Sens fait de non-sens
Présence légère
Pesante présence
Que l’on espère.
Tout perd son vieux poids
Mort dans la lumière
Un arôme à toi
Parfume l’air.
La nuit se fait jour
Mais jour qui s’embrume
Léger devient lourd
Lourd comme une plume.
28 Juin 2022
Sens fait de non-sens
Présence légère
Pesante présence
Que l’on espère.
Tout perd son vieux poids
Mort dans la lumière
Un arôme à toi
Parfume l’air.
La nuit se fait jour
Mais jour qui s’embrume
Léger devient lourd
Lourd comme une plume.
28 Juin 2022
1. Glasbruch
Jeder Tag entfernt –
Das ist eine Binsenweisheit
Doch die Dinge überleben das Entfernen
Gerade auch dann, wenn sie sehr zerbrechlich sind.
Jetzt, da du nicht mehr altern darfst
Altern die Dinge für dich, und zerbricht eines
Das mich an dich erinnerte
Erinnert es noch im Zerbrechen und darüber hinaus.
Jeder Gedanke, jeder Einfall, den du hattest, wird heilig.
Du hattest dieses Weinglas gekauft, es muss
Dir also gefallen haben; nicht
Unbedingt ‚mein‘ Stil. Nun ist es heilig.
Wäre es ‚mein‘ Stil gewesen, hättest du mir nur eine Freude
Damit machen wollen; aber dadurch, dass es ‚dein‘ Stil war oder ist
Oder du vielleicht nur meintest, meinen Stil getroffen zu haben
Wird es heiliger als die Heiligkeit, die es erlangt hätte
Wenn du mir nur eine Freude damit hättest machen wollen
Und dir das vollständig gelungen wäre.
Je mehr du dich selbst in etwas offenbarst
Und nicht allein deine Zuneigung zu mir, desto heiliger.
Gingen dir manchmal Gläser kaputt, und waren es ‚meine‘
Versuchtest du stets, sie zu ersetzen, trafst meinen
Geschmack aber nicht unbedingt trotz
Jahrzehntelanger Symbiose.
Du offenbartest dich also unabsichtlich selbst.
Ich hätte dir auf Knien dafür danken müssen
Denn nur dadurch bist du noch so lebendig
Und sei es in einem zerbrechlichen Glas.
2. Roadkill
Ich erschrak.
Es lag etwas mitten auf der Straße.
Ein überfahrenes Tier?
Von Weitem sah es ganz danach aus.
Ich kam näher, es war nur ein Packen braunes Papier.
Es scheint aber keine Sinnestäuschung
Dass es dich nicht mehr gibt
Obwohl ich an die Sache nicht näher herankommen kann.
Venir plus près
1. Bris de verre
Chaque jour éloigne –
Voilà une de ces banalités
Mais les choses survivent à l’éloignement
Et surtout les plus fragiles et vulnérables parmi elles.
Maintenant que tu es interdite de vieillir
Les objets vieillissent pour toi, et si l’un de ceux
Qui me font penser à toi, se casse
À cet instant encore il ne fait que t’évoquer, et bien au-delà.
Chacune de tes idées et trouvailles est devenue sacrée.
Si tu as acheté ce verre à vin, c’est qu’il a dû
Te plaire ; il ne correspondait pas
Forcément à ‘mon style’. Désormais, il est sacré.
S’il avait été ‘mon style’, tu aurais simplement
Voulu me faire plaisir ; mais parce que c’était le tien, ou
Parce que tu t’étais trompée en croyant tomber juste
Il devient plus sacré qu’il n’aurait pu être
Si tu avais complètement réussi dans ta tentative
De me faire plaisir. À mesure
Que tu t’y dévoiles toi-même, et pas seulement
L’affection que tu me portes, tout gagne en sainteté.
S’il t’arrivait de casser de ces verres ‘à moi’
Tu as toujours eu à cœur de les remplacer
Mais sans fatalement taper dans le mille
Malgré notre symbiose de trente ans.
Tu t’es donc dévoilée sans faire exprès, j’aurais dû
T’en remercier en tombant à genoux devant toi
Car c’est pour ça que tu es encore si vivante
Ne serait-ce que dans un verre cassable.
2. Chat écrasé
J’ai eu peur.
Quelque chose gisait au milieu de la chaussée.
Un animal écrasé ?
Vu de loin, c’en avait tout l’air.
En m’approchant je constatais que c’était du papier d’emballage.
Il ne me paraît pas simplement une illusion
Que tu n’existes plus
Bien que je sois incapable de me rapprocher de la chose.
24 Juin 2022
J’avais hésité, c’est une petite bête tellement mignonne, mais enfin
Je me suis préparé ce lapin qu’on m’avait proposé en réclame.
En y incorporant un peu de moutarde, je pensais à Gretel
Qui le cuisinait à merveille, celui de son fils inclus.
Quel drame, une telle éducation.
Le lapin, Gretel, son fils, morts. Je me nourris de mort.
Tous morts, et toi dans le lot, juste une de plus
Parmi tant d’autres – mais ma morte.
Ma seule et unique, en fait.
Je ne sais plus
Comment vivent les gens
Qui n’ont pas leur morte à eux
Qui n’ont pas subi cette éducation-là.
Je les prends le cas échéant pour des salauds.
17 Juin 2022
i.
Ta mort ne m’a pas coupé la parole, elle l’a accaparée.
Plus aucun autre sujet
Que celui consigné pour celle qui ne le lira plus.
Vivante, tu étais ma lectrice
Morte, tu le restes.
Tu restes la destinatrice de mes paroles, rien n’a changé.
Narcissiquement, je te vois par rapport à moi
Mais amoureusement, je te vois par rapport à toi-même
Et aujourd’hui plus que jamais, la mort t’ayant rendue entièrement ___________________________________________à toi.
Je t’observais du coin de l’œil, ma lectrice, guettant le petit sourire
Et l’entr’apercevant, en cachette
Je savais que j’avais réussi quelque chose.
En fait, égoïstement, je pense à ce sourire qui me manque
Lorsque je dis que tu me manques
Petit sourire immense, tout.
Toi toute seule, mais avec un peu de moi –
Comme si le texte avait été retranscrit de ta main
Devenant ainsi le nôtre.
ii.
J’ai le plus grand mal à jeter le moindre bout de papier
Sur lequel tu avais gribouillé quelque chose
Ne fût-ce qu’une liste de courses.
C’est l’écriture qui est devenue sacrée.
On est là au début même des saintes écritures.
On s’en fout, n’importe quoi, du récit sans intérêt :
C’est la main traceuse qui compte
C’est elle qui rend canonique.
Je ne les lisse surtout pas
Ces feuilles pliées et chiffonnées.
Telles quelles, je les mets dans un écrin
Et l’écrin, je l’entrepose dans ma gueniza personnelle.
iii.
Si je souhaite
Que tu reviennes vers moi
Que tu sois de nouveau avec moi
Je ne souhaite certainement pas l’impossible.
Depuis quand le monde obéirait-il à un ordre rationnel ?
Alors, un miracle de plus ou de moins...
Les sortilèges décident ; sinon pas d’explication.
Nous, on n’a jamais quitté l’âge mythique
L’âge homérique, héroïque, fatidique
Baigné de l’or de notre enfance.
Toi vivante, je le devinais ;
Désormais, je le sais.
17 Juin 2022
Sitôt après ta mort, j’ai vu cette bestiole
i.
Das Lebendige wächst nach
Das Tote nicht.
Die Toten bleiben Tote;
Was nachwächst, sind Lebendige
Die allerdings Toten nachwachsen.
Man versteht es nicht so recht.
Ich wachse dir entgegen –
Mehr kann ich nicht tun
Solange ich noch am Leben bin.
ii.
Schaue ich mir ein Photo von dir an
Um mich zu trösten
Tröstet es mich nicht
Und tröstet mich doch.
Ich bin so verloren in der Stille
Dass ich keinen Unterschied mehr wahrnehme
Zwischen Trost und Trostlosigkeit.
Repousser et regarder
i.
Ce qui est vivant, repousse
Mais pas ce qui est mort.
Les morts restent morts ;
Ce qui repousse, c’est des vivants
Repoussant pourtant les morts.
C’est dur à comprendre.
Je pousse dans ta direction –
C’est tout ce que je peux faire
Tant que je suis vivant.
ii.
Si je regarde ta photo
Pour me consoler
Elle ne me console pas
Et elle me console.
Je suis tellement perdu dans le silence
Que je ne ressens même plus de différence
Entre consolation et désolation.
16 Juin 2021
Cette abomination a fini par s’installer partout.
Tu l’avais écartée telle une amulette ;
Il a suffi que tu t’en ailles pour qu’elle trouve la voie libre.
Désormais, chaque coin que tu ne remplis plus
Elle s’y étale en moisissure
Avançant chaque jour, pas à pas.
C’est incroyable, le travail que, mine de rien, tu avais fait
Pour lui barrer l’accès pendant toute une vie ;
Même nos murs, rien que souriants de toi.
Tapie dans l’ombre, elle attendait, maintenant elle est là
Et tout le monde semble mettre un point d’honneur à la favoriser
Y compris ceux qui me sont encore les plus chers.
Il n’y a plus que ton souvenir
Pour la chasser, parfois, un peu.
Gymnastique périlleuse.
Saleté de saleté :
Comment m’en débarrasser ?
En détournant mon regard de ces murs suintants ?
Or, j’y attends ton apparition
Toujours ton apparition
Solaire à travers eux.
14 Mai 2022
i.
Tout n’est qu’affaire de bonheur.
Tu n’étais pas heureuse, là-bas dans ta vie confortable.
Et dès que tu m’as vu, tu m’as voulu.
Ça m’arrangeait beaucoup, dis donc :
Tu n’étais pas moins belle qu’amoureuse.
On ne peut faire mieux sans violence.
Eh ben, quand on s’ennuie dans le confort, il faut
De l’inconfort, me disais-je, afin que tout aille pour le mieux.
Voilà ce que j’avais à te proposer.
L’inconfort acquis, la ténacité
Devenait la vertu la plus essentielle.
Et à vrai dire, ce n’était point couru d’avance.
Longtemps, bêtement, tu n’étais pas sûre de moi
Mais il n’y avait pas de doute à avoir ;
Dès le début, l’affaire était pliée.
Il fallait juste me chercher, car
Je ne sors pas comme ça de ma tanière.
Dans ta folie tu as simplement fait le nécessaire.
Qui a tous les atouts dans la main
Ne peut pas ne pas choper.
C’est la paix assurée.
Or, il y a des aveugles
J’en ai connu plein, vraiment à la pelle
Et je pense aux désastres de la guerre en pensant à eux.
ii.
Qui cherche sans cesse du nouveau
Ne craint pas le nouveau.
Ce n’est pas une question de gauche ou de droite.
C’est par pur conservatisme
Que l’on finit progressiste. La fidélité
Serait-elle question de courage ou de lâcheté ?
S’installer dans la paix, pour beaucoup
Ne relève que de la survie, non pas du confort
Mais l'on peut s’installer paisiblement dans l’inconfort.
Et cette douce paix se révèle trop ardue
Pour ne pas être du champ de la lutte éternelle ;
Quant à la guerre guerrière, elle reste à jamais passagère.
iii.
Puisque la guerre n’est que passagère
La paix est éternelle, et si fortement éternelle
Que la guerre doit l’interrompre de temps en temps.
Nos querelles à nous ne l’ont pas interrompue
Mais en faisaient partie. Une bonne paix
Telle la nôtre, est toujours armée.
2 Avril 2022
1. Mut
Mut ist eine seltsame Frucht:
Was für den einen Mut ist
Ist für den anderen Feigheit.
Der Erste desertiert mutig
Der Zweite zieht mutig in den Krieg
Der Dritte wird feig in ihn hineingezogen.
Wer sich in ihm als mutig erweist
War im Frieden manchmal mutlos.
Der Krieg verändert den Menschen.
Gäbe es ihn nicht, diesen Krieg
Wüsste man also nicht viel von den Leuten
Und wie immer ist es besser, keine Ahnung zu haben.
Wenn man es aber weiß
Weiß man trotzdem noch nicht
Was angebrachter ist – Mut oder Feigheit.
2. Recht und Unrecht
Ihr hättet gerne, dass im Kriege keiner Recht besitzt –
Derart ist jene Heiligkeit
Die immer nur dem einen nützt.
Der wär viel lieber liebend eingedrungen
Doch hat ihr Zieren zu Gewalt gezwungen
Und lässt sie sich nun einmal schlecht verführen
Muss sie der Liebe Feuer anders spüren.
Wer ist nun schuld an Krieg und Ungemach?
Doch nicht der Hund, dem sie ins Auge stach...
3. Unmut
Er wollte sie besitzen
Und warb, wie er’s verstand
Mit Mörsern und Haubitzen
Aufs offne Mutterland.
Es sind die vollen Brüste
Von Kratern übersäht;
Ach, wenn er doch nur wüsste
Weshalb sie ihn verschmäht.
Er fragt die Generäle;
Die wissen auch nicht mehr
Was diese sanfte Seele
Verführt zu Gegenwehr.
Es kann nicht einer siegen
Nur, weil er sich vernarrt;
Das Herz wird vom Bekriegen
Nur sturer und verharrt.
Und würd er sie bezwingen –
Der Liebe wär nicht viel.
Es reicht nicht zum Erringen
Das eigene Gefühl.
2. April 2022
i.
Si je la cherche, c’est que je sais
Qu’elle existe ;
Sinon, je ne la chercherais pas.
Mais, invisible ou introuvable
C’est comme si elle n’existait pas.
Ailleurs ou nulle part, quelle différence !
Pourtant, je cherche
Et c’est comme si je prenais un antamnésique
En prévision.
Toi, partie
De là où tu es
Quel conseil peux-tu me donner ?
ii.
La nuit, efficace conseillère ?
Le conseil qui sort d’elle
Dans le noir
Ressemble au vertige
Dans le haut.
Faut-il voir pour l’avoir ?
Quelle conception naïve !
iii.
Un sein s’échappe
La noirceur devient son décor.
Tu avais des bijoux qui n’allaient
Qu’à ta peau jeune, si lisse
Dont cette ancre en argent et en or, reliée
À une corde.
Depuis longtemps, tu ne la portais plus ;
Maintenant, elle est là
Et me rappelle la douceur de notre première rencontre.
Tout m’échappe maintenant
Et tout reste là.
iv.
Jadis et naguère
Fondus dans une ancre :
L’argent de jadis
L’or de naguère
Et la corde rugueuse pour les confondre
Sur la peau d’une jeune femme
Qui, intelligente et confiante, ne la dégrafe même pas.
Elle est revenue. Elle n’est jamais partie. Ancrée très tôt.
7 Février 2022
After a drug-free life you had galore
Of them, and then, as gently as before
You had refused the stuff, just drank your pills
When remedies they weren’t any longer
Too late for any ‘either it kills
You or it makes you stronger’ –
Your resting strength, then, was to outscheme
The hopeless chemistry of a deathly dream.
January 15, 2022
Je tombe sur mon Glückspilz.
Plus précisément, ç’avait été toi qui étais tombée dessus
Puis, en connaissance de cause, tu me l’avais offert.
Le Glückspilz appartient à la pharmacopée des sorcières ;
C’est bien lui, l’amanite, qui les fait s’envoler sur leurs balais.
En français, c’est un verni, il n’y a pas de traduction directe.
Ici, c’est le logo d’une marque autrichienne de spiritueux
Mais n’importe, quelle trouvaille alors !
Difficile de faire mieux dans le genre popu profond – c’est
La plus pure des merveilles nées de ta relation avec Guerrisol.
Trop subtil comme message pour tolérer le plein jour
Je n’osais m’en revêtir que dans les secret de l’alcôve, en pyjama.
Maintenant je ne peux plus le porter
Même mon intimité n’autorise plus de tels écarts de conduite, de
Pareils aveux sur tee-shirt.
À quoi bon, du reste ? Personne ne le lira sur moi.
Tout est parti avec toi.
Tout de ce qui a rendu le vie simple et compréhensible
Tout de ce qui l’avait vulgarisée dans le meilleur sens du mot
Tu me l’avais mis à ma portée.
9 Janvier 2022
Tätigkeit ist nichts zum Essen:
Tätigkeit lässt nicht vergessen.
Mit dem Ende wär auch Schluss
Hätt sie einen Zuckerguss.
Wäre Tätigkeit zum Trinken
Könnte alles schön versinken.
Doch auch trinkbar ist sie nicht:
Noch im Tun gedenke ich.
Nicht ist Tätigkeit ein Stürmen
Um den Tätigen zu schirmen;
Viel ist sie, nur kein Genuss
Weil ich mich erinnern muss.
Tätigkeit ist Weiterlieben
Wird von Wehmut umgetrieben:
Gegenwart, Vergangenheit –
Klar im Kopf ist Tätigkeit.
11. Januar 2022
[La colline de Céret. 1921]
i.
Der Nachtwind ist besonders erschütternd
Denn man sieht ihn ja nicht. Am Tag
Sieht man den Wind wenigstens.
ii.
Ich bin immer viel besser, wenn es mir gut geht ;
Bin ich nicht so gut, geht es mir schlechter.
Gehen und sein scheint austauschbar.
iii.
Wenn ich etwas höre, das mir missfällt
Anstatt mir zu wünschen, dass es mir gefalle
Wünsche ich doch nur, es nicht gehört zu haben.
iv.
Ich lebe ohne teilzuhaben.
Sollte das Teilhaben das Leben sein
Täusche ich mich, wenn ich zu leben glaube.
v.
Nicht teilzuhaben ist eine Freude.
Es ist sicherlich die traurigste Freude
Die ein Mensch sich selbst machen kann.
24. Juli 2020 & 8. Dezember 2021
i.
Les choses inutiles que je garde
Ne sont pas superflues, car elles
Calfeutrent mon âme, rembourrent
Celle qui sinon serait exposée aux
Mauvais coups comme l’est le corps.
Mais à l’instar de toute armure
Elles m’étouffent aussi
Elles restreignent aussi ma vue.
Je ne sais plus comment m’habiller
Pour être paré au combat.
ii.
Une bougie
T’évoque bien plus sûrement, et bien plus profondément
Qu’une photo.
Son secours reste maigre.
iii.
Aucune douceur.
Rien de plus long que le temps volé :
Ils s’étire sans grâce.
Je dors seul, et maintenant à l’ombre d’un escalier.
Illimité dans la durée, le deuil devient
Une matière qui me recouvre de ses bulles
Qui n’est pas blindage, et pas même protection
Mais m’isole
En un exil sans bienveillance
Comme le ferait une mer septentrionale, constamment démontée.
21 Novembre & 3 Décembre 2021
The grave grows greener while the flowers fall
And time and autumn have their will
To bed for the oncoming still
That melts your face with everything and all.
I harvest like its fruit in windfall weather
The certainty that soon we shall forgather.
October 31, 2021
Weil ich genau weiß, wo wir uns verließen
Treff ich auf dieser Welt dich nirgends mehr.
Nur die vergaßen, wo sie sich verloren
Finden sich wieder – irgendwo, im Ungefähr.
Ich weiß, wo ich dich nicht mehr wiederfinde
Und weiß doch auch, wo wir uns treffen müssen
Weil ich genau weiß, wo wir uns verließen
Und mir nichts andres bleibt als dieses Wissen.
Wir waren uns, wie man so sagt, verschworen
Und haben uns deshalb auch nie verloren
Und das gilt bis auf diese dunklen Tage.
Wir werden uns im Finstern nicht mehr finden
Und kommt noch Sonne vor, steht außer Frage
Dass wir vor dem zu grellen Licht erblinden.
[Rendez-vous sur place
Ne sachant que trop où nous nous sommes quittés
Je ne te rencontrerai plus sur cette terre.
Seuls ceux qui ont oublié où ils se sont perdus
Se retrouveront... quelque part, dans l’à-peu-près.
Je sais où je ne te retrouverai jamais
Et aussi où, un jour, nous nous rencontrerons
Car je sais précisément où l’on s’est quittés
Et qu’il ne me reste rien hormis ce savoir.
Nous vivions tellement proches l’un de l’autre
Qu’il ne nous était pas possible de nous perdre
Et c’est resté le cas jusqu’à ces sombres jours.
Nous ne nous retrouverons plus dans les ténèbres ;
Et quand bien même le soleil ressurgirait
Trop éblouissants, ses rayons nous aveugleraient.]
18 Octobre 2021
Qu’on ne raconte pas des balivernes :
La mort n’a jamais été sensuelle.
D’Éros, dieu Thanatos n’a rien à battre
Tant qu’il n’est pas son pauvre simulacre.
Si l’érotisme de la solitude
N’est guère plus que fantaisie lubrique
Rien n’a autant besoin de corps vivants
Que l’exercice ardent des faux-semblants.
Souvenir des ébats, le lit défait
Ne parle de la mort qu’au sens abstrait ;
Or, nulle abstraction dans la couche vide –
Il n’y a là que l’intrusion du truisme :
Thanatos t’a chassée de notre alcôve
Et veut que jusqu’à ton odeur s’envole.
7 Octobre 2021
i.
Des copains m’ont pris en photo.
Sur leurs photos, j’ai l’air doux et gentil
Si doux et gentil que je ne m’y reconnais à peine.
Est-ce l’âge ou le regard des copains
Qui m’a rendu ainsi ? Serait-ce la faute
Des journées tranquilles passées avec eux ?
Je ne me sens pas comme ça, mais
Désormais il faut faire gaffe, me dis-je
Si je ne veux pas finir comme ces faux doux
Que je déteste tant
Par pure gentillesse.
ii.
L’omniscient Internet vient de me confier que
D’excellents scientifiques allemands des années trente
Ont déjà démontré que, par atavisme, il coule dans mes veines
Un petit pourcentage de sang de singe, et que c’est ça qui me
________________________________________différencie
De mes amis de race plus pure. Or, il faut admettre que cela
________________________________ne m’étonne pas trop.
En toute logique, c’est ce quelque sang animal qui doit être
_______________________________responsable du nombre
Particulièrement élevé de prix Nobel dans ladite catégorie de la
________________________________________population :
Ceux avec du singe en eux deviennent donc parfois de grands
___________________________________________savants
Tandis que les autres restent au niveau du scientifique sérieux.
Cette trouvaille, tout en étant certes des plus captivantes
Ne m’apprend pourtant pas grand-chose sur moi ;
Car à vrai dire, le singe, ça se sent.
iii.
Quand je me regarde dans les yeux
J’ai une glace devant moi.
Ce qui est légèrement décevant.
Et ce n’est certainement pas avec ce genre de constat
Que je résoudrai le problème.
11 Septembre 2021
Cette après-midi, dans le métro, une longue traînée d’un liquide
_______________________________________paresseux
Se répandant en une sorte de fleuve calme et sinueux pour finir en
__________________________________________delta.
Je le suis en amont, en en cherchant la source, et y trouve un
_______________________________________ voyageur
À la dignité très forte, si impérieuse que je me dis que cette
________________________________________ chose-là
Ne saurait émaner de lui ; il a dû s’y asseoir après coup, le pauvre.
Puis, je remarque que les gens ne la remarquent pas, cette traînée
Car, l’un après l’autre, ils avancent en salissant leurs semelles
Et je me dis : Finalement, on n’est que ce qu’on remarque.
Après, je descends, et sur le quai il y a une expo de Salgado.
Ah, mes chers Yanomami, suis-je le seul à regarder ces photos ?
Tous les autres ne font qu’attendre leur rame sans prêter attention
Au chamanisme impérieux et aux méandres paresseux dans leur
___________________________________________dos.
C’est navrant, je suis ce que je remarque ;
Mon monde est tellement plus riche que le leur
Et sans le moindre doute aussi tellement plus pauvre.
9 Septembre 2021
Auf der Baustelle war einer
Der da nicht hingehörte.
Es war der reine Zufall, dass ich ihn entdeckte
Er aber hatte mich schon kommen hören und vorgebaut:
Machte sofort auf sich aufmerksam
Und als ich zu ihm trat, hatte er ein Märchen parat.
Was blieb mir anderes übrig, als ihm ernster Miene mit
Der Ordnungsmacht zu drohen und ihn des Ortes zu verweisen
Diesen hübschen jungen Kerl, dem man die Spannung kaum _________________________________________anmerkte
Und der noch die Frechheit besaß, mich zu fragen, ob es nicht ____________________________________________einen
Unkomplizierteren Weg zurück gäbe, und meinte dabei den
Den ich genommen hatte. Ich entgegnet, er solle sich
Genau so davonmachen, wie er gekommen sei
Denn was blieb mir schon anderes übrig
Doch hab mir dabei gedacht
So hübsche junge Diebe gibt es also noch.
Er grinste respektvoll, salutierte militärisch und stieg mit der
Erwarteten Geschmeidigkeit das Gerüst wieder hinunter;
Ich sah ihm sicherheitshalber nach. Als er festen
Boden unter sich hatte, drehte er sich mir zu
Und salutierte nochmals lächelnd
Als sei ich ein alter Offizier, dem man gehorchen muss
Weil die Alten ja sonst nichts mehr haben
Und er ein einfacher Soldat
Der allerdings mitten im Leben steht
Und weiß, was dieses Leben ihm alles schuldet.
Und ich dachte, auch den slawischen Charme gibt es also noch
Was mich allerdings nicht unbedingt beruhigte.
*
Von so etwas umgetrieben zu sein
Ist kein gutes Zeichen
Man gibt das nicht gerne zu, es
Erinnert an die Platte auf dem Hinterkopf
Die nicht zu dir gehört, doch immer größer wird.
So wird dir die Jugend äußerlich
Und bleibt dennoch tief in dir
Wie ein Makel, ein Laster, ein mögliches Vergehen
Ein vereitelter Versuch
Der dich zwingt, Lügengeschichten zu erfinden.
Soldat russe aux traits mongols
Sur le chantier, il y en avait un
Qui n’avait pas vocation à y être.
Je ne l’ai découvert que par pure coïncidence ;
Or lui, m’entendant venir, avait pris ses dispositions :
Immédiatement, il me fit signe, et dès que
Je fus près de lui, il me sortit sa petite histoire.
Je n’avais d’autre choix que de le menacer, la mine
Grave, de la police, tout en le sommant de quitter les lieux
Ce jeune et joli bonhomme qui cachait à merveille sa tension
Et qui, de surcroît, avait le culot de me demander s’il n’y avait pas
De retour un chouïa plus commode, pensant manifestement
À la voie que j’avais empruntée moi. Je répondis
Qu’il déguerpisse par là où il était arrivé, car
Là encore, je n’avais pas d’autre choix
Mais secrètement, je me disais
Qu’ils existent donc encore, les voleurs jeunes et jolis.
Le sourire mi-moqueur, mi-respectueux, il me fit un salut militaire
Avant de redescendre l’échafaudage avec l’agilité attendue.
Par méfiance, je le suivais du regard ; une fois
La terre ferme touchée, il tourna la tête
Pour me saluer encore en souriant
Comme si j’étais un vieil officier auquel on doit obéissance
Puisque les vieux n’ont plus rien d’autre
Et lui, un simple troufion
Mais qui est plein de vie et sait
Ce qu’elle lui doit, cette fichue existence.
Et moi, je me disais qu’il existe donc encore, le charme slave
Pensée qui, néanmoins, ne m’apaisait pas vraiment.
*
Être travaillé par ce genre de chose
N’est pas bon signe
On a du mal à l’admettre
Ça s’apparente à la tonsure
Qui ne fait pas partie de toi mais s’étend.
Ainsi, la jeunesse te devient quelque chose d’extérieur
Et reste pourtant enfouie en toi
Comme une tare, un vice, un possible délit
Une tentative déjouée
Qui t’oblige à inventer des bobards.
„Uns gehört der Rest des Fadens und dass wir dich kannten.“ S. Kirsch
Peu m’appartenait de toi, et tout.
Tes contours m’appartenaient tout entiers
Ainsi que ta lumière, émise.
Le cerf-volant s’est libéré en rasant le soleil
Et il ne me reste dans la main qu’un bout de ficelle
Et pourtant.
Personne n’a connu la comète de plus près que moi
Personne n’a mieux vu ce dont elle était faite
Elle-même ne l’a pas su aussi bien.
Cerf-volant ou comète :
Ce n’est pas un bout de ficelle
C’est une trace étincelante qui m’est restée dans la main.
Lorsque tu es repartie en sortant de ma vue
C’est tout et rien
Qui m’est resté dans la main.
31 Juillet 2021
J’ai gardé le cadavre d’une cétoine, un impressionnant scarabée
Mais il n’est plus aussi beau que cela, je vais le jeter ;
Vraiment jolie est cette grosse émeraude dorée
Uniquement en se posant après le vol.
Ce qui ne bouge plus, prend
De la poussière.
Par bonheur, ma morte à moi continue de voleter
Et garde donc toute sa vivacité.
Cependant, elle est désormais trop rapide dans les airs
Pour être encore saisissable.
5 Juillet 2021
Ah, le bonheur romantique des amours passagères !
En ce qui nous concerne :
Plus aucune relation éphémère avec toi m’est possible
Fût-elle aussi fugace qu’une vie
Mais uniquement celle, définitive, pendant une éternité
Qui est encore à venir.
« Il n’y a plus d’après ... »
Sauf hors du temps
Sans lendemain
Dans un éternel présent –
À la fin, il faut l’entendre comme ça ;
Et en ce sens, elle tombe juste, la petite chanson.
Pour une fois, n’ayons donc pas peur des grands mots :
Une relation peut en effet devenir indissoluble
Pour peu qu’on ait vécu auparavant ;
La qualité de l’éphémère
Prépare à l’éternel
Et ainsi, l’éternel éphémère
Qui pourtant est tout ce qu’il peut y avoir
N’est que la plus longue et la plus courte des préparations
Sans que cela ait à voir avec l’enfantillage sentimental d’une
_______________________________________croyance.
28 Juin 2021
i.
Quand je viendrai te voir, on n’aura besoin de rien du tout
Ni toi ni moi. On n’aura jamais eu besoin de si peu.
Nous nous suffirons sans rien
Et nous aurons tout.
Mais je ne suis pas encore là.
J’ai encore besoin de mes choses, et surtout des tiennes
Et pourtant, je viens de les virer en attendant.
Je les vire comme si, en disparaissant
Elles te rejoignaient, toi
Qui déjà n’as plus besoin de rien.
ii.
Quand je viendrai te voir, sans te réveiller
Je m’allongerai à tes côtés. Ainsi
Plus besoin de me mettre à divaguer
Pour qu’on couche ensemble.
La terre nous sera plus légère
Que l’air que nous avions respiré
Fleurie de l’instant de nos retrouvailles
Tant il importera peu de les savoir définitives.
iii.
Quand je viendrai te voir, je serai encore moi-même
Et toi, tu seras encore toi-même, et pourtant
On ne se distinguera plus en rien.
Il n’y aura vraiment plus d’autre visite
Qu’enfin celle sans un adieu.
iv.
Quand je viendrai te voir, ce sera aussi avec les ailes mises.
Arrivés en volant, on les avait juste raccrochées
Avant de les reprendre pour partir.
v.
Quand je viendrai te voir, ce ne sera pas moi, mais toi à l’arrivée.
18 Juin 2021
i.
Everything seemed natural while you were here
And now, for some reason, it still does
While you are gone –
Certainly a contradiction
If these weren’t very different whiles.
For some reason
Your ongoing presence
Seems to merge while with while
But not one natural with another natural.
Once duly spirited away
Not a thing comes up elsewhere.
All is lost unless it lingers where it was.
ii.
Was du für mich getan hast, kann
Ich selbst für mich nicht tun –
Ich reiche nicht so weit.
Wo dir mein ganzes Wesen zur Verfügung stand
Gehört’s mir kaum auf Armeslänge, falls denn überhaupt.
Sahst du es dir von jeder Seite an
Ward es dein Eigentum
In solch vollständiger Erreichbarkeit.
Ich weiß nur, wo ich ende, deiner Hand
War alles, was mir selbst verboten blieb, erlaubt.
18. Mai 2021
1. Fragment
Im Schlichtkleid weiß der auch nicht mehr
Als ich und all die andern Leut;
Doch schwärmt im Prachtkleid er daher
Senk ich den Blick, dann ist’s ein Seher
Der in des Himmels Wunder eingeweiht.
Dies Prachtkleid ist aus nichts als Wind
Hat weder Form noch Naht, noch Saum
Als ob ein Halbgott käm und stünd
Und um ihn alles licht und lind
Und blieb nur für die Erdenschwere Raum.
Die aber rettet euch und mich:
Im Schlichtkleid kann der auch nicht mehr
Und fliegt genauso kümmerlich
Wie irgendeiner, du und ich;
Drum ist sein Prachtkleid eben leicht, nicht schwer.
2. Fragment
In Amazonien versucht man, den Menschen auszuwildern:
Langsam gewöhnt man ihn wieder an die Natur und setzt
Ihn aus, wenn er dort überleben kann, hoffend, er kommt nicht __________________________________________zurück.
Ob es nun Pech ist oder Glück:
Ich überstehe auch bis jetzt
Die härtesten Winter in meinen Gefilden.
3. Fragment
Das neue Liebeströpfchen, der Liane Pflanzensud
Tut, will mir scheinen, allen gut
Die von Erkenntnissen verlangen
Sie – just nicht nur – von innen zu empfangen.
17. Mai 2021
Quand j’étais inquiet
Quelques mots de toi suffisaient pour me rassurer
Et quand tu étais inquiète
Quelques mots de moi suffisaient pour te rassurer
On savait toujours ce que l’autre ignorait
Ne s’inquiétant jamais des mêmes choses.
Ça doit être l’enfer, deux enfants tremblant de peur ensemble
En se tenant par la main.
Maintenant, quand je suis inquiet
Je le reste
Et pire encore, je n’ai plus qui rasséréner.
Tremblant tout seul dans ma nuit
Je me dis que tout est grave
Alors que plus rien n’est bien grave
Quand on a perdu son âme apaisante.
8 Mai 2021
1. Von Flachheit
Es gehört nicht viel dazu
Die Altvorderen zu überleben
Und sich daraufhin für klüger zu halten:
Sie liegen so schön sauber und ruhig, sehr glatt und sehr flach
Und du selbst scheinst dir voll Rauheit und unflach
Bei all diesem glitzerbunten Innenkram.
Dann verliere deinen Schatz, und kein
Plätzchen auf Erden ist mehr sauber und ruhig
Keines mehr glatt und keines flach, und das nicht nur
Weil du, zwar noch von der Sonne beschienen
Nun selbst auch schon dort
Liegst.
2. Von Beweisen
Das Wichtigste ist immer einfach.
Wenn keiner den anderen um etwas bringen möchte
Ist die Nähe am größten, man entfernt sich so nicht, sondern
Nähert sich nur, und alles Gegenteil ist lediglich optische
_______________________________________Täuschung.
Jetzt, da der Tod mich um dich gebracht hat
Dass du mir entschwandest
In größte Nähe.
Wortlose Nähe, aber auch wie stets eine
Die nicht bewiesen werden kann.
Was ich auch von dir erzähle
Steht nun ohne Beweis;
So nahe bist du mir
Verstummt.
Perdu à la terre
1. De la platitude
C’est jeu d’enfant
De survivre aux ancêtres
Pour ensuite se croire plus malin qu’eux :
Ils gisent proprement, si calmes et lisses et très à plat
Et toi, tu te sembles rugueux et fort peu plat
De tant de bordel bariolé à l’intérieur.
Puis perds ton trésor, et plus aucun
Carré sur la terre n’est propre, ni calme
Ni lisse, ni à plat, et pas seulement parce que
Bien qu’encore chauffé par le soleil
Maintenant, tu y gis
Aussi.
2. Des preuves
Le plus important est toujours simple.
Quand l’un ne veut pas priver l’autre, on s’est les plus proches ;
Ce faisant, on ne s’éloigne pas, on se rapproche ;
L’inverse n’est qu’illusion d’optique.
Dès lors, la mort m’ayant privé de toi
Tu m’es disparue dans la plus
Grande des proximités.
Proximité muette, mais une fois de plus
Une qu’on ne saurait démontrer.
Quoi que je raconte de toi
Reste alors non prouvé
Tant tu m’es proche
Bouche cousue.
9 Avril 2021
i.
Seelische Erschütterung
Ist eine Art von Fütterung;
Reingestopfte Erfahrung
Ist auch Nahrung.
Weil die im Magen lastet
Hätte ich lieber gefastet
Und wäre so nicht aufgequollen
Vor lauter auch-noch-wissen-Sollen.
ii.
Es gilt als großes Glück
Alles mitzuerleben
Doch führt kein Weg zurück
Vom Tod ins Leben.
iii.
Wie nun all das, was mir fehlt
Mich doch erfüllt.
Plénitude, d’après l’Ecclésiaste
i.
Cela dit, choc et commotion
Font aussi alimentation :
Ça te gave d’expérience
Qui te bourre la panse.
Au lieu de m’en repaître
Tant de panade coufladisse
Aurait dû m’écœurer d’office
D’autant vouloir connaître.
ii.
C’est certainement une aubaine
De pouvoir tout vivre ici
Mais aucun chemin ne ramène
De la mort à la vie.
iii.
Dès lors je regorge
De ce qui me manque.
15 Mars 2021
i.
Puisque ton nom apparaît encore sur certaines listes
Où, sciemment, je ne l’ai pas fait remplacer :
S’il n’est plus prononcé, pour le moins
Il reste écrit par des anonymes.
Ce n’est que ça, un nom ;
Il existe aussi dans le vide, prononcé
À l’aveuglette, par des inconnus – on t’appelle
Au guichet, pour ainsi dire – et là, il a une force toute
Particulière : à Séville, tu cries ¡Toño!
Et tout le monde se retourne.
Même le nom le plus commun a ce pouvoir
Parce qu’il n’y a rien de commun dans un nom
Comme il n’y a rien de commun dans aucune personne.
ii.
Le piano reste muet.
Muet de toi, quoiqu’on y joue encore.
C’est ainsi qu’il en va des témoins muets :
Même quand ils sonnent encore, ça ne compte pas.
Le silence est toujours paradoxal.
Je m’en réjouis si je l’entends, ton piano
Mais ton jeu calme était reconnaissable entre tous et
C’était celui qui nous correspondait, à toi, au piano et à moi ;
Si c’est notre poulain qui y virevolte, c’est un tout autre
________________________________________instrument.
iii.
Je les nomme, ici. Une petite brique de deux cent millilitres
De jus de raisin, une paille. Alors que tu n’avais plus la force de
____________________________________________boire.
Tes derniers moments doivent rester cachées de la même manière
Que j’ai conservé les témoins de tes dernières envies
Inassouvies : conservés, mais enfermés sous clé.
J’en étais le témoin qui parle, et ça suffit.
N’en témoignera que ma propre soif
De toi, dorénavant inaltérable.
iv.
La mémoire est muette.
Le monde entier
Est devenu un témoin muet.
v.
Les fleurs sur ta tombe.
Leur bruit.
16 Février 2021
En réalité, il y règnent plusieurs silences depuis :
Le tien, étouffant parce que la malédiction t’a bâillonnée
Celui de la maison, envahie par le deuil et néanmoins déserte
Et enfin celui des choses parce qu’elles ont une âme et une
_______________________________________mémoire ;
On dirait qu’elles se taisent par respect ou convenance.
Il n’y a pas là le mien.
Ces silences ne produisent en moi d’écho autre que la parlote.
Ou plutôt : moi, qui les entends parfaitement bien
J’y réponds par la multiplication des mots.
Entouré de tant de silences, je jacasse sans cesse
Sans cesse pour entendre une voix dans ma cellule isolée.
Enfin, quelle excuse, à vrai dire j’ai toujours été comme ça, moi.
Tu m’as du reste toujours dit que je parle trop en société.
Bon bah, en fils d’une mère infoutue de supporter les silences...
Si un ange passe – c’est donc héréditaire – je meuble le vide
________________________________________d’office
Révélant, sans doute par gêne, ce qui me passe par la tête
Persuadé, moi aussi, que le silence en société n’est pas convenable
Mais raconter sans retenue mille anecdotes, n’importe lesquelles,
_________________________________________ça l’est.
Ce que tu as vu tout de suite en rencontrant mon monde
Dans cette baraque grandiose – toi qui pensais
Que je sortais d’un cabanon enchanté
Car aussitôt, tout ce monde y parlait
Et s’il y avait là autant de place
C’était pour qu’on le fasse.
Et surtout parce que dans cette autre maison, la nôtre, désormais
Silencieuse, je reste accompagné, et pas seulement par toi
Et qu’il faut maintenant que je parle pour deux
Puisque tu ne peux plus m’aider avec ce bâillon qui t’empêche
Pour combattre le silence, universel en fin de compte, qui
Vient de beaucoup plus loin que des interlocuteurs
Surtout quand ce sont des choses, bien éduquées, elles, et que
__________________________________________depuis
Je me sens dans une chambre de malade qui a les rideaux
Tirés, ce qui m’a toujours agacé, tu le sais bien
Et que tu n’es plus en mesure de m’arrêter par de petits signaux
Et que j’en profite à bloc. Du coup, ma logorrhée, ma chérie
Mon éternelle logorrhée... faudrait m’envoyer les flics.
25 Janvier 2021
Bien que j’aie tout fait pour que cela soit ainsi
Je n’aurais jamais imaginé qu’une morte
Puisse à ce point survivre à sa chère présence.
Seulement maintenant je comprends que la vie
Est, en dernier, moins liée aux corps en quelque sorte
Qu’au souffle partagé, infini en puissance.
Constatant ton absence en recherchant ma rime
Le seul bruit du stylo fait que je me surprends
À vouloir te rejoindre par le téléphone.
Serais-je fou ? Faudrait-il que je m’en étonne ?
Alors que rien qu’à la tournure que ça prend
Je vois qu’à tout instant ce souffle te ranime
Et que par ma simple respiration j’arrive
À ce que la braise crue morte se ravive.
24 Janvier 2021
Je me rappelle comme d’hier ton coup de fil. Eh ben, c’est ça quoi.
Petite voix. Prévenante comme toujours, tu as tu le mot
Mais j’ai tout de suite pigé. Quand même.
Si je t’avais laissée y aller seule, c’était un peu pour conjurer le
_____________________________________________sort.
Puisque rien ne pouvait t’arriver, pourquoi t’accompagner ?
C’était certainement ton avis aussi.
Ainsi, comme dans Job, le malheur venait à nous tomber dessus.
L’appeler de manière inattendue est encore un euphémisme.
Voilà le truc du malheur, c’est à ça qu’on le reconnaît.
Le malheur vintage
Ne frappe jamais à la porte
Qu’en des temps de paix profonde.
Je regarde par la fenêtre, c’est une belle soirée d’hiver brumeuse.
Toute calme, la demi-lune se berce en son halo, et je me dis
Quoiqu’il arrive, elle s’en fout, elle est loin, elle.
C’est donc exactement le moment
Où le malheur pourrait encore frapper.
Il a dû me rendre un peu barjot, le malheur.
Tout est dit.
Il n’y a plus rien à dire.
Il faut que j’arrête vite ce poème.
24 Janvier 2021
Tous nos vaillants efforts sont inutiles –
On ne peut plus rien faire pour les morts
Mourir est aussi insensé que peindre
Des fleurs dont nul ne veut avant décès.
À quoi servirais-tu, gloire posthume ?
Et pourtant, la folie a ses adeptes.
Je fleuris amoureusement ta tombe
Sachant : ça te fait une belle jambe
Comme c’en fait une au pauvre Vincent
Que maintenant ces fleurs soient impayables.
Mais il faut vivre pour avoir vécu ;
Puis toi, tu as toujours été heureuse.
Et si tu étais le bonheur fait femme
Et si tu avais tant le chic pour l’être
Ce don n’est certes pas tombé du ciel.
Rien ne tombe du ciel en ce bas monde
Mais tout y est gratuit, tel le génie
Qui sait d’instinct comment faire les choses.
Vom Glück
All unsre Mühen sind ganz ohne Nutzen –
Für Tote kann man einfach nichts mehr tun
Das Sterben ist so sinnlos wie das Malen
Von Blumen, die zeitlebens keiner will.
Was soll er denn posthum, der große Ruhm?
Und dennoch hat der Wahnsinn seine Freunde.
So lege in Liebe ich Blumen auf dein Grab
Wohl wissend, dass du nichts mehr davon hast
So wie’s dem armen Vincent auch nichts bringt
Dass nun die Blumen unerschwinglich sind.
Doch man muss leben um gelebt zu haben;
Und du warst schließlich immerzu sehr glücklich.
Und warst das Glück du wahrlich in Person
Und fiel es dir so leicht, glücklich zu sein
War’s dir doch nicht vom Himmel mitgegeben.
Nichts fällt vom Himmel in der schnöden Welt
Und doch gibt’s alles gratis, wie den Genius
Der instinktiv weiß, was zu machen ist.
20. Januar 2021
Je ne peux pas me faire à l’idée
Qu’étant donné que nos balades sont finies
Logiquement, je devrais me débarrasser de la caisse.
Qui pourrais-je encore inviter ? L’envie de me promener
M’a quitté, sauf un voyage peut-être, et le voici
Dans un court pastiche à ta manière :
Je songe, ma belle
À des passerelles
Pour l’au-delà, vivre ensemble !
Mourir à ta porte
Et te suivre, morte
Au pays qui nous rassemble...
Où tout n’est qu’ordre et ténèbres
Luxe, calme et pompe funèbre.
La fin rigolote te devrait rassurer
Tout de même
Ma chérie.
19 Janvier 2021
i.
Alors, je vous le jure, s’il y avait un truc
Dont il n’était jamais question
C’était le fric.
Quant à moi, la raison en est fort simple :
Tout au long de ma vie, j’en ai gagné tellement peu
Que le fait qu’elle en gagne me semblait relever du miracle.
J’avais grandi dans l’idée que l’argent n’est rien dont il faut se
_________________________________________soucier ;
Elle, on lui avait dit qu’il fallait faire de sorte d’en gagner.
Notre complémentarité était, là aussi, parfaite.
Elle, lors des courses, et je n’exagère pas, elle avait déjà tout
__________________________________________calculé
Au centime près avant de passer en caisse, et si par malheur
La somme ne correspondait pas – hop, réclamation !
Tandis que moi, s’il y avait un problème à la maison, j’excluais
__________________________________________d’office
Tout recours aux artisans ; au vu de leurs compétences à Paris
Pour avoir du rafistolage bâclé, autant s’en passer.
Ainsi, elle se débrouillait pour gagner de l’argent, et moi
Je me débrouillais pour qu’on ne le dépense pas.
Naturellement, on a fini milliardaires.
ii.
J’allume une bougie là où tu fus assise
Lorsque je mange, et quand j’ai fini, je l’éteins ;
Je hais bouffer seul, la bougie te symbolise
Mais il faut avouer que je n’ai plus grand faim.
J’y jette des regards furtifs quand je chipote :
Parfois tu éclatais de rire, et aussitôt
Je savais que j’avais fredonné quelques notes
Trop heureux de pouvoir attaquer mon fricot.
C’était inconscient... toi, émue, me l’as appris ;
La flamme est là pour que je puisse le refaire
Car je parais ne plus chanter depuis, réduit
À mâcher, muet, un frichti fade et ordinaire.
19 Janvier 2021
i.
Une photo de toi, je ne peux la regarder que si l’image
Est très petite ou ancienne, ou assez floue
Ou si la prise est à contre-jour.
Les enregistrements de ta voix, je suis incapable de les écouter
Faisant très gaffe d’éviter le répondeur, resté inchangé.
Des vidéos, n’en parlons même pas.
Rien que tomber sur ton écriture est à la limite du supportable.
Trop de ta présence m’est insoutenable, et j’ignore
Si je voudrais qu’un jour ça s’arrange.
Pour l’instant, tout est donc mis sous scellés.
Pour ce faire, certains endroits de l’appart ont été
Sanctifiés et transformés en aron kodesh, Arche sainte.
Mais je ne m’imagine pas encore de fête pour toucher à ces
_________________________________________reliques
Et les sortir en procession, dans la liesse grisée des hakafot.
Enfin, chacun a le sens du sacré qu’il peut.
C’est-à-dire, je comprends désormais comme jamais l’interdit
Des images, puisque je me les interdis à moi-même –
La voix de l’au-delà incluse toutefois.
ii.
Fais pas ci, fais pas ça – je me parle comme à un enfant.
Lave ta vaisselle, tu ne voudras pas te réveiller avec la cuisine
______________________________________dans cet état !
Personne au monde n’est en droit de me sermonner ainsi ; moi, si.
Pour que le bordel ne s’installe, j’aère grand ouvert chaque matin,
________________________________________peu importe
Si ça caille, rite que j’ai toujours subi en le trouvant incommode et
__________________________________________superflu.
Sagement, je baisse le chauffage la nuit, même si je vis encore.
C’est que la vie, je l’ai déjà dit, est maintenant toute constituée de
__________________________________règles et d’interdits :
Ceux de ton temps, en fait de simples arrangements entre
________________________________________ cohabitants
Puis ceux que depuis, je me suis imposés à moi-même.
Ce corpus devrait concourir à me garantir un minimum de morale,
___________________________________car Genèse 2.18 :
Il n’est pas bon d’être seul, on devient vite cinglé en ne suivant
______________________________________que sa nature.
Or, les règles et interdits les plus utiles, je n’arrive pas à m’y
__________________________________________résoudre.
En fait, je ne suis pas plus sérieux maintenant que je ne l’étais en ta
______________________________________présence utile.
L’ère miraculeuse étant finie, mes tentatives de la substituer par
________________________________________des artifices
Se révèlent toutes en fin de compte absolument futiles.
J’apprends donc à la dure que le truc de l’interdit ne marche
_____________________________________jamais vraiment
Quand c’est autre chose qu’un compromis âprement négocié
Ou plutôt un mignon petit contrat d’amoureux.
iii.
Es fehlt den Menschen an Verstand
Und angefangen bei Herrn Kant:
Die allernützlichsten Befehle
Entspringen nie der eignen Seele;
Imperative und Gebote
Vereint: in ihnen rufen Tote.
18. Januar 2021
i.
Moi, qui suis né sur une île, ne
Plus être entouré par la mer me manquait.
Toi, l’idée d’être cernée d’elle t’angoissait plutôt.
Nos séjours sur des îles étaient donc toujours un peu courts.
On l’a énormément évoquée, la mer, c’est un sujet mille fois
_________________________________________rebattu
Sa houle, ou ses contours dorés... mais moi, j’ai l’excuse de ma
______________________________________biographie ;
Or toi, qui en as eu un peu peur, en fin de compte, l’as fréquentée
_________________________________bien plus que moi.
Mais c’était dans une vie antérieure
Et si je m’en suis plaint plus d’une fois, maintenant
Encore, d’une certaine façon, tu es infiniment plus près d’elle que
____________________________________________moi.
ii.
Toi, ton âme d’éternelle amante, tu l’as humblement accrochée à
_______________________________________cette ville.
Jour après jour, tu l’as parcourue, et inlassablement décrite
Comme tu as arpenté tes sentiments pour elle.
Et moi, qui avais maintes raisons d’être jaloux
Moi, je ne la parcourrai plus avec toi ;
Ce n’est plus la même à présent.
Ta vie durant, tu as franchement préféré la visiter seule
Et plutôt, disons-le, au pas de charge, une expression que tu
_______________________________________chérissais.
Mais parfois tu cédais, et on la pénétrait ensemble – c’est-à-dire, je
_______________________________________te courrais
Plus ou moins après, en avalant borne après borne de l’élue de ton
___________________________________________cœur
Dont l’indifférence même t’était chère. Se pourrait-il donc, en effet
Qu’une trace mourût qui comporta tant de joies et tourments ?
Toujours est-il que notre occasionnelle relation à trois
Était beaucoup plus difficile à gérer que celle
Entre juste toi et ta Lutèce chérie.
Là, c’est l’hiver, mais au prochain printemps, je ne
L’explorerai plus avec toi, ni ses secrètes ruelles moites
Ni le Luxembourg, ni le banal Parc Floral, ni nulle part ailleurs.
Mais quand je m’y promènerai, ce sera avec toi, bien que je ne
__________________________________________sache
Si le verbe « promener » sera toujours le bon : sans toi avec toi,
______________________________________j’aurai hâte
En procédant, désormais seul, peut-être encore plus vite qu’avant,
_______________________________en courant après toi.
De tous ces lieux avec ou sans flamme, ses visages croisés et
________________________________________mirages
J’aurai besoin plus que jamais, mais sans savoir les décrire
Comme toi tu l’as fait en y imprimant ta chair.
17 Janvier 2021
Quand je me suis plaint de ma tonsure naissante
Tu m’as répondu que ça ne te dérangeait pas
Étant trop petite pour me voir d’en haut.
Tu as toujours eu de la repartie, et moi, l’esprit d’escalier
Tu étais toujours plus pressée que moi, comme si
Tu sentais avoir moins de temps devant toi.
C’est terrible mais aussi une espèce de consolation.
En tout cas, je ne te verrai pas chauve ! voilà
Ce que tu aurais pu me répliquer.
Mais moi, très bêtement, j’aurais adoré te voir vieillie
Toute grise et fripée, ce qui n’est pas une réponse
Qui montrerait le moindre sens de l’humour.
Il y a comme une nécessité qu’il fasse nuit
Les journées ne peuvent pas se suivre sans cela
Jamais l’un sans l’autre, la logique est implacable ;
Or, s’il y a aussi une autre nuit, interminable, une et dernière
Il existe peut-être également un dernier jour définitif –
Et qui saurait affirmer que ce n’est que boutade ?
18 Janvier 2021
i.
A sea as deep as now my nights are dark
Bears many a shivering exaltation of shark
And I should feel more sure and sheltered
Under a diver’s iron helmet
But only have my skull to fend and wish
Wilder, oh foam-born one, than fiercest fish.
ii.
En arrivant en France
Je m’étonnais qu’on s’adressât aux anciens grands, déchus
Les gratifiant à jamais d’un « Monsieur le Président » ;
Aujourd’hui je ne le remarque plus.
Entre-temps, j’ai compris :
C’est le pays des roitelets de droit divin démis
Où tout se tient pourtant ; et ainsi – aussi – la patrie
D’un classicisme tel qu’il te permit.
Et là, j’en viens au fait :
La grâce mozartienne n’est possible en la matière
Que sous des circonstances spécifiques, car il faut
Évoluer dans une ère charnière
Où l’ancien est encore
Vivant mais dûment questionné et remis à sa place
Par l’émancipation moderne, et le nouveau toujours
Soumis aux vieilles règles coriaces.
Et te voilà, ma belle
Incontrôlablement traditionnelle
In a neutchelle.
iii.
J’ai mentionné auparavant sans trop spécifiër
Combien le trop-plein d’un esprit peut être titillé
Par telle turgescence, aréolaire et éphémère
Et en réalité, aucunement poussée pour plaire :
Ainsi m’avait ému et gonflé d’un aplomb du diable
D’avoir pu rencontrer en toi ma Fiordiligi fiable ;
C’était le temps qui a voulu nous faire fréquenter –
La courte fenêtre de tir d’une époque enchantée.
18 Janvier 2021