lundi 25 janvier 2021

Le fric et le fricot

i.

Alors, je vous le jure, s’il y avait un truc
Dont il n’était jamais question
C’était le fric.

Quant à moi, la raison en est fort simple :
Tout au long de ma vie, j’en ai gagné tellement peu
Que le fait qu’elle en gagne me semblait relever du miracle.

J’avais grandi dans l’idée que l’argent n’est rien dont il faut se
_________________________________________soucier ;
Elle, on lui avait dit qu’il fallait faire de sorte d’en gagner.
Notre complémentarité était, là aussi, parfaite.

Elle, lors des courses, et je n’exagère pas, elle avait déjà tout
__________________________________________calculé
Au centime près avant de passer en caisse, et si par malheur
La somme ne correspondait pas – hop, réclamation !

Tandis que moi, s’il y avait un problème à la maison, j’excluais
__________________________________________d’office
Tout recours aux artisans ; au vu de leurs compétences à Paris
Pour avoir du rafistolage bâclé, autant s’en passer.

Ainsi, elle se débrouillait pour gagner de l’argent, et moi
Je me débrouillais pour qu’on ne le dépense pas.
Naturellement, on a fini milliardaires.


ii.

J’allume une bougie là où tu fus assise
Lorsque je mange, et quand j’ai fini, je l’éteins ;
Je hais bouffer seul, la bougie te symbolise
Mais il faut avouer que je n’ai plus grand faim.

J’y jette des regards furtifs quand je chipote :
Parfois tu éclatais de rire, et aussitôt
Je savais que j’avais fredonné quelques notes
Trop heureux de pouvoir attaquer mon fricot.

C’était inconscient... toi, émue, me l’as appris ;
La flamme est là pour que je puisse le refaire
Car je parais ne plus chanter depuis, réduit
À mâcher, muet, un frichti fade et ordinaire.


19 Janvier 2021

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