
Tu y es maintenant, et au cœur même.
Il faut être jeune pour comprendre de travers
Il faut être jeune pour ne rien comprendre
Mais si nous n’avions pas été jeunes
Nous ne nous serions même pas arrêtés.
Quand on se croise en station
Le tour est joué
Et pourtant, peu sont ceux qui le font éveillés :
Faut s’arrêter nulle part, au petit bonheur, en pleine nature
Avec, autour de soi, rien que la nature
Pleine d’oiseaux et cetera, sous le soleil ou pas.
Puis, il vaut mieux ne rien comprendre.
Ce n’était pas mon idée, ni la tienne
Loin de là, mais pétales
D’un rameau, on s’est voletés autour, sans raison apparente.
La nature du transport, pas de nuages là-bas
C’était l’été ou l’hiver, je ne me rappelle plus –
Une fois qu’on était arrivés sur le trajet
Le tour était joué, ma belle morte.
21 Juillet 2022
mardi 19 juillet 2022
Des pieds et des mains
i.
Qui a des pieds comme ça
N’a pas de souci à se faire, ce sont
Des pieds pour partir tôt et revenir tard.
Moi, j’ai tant aimé te voir partir, trop heureux
D’attendre ton retour sûr et certain.
Voilà le secret d’une vie.
Uniquement
Quand ils ne t’ont plus
Permis de partir, tu n’es plus revenue.
Et ce n’est même pas vrai. En réalité, tu es
Partie si tôt, qu’avec de tels pieds
L’espoir est toujours permis.
ii.
Tu avais des mains pour des bagues
Des mains de luxe, d’oisive
Et pourtant, elles faisaient mille choses
Mille choses, et autant de caresses.
Elles cachaient bien leur jeu, ces mains.
C’est que les plus belles sont toujours celles
Qui cachent leur jeu.
S’il n’y avait pas de ces mains-là
Il n’y aurait pas de belles choses faites.
On aurait le luxe séparé de la beauté
La contemplation séparée de la création
Le travail pour soi-même séparé de celui pour les autres.
19 Juillet 2022
lundi 18 juillet 2022
Presque noires
1. Un dernier pas
La perte est incommensurable.
Je ne suis plus personne pour le monde.
Bien fait.
Le morts non plus ne sont plus personne pour le monde.
On est partis ensemble en quelque sorte
Je suis déjà auprès de toi –
Toi, sortie, et moi, nié du monde.
Mais je ne le pardonne pas aux vivants ;
Toi, vivante, tu savais me faire leur pardonner.
Par chance, je suis plus malheureux que dégoûté.
C’est en quoi tu me sauves encore.
2. Two Prayers of Commitment
i.
You taught me liberty
You taught me celebration.
How shall I celebrate from now on?
Continue to free me from beyond the grave, since
Thou desirest and art able to do so.
Whatever future celebration will be thine
Dancing on my side.
Ever so slowly, I’m getting quite used to pray a
Goddess transfigured.
Chaque circonstance où j’ai eu tort
Te blessant par un mot de travers
Maintenant, je la paye très cher :
Au-delà de ta mort, mon remords.
Viens dans mon rêve et rassure-moi
Fais-moi les caresses de ton corps
En pardonnant cet idiot qui dort
Dans sa sépulture, comme toi.
Je ne vais plus jamais te blesser
Je ne serai plus cet imbécile
Et ce sera diablement facile
Puisque tu as dû me délaisser.
18 Juillet 2022
mardi 12 juillet 2022
Fêtes
Qu’on ne me méprenne pas : je ne mange pas mal, je n’ai jamais mal mangé, je me nourris juste un peu moins bien que de son vivant. Elle m’inspirait, j’avais envie de nous faire de bonnes choses. À présent, je m’alimente comestible, point barre. Toutefois, es schmeckt mir nicht so mehr richtig depuis son départ.
En conséquence, j’ai perdu pas mal de poids. Si je mourrai mince, ce sera donc à cause de toi, ma chérie. Je te rejoindrai mince et beau, et ça sera ta faute, et ça sera la fête, je me vengerai en nous concoctant un frichti d’enfer là-bas, agrémenté des meilleures racines ainsi que de rognures de notre viande faisandée, facilement détachées, puisque nos os au repos, ils seront mieux sans.
Und wäre es wieder wie früher
Und wäre es schön –
Wir würden es wieder gar nicht merken
Und blind weitergehn.
Traumwandlerische Sicherheit
Die Erwachen nur stört.
Glück weiß nicht von sich
Wenn es dir widerfährt.
So war schon das Diesseits, das
Wir unsterblich durchlebten
Beschaffen, dass wir darin
Wie jenseitig schwebten.
ii.
Remémorer l’instant m’est trop douloureux, je ne veux même plus savoir, j’étais là, ça doit suffire.
J’ai voulu être présent à tout prix, physiquement inséparable. J’ai pu dire : Tu es encore auprès de moi. Puis, j’ai dû dire : Tu es partie, loin. Les secondes entre les deux sont les plus importantes que j’ai vécues.
Tu n’avais pas le droit, ton joli corps n’avait pas le droit. Je m’arroge le droit de te dire que tu n’as pas eu le droit, et j’attends, ma chérie, que tu me répondes. Sinon, ça sera ta fête ! Je m’attends à des explications circonstanciées, entends-tu ! Tu ne vas quand même pas rester silencieuse face à de telles accusations. Défends-toi, dis quelque chose ! Je suis tout ouïe.
Als du da drin lagst, warst du es nämlich noch.
Selbstverständlich warst du es noch.
Nur der Hauch war gegangen.
Wärst du nur Hauch und nicht auch Stoff gewesen
Wärst du gar nicht gewesen – ich liebte
Beide, man muss beide lieben.
Nun hat der Stoff Zeit
Selbst zum Hauch zu werden.
Er wird es noch nicht geworden sein
Wenn auch bei mir der Hauch geht.
Wir werden uns kaum unterscheiden –
Noch weniger als im Leben, noch viel weniger.
12. Juli 2022
mercredi 29 juin 2022
Présence
Sens fait de non-sens
Présence légère
Pesante présence
Que l’on espère.
Tout perd son vieux poids
Mort dans la lumière
Un arôme à toi
Parfume l’air.
La nuit se fait jour
Mais jour qui s’embrume
Léger devient lourd
Lourd comme une plume.
28 Juin 2022
mardi 28 juin 2022
Heureux encore
Un côté matin ainsi qu’un côté soir –
Et que ce dernier prime
Désormais.
Heureux encore d’avoir trois étages et des escaliers
Qui, tous, montent et qui, tous, descendent
Et montent pourtant davantage
Qu’ils ne descendent.
Heureux encore que la chambre, au troisième, soit côté soir :
Si j’en laisse la fenêtre ouverte, ce n’est pas
Pour que tu puisses t’envoler, mais
Pour que tu puisses y revenir.
28 Juin 2022
dimanche 26 juin 2022
Vignette
De grâce, ses joies de perlière et ses désagréments ;
Je trouve l’existence d’un lombric bien plus intense :
Se tortillant du bout, il peut faire ta connaissance.
La moule, fidèle au rocher, le ver qui vagabonde –
Nous, vivants, voyageurs, puis morts, attendant la rencontre
Sans plus bouger, puis moi qui, seul, accomplis mon destin
M’enfouissant et t’attendant accroché, peut-être en vain.
25 Juin 2022
samedi 25 juin 2022
Näher herankommen
1. Glasbruch
Jeder Tag entfernt –
Das ist eine Binsenweisheit
Doch die Dinge überleben das Entfernen
Gerade auch dann, wenn sie sehr zerbrechlich sind.
Jetzt, da du nicht mehr altern darfst
Altern die Dinge für dich, und zerbricht eines
Das mich an dich erinnerte
Erinnert es noch im Zerbrechen und darüber hinaus.
Jeder Gedanke, jeder Einfall, den du hattest, wird heilig.
Du hattest dieses Weinglas gekauft, es muss
Dir also gefallen haben; nicht
Unbedingt ‚mein‘ Stil. Nun ist es heilig.
Wäre es ‚mein‘ Stil gewesen, hättest du mir nur eine Freude
Damit machen wollen; aber dadurch, dass es ‚dein‘ Stil war oder ist
Oder du vielleicht nur meintest, meinen Stil getroffen zu haben
Wird es heiliger als die Heiligkeit, die es erlangt hätte
Wenn du mir nur eine Freude damit hättest machen wollen
Und dir das vollständig gelungen wäre.
Je mehr du dich selbst in etwas offenbarst
Und nicht allein deine Zuneigung zu mir, desto heiliger.
Gingen dir manchmal Gläser kaputt, und waren es ‚meine‘
Versuchtest du stets, sie zu ersetzen, trafst meinen
Geschmack aber nicht unbedingt trotz
Jahrzehntelanger Symbiose.
Du offenbartest dich also unabsichtlich selbst.
Ich hätte dir auf Knien dafür danken müssen
Denn nur dadurch bist du noch so lebendig
Und sei es in einem zerbrechlichen Glas.
2. Roadkill
Ich erschrak.
Es lag etwas mitten auf der Straße.
Ein überfahrenes Tier?
Von Weitem sah es ganz danach aus.
Ich kam näher, es war nur ein Packen braunes Papier.
Es scheint aber keine Sinnestäuschung
Dass es dich nicht mehr gibt
Obwohl ich an die Sache nicht näher herankommen kann.
Venir plus près
1. Bris de verre
Chaque jour éloigne –
Voilà une de ces banalités
Mais les choses survivent à l’éloignement
Et surtout les plus fragiles et vulnérables parmi elles.
Maintenant que tu es interdite de vieillir
Les objets vieillissent pour toi, et si l’un de ceux
Qui me font penser à toi, se casse
À cet instant encore il ne fait que t’évoquer, et bien au-delà.
Chacune de tes idées et trouvailles est devenue sacrée.
Si tu as acheté ce verre à vin, c’est qu’il a dû
Te plaire ; il ne correspondait pas
Forcément à ‘mon style’. Désormais, il est sacré.
S’il avait été ‘mon style’, tu aurais simplement
Voulu me faire plaisir ; mais parce que c’était le tien, ou
Parce que tu t’étais trompée en croyant tomber juste
Il devient plus sacré qu’il n’aurait pu être
Si tu avais complètement réussi dans ta tentative
De me faire plaisir. À mesure
Que tu t’y dévoiles toi-même, et pas seulement
L’affection que tu me portes, tout gagne en sainteté.
S’il t’arrivait de casser de ces verres ‘à moi’
Tu as toujours eu à cœur de les remplacer
Mais sans fatalement taper dans le mille
Malgré notre symbiose de trente ans.
Tu t’es donc dévoilée sans faire exprès, j’aurais dû
T’en remercier en tombant à genoux devant toi
Car c’est pour ça que tu es encore si vivante
Ne serait-ce que dans un verre cassable.
2. Chat écrasé
J’ai eu peur.
Quelque chose gisait au milieu de la chaussée.
Un animal écrasé ?
Vu de loin, c’en avait tout l’air.
En m’approchant je constatais que c’était du papier d’emballage.
Il ne me paraît pas simplement une illusion
Que tu n’existes plus
Bien que je sois incapable de me rapprocher de la chose.
24 Juin 2022
dimanche 19 juin 2022
Cannibalisme et éducation
J’avais hésité, c’est une petite bête tellement mignonne, mais enfin
Je me suis préparé ce lapin qu’on m’avait proposé en réclame.
En y incorporant un peu de moutarde, je pensais à Gretel
Qui le cuisinait à merveille, celui de son fils inclus.
Quel drame, une telle éducation.
Le lapin, Gretel, son fils, morts. Je me nourris de mort.
Tous morts, et toi dans le lot, juste une de plus
Parmi tant d’autres – mais ma morte.
Ma seule et unique, en fait.
Je ne sais plus
Comment vivent les gens
Qui n’ont pas leur morte à eux
Qui n’ont pas subi cette éducation-là.
Je les prends le cas échéant pour des salauds.
17 Juin 2022
samedi 18 juin 2022
L’or des pagodes
i.
Ta mort ne m’a pas coupé la parole, elle l’a accaparée.
Plus aucun autre sujet
Que celui consigné pour celle qui ne le lira plus.
Vivante, tu étais ma lectrice
Morte, tu le restes.
Tu restes la destinatrice de mes paroles, rien n’a changé.
Narcissiquement, je te vois par rapport à moi
Mais amoureusement, je te vois par rapport à toi-même
Et aujourd’hui plus que jamais, la mort t’ayant rendue entièrement ___________________________________________à toi.
Je t’observais du coin de l’œil, ma lectrice, guettant le petit sourire
Et l’entr’apercevant, en cachette
Je savais que j’avais réussi quelque chose.
En fait, égoïstement, je pense à ce sourire qui me manque
Lorsque je dis que tu me manques
Petit sourire immense, tout.
Toi toute seule, mais avec un peu de moi –
Comme si le texte avait été retranscrit de ta main
Devenant ainsi le nôtre.
ii.
J’ai le plus grand mal à jeter le moindre bout de papier
Sur lequel tu avais gribouillé quelque chose
Ne fût-ce qu’une liste de courses.
C’est l’écriture qui est devenue sacrée.
On est là au début même des saintes écritures.
On s’en fout, n’importe quoi, du récit sans intérêt :
C’est la main traceuse qui compte
C’est elle qui rend canonique.
Je ne les lisse surtout pas
Ces feuilles pliées et chiffonnées.
Telles quelles, je les mets dans un écrin
Et l’écrin, je l’entrepose dans ma gueniza personnelle.
iii.
Si je souhaite
Que tu reviennes vers moi
Que tu sois de nouveau avec moi
Je ne souhaite certainement pas l’impossible.
Depuis quand le monde obéirait-il à un ordre rationnel ?
Alors, un miracle de plus ou de moins...
Les sortilèges décident ; sinon pas d’explication.
Nous, on n’a jamais quitté l’âge mythique
L’âge homérique, héroïque, fatidique
Baigné de l’or de notre enfance.
Toi vivante, je le devinais ;
Désormais, je le sais.
17 Juin 2022
vendredi 17 juin 2022
Bestioles
Sitôt après ta mort, j’ai vu cette bestiole
Monter le mur, se dirigeant vers la fenêtre ouverte
Et j’étais à peu près sûr qu’elle était ton âme qui s’en allait.
Longtemps, je n’ai plus pu virer aucune bestiole
En me demandant sérieusement si ce n’était pas toi
Qui me visitais sous une forme qui t’était encore permise.
La normalité est revenue.
De nouveau, je claque les moustiques
Mais en m’excusant auprès de toi, au cas où.
Quoi qu’il en soit, me dis-je
Après, tu seras une autre bestiole
Si l’envie te reprend de venir me voir.
Gleich nach deinem Tod erblickte ich dieses Tierchen
Das die Wand hochkrabbelte, dem geöffneten Fenster zu
Und war fast sicher, dass es deine entschwindende Seele ist.
Lange Zeit konnte ich kein Tierchen mehr rauswerfen
Denn ich fragte mich allen Ernstes, ob nicht etwa du es bist
Die mir in dieser dir noch erlaubten Gestalt einen Besuch abstattet.
Die Normalität ist zurückgekehrt.
Ich klatsche zumindest die Schnaken wieder tot
Mich allerdings sicherheitshalber bei dir entschuldigend.
Wie auch immer, sage ich mir
Hinterher bist du dann eben ein anderes Tier
Wenn dich die Lust packen sollte, bei mir aufzutauchen.
16. Juni 2022
jeudi 16 juin 2022
Nachwachsen und anschauen
i.
Das Lebendige wächst nach
Das Tote nicht.
Die Toten bleiben Tote;
Was nachwächst, sind Lebendige
Die allerdings Toten nachwachsen.
Man versteht es nicht so recht.
Ich wachse dir entgegen –
Mehr kann ich nicht tun
Solange ich noch am Leben bin.
ii.
Schaue ich mir ein Photo von dir an
Um mich zu trösten
Tröstet es mich nicht
Und tröstet mich doch.
Ich bin so verloren in der Stille
Dass ich keinen Unterschied mehr wahrnehme
Zwischen Trost und Trostlosigkeit.
Repousser et regarder
i.
Ce qui est vivant, repousse
Mais pas ce qui est mort.
Les morts restent morts ;
Ce qui repousse, c’est des vivants
Repoussant pourtant les morts.
C’est dur à comprendre.
Je pousse dans ta direction –
C’est tout ce que je peux faire
Tant que je suis vivant.
ii.
Si je regarde ta photo
Pour me consoler
Elle ne me console pas
Et elle me console.
Je suis tellement perdu dans le silence
Que je ne ressens même plus de différence
Entre consolation et désolation.
16 Juin 2021
samedi 21 mai 2022
Idyll
Die Abendstunden verstreichen –
Ich gehöre nun zu den Reichen
Auf meiner neuen Terrasse.
Einbalsamiert vom Jasmin
Schau ich auf alles herab
Weil ich die Zeit dazu hab
Und all so erhaben bin.
Müßigsein macht dich zum Gast;
Und wer dann auch noch fast
Auf Kirchturmuhrhöhe döst
Ist schon quasi erlöst.
Bin eigentlich schon tot
Und wie verschwunden im Nichts
Sich verabschiedenden Lichts
Über Dächern von dunkelndem Rot.
Noch nerven zum Glück dumme Stimmen
Noch hindert mich dies und das
Noch stört mich halbwegs was
Kurz vor meinem Verglimmen.
20. Mai 2022
mardi 17 mai 2022
Abomination, apparition
Cette abomination a fini par s’installer partout.
Tu l’avais écartée telle une amulette ;
Il a suffi que tu t’en ailles pour qu’elle trouve la voie libre.
Désormais, chaque coin que tu ne remplis plus
Elle s’y étale en moisissure
Avançant chaque jour, pas à pas.
C’est incroyable, le travail que, mine de rien, tu avais fait
Pour lui barrer l’accès pendant toute une vie ;
Même nos murs, rien que souriants de toi.
Tapie dans l’ombre, elle attendait, maintenant elle est là
Et tout le monde semble mettre un point d’honneur à la favoriser
Y compris ceux qui me sont encore les plus chers.
Il n’y a plus que ton souvenir
Pour la chasser, parfois, un peu.
Gymnastique périlleuse.
Saleté de saleté :
Comment m’en débarrasser ?
En détournant mon regard de ces murs suintants ?
Or, j’y attends ton apparition
Toujours ton apparition
Solaire à travers eux.
14 Mai 2022
jeudi 7 avril 2022
Guerre et paix
i.
Tout n’est qu’affaire de bonheur.
Tu n’étais pas heureuse, là-bas dans ta vie confortable.
Et dès que tu m’as vu, tu m’as voulu.
Ça m’arrangeait beaucoup, dis donc :
Tu n’étais pas moins belle qu’amoureuse.
On ne peut faire mieux sans violence.
Eh ben, quand on s’ennuie dans le confort, il faut
De l’inconfort, me disais-je, afin que tout aille pour le mieux.
Voilà ce que j’avais à te proposer.
L’inconfort acquis, la ténacité
Devenait la vertu la plus essentielle.
Et à vrai dire, ce n’était point couru d’avance.
Longtemps, bêtement, tu n’étais pas sûre de moi
Mais il n’y avait pas de doute à avoir ;
Dès le début, l’affaire était pliée.
Il fallait juste me chercher, car
Je ne sors pas comme ça de ma tanière.
Dans ta folie tu as simplement fait le nécessaire.
Qui a tous les atouts dans la main
Ne peut pas ne pas choper.
C’est la paix assurée.
Or, il y a des aveugles
J’en ai connu plein, vraiment à la pelle
Et je pense aux désastres de la guerre en pensant à eux.
ii.
Qui cherche sans cesse du nouveau
Ne craint pas le nouveau.
Ce n’est pas une question de gauche ou de droite.
C’est par pur conservatisme
Que l’on finit progressiste. La fidélité
Serait-elle question de courage ou de lâcheté ?
S’installer dans la paix, pour beaucoup
Ne relève que de la survie, non pas du confort
Mais l'on peut s’installer paisiblement dans l’inconfort.
Et cette douce paix se révèle trop ardue
Pour ne pas être du champ de la lutte éternelle ;
Quant à la guerre guerrière, elle reste à jamais passagère.
iii.
Puisque la guerre n’est que passagère
La paix est éternelle, et si fortement éternelle
Que la guerre doit l’interrompre de temps en temps.
Nos querelles à nous ne l’ont pas interrompue
Mais en faisaient partie. Une bonne paix
Telle la nôtre, est toujours armée.
2 Avril 2022
samedi 2 avril 2022
Drei Kriegsgedichte
1. Mut
Mut ist eine seltsame Frucht:
Was für den einen Mut ist
Ist für den anderen Feigheit.
Der Erste desertiert mutig
Der Zweite zieht mutig in den Krieg
Der Dritte wird feig in ihn hineingezogen.
Wer sich in ihm als mutig erweist
War im Frieden manchmal mutlos.
Der Krieg verändert den Menschen.
Gäbe es ihn nicht, diesen Krieg
Wüsste man also nicht viel von den Leuten
Und wie immer ist es besser, keine Ahnung zu haben.
Wenn man es aber weiß
Weiß man trotzdem noch nicht
Was angebrachter ist – Mut oder Feigheit.
2. Recht und Unrecht
Ihr hättet gerne, dass im Kriege keiner Recht besitzt –
Derart ist jene Heiligkeit
Die immer nur dem einen nützt.
Der wär viel lieber liebend eingedrungen
Doch hat ihr Zieren zu Gewalt gezwungen
Und lässt sie sich nun einmal schlecht verführen
Muss sie der Liebe Feuer anders spüren.
Wer ist nun schuld an Krieg und Ungemach?
Doch nicht der Hund, dem sie ins Auge stach...
3. Unmut
Er wollte sie besitzen
Und warb, wie er’s verstand
Mit Mörsern und Haubitzen
Aufs offne Mutterland.
Es sind die vollen Brüste
Von Kratern übersäht;
Ach, wenn er doch nur wüsste
Weshalb sie ihn verschmäht.
Er fragt die Generäle;
Die wissen auch nicht mehr
Was diese sanfte Seele
Verführt zu Gegenwehr.
Es kann nicht einer siegen
Nur, weil er sich vernarrt;
Das Herz wird vom Bekriegen
Nur sturer und verharrt.
Und würd er sie bezwingen –
Der Liebe wär nicht viel.
Es reicht nicht zum Erringen
Das eigene Gefühl.
2. April 2022
mercredi 9 mars 2022
Du vide
i.
L’inestimable valeur qu’acquièrent les choses simplement en ________________________________________vieillissant
Est la même qu’acquièrent les êtres de cette manière-là ;
Si cela n’est plus vu, tout se meurt.
On ne meurt pas de vieillesse
Mais de jeunesse qui n’en finit pas.
On disparaît de ne plus se souvenir de rien.
ii.
Bien sûr, il faut du vide pour pouvoir remplir
Mais le vide complet n’est plus rien qu’une infatuation.
Qui ne se limite pas, ne mérite pas d’amour, la vie est à ce prix.
L’amour est là où il suffit d’un petit creux pour s’y lover
Il n’y a que le vide modeste
Qui l’aimante.
Le grand vide prétentieux
L’immensité toute dégagée, neuve
N’est le début de rien, mais la fin de tout.
Attends ta mort
Pour rentrer dans le néant
De tes rêves.
2 Mars 2022
mercredi 23 février 2022
L’ancre
i.
Si je la cherche, c’est que je sais
Qu’elle existe ;
Sinon, je ne la chercherais pas.
Mais, invisible ou introuvable
C’est comme si elle n’existait pas.
Ailleurs ou nulle part, quelle différence !
Pourtant, je cherche
Et c’est comme si je prenais un antamnésique
En prévision.
Toi, partie
De là où tu es
Quel conseil peux-tu me donner ?
ii.
La nuit, efficace conseillère ?
Le conseil qui sort d’elle
Dans le noir
Ressemble au vertige
Dans le haut.
Faut-il voir pour l’avoir ?
Quelle conception naïve !
iii.
Un sein s’échappe
La noirceur devient son décor.
Tu avais des bijoux qui n’allaient
Qu’à ta peau jeune, si lisse
Dont cette ancre en argent et en or, reliée
À une corde.
Depuis longtemps, tu ne la portais plus ;
Maintenant, elle est là
Et me rappelle la douceur de notre première rencontre.
Tout m’échappe maintenant
Et tout reste là.
iv.
Jadis et naguère
Fondus dans une ancre :
L’argent de jadis
L’or de naguère
Et la corde rugueuse pour les confondre
Sur la peau d’une jeune femme
Qui, intelligente et confiante, ne la dégrafe même pas.
Elle est revenue. Elle n’est jamais partie. Ancrée très tôt.
7 Février 2022
mardi 22 février 2022
Unerreichbar
Und ich muss nun ohne die Tote
Mit solch Unerreichbaren leben.
Wärest du mir näher geblieben als im Grabe
Hätte es in deiner Hand gelegen
Unerreichbare erreichbar zu machen.
21. Februar 2022
jeudi 27 janvier 2022
dimanche 16 janvier 2022
An Irony
After a drug-free life you had galore
Of them, and then, as gently as before
You had refused the stuff, just drank your pills
When remedies they weren’t any longer
Too late for any ‘either it kills
You or it makes you stronger’ –
Your resting strength, then, was to outscheme
The hopeless chemistry of a deathly dream.
January 15, 2022
mercredi 12 janvier 2022
Glückspilz
Je tombe sur mon Glückspilz.
Plus précisément, ç’avait été toi qui étais tombée dessus
Puis, en connaissance de cause, tu me l’avais offert.
Le Glückspilz appartient à la pharmacopée des sorcières ;
C’est bien lui, l’amanite, qui les fait s’envoler sur leurs balais.
En français, c’est un verni, il n’y a pas de traduction directe.
Ici, c’est le logo d’une marque autrichienne de spiritueux
Mais n’importe, quelle trouvaille alors !
Difficile de faire mieux dans le genre popu profond – c’est
La plus pure des merveilles nées de ta relation avec Guerrisol.
Trop subtil comme message pour tolérer le plein jour
Je n’osais m’en revêtir que dans les secret de l’alcôve, en pyjama.
Maintenant je ne peux plus le porter
Même mon intimité n’autorise plus de tels écarts de conduite, de
Pareils aveux sur tee-shirt.
À quoi bon, du reste ? Personne ne le lira sur moi.
Tout est parti avec toi.
Tout de ce qui a rendu le vie simple et compréhensible
Tout de ce qui l’avait vulgarisée dans le meilleur sens du mot
Tu me l’avais mis à ma portée.
9 Janvier 2022
mardi 11 janvier 2022
Tätigkeit
Tätigkeit ist nichts zum Essen:
Tätigkeit lässt nicht vergessen.
Mit dem Ende wär auch Schluss
Hätt sie einen Zuckerguss.
Wäre Tätigkeit zum Trinken
Könnte alles schön versinken.
Doch auch trinkbar ist sie nicht:
Noch im Tun gedenke ich.
Nicht ist Tätigkeit ein Stürmen
Um den Tätigen zu schirmen;
Viel ist sie, nur kein Genuss
Weil ich mich erinnern muss.
Tätigkeit ist Weiterlieben
Wird von Wehmut umgetrieben:
Gegenwart, Vergangenheit –
Klar im Kopf ist Tätigkeit.
11. Januar 2022
[La colline de Céret. 1921]
mardi 14 décembre 2021
Réflexions
Hélas, ça ne dure pas plus que quelques secondes.
Aussi brusquement tu redisparais – parce que j’ai réfléchi.
Avant, réfléchir ou pas ne changeait rien à ta présence.
Comment vivre de ces quelques secondes ?
En fait, je ne puis.
Alors, comment faire pour ne plus réfléchir ?
C’est simple : je dois te rejoindre.
Sinon, rien à faire.
Réflexion faite, cette solution n’en est pas une.
C’est au mieux une demi-solution ;
Va savoir pourquoi.
Enfin, il suffit de réfléchir un petit peu :
Tout compte fait, on ne peut vivre
Que de brusques apparitions.
Mais, ça te transforme en quoi ?
9 Décembre 2021
vendredi 10 décembre 2021
Si ce n’était pas comme ça
Rien de ce que je fais ne compte. Ce qui compte est fait par ceux qui comptent. J’ai pensé pouvoir mettre la charrue devant les bœufs, et d’une certaine façon, je le pense encore. Mon absence de vie ne me désole pourtant pas ; ce qui me désole est ton absence à toi, l’absence de la beauté.
Mais si j’affirme que je vis désormais sans baume sur mes blessures, il ne faut pas en déduire que je te réduis à une quelconque fonction : la consolation n’est jamais autre chose qu’un effet corollaire d’une présence qui existerait aussi sans moi, tel celui de la beauté qui fleurit pour elle-même. Seulement, on s’était rencontrés.
i.
Der Nachtwind ist besonders erschütternd
Denn man sieht ihn ja nicht. Am Tag
Sieht man den Wind wenigstens.
ii.
Ich bin immer viel besser, wenn es mir gut geht ;
Bin ich nicht so gut, geht es mir schlechter.
Gehen und sein scheint austauschbar.
iii.
Wenn ich etwas höre, das mir missfällt
Anstatt mir zu wünschen, dass es mir gefalle
Wünsche ich doch nur, es nicht gehört zu haben.
iv.
Ich lebe ohne teilzuhaben.
Sollte das Teilhaben das Leben sein
Täusche ich mich, wenn ich zu leben glaube.
v.
Nicht teilzuhaben ist eine Freude.
Es ist sicherlich die traurigste Freude
Die ein Mensch sich selbst machen kann.
24. Juli 2020 & 8. Dezember 2021
mercredi 8 décembre 2021
Visites
Sa tombe, mes visites, et pourtant je fais comme si.
Je cours au cimetière comme si l’éternité n’existait pas
N’oubliant aucune des dates.
Qui, pour elle, doivent se confondre –
En un seul jour, une seule nuit, je n’en sais rien.
C’est que je ne sais même pas si pour moi
Ce sont des jours ou des nuits
Qui se suivent.
Tout ce qui me reste à faire
C’est de n’oublier aucune des dates
Qui, sans elle, sont devenues sans importance.
5 Décembre 2021
vendredi 3 décembre 2021
Qinoth
i.
Les choses inutiles que je garde
Ne sont pas superflues, car elles
Calfeutrent mon âme, rembourrent
Celle qui sinon serait exposée aux
Mauvais coups comme l’est le corps.
Mais à l’instar de toute armure
Elles m’étouffent aussi
Elles restreignent aussi ma vue.
Je ne sais plus comment m’habiller
Pour être paré au combat.
ii.
Une bougie
T’évoque bien plus sûrement, et bien plus profondément
Qu’une photo.
Son secours reste maigre.
iii.
Aucune douceur.
Rien de plus long que le temps volé :
Ils s’étire sans grâce.
Je dors seul, et maintenant à l’ombre d’un escalier.
Illimité dans la durée, le deuil devient
Une matière qui me recouvre de ses bulles
Qui n’est pas blindage, et pas même protection
Mais m’isole
En un exil sans bienveillance
Comme le ferait une mer septentrionale, constamment démontée.
21 Novembre & 3 Décembre 2021
lundi 1 novembre 2021
All Hallows’ Eve
The grave grows greener while the flowers fall
And time and autumn have their will
To bed for the oncoming still
That melts your face with everything and all.
I harvest like its fruit in windfall weather
The certainty that soon we shall forgather.
October 31, 2021
lundi 25 octobre 2021
Ortstermin
Weil ich genau weiß, wo wir uns verließen
Treff ich auf dieser Welt dich nirgends mehr.
Nur die vergaßen, wo sie sich verloren
Finden sich wieder – irgendwo, im Ungefähr.
Ich weiß, wo ich dich nicht mehr wiederfinde
Und weiß doch auch, wo wir uns treffen müssen
Weil ich genau weiß, wo wir uns verließen
Und mir nichts andres bleibt als dieses Wissen.
Wir waren uns, wie man so sagt, verschworen
Und haben uns deshalb auch nie verloren
Und das gilt bis auf diese dunklen Tage.
Wir werden uns im Finstern nicht mehr finden
Und kommt noch Sonne vor, steht außer Frage
Dass wir vor dem zu grellen Licht erblinden.
[Rendez-vous sur place
Ne sachant que trop où nous nous sommes quittés
Je ne te rencontrerai plus sur cette terre.
Seuls ceux qui ont oublié où ils se sont perdus
Se retrouveront... quelque part, dans l’à-peu-près.
Je sais où je ne te retrouverai jamais
Et aussi où, un jour, nous nous rencontrerons
Car je sais précisément où l’on s’est quittés
Et qu’il ne me reste rien hormis ce savoir.
Nous vivions tellement proches l’un de l’autre
Qu’il ne nous était pas possible de nous perdre
Et c’est resté le cas jusqu’à ces sombres jours.
Nous ne nous retrouverons plus dans les ténèbres ;
Et quand bien même le soleil ressurgirait
Trop éblouissants, ses rayons nous aveugleraient.]
18 Octobre 2021
lundi 11 octobre 2021
Des balivernes
Qu’on ne raconte pas des balivernes :
La mort n’a jamais été sensuelle.
D’Éros, dieu Thanatos n’a rien à battre
Tant qu’il n’est pas son pauvre simulacre.
Si l’érotisme de la solitude
N’est guère plus que fantaisie lubrique
Rien n’a autant besoin de corps vivants
Que l’exercice ardent des faux-semblants.
Souvenir des ébats, le lit défait
Ne parle de la mort qu’au sens abstrait ;
Or, nulle abstraction dans la couche vide –
Il n’y a là que l’intrusion du truisme :
Thanatos t’a chassée de notre alcôve
Et veut que jusqu’à ton odeur s’envole.
7 Octobre 2021
mercredi 6 octobre 2021
Jesaia 49:17
Bibelsprüche können meist vielfach verstanden werden.
Beim Lesen stört das nicht, ganz im Gegenteil
Aber beim Übersetzen.
Ob der Feind sich aus deiner Mitte davonmacht
Oder aber deinem Schoße entspringt
Ändert alles.
Ich habe mir vieles überlegt beim Lesen
Wurde darunter fast zu meinem eigenen Talmud
Sprach halb auf Hebräisch, halb auf Aramäisch mit mir
Und wusste am Ende doch nur das
Was ich schon vorher gewusst hatte : Dass man
Immer alles so versteht, wie man es verstehen möchte.
Auch deinen Tod verstehe ich nur so, wie es mir nun einmal
Als nicht endgültig, da kann man mir sagen, was man will
Denn kein Satz ist eindeutig, keiner endgültig genug.
מְהָֽרְסַ֥יִךְ וּמַחֲרִבַ֖יִךְ מִמֵּ֥ךְ יֵצֵֽאוּ
Les vers bibliques peuvent être compris de multiple façon ;
Ça ne gêne nullement leur lecture, bien au contraire
Mais c’est embêtant lors de la traduction.
Que l’ennemi s’enfuie de chez toi
Ou qu’il sorte de ton sein
Change tout.
J’ai beaucoup réfléchi lors de ma lecture
Devenant ainsi presque mon propre Talmud
Discutant avec moi mi en hébreu mi en araméen
Pour finalement n’en tirer que ce
Que j’avais toujours su : on comprend
Toute chose comme on veut bien la comprendre.
Ta mort, elle aussi, je ne la conçois que comme ça m’arrange.
Quoi qu’on me dise, pour moi, elle n’est point définitive
Car aucun mot n’est jamais assez clair, ni le dernier.
5 Octobre 2021
mardi 14 septembre 2021
Du regard sur soi
i.
Des copains m’ont pris en photo.
Sur leurs photos, j’ai l’air doux et gentil
Si doux et gentil que je ne m’y reconnais à peine.
Est-ce l’âge ou le regard des copains
Qui m’a rendu ainsi ? Serait-ce la faute
Des journées tranquilles passées avec eux ?
Je ne me sens pas comme ça, mais
Désormais il faut faire gaffe, me dis-je
Si je ne veux pas finir comme ces faux doux
Que je déteste tant
Par pure gentillesse.
ii.
L’omniscient Internet vient de me confier que
D’excellents scientifiques allemands des années trente
Ont déjà démontré que, par atavisme, il coule dans mes veines
Un petit pourcentage de sang de singe, et que c’est ça qui me
________________________________________différencie
De mes amis de race plus pure. Or, il faut admettre que cela
________________________________ne m’étonne pas trop.
En toute logique, c’est ce quelque sang animal qui doit être
_______________________________responsable du nombre
Particulièrement élevé de prix Nobel dans ladite catégorie de la
________________________________________population :
Ceux avec du singe en eux deviennent donc parfois de grands
___________________________________________savants
Tandis que les autres restent au niveau du scientifique sérieux.
Cette trouvaille, tout en étant certes des plus captivantes
Ne m’apprend pourtant pas grand-chose sur moi ;
Car à vrai dire, le singe, ça se sent.
iii.
Quand je me regarde dans les yeux
J’ai une glace devant moi.
Ce qui est légèrement décevant.
Et ce n’est certainement pas avec ce genre de constat
Que je résoudrai le problème.
11 Septembre 2021
lundi 13 septembre 2021
When It Hits Me in the Chest
Cette après-midi, dans le métro, une longue traînée d’un liquide
_______________________________________paresseux
Se répandant en une sorte de fleuve calme et sinueux pour finir en
__________________________________________delta.
Je le suis en amont, en en cherchant la source, et y trouve un
_______________________________________ voyageur
À la dignité très forte, si impérieuse que je me dis que cette
________________________________________ chose-là
Ne saurait émaner de lui ; il a dû s’y asseoir après coup, le pauvre.
Puis, je remarque que les gens ne la remarquent pas, cette traînée
Car, l’un après l’autre, ils avancent en salissant leurs semelles
Et je me dis : Finalement, on n’est que ce qu’on remarque.
Après, je descends, et sur le quai il y a une expo de Salgado.
Ah, mes chers Yanomami, suis-je le seul à regarder ces photos ?
Tous les autres ne font qu’attendre leur rame sans prêter attention
Au chamanisme impérieux et aux méandres paresseux dans leur
___________________________________________dos.
C’est navrant, je suis ce que je remarque ;
Mon monde est tellement plus riche que le leur
Et sans le moindre doute aussi tellement plus pauvre.
9 Septembre 2021
lundi 23 août 2021
Halbasiatischer Rotarmist
Auf der Baustelle war einer
Der da nicht hingehörte.
Es war der reine Zufall, dass ich ihn entdeckte
Er aber hatte mich schon kommen hören und vorgebaut:
Machte sofort auf sich aufmerksam
Und als ich zu ihm trat, hatte er ein Märchen parat.
Was blieb mir anderes übrig, als ihm ernster Miene mit
Der Ordnungsmacht zu drohen und ihn des Ortes zu verweisen
Diesen hübschen jungen Kerl, dem man die Spannung kaum _________________________________________anmerkte
Und der noch die Frechheit besaß, mich zu fragen, ob es nicht ____________________________________________einen
Unkomplizierteren Weg zurück gäbe, und meinte dabei den
Den ich genommen hatte. Ich entgegnet, er solle sich
Genau so davonmachen, wie er gekommen sei
Denn was blieb mir schon anderes übrig
Doch hab mir dabei gedacht
So hübsche junge Diebe gibt es also noch.
Er grinste respektvoll, salutierte militärisch und stieg mit der
Erwarteten Geschmeidigkeit das Gerüst wieder hinunter;
Ich sah ihm sicherheitshalber nach. Als er festen
Boden unter sich hatte, drehte er sich mir zu
Und salutierte nochmals lächelnd
Als sei ich ein alter Offizier, dem man gehorchen muss
Weil die Alten ja sonst nichts mehr haben
Und er ein einfacher Soldat
Der allerdings mitten im Leben steht
Und weiß, was dieses Leben ihm alles schuldet.
Und ich dachte, auch den slawischen Charme gibt es also noch
Was mich allerdings nicht unbedingt beruhigte.
*
Von so etwas umgetrieben zu sein
Ist kein gutes Zeichen
Man gibt das nicht gerne zu, es
Erinnert an die Platte auf dem Hinterkopf
Die nicht zu dir gehört, doch immer größer wird.
So wird dir die Jugend äußerlich
Und bleibt dennoch tief in dir
Wie ein Makel, ein Laster, ein mögliches Vergehen
Ein vereitelter Versuch
Der dich zwingt, Lügengeschichten zu erfinden.
Soldat russe aux traits mongols
Sur le chantier, il y en avait un
Qui n’avait pas vocation à y être.
Je ne l’ai découvert que par pure coïncidence ;
Or lui, m’entendant venir, avait pris ses dispositions :
Immédiatement, il me fit signe, et dès que
Je fus près de lui, il me sortit sa petite histoire.
Je n’avais d’autre choix que de le menacer, la mine
Grave, de la police, tout en le sommant de quitter les lieux
Ce jeune et joli bonhomme qui cachait à merveille sa tension
Et qui, de surcroît, avait le culot de me demander s’il n’y avait pas
De retour un chouïa plus commode, pensant manifestement
À la voie que j’avais empruntée moi. Je répondis
Qu’il déguerpisse par là où il était arrivé, car
Là encore, je n’avais pas d’autre choix
Mais secrètement, je me disais
Qu’ils existent donc encore, les voleurs jeunes et jolis.
Le sourire mi-moqueur, mi-respectueux, il me fit un salut militaire
Avant de redescendre l’échafaudage avec l’agilité attendue.
Par méfiance, je le suivais du regard ; une fois
La terre ferme touchée, il tourna la tête
Pour me saluer encore en souriant
Comme si j’étais un vieil officier auquel on doit obéissance
Puisque les vieux n’ont plus rien d’autre
Et lui, un simple troufion
Mais qui est plein de vie et sait
Ce qu’elle lui doit, cette fichue existence.
Et moi, je me disais qu’il existe donc encore, le charme slave
Pensée qui, néanmoins, ne m’apaisait pas vraiment.
*
Être travaillé par ce genre de chose
N’est pas bon signe
On a du mal à l’admettre
Ça s’apparente à la tonsure
Qui ne fait pas partie de toi mais s’étend.
Ainsi, la jeunesse te devient quelque chose d’extérieur
Et reste pourtant enfouie en toi
Comme une tare, un vice, un possible délit
Une tentative déjouée
Qui t’oblige à inventer des bobards.
lundi 2 août 2021
Cometa
„Uns gehört der Rest des Fadens und dass wir dich kannten.“ S. Kirsch
Peu m’appartenait de toi, et tout.
Tes contours m’appartenaient tout entiers
Ainsi que ta lumière, émise.
Le cerf-volant s’est libéré en rasant le soleil
Et il ne me reste dans la main qu’un bout de ficelle
Et pourtant.
Personne n’a connu la comète de plus près que moi
Personne n’a mieux vu ce dont elle était faite
Elle-même ne l’a pas su aussi bien.
Cerf-volant ou comète :
Ce n’est pas un bout de ficelle
C’est une trace étincelante qui m’est restée dans la main.
Lorsque tu es repartie en sortant de ma vue
C’est tout et rien
Qui m’est resté dans la main.
31 Juillet 2021
dimanche 11 juillet 2021
Cétoine
J’ai gardé le cadavre d’une cétoine, un impressionnant scarabée
Mais il n’est plus aussi beau que cela, je vais le jeter ;
Vraiment jolie est cette grosse émeraude dorée
Uniquement en se posant après le vol.
Ce qui ne bouge plus, prend
De la poussière.
Par bonheur, ma morte à moi continue de voleter
Et garde donc toute sa vivacité.
Cependant, elle est désormais trop rapide dans les airs
Pour être encore saisissable.
5 Juillet 2021
vendredi 2 juillet 2021
Ah, le bonheur romantique
Ah, le bonheur romantique des amours passagères !
En ce qui nous concerne :
Plus aucune relation éphémère avec toi m’est possible
Fût-elle aussi fugace qu’une vie
Mais uniquement celle, définitive, pendant une éternité
Qui est encore à venir.
« Il n’y a plus d’après ... »
Sauf hors du temps
Sans lendemain
Dans un éternel présent –
À la fin, il faut l’entendre comme ça ;
Et en ce sens, elle tombe juste, la petite chanson.
Pour une fois, n’ayons donc pas peur des grands mots :
Une relation peut en effet devenir indissoluble
Pour peu qu’on ait vécu auparavant ;
La qualité de l’éphémère
Prépare à l’éternel
Et ainsi, l’éternel éphémère
Qui pourtant est tout ce qu’il peut y avoir
N’est que la plus longue et la plus courte des préparations
Sans que cela ait à voir avec l’enfantillage sentimental d’une
_______________________________________croyance.
28 Juin 2021
mercredi 23 juin 2021
Quand je viendrai te voir
i.
Quand je viendrai te voir, on n’aura besoin de rien du tout
Ni toi ni moi. On n’aura jamais eu besoin de si peu.
Nous nous suffirons sans rien
Et nous aurons tout.
Mais je ne suis pas encore là.
J’ai encore besoin de mes choses, et surtout des tiennes
Et pourtant, je viens de les virer en attendant.
Je les vire comme si, en disparaissant
Elles te rejoignaient, toi
Qui déjà n’as plus besoin de rien.
ii.
Quand je viendrai te voir, sans te réveiller
Je m’allongerai à tes côtés. Ainsi
Plus besoin de me mettre à divaguer
Pour qu’on couche ensemble.
La terre nous sera plus légère
Que l’air que nous avions respiré
Fleurie de l’instant de nos retrouvailles
Tant il importera peu de les savoir définitives.
iii.
Quand je viendrai te voir, je serai encore moi-même
Et toi, tu seras encore toi-même, et pourtant
On ne se distinguera plus en rien.
Il n’y aura vraiment plus d’autre visite
Qu’enfin celle sans un adieu.
iv.
Quand je viendrai te voir, ce sera aussi avec les ailes mises.
Arrivés en volant, on les avait juste raccrochées
Avant de les reprendre pour partir.
v.
Quand je viendrai te voir, ce ne sera pas moi, mais toi à l’arrivée.
18 Juin 2021
jeudi 20 mai 2021
Horizon
i.
Everything seemed natural while you were here
And now, for some reason, it still does
While you are gone –
Certainly a contradiction
If these weren’t very different whiles.
For some reason
Your ongoing presence
Seems to merge while with while
But not one natural with another natural.
Once duly spirited away
Not a thing comes up elsewhere.
All is lost unless it lingers where it was.
ii.
Was du für mich getan hast, kann
Ich selbst für mich nicht tun –
Ich reiche nicht so weit.
Wo dir mein ganzes Wesen zur Verfügung stand
Gehört’s mir kaum auf Armeslänge, falls denn überhaupt.
Sahst du es dir von jeder Seite an
Ward es dein Eigentum
In solch vollständiger Erreichbarkeit.
Ich weiß nur, wo ich ende, deiner Hand
War alles, was mir selbst verboten blieb, erlaubt.
18. Mai 2021
mardi 18 mai 2021
Aus der Gnisa
1. Fragment
Im Schlichtkleid weiß der auch nicht mehr
Als ich und all die andern Leut;
Doch schwärmt im Prachtkleid er daher
Senk ich den Blick, dann ist’s ein Seher
Der in des Himmels Wunder eingeweiht.
Dies Prachtkleid ist aus nichts als Wind
Hat weder Form noch Naht, noch Saum
Als ob ein Halbgott käm und stünd
Und um ihn alles licht und lind
Und blieb nur für die Erdenschwere Raum.
Die aber rettet euch und mich:
Im Schlichtkleid kann der auch nicht mehr
Und fliegt genauso kümmerlich
Wie irgendeiner, du und ich;
Drum ist sein Prachtkleid eben leicht, nicht schwer.
2. Fragment
In Amazonien versucht man, den Menschen auszuwildern:
Langsam gewöhnt man ihn wieder an die Natur und setzt
Ihn aus, wenn er dort überleben kann, hoffend, er kommt nicht __________________________________________zurück.
Ob es nun Pech ist oder Glück:
Ich überstehe auch bis jetzt
Die härtesten Winter in meinen Gefilden.
3. Fragment
Das neue Liebeströpfchen, der Liane Pflanzensud
Tut, will mir scheinen, allen gut
Die von Erkenntnissen verlangen
Sie – just nicht nur – von innen zu empfangen.
17. Mai 2021
lundi 10 mai 2021
Inquiétude
Quand j’étais inquiet
Quelques mots de toi suffisaient pour me rassurer
Et quand tu étais inquiète
Quelques mots de moi suffisaient pour te rassurer
On savait toujours ce que l’autre ignorait
Ne s’inquiétant jamais des mêmes choses.
Ça doit être l’enfer, deux enfants tremblant de peur ensemble
En se tenant par la main.
Maintenant, quand je suis inquiet
Je le reste
Et pire encore, je n’ai plus qui rasséréner.
Tremblant tout seul dans ma nuit
Je me dis que tout est grave
Alors que plus rien n’est bien grave
Quand on a perdu son âme apaisante.
8 Mai 2021
mercredi 14 avril 2021
An die Erde verloren
1. Von Flachheit
Es gehört nicht viel dazu
Die Altvorderen zu überleben
Und sich daraufhin für klüger zu halten:
Sie liegen so schön sauber und ruhig, sehr glatt und sehr flach
Und du selbst scheinst dir voll Rauheit und unflach
Bei all diesem glitzerbunten Innenkram.
Dann verliere deinen Schatz, und kein
Plätzchen auf Erden ist mehr sauber und ruhig
Keines mehr glatt und keines flach, und das nicht nur
Weil du, zwar noch von der Sonne beschienen
Nun selbst auch schon dort
Liegst.
2. Von Beweisen
Das Wichtigste ist immer einfach.
Wenn keiner den anderen um etwas bringen möchte
Ist die Nähe am größten, man entfernt sich so nicht, sondern
Nähert sich nur, und alles Gegenteil ist lediglich optische
_______________________________________Täuschung.
Jetzt, da der Tod mich um dich gebracht hat
Dass du mir entschwandest
In größte Nähe.
Wortlose Nähe, aber auch wie stets eine
Die nicht bewiesen werden kann.
Was ich auch von dir erzähle
Steht nun ohne Beweis;
So nahe bist du mir
Verstummt.
Perdu à la terre
1. De la platitude
C’est jeu d’enfant
De survivre aux ancêtres
Pour ensuite se croire plus malin qu’eux :
Ils gisent proprement, si calmes et lisses et très à plat
Et toi, tu te sembles rugueux et fort peu plat
De tant de bordel bariolé à l’intérieur.
Puis perds ton trésor, et plus aucun
Carré sur la terre n’est propre, ni calme
Ni lisse, ni à plat, et pas seulement parce que
Bien qu’encore chauffé par le soleil
Maintenant, tu y gis
Aussi.
2. Des preuves
Le plus important est toujours simple.
Quand l’un ne veut pas priver l’autre, on s’est les plus proches ;
Ce faisant, on ne s’éloigne pas, on se rapproche ;
L’inverse n’est qu’illusion d’optique.
Dès lors, la mort m’ayant privé de toi
Tu m’es disparue dans la plus
Grande des proximités.
Proximité muette, mais une fois de plus
Une qu’on ne saurait démontrer.
Quoi que je raconte de toi
Reste alors non prouvé
Tant tu m’es proche
Bouche cousue.
9 Avril 2021