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mardi 26 août 2025
lundi 25 août 2025
Connaissance du monde
1. Le problème
Les blindés doivent beaucoup vivre, ils
Doivent voyager très loin pour voir quelque chose.
Aux âmes vulnérables, le voyage autour de leur chambre suffit
Et exceptionnellement, un petit détour au cimetière.
Il vaut mieux être blindé, tout concourt à ça.
Les Indiens de l’Amazone
Qui ne quittent jamais leur forêt
Ont une vie assez trépidante avec leurs
Cycles de belles fêtes nocturnes, communément
Dégénérant en affrontements sanglants entre villages voisins
Leurs vols et viols, et vendettas consécutives
Comme unique moyen de se faire justice –
Ils ne connaissent point le monde.
Réussir à survivre les occupe à plein temps.
Or, dès qu’ils se mettent à voyager, ne serait-ce
Qu’aux avant-postes de la civilisation, c’en est fini
De cette vie colorée aux mille hasards :
Ils s’ennuient et se mettent à boire.
Si c’est ça, connaître le monde...
Moi, la chose m’enlève
L’envie de bouger.
2. La solution
Ici, dans la grande ville civilisée
Quand j’entends mes voisins dans la cour
Ils ne parlent que de leurs voyages.
Ils n’ont pas d’autre sujet.
Quelle vie de chien !
Me dis-je.
Peut-être, ils ont déjà poussé
Jusqu’à Puerto Ayacucho
Pour y rencontrer des Indiens bourrés.
Heureusement, en voyage ils ne sont pas là ;
Ainsi, je n’ai plus à les entendre débiter leurs aventures.
Enfin seul, je me sens alors en vacances –
Mais à qui les raconter ?
Je vais finir comme les Indiens
Et les inviter à une belle fête nocturne.
24 Août 2025
samedi 23 août 2025
Awe [ɔː]
Au cas où vous ne seriez pas impressionnés par l’autre, laissez tomber. Il faut arriver à dépasser le respect qu’on éprouve pour se montrer un peu courageux. La timidité est à coup sûr un formidable début, mais doit s’effacer au profit d’une pulsion irrésistible, née du fait même d’être impressionné. Cela dit, vous devez vous laisser dominer par cette pulsion-là et aucune autre. Bien sûr, il y a aussi la pulsion parallèle de dominer ; seulement, celle-là, vite décevante, doit être maîtrisée. Il faut donc d’abord être maître de soi pour pouvoir aimer. Avec un peu de discipline intérieure, vous y parviendriez. Ensuite, votre belle pulsion se mariera parfaitement avec le désir d’admirer autrement impérieux, et ainsi le cercle vertueux se mettra en marche tout seul. Pourtant, trop peu de gens perspicaces tentent l’expérience – certes bien plus facile pour les benêts ; toutefois, même un être sûr de son génie peut y arriver. La preuve.
Admiring, I
Manage to think:
It isn’t even hidden, raw mystery’s clear.
But I’m so wrong:
Little is missing to be fully understood
When I am struck with awe.
Is it the mirror or the mew?
I see the tiger in the cat
And hear it snarling through.
August 22, 2025
vendredi 22 août 2025
Die Wahrheit
i.
Wir gehen, sie und ich, auf dem üblichen Weg zur Metro und reden von allerlei, wobei das Gespräch bald auf ihre Mutter kommt, von der zu diesem Zeitpunkt auch unklar ist, ob sie noch unter uns weilt, und sie sagt dazu Dinge, die so von ihr sind, dass ich sie mir niemals ausgedacht haben kann. Ich teile ihr das mit, weil ich denke, es sei ungefährlich, denn wir gehen doch so eng umschlungen, und ich spüre ihren Körper doch so deutlich, dass ich ihr alles sagen kann. Wie unser Zusammensein denn noch möglich sei, wage ich sie also ganz direkt zu fragen, obwohl ich doch wisse, dass sie nicht mehr lebe. Sie antwortet darauf nicht und verzieht nur schmerzlich den Mund, so wie sie es immer tut, wenn ich sie aus mangelndem Zartgefühl verletzt habe, und ich Rüpel sehe keinen Weg, sie zu trösten. Ich weiß nun, dass mir etwas herausgerutscht ist, was ich auf jeden Fall hätte für mich behalten müssen, und obwohl sie doch so sehr da ist, ich sie nach all der Mühe, die sie sich gemacht hat, dadurch vielleicht zwang, jetzt erneut von mir zu gehen. Aber gesagt ist gesagt, und ich wache sofort auf in dem Bewusstsein, sie durch meine Grobheit einmal mehr vertrieben zu haben.
[Niederschrift am 2. Juli 2025, leicht umformuliert am 21. August 2025]
ii.
The one you love has wings because she flies –
Beware of truth, be fond of lies
Up to the heavenly need pairs of wings.
There are, on earth, less useful things:
The legs of evidence that keep you left and low
The truthful dregs of those, bereft, who know.
August 21, 2025
jeudi 21 août 2025
Autrui
Comme tout le monde ici
Je suis entouré. Entouré d’autrui
Je pourrais même dire que j’en suis cerné.
Vous allez me demander: Mais c’est qui, autrui?
Ce n’est ni une dame, ni un monsieur, c’est les deux.
Je ne sais donc pas s’il faut dire il ou elle en parlant d’autrui.
Mais puisque cela sonne un peu comme Audrey, je l’appellerai elle.
Comment vous la décrire ? Elle n’est ni belle ni moche, ni jeune ni __________________________________________vieille
Ni grande ni petite, ni riche ni pauvre, mais toujours tout à la fois.
En même temps froide et gentille, elle est un vrai numéro.
De la sorte, cette intrusive, en voisine discrète, fait
Transgenre comme il se doit de nos jours, mais
Pas forcément flamboyante. Décidément
À la mode, elle est insaisissable.
Et pourtant, elle n’a rien de très compliqué.
Dans la plupart des cas, on pourrait dire qu’elle est nulle
Car désespérément moyenne. Désespérément multiplement moyenne.
Vous voyez avec qui je vis, là ?
Cela rend mon existence très difficile :
En être sensible, je ne sais jamais comment lui parler.
Elle m’échappe, cette autrui, qui ne pige rien –
Qu’est-ce qu’elle peut être conne !
En fait, elle est tellement présente que
Comme d’un meuble, je ne sais presque rien d’elle
Alors que ceux qui lui
Sont plus proches que moi
L’appellent tendrement Mon loup
Voire Mon enfer, comme dirait l’autre
Mais ce sont là des badinages d’amoureux.
20 Août 2025
mercredi 20 août 2025
Altérité
1. Stray
Der streunende Hund scheint sich einen Herrn gefunden zu haben. Er folgt ihm lange, rührt ihn an. Der Tourist kauft ihm schließlich eine Wurst, überlegt schon – eine glückliche Mischung eigentlich, Platz wäre ja und ein Tierarzt findet sich auch – gleich darauf ist der Hund aber wieder verschwunden. War es also doch nur der Hunger? Wir wissen es nicht.
Vielleicht ist der Streuner gar nicht mehr in der Lage, über eine Wurst hinaus an einen Herrn zu glauben. Vielleicht hat er es nur vorgezogen, selbst zu gehen, bevor er doch wieder weggejagt wird. So hat er das sich und dem Touristen erspart.
Je cherche.
Infichu de savoir quoi.
Tant que je l’ignore, je ne peux pas trouver.
Je devrais arrêter de chercher dans ces circonstances.
C’est facile à dire, mais
Quand on a été abandonné
Alors on cherche sans savoir quoi.
On sait une seule et unique chose : ce qu’on a eu
On ne pourra jamais le retrouver. Du coup
On cherche afin de mieux le rater
Pour paraphraser Beckett.
2. Sur la conception de la violence chez certains civilisés
Parfois, les vrais sauvages ne sont point de faux bons... à en croire quelqu’un qui s’y connaît. Faute d’un embarrassant code pénal dans leur forêt vierge – et grâce aux impératifs des traditions ancestrales – il leur arrive de s’entre-tuer avec un tel naturel qu’on dirait des sauvages. Et ceci pour le moindre conflit d’intérêt. Cherchez la femme ! Puis, les plus dévergondés se font même applaudir par le reste. À peu près comme l’autre brute dans sa jungle russe. Les anthropologues de salon, qui s’assimilent souvent aux bons et détestent ce type d’affirmation, peuvent devenir vraiment sauvages pour défendre la bonté intrinsèque de leurs lointains témoins principaux. Comme quoi. Eux, tout de même, ne vont pas jusqu’au meurtre, car nous, regrettant de telles traditions bien assises, on l’a, ce code pénal pénal qui empêche la saine expression de nos meilleures pulsions.
Hast du’s vom Amazonasvolk, dem fernen
Dann so wie einer, der noch nie dort war.
An des Napoleon Schicksal magst du lernen
Was besser falsch ist, und was besser wahr.
Willst du dich dem, was nützlich scheint, nicht fügen
Und glaubst, nur Wahrheit wäre das, was zählt
Und weigerst dich, aus Höflichkeit zu lügen
Dann wundere dich nicht, wenn man dich quält.
Prüf niemals im konkreten Fall, was immer
Du dir hast ausgemalt auf dem Abort:
Gewolltes wuchert wild im schwülen Zimmer
Doch stirbt im schrägen Regenwald sofort.
19. August 2025
lundi 18 août 2025
Das Erziehungsparadox des freien Menschen
יוֹצֵ֥ר
אוֹר֙ וּבוֹרֵ֣א חֹ֔שֶׁךְ עֹשֶׂ֥ה
שָׁל֖וֹם וּב֣וֹרֵא רָ֑ע אֲנִ֥י יְהוָ֖ה
עֹשֶׂ֥ה כָל־אֵֽלֶּה׃
Jes 45,7
Ich bin der Herr, spricht der Herr
Und beiläufig verantwortlich für alles Gute und alles Böse.
Wie so ein Prügelpapa:
Erst verhaut er grundlos seine Kleinen
Und dann umarmt er sie gerührt.
Tränen fließen. Jetzt ist aber alles wieder gut.
Ja, Papa. Aber hör doch bitte auf zu saufen.
Das habt ihr doch von der Mama. Die soll
Endlich die Klappe halten, sonst kriegt sie auch eine drauf.
Ihr könnt euch doch gar nicht vorstellen
Wie euer Papa gefordert ist
Der gesamte Weltlauf hängt davon ab
Was er in der Firma leistet.
Aber du bist doch bloß in der Entwicklung.
Willst du nochmal eine?
Davon hängt alles ab.
Ich bin der Herr, euer Gott
Also jedenfalls hier in der Familie.
Aber wenn ihr so weitermacht
Entwickel ich euch nochmal ’nen Adolf.
Denkt nur nicht, dass mir das schwer fiele
Ich hab da eine ganze Serie in der Hinterhand.
Le paradoxe éducatif de l’homme libre
יוֹצֵ֥ר
אוֹר֙ וּבוֹרֵ֣א חֹ֔שֶׁךְ עֹשֶׂ֥ה
שָׁל֖וֹם וּב֣וֹרֵא רָ֑ע אֲנִ֥י יְהוָ֖ה
עֹשֶׂ֥ה כָל־אֵֽלֶּה׃
Is 45,7
Je suis le Seigneur, dit le Seigneur
Et accessoirement responsable de tout ce qui est bon et de tout ce qui est mauvais.
Tel un père fouettard :
D’abord, il les cogne, ses petits, sans raison
Puis il les prend dans ses bras, ému.
Les larmes coulent. Maintenant, on s’rabiboche, hein ?
Oui, papa. Mais arrête de picoler, s’il te plaît.
Ça, vous le tenez de la maman. Qu’elle ferme enfin sa gueule, celle-là
Sinon elle aussi va en prendre une.
Vous ne pouvez même pas imaginer
Combien votre papa est sollicité :
Le cours du monde entier dépend du boulot
Qu’il doit faire dans sa boîte.
Mais toi, tu n’es que dans le développement.
T’en veux encore une ?
Tout dépend de ça.
Je suis le Seigneur, votre Dieu –
Du moins ici dans la famille.
Mais si vous continuez comme ça
Je vais vous développer un autre Adolf, moi.
Ne croyez pas que ce serait difficile :
J’en ai toute une série en réserve.
16 août 2025
dimanche 17 août 2025
Masochisme électoral
The saving grace is: sometimes they indeed behave exactly as I feared they would.
This is by far the worst and most normal effect of any election: majorities turn out both smarter and yet dumber than expected. When they’re dumber, it hurts so much that I tell myself: I shouldn’t be the only one not allowed to vote. Let’s wait for the next election, I’m confident the outcome will be positive.
Parfois tout marche bien, la connerie l’emporte
Je me regarde dans la glace et dis : Bravo !
La mort dans l’âme, quoi.
Je suis content, le sort m’a voulu de la sorte :
Lorsque j’ai eu raison, je me trouve plus beau
À mon grand désarroi.
Vas-y, concitoyen, surtout pas de main morte
Rassure-moi, chéri, que tu es, en idiot
Cent fois plus fort que moi !
15 Août 2025
samedi 16 août 2025
Same Problem (as above)
Some woolen snob shows – barefacedly – his fur
While common swine fight for their rosy nude.
The crowd may call this priggish pride;
I opt for piggish attitude.
August 14, 2025
vendredi 15 août 2025
The Mountain God
אל שיכול להשבית את עצמו יהיה סוף־סוף אל צודק. בסופו של דבר יש לנו אותו.
Ein Gott, der sich selbst aufheben könnte, wäre endlich ein gerechter Gott. Und am Ende haben wir ihn.
From high above I felt I’d not
My place on this flat earth
And should reset the whole wide thing
Perhaps via rebirth.
That time, thought I, I’d barge in when
The wicked plot somewhere;
From gravid clouds I’d speak my say
To shape the world more fair.
But then I told myself: by chance
I’m just the way they are.
Rebirth’s no good, for else things would
Never have gone this far.
[Dort oben, fand ich, fehlte mir
Mein Platz auf dieser Welt;
Am besten alles weg und neu
Geschaffen, dass es hält!
Ich dachte: Diesmal stürmt ich her
Wo Böses sich verschwört
Aus schwarzen Wolken göss ich schwer
Dass alles besser werd.
Dann sagt ich mir: Wahrscheinlich bin
Ich grade so verkommen;
Denn wenn ich anders wär als sie
Wärs nie so weit gekommen.]
13. August 2025
jeudi 14 août 2025
On DEI
Tout interdit fut inventé
Afin que tu le braves.
À quoi bon, frère, être tenté
S’il n’y a plus d’entraves ?
J’exècre la diversité
Servie en argument
Alors que la perversité
Défie tout jugement.
Si tu te sais béni d’un don
Qui rend le porc casher
Ne joue surtout pas au mouton
Car tu le paieras cher.
11 Août 202
jeudi 7 août 2025
On Sly and the Family Quine
I, simple-minded, know this much:
Shouting at Dog in Doggish: Gavagai!
I’ll see him look up puzzled: Is this Dutch
Or Double? then have rabbits hop nearby.
So Dog, translating radical, will try
To catch and fetch these iffy fluffy things
Without success, for they’re too smart to buy
Philosophers’ well-thought-out meanderings.
August 7, 2025
mercredi 6 août 2025
Du rare
Il est simplement mal réparti – ou alors mal rangé.
Va donc chercher, ça te prendra un certain temps
Mais là où tu l’auras trouvé, il surabondera.
C’est vrai, la rareté est une sorte de richesse ;
Sinon, elle ressemble à la beauté :
Omniprésente pour ceux qui tiennent à la voir
Et quasiment indécelable pour les profanes.
Le Très-Haut, puisqu’il n’existe qu’en pièce unique
Se veut plus véritable que les mille divinités de l’Inde
Myriade grouillante à l’image de la vermine de ses villes –
Attention où tu mets les pieds pour ne pas te salir les godasses.
Le Très-Haut, lui, s’est retiré proprement, dans les nuages
De sorte qu’on dirait qu’il s’est barré pour de bon.
Mais une fois que l’alpiniste du dimanche l’a atteint
Il se révèle plus envahissant encore que les autres.
L’homme averti préfère ne pas grimper vers le silence :
Trop de crevasses, trop de bobards, trop de vertige...
L’animal s’est entouré de pièges diaboliques.
Sauras-tu jamais ce qui t’attend là-haut ?
Fast alles Seltene wimmelt anderswo ;
Es ist nur schlecht verteilt – oder falsch verstaut.
Auf, such danach, es wird dich Zeit kosten
Aber wo du es findest, ist es im Überfluss vorhanden.
Richtig, Seltenheit ist eine Art Reichtum;
Ansonsten ähnelt sie der Schönheit:
Allgegenwärtig denen, die unbedingt auf sie aus sind
Aber nahezu unnachweisbar den Profanen.
Der Erhabene, den es nur als Unikat gibt
Will darum wahrer sein als die tausend Götter Indiens
Wilde Vielfalt, wuselnd wie das Geschmeiß in seinen Städten –
Pass auf, wo du hintrittst, willst du dir die Latschen nicht versauen!
Der Erhabene hat sich sauber in die Wolken verzogen
Man könnte meinen, er sei gar nicht mehr da.
Doch schafft es der Sonntagskletterer bis dort hinauf
Erweist er sich als aufdringlicher noch als die anderen.
Der Kluge scheut es, ferne Gipfel zu erklimmen:
Zu viele Abgründe, zu viel Schweigen und Schwindel...
Der Erhabene hat sich mit teuflischen Fallen umhegt
Wer weiß schon, was ihn oben erwartet?
Almost everything that’s rare teems elsewhere;
It’s just poorly distributed, or misarranged.
Go on, search for it – it’ll take a while
But where you find it, it abounds.
Rarity is indeed a kind of wealth;
Otherwise, it’s much like beauty:
Everywhere for those who are eager to see
And nearly undetectable to the profane.
The Most High, being a one-off
Claims more truth than India’s myriad gods
A host that buzzes like the vermin in its cities –
Watch your step, or you’ll muck up your kicks.
The Most High has properly retired to the clouds
It now feels like He’s split for good.
Yet when the Sunday climber makes it that far
He proves more intrusive than the rest.
The wiser steer clear of that climb into silence:
Too many cracks, too many fibs, too much vertigo...
The beast has hedged himself with satanic traps.
Who’ll ever know what awaits him up there?
August 5, 2025
lundi 28 juillet 2025
Von wahrer und falscher Freiheit
Ich wandelte in eines Freundes Garten
Umhegt vom sanften Plätschern kühlenden Bächleins
Mit einem kecken Schrittchen leichthin überwundene Grenze –
Und sah zwei grobe Nachbarsbuben laufen.
Was hatten die denn im fremden Gefilde zu suchen?
Sogleich teilte ich meinem Freund solchen Mutwillen mit.
Unmutig schoss er heraus
Des Willens, für Ordnung zu sorgen
Doch schon hatten beide sich wieder getrollt.
Es war nur ein kurzer Besuch
Der für die Knaben sicher gar nicht zählte
Das Eigentum anderer sollte man allerdings achten
Selbst wenn das Haus, das auf dem Grundstück steht
Nicht völlig den örtlichen Bauvorschriften entspricht, und
Der Garten zweifelsohne viel zu schön ist, um gepflegt zu sein.
Es ist nun ziemlich selten geworden
Dass etwas viel zu schön ist, um gepflegt zu sein;
Manch einer meint, er dürfe deshalb Bächlein überspringen.
Ihr, die ihr eines sanften Plätscherns Botschaft respektiert
Und Grenzen anerkennt zwischen den Gärten
Gelobt sei euer Freiheitssinn!
25. Juli 2025
dimanche 27 juillet 2025
Du loup dans la bergerie
Tel gueux, plus efflanqué qu’un clou, a frappé à ma porte
Et moi, plus étourdi qu’un fou, je la lui ai ouverte.
D’un air confit il m’a conjuré que je lui apporte
À boire et à manger, puis a gueulé : Viva la muerte !
Ami, lui ai-je répondu, ton opinion m’attriste
Mais une fois le ventre plein tu changeras d’avis.
Il rétorqua : Ce n’est point désespoir qui rend fasciste.
J’adore le sanquet ; quant à la chair, cours pour ta vie !
Je suis trop bon, fis-je en courant, et j’ai donc mauvais goût
Ajoutant : Même si le con vainc, il ne convainc pas.*
Et moi, cria-t-il en happant, des bons mots je m’en fous !
Ensuite, il l’a gentiment recraché, mon bout de gras.
Je t’avais averti, gloussai-je en me tenant la fesse :
Pour pouvoir l’apprécier, faut concilier faim et finesse.
23 Juillet 2025
*Cf. Unamuno : Venceréis, pero no convenceréis.
vendredi 18 juillet 2025
杜甫
i.
Du Fu, sous les Tang, avait la vie assez dure
Mais je dirais qu’à une autre époque
Elle n’aurait pas été plus douce.
Des poèmes, on s’en branle
Ce qui compte, mes amis
C’est le sens multiple
Qu’ont nos mots.
ii.
莫 磨 漠 默
沒 墨 漠 魔
驀 麼 漠 沫
摹 寞 漠 脈
模 謨 末 摸
Mò mó mò mò mō
Mò mò mò mò mò
Mó mò mó mò mó
Mò mò mò mó mó.
[Autrement dit :
L’écume d’une magie silencieuse caresse affectueusement
Les bords du vaste et calme désert de l’indifférence.
Frottant l’encre dans le minuscule projet solitaire
Il ne faut pas sombrer en imitant tout à coup son modèle.]
19. Juillet 2025
mercredi 2 juillet 2025
Canicule
En pleine canicule
Sur les draps en désordre
De vives traces d’hiver, semant le doute.
Dis alors, quel genre d’hiver ?
Un hiver près de l’âtre, certes, et moi
Comme très emmitouflé, trop au chaud, mais dehors
Un vent glacial qui rugit
Et entre lui et moi, des volets qui tremblent.
Donc, en effet, un hiver assez rude.
Le cagnard du jour
Ne peut rien contre lui
Quand la couche n’est plus partagée.
30 Juin 2025
mardi 1 juillet 2025
Fidélité
La fidélité met en sommeil, et en sommeil
Les distances se raccourcissent.
On aurait pourtant tort de les croire abolies :
L’abolition véritable, absolue, est un fantasme aussi peu conséquent
Que celui d’une éternité durant indéfiniment.
Il faut être très éveillé pour commettre une telle erreur ;
Le songe ne la permet pas.
Dormir beaucoup est alors d’un grand secours.
En rêvant d’un truc ou d’un autre
Pêle-mêle, sans souci de chronologie
Paradoxalement, on les perçoit de plus près
Ces limites à l’origine du temps
Et donc de l’éternité
Qui n’en est qu’une représentation parmi d’autres.
Ayant pigé la combine
Il ne te reste que la fidélité –
Celle à toi-même et celle aux autres
Au sens le plus universel.
Mais ce n’est pas très facile
Lorsqu’on est auréolé d’une gloire.
Dans ce cas, mieux vaut ne pas trop insister.
28 Juin 2025
vendredi 27 juin 2025
Wechselspiel
Wenn ich etwas tief ins Glas schaue
Räkelst du dich unten wie im Sake-Schälchen
Nur ist es kein eigentliches Räkeln
Sondern eher eine Gymnastik des Herbeiwinkens
Wie sie eigentümlich ist denjenigen
Die schon zu weit weg sind, um sich diskreter zu melden.
Herbeiwinken und Abschied
Sind irgendwann nicht mehr zu unterscheiden.
Im Ta Tong, das es nicht mehr gibt
Haben wir meistens diskret die Schälchen getauscht
Du schobst mir den Herrn rüber
Ich dir die Dame, das war unsere Art von Spiel
Und weil ich kippte und du nipptest
Verschwand der Herr schneller als die Dame.
Keiner hätte ahnen können
Dass du vor mir gehen würdest.
25. Juni 2025
jeudi 26 juin 2025
Mémorielles
i.
Erinnerung hat weder Farben noch Töne
Ist kaum ein Spüren auf der Haut
Kommt fast ohne Geruch oder Geschmack aus
Überstrahlt aber dennoch, sinnlicher und lebendiger
Das Umgebende.
Die Ferne ist näher
Ohne Perspektive
Perspektivlos ist sie ganz Nähe
Nichts muss sie vermitteln.
ii.
Ton inaccessibilité
Tout de même posthume
Je la ressens particulièrement fort
Quand j’écoute chanter des voix. Dès lors
Je fais, moi aussi, partie de ceux qui en entendent
Mais puisque ce ne m’est ni une consolation ni une peine
Supplémentaire, je le mets au compte d’une oreille enfin attentive.
iii.
Could I be nigh, good heavens and sky
We would be one all over again
But mere thoughts can’t unite us twain no more.
You are so near the sun, I fear
I’ve lost you in this radiant crowd
Beyond the heights where I still watch ashore.
That upland brink, not quite a link
No rail nor trail to lead afar
Sheer lookout lets me long and yet ignore.
June 24, 2025
samedi 14 juin 2025
Sur ma terrasse
Le jasmin a dépéri, puis est mort en silence.
Le cœur lourd, j’en ai acheté un autre
Qui, lui, ne va pas bien non plus.
Je dois y être pour quelque chose.
Comment lui faire comprendre
Que je ne lui demande rien
Qu’il n’est pas obligé de fleurir
Ni même de développer beaucoup de feuilles
Mais que je ne l’ai pas mis là où il se trouve
Pour le voir se flétrir sans mot dire ?
Si mes gestes sont maladroits
Je ne suis pas aveugle
Et voudrais simplement
Qu’il s’y fasse un peu, à ma terrasse de pauvre.
13 juin 2025
mardi 10 juin 2025
Autodidactisme tardif
J’écoute chanter
Et je voudrais ressentir
Tes émotions plus fortes quant aux
Voix, et probablement plus fortes partout.
Tu les as emmenées dans la tombe, ainsi
Je ne puis qu’essayer de les égaler, car il semble
Possible d’acquérir le don des émotions par émulation.
Mais puisque tu n’es plus là, je dois
Compter sur moi-même.
9 Juin 2025
mardi 3 juin 2025
Ὁ θεὸς Χρόνος
1. Notwendigkeit
Jugendliebe, die letzte ihrer Art:
Hätte sie nicht so weit gestrahlt in die Vorjahre
Was wäre aus jener Zeit geworden? Sie
Wäre verschwunden wie die Kindheit meistens.
Als das Bleibende kam, war das
Vergängliche
Schon eingegraben.
2. Vom Jahr danach
– Mein Tod hat dich anscheinend zum besseren Menschen gemacht!
________________________________________höre ich
Ihre sanfte Grabesstimme sagen.
– Stimmt, der war dazu nötig. Nicht sehr nett für dich, das verstehe
___________________________________________ich.
– Posthume Nettigkeit ist keineswegs ungewöhnlich.
– Braucht es denn soviel Alltäglichkeit, bevor man zu einem selbst
________________________________wird? erwidere ich.
3. Synthese
Das Tier weiß nicht von Sterblichkeit;
Der wache Mensch kennt sie verschwommen
Und fürchtet zwar Verderblichkeit
Doch träumt, es möge noch was kommen.
Ich heisch nicht goethisch um mehr Licht
Denn auch an Logik glaub ich nicht.
Ὁ θεὸς Χρόνος
1. Nécessité
Amour de jeunesse, le dernier de son genre :
S’il n’avait pas illuminé de la sorte la préhistoire
Où serait-il, ce temps ?
Perdu comme presque la totalité de l’enfance.
Lorsque le pérenne est venu
L’éphémère
Était déjà gravé dans le marbre.
2. De l’année suivante
– On dirait que ma mort t’a rendu brusquement meilleur,
De sa douce voix d’outre-tombe.
– C’est vrai, il m’a fallu ça. Pas très gentil pour toi, je le conçois.
– La gentillesse posthume n’a rien d’extraordinaire.
– Faut-il tant de lieux communs pour devenir soi-même ? lui
3. Synthèse
La bête méconnaît sa mort ;
L’homme, éveillé, sait à peu près
Où il va, puis craint pour son sort
Tout en fantasmant d’un après.
Moi, j’attends grâce à la musique
Des sphaignes le bourdon cosmique.
3 Juin 2025
vendredi 16 mai 2025
Archaïscher Torso
Thomas Mann, Tb 6.8.1950*
Gar Nippel wie Pupillen, ist ein Bild
Das den erröten lässt, der ihn erfühlt –
Den Gott, noch im Fragment, ohne Gesicht.
Was alles wäre, bleibt auf je unsagbar:
Kannst du der Sonne denn, rücklings im Gras
Ins Antlitz blicken ohne schwarzes Glas?
Wahrheit ist ungefiltert nicht ertragbar.
Ich wüsste nicht, warum wer nicht verstünde
Der nackten Brust mehr als dem Kopf zu trauen
Des andern Haut, nicht Augen, anzuschauen
Als sei die pure Lust schon Durchschnitt, Sünde
Als bräuchte es auch noch Freundschaft, wenn man liebt
Und Einverständnis, das es eh nicht gibt.
16. Mai 2025
lundi 12 mai 2025
Vue de loin, vue de près
i.
Une partie de toi, je l’aperçois
Bien mieux depuis que tu es loin de moi –
Il a fallu cette distance pour
Que notre proximité soit à jour.
Avant déjà, l’absence servait notre
Unité mieux qu’être l’un avec l’autre ;
La vue est souvent floue d’un peu trop près
Lorsqu’on a ses binocles sur le nez.
Pour étudier le détail d’à côté
Fort myopes qu’on était, on les ôtait
Embrassant à l’œil nu les grandes causes
Telles mes lubies ou tes lèvres roses.
Même la mémoire, elle, n’est point nette :
Je ne sais plus, quant aux fichues lunettes
Si je t’ai enterrée avec ou pas
Vu que tu m’es si proche au loin là-bas.
ii.
Le soir, au lit comme enfoncé dans un sillon
J’attends parfois très tard, mais je ne sais plus quoi
Car tout s’embrume quand l’esprit reste immuable.
Or, je ne vois pas de conclusion plus probable
Qu’en fait, j’attends encore ton retour à toi.
Qui d’autre cela pourrait-il être, sinon ?
iii.
Le nez se fait oreille, et la peau mue en œil
Le cerveau sent, la langue voit ou s’imagine
Rien n’est plus perçu par l’organe d’origine –
Ainsi, mille bonheurs deviennent un seul deuil.
7 Mai 2025
jeudi 1 mai 2025
La chemise
Cette après-midi par exemple, en prenant le métro, mon attention fut attirée par deux personnes descendant l’escalier devant moi, couple assez spécial, constitué d’un garçon, vaguement indien, d’environ vingt ans, à la crinière bouclée, les longs bras dénudés ultra-minces ornés aux poignets de bracelets tressés genre Lembrança do Senhor do Bonfim da Bahia, pantalon large genre jupe, top en soie noire genre chemisier tombant, petit sac à main de nana, véritable apparition accompagnée d’un mec ordinaire. Si ordinaire que je pensais : dis donc, chez les ordinaires, ils ont parfois de ces apparitions dans la famille... De prime abord, je ne pouvais pas m’imaginer un lien autre que celui dû au hasard du sang.
Une fois dans la rame, je me débrouillais pour être assis en face d’eux, et je constatais que ce garçon, à la pomme d’Adam saillante et à la voix tout à fait masculine, tripotait ses beaux cheveux sans cesse, qu’il recelait au fond de son sac à main un minuscule flacon de parfum, cherché plusieurs fois pour se tamponner sous les lobes après avoir écarté d’un grand geste son abondante chevelure, et que, riant sans cesse de façon presque maladivement affectée, en dépit de ses lunettes qui lui conféraient un petit air intello, il était si bêtement maniéré qu’il ne pouvait que m’émouvoir, notamment parce que, nonobstant ses énormes efforts, cette créature n’était pas aussi jolie que ça en fin de compte – du prolo lourdement pomponné, somme toute, et hélas ils ne savent pas se pomponner en finesse, les pauvres. Puis, tourné vers lui et semblant l’admirer, à ses côtés ce type assez rustre, trapu et barbu genre islamiste, en apparence pas la moindre ambiguïté dans le regard franc. On lui aurait donné le bon Allah sans confession.
S’agissait-il en vérité d’un couple de tourtereaux ? Manifestement oui, car en se levant le garçon efféminé prit le type par le bras, et juste auparavant, celui-ci lui avait souri trop suavement pour un homme non amoureux. Le dernier doute était levé lorsque je me rendis tout à coup compte que l’élément viril portait, un peu ouverte sur le torse, une chemise avec plein de broderies fort colorées, genre cadeau fait au nounours par madame. Il m’a fallu arriver presque à la fin du spectacle pour le remarquer, tellement la dégaine flamboyante du garçon délié avait monopolisée mon attention bienveillante.
Quoi en déduire ? Que le genre est flou même chez les barbus, les velus et les hirsutes ? Non, mais que j’ai toujours un certain nombre de préjugés qui m’empêchent de percevoir tout de suite une chemise outrageusement brodée, pour peu qu’elle soit portée par quelqu’un qui, a priori, n’attire pas mon attention d’ethnologue partial. L’œil du poète a encore des efforts à faire.
Lorsque l’œil participe, il ne participe qu’à moité
L’autre moitié, ce n’est pas tellement l’œil
L’autre moitié, c’est la chemise.
Pourquoi faut-il toujours en porter une ?
Serait-elle plus forte que tout ?
S’imposerait-elle ?
Moi, qui apprécie plus que toute autre chose la retenue
J’ai dû apprendre que sans un peu de visibilité
L’énigme même reste cachée.
29 Avril 2025
lundi 28 avril 2025
Du salut sur terre
Certains jours, je sais ce qu’il faut que j’entende pour aller mieux tout de suite. C’est magique. Mais pas la peine de remercier l’artiste, la musique est faite pour. Comme tout art, elle sauve d’abord celui qui la fabrique. J’ai du mal à m’imaginer comment on peut être complètement heureux sans avoir fait quelque chose dont on est content, ne sachant donc pas comment on pourrait l’être en simple consommateur. La consommation du beau n’est certes pas mal – la preuve ! – mais le produire est cent fois mieux, pour peu qu’on veuille s’y atteler.
Parfois, ça va plus loin. La seule présence de quelqu’un apaise et rend même heureux. Sans recourir aux grands mots, il aurait fallu que je remercie quelqu’un pour avoir été là et de ce fait m’avoir sauvé. Je sais de qui je parle. C’est que pour quelqu’un d’étanche à la prétention des cultes qui promettent d’avoir le knack de le faire, il est formidable d’avoir été sauvé quand même. Et si jusqu’à présent je continue de l’être, comme ça, séculièrement, en toute profanité, sans le concours d’un transcendant charlatanesque quelconque, je n’ai hélas plus aucune possibilité pour démontrer ma gratitude. Alors, je fais comme si, en remerciant publiquement à la place – ce qui, j’en suis conscient, va dans le vide sidérant qui nous entoure.
Capable de survivre en solitaire, l’être humain n’est pourtant pas fait ___________________________________________pour.
Ce fut un long chemin pour arriver à l’autosuffisance
Un chemin très sinueux, très européen.
Mais même l’Européen, en principe
Autosuffisant en tant qu’individu par effort millénaire
Se trouve un peu dans la merde quand son système intellectuel vire _______________________________________au sérieux.
Je pense ce que j’ai envie de penser, il n’y a aucun doute là-dessus
Mais depuis que tu me fais défaut en tant qu’interlocutrice
Je reviens aux racines africaines de l’espèce humaine.
Je me fais chier comme ce n’est pas permis
Et on peut uniquement dire que je me débrouille quand même
Depuis que mon occidentalité d’être autosuffisant est mise à si rude _________________________________________épreuve.
27 Avril 2025
dimanche 27 avril 2025
Du besoin
Les besoins des gens sont différents, et souvent limités.
Pour la plupart d’entre eux, il n’y a aucun besoin
De lire des remarques comme celles qui suivront, par exemple.
Aller au-delà du strict intérêt physiologique
Est considéré comme une faveur que l’on fait au prochain.
C’est facile de dire : j’ai déjà tout, je n’ai plus besoin de rien
Mais s’il fait froid, tu te chauffes
S’il fait chaud, tu te cherches à boire
Et s’il se met à pleuvoir, tu ressens vite le besoin d’être au sec.
La réelle absence de besoins qualifie l’encore-plus-mort-que-mort, _______________________________________c’est sûr.
Puisque tout change, le besoin change, lui aussi.
Au fond, il reste néanmoins toujours pareil :
Telle cause, tel besoin –
On persiste tellement dans le besoin circonstanciel
Qu’on se demande si c’est vraiment fini après la mort.
Les Égyptiens, métaphysiciens, étaient convaincus du contraire.
Moi, qui ai enterré une princesse égyptienne
Car elle ressemblait de plus en plus à Néfertiti, ma fière
Je lui ai mis quelque chose dans le coffre de voyage.
Au cas où. Elle le sait, mais à vous, je ne le dirai pas. Nul besoin.
25 Avril 2025
samedi 26 avril 2025
A bacio del grembo
Quasimodo, L’angelo
La chaleur du corps n’est d’abord qu’abstraction
Chaleur ou froideur ne sont que des principes.
Pour savoir ou ressentir
Il faut la toucher, cette chair ou cette pierre :
Embrassé, le ventre dénudé s’avère un brin fiévreux
Et le marbre t’étonne, si chauffé par le soleil.
Je t’ai touchée morte
Mais même là-bas, là-dedans
Tu me semblais avoir gardé ta chaleur –
La mémoire était plus forte
Et puisque tu dormais et ne gisais point
Avec des sens plus aiguisés
J’aurais sans doute senti m’effleurer ton haleine
Et entendu battre ton cœur.
Comme le printemps chasse l’hiver
Comme le rite subjugue la logique
La vie l’emporte sur le gel
Même si ce n’est plus qu’une seule, la mienne.
Wärme oder Kälte sind nur Prinzipien.
Um sicher zu sein und zu empfinden
Muss man ihn berühren, den Leib oder Stein:
Küsst du ihn, scheint dir der bloße Schoß fast zu glühen
Und der Marmor überrascht dich, so erwärmt von der Sonne.
Ich habe dich berührt, als du schon tot warst
Doch selbst dort unten und da drin
Glaubte ich, noch deine Wärme zu fühlen –
Die Erinnerung war zu stark.
Weil du nur schliefst und nicht im Tode ruhtest
Hätte ich, wären meine Sinne fein genug
Zweifelsohne deinen Atem auf meiner Haut gespürt
Und dein Herz schlagen gehört.
Wie der Frühling den Winter vertreibt
Und der Ritus die Logik bezwingt
Siegt das Leben über den Frost
Auch wenn es nun nur noch eines ist, das meine.]
24. April 2025
vendredi 25 avril 2025
Souvenirs de jeunesse
1. Le temps des intérêts
Dans mon adolescence, certains du même âge auxquels je m’intéressais m’ont justement reproché de faire trop attention. Ils me disaient que j’avais tort de toujours les observer, car de ce fait je les mettais mal à l’aise et leur donnais même envie de me fuir, m’assurant qu’ils se rendaient parfaitement compte qu’aucun mouvement, fût-il le plus fugace et subtil possible, n’échappait à mon regard implacable, que le moindre frissonnement de leurs lèvres était enregistré, et qu’on le voyait à mon expression, puisque je ne m’en cachais même pas. Je me taisais, mais j’aurais dû leur répondre insolemment : Et vous alors ? S’il ne leur échappait jamais que rien ne m’échappait, qui a observé qui, en somme ? On était tous pareils, non ? Comment ont-ils pu prendre la mouche et se faire passer pour des innocents ? Des minauderies de leur part, voilà ce que c’était !
Quand je me penche sur le passé
Le passé très ancien, presque l’enfance :
Que de reproches ! On en subit à la pelle dans sa jeunesse.
Il a fallu grandir
Grandir sans énormément changer
Pour que ces reproches diminuent, puis cessent.
Il a fallu tout de même
Que j’arrête de m’intéresser de la sorte
Pour que mon regard, pourtant resté froid, ne scandalise plus.
En fait, on m’a reproché de ne m’intéresser
Qu’à moi-même, de ne suivre que mes intérêts à moi
Lorsque j’étais persuadé de porter de l’intérêt à quelqu’un d’autre.
Cela m’a appris une chose extrêmement simple :
Il faut classer les objets de nos intérêts
D’après leur degré de distraction.
2. L’œil de la Providence
À la même époque, j’avais systématiquement l’impression « qu’il ne se passait rien » puisque je n’étais pas au bon endroit, qu’il me fallait déménager où se passaient les choses, et que ma seule difficulté était de le trouver, cet endroit magique, le centre des événements, convaincu qu’une fois arrivé, je serais entraîné d’office dans le grand tourbillon. Je ne savais pas encore que ma nature contemplative ferait de moi, où que je sois, un simple spectateur, et que ma passivité d’observateur me condamnerait à tout jamais à rester en dehors du jeu.
On se demande
Si tout n’est pas un problème d’œil divin.
Dieu voit tout, comme on sait
On ne peut rien cacher à son machin triangulaire
Mais il n’agit pas, n’entre jamais en jeu et ne participe à rien
Tout ce qui arrive sur terre
Se passe sous son regard sans qu’il interfère.
Paresse ou incapacité, nonchalance ou impuissance ?
Si sa passivité face aux déflagrations
N’était pas pareille à la nôtre, celle des poètes
Autrement dit, d’esprits purs dans leur tour d’ivoire
Ce serait franchement inexplicable.
Il faut nous pardonner les choses, comme disait l’autre.
On est acteur ou public, jamais les deux à la fois
Et en tant que public, on ne peut qu’applaudir les acteurs
S’affairant, excités, en contrebas, sur la scène
Pour peu qu’ils nous convainquent
Et que la pièce soit dès lors bien jouée
Même s’il s’agit d’un drame grotesque et des plus sombres.
23 Avril 2025
jeudi 24 avril 2025
Professions de foi
L’autre lui répond calmement, mais avec quelque vigueur : « Mais qu’est-ce que tu as donc contre les flics gentils ? Ne sois pas, toi aussi, gangrené par les bons sentiments ! Voudrais-tu retourner à l’époque barbare où les exécuteurs des hautes œuvres étaient tous des staliniens ? Le mielleux en stalinien, cent fois pire, ravageait jour et nuit notre monde étriqué, même s’il y avait encore, ça et là, des purs et durs dans le peloton. »
En matière de croyances
On est automatiquement dans de beaux draps :
Bougre ! Dès qu’on en parle
On les trahit – et l’on se trahit, et je ne sais quoi encore.
Le pape qui vient de décéder, par exemple
Pas pornocrate pour un sou, car cette époque est revolue
Mais un gars ayant probablement la veine pieuse
Ce pape honnête, il va être déçu.
C’est ce que je me dis à chaque fois
Que l’un d’eux s’en va
Sûr d’être reçu par une accolade de la part du maître des lieux
Et personne à l’accueil, rien, pas même un diable.
Bon, il ne s’en rendra pas compte, le pauvre
Puisque, justement, l’occasion ne le lui permettra plus
Mais même dans le noir le plus complet
Une déception reste toujours un peu une déception.
La certitude que j’ai, moi, de retrouver ma belle
N’a rien à voir avec ça : si l’espoir nous faisait défaut
Même sans être sectaires, on ne se racontait jamais de blagues
Et voilà pourquoi, fût-ce dans le vide, inséparables on se rejoindra.
Maintenant, ceux qui sont convaincus de mille et une choses
Et en professent le double
En vrais pros, tout chez eux vise la félicité ici-bas et rien qu’elle
Alors qu’aucune ressource n’est gaspillée pour l’au-delà.
22 Avril 2025
mercredi 23 avril 2025
La sublimation finit à la tombe
La sublimation finit à la tombe
Elle ne s’y arrête pas, elle y finit.
Désormais, je dors seul dans mon lit
La tentation est moindre, je devrais donc sublimer
Ma tâche biologique, je l’ai du reste accomplie
J’ai déjà proliféré
Restait la sublimation.
Elle était difficile avant
On sentait trop la chair
Maintenant, c’est l’absence
C’est la proximité mentale de l’ossuaire
Qui m’empêche de sublimer.
21 Avril 2025
mardi 22 avril 2025
D’inavouables ressorts
Se sachant belle
Elle aimait me procurer du plaisir
En un certain sens tout simplement maternelle
Mais il n’y avait rien d’incestueux
On était à égalité.
C’est acceptable d’avoir un truc maternel
Comme un petit penchant venu droit du fond des âges
Face à l’autre qui, lui, peut faire preuve de réflexes de protection
Mais c’est infinitésimal.
Maternalité ou paternalité à doses homéopathiques
Sinon, c’est ignoble, on a envie de prendre la poudre d’escampette.
Je ne supporte déjà pas
Qu’on me beurre ma tartine le lendemain.
Il faut que tout soit profondément lié au plaisir
Il faut entendre le rire de l’autre derrière
Nos purs éclats de camaraderie
Lorsque, naturellement, on se permet
D’avoir recours à l’anachronique
Aux ressorts inavouables.
20 Avril 2025
lundi 21 avril 2025
Persistance
i.
Elle persiste.
Je savais bien qu’elle allait me rester
Mais elle persiste plus intensément qu’une image.
En attendant, le temps avance un petit peu sans la chasser.
La tolérant auprès de soi, il lui suffit d’évoluer
En surface, dans les profondeurs, elle
Me contemple de manière drôlement fixe, du regard qu’elle a
Lorsqu’elle se met à m’observer, avec tendresse
Et un brin d’amusement
Telle une mère qui contemple son enfant en train de jouer
Car elle me dépasse désormais beaucoup en âge
L’éternité lui donnant de la bouteille.
Parfois, elle posait donc son regard longuement sur moi
Il me fallait faire une blague pour briser le charme
Mais souvent, ça ne marchait même pas.
Dorénavant, pareille pudicité serait mal à propos.
Je le sens, son regard, je le laisse sur moi
Et ne réagis plus
Tout en sachant que je ne mérite pas autant d’amour.
Ou peut-être enfin un peu. En tout cas
C’est en regard qu’elle persiste.
Puisqu’elle ne se détourne pas
Sa présence, son accompagnement est
Apaisante observation. Si peu a changé, après tout.
ii.
J’ai une telle envie de la rejoindre
Que je me transforme tout entier en son égal
À mon tour rien que regard, rien d’autre
C’est pour lui répondre.
Puisque nous n’avons plus besoin de nous parler
Nous nous limitons aux regards soutenus
C’est à travers eux que nous communiquons
À la manière des morts.
La connivence manifeste qui nous unit
Débarrassée des mots
Fait de nous de simples formes
De mutuelles omniprésences aériennes.
19 Avril 2025
dimanche 20 avril 2025
Du neuf
i.
Tout s’ancre dans un passé composé
D’expériences drôlement complètes :
Je doute que j’aie changé d’opinion
Ou même senti d’autres émotions.
Je me souviens des combats de jeunesse
Et me rappelle mes émois enfuis ;
Ces occasions, je ne les ai plus eues
Mais c’était bien moi qui les ai vécues.
Puisque je comprends toujours qui j’étais
Il me plaît de répéter mes erreurs.
N’apprenant jamais rien, je me fabrique
Ma collec d’étincelles mirifique.
ii.
L’arbre devant ma fenêtre est parti très vite.
Il y a quelques jours, encore rien
À peine, en guise d’espoir, des bourgeons minuscules
Puis les fleurs sont arrivées presque en même temps que les feuilles.
La désolante nudité pendant ce très long hiver en valait la peine.
J’ose me comparer.
Toujours rien
Peut-être un léger balbutiement, va savoir
Mais vous n’allez pas en croire vos yeux quand tout éclatera au même
_________________________________________instant.
Eh, les gars, c’est rien que pour ça que je me retiens encore.
iii.
En principe, le nouveau se distingue de l’ancien précisément par sa nouveauté. Même si c’est peu de chose, cela suffit pour lui conférer un certain attrait à première vue. Or, c’est le charme du neuf qui, hélas, ne peut que pâlir d’envie face au charme de l’ancien. Le nouveau doit d’abord faire ses preuves, et lorsqu’il les a faites, il a cessé d’être vraiment nouveau. Le seul nouveau qui a peut-être quelque existence réelle est le nouveau vieilli, le nouveau condamné à friser l’ancien. Moi, personnellement, frisant la vieillesse, dans ce cas, je ne le trouve pas très intéressant, et encore moins souhaitable. Mais à qui le dis-je ?
Avant, j’entendais le périph.
On a modernisé, limité la vitesse, je ne l’entends plus.
On a modernisé, oui, le voisin a installé une pompe à chaleur.
Je l’entends.
Le bruit du périph était moins désagréable car changeant.
Le ronron plus moderne de la pompe à chaleur est toujours pareil.
Qu’il ne change jamais est vraiment emmerdant.
Ce n’est pas une surprise, on ne peut pas
Se soustraire à la modernité qui ne change pas.
C’est ça la vie. Rien ne s’améliore
Mais les choses évoluent vers l’identique généralisé.
Cette néoplasie indique une espèce de cancer ;
Seulement dans la tombe la vie te foutra enfin la paix
Et tout ne sera plus toujours pareil.
iv.
J’ai trop bougé
J’ignore ce qui est un peuple, ein Volk
Ou comment faire pour l’être
Mais je sais qu’il meurt
S’il ne se renouvelle pas en se transformant.
Je reconnais l’agonie de masse.
v.
Le neuf, c’est du vocabulaire
Je suis assez âgé pour l’avoir entendu.
La langue change même au cours d’une seule vie.
Si j’entends la langue du passé
Je m’en rends compte, elle sonne désormais
Non pas démodée mais un peu perdue.
Ce qui est perdu est un peu comme la musique
À la limite du rêve
Si ce n’est pas exactement la musique du moment.
L’entendre te rend heureux et triste
Ou plutôt triste et heureux
Je ne sais jamais ce qui vient en premier.
Le neuf en revanche, dès que tu t’y trouves embringué
Les choses sont très claires, et c’est gênant :
Il n’y a plus aucun doute sur rien, et pas la moindre contradiction.
18 Avril 2025
samedi 12 avril 2025
Lorsque les musclors s’y mettent
« Arrivé à l’intersaison, le double mètre sud-africain Ross Carson Skeate, 30 ans, 116 kg, s’est affirmé comme un titulaire indiscutable de la deuxième ligne agenaise. Et tout le reste n’est pas que littérature. Le tatouage est sur sa cuisse droite : “ A man is nothing else but what he makes of himself ”. Traduction : “ L’homme n’est rien d’autre que ce qu’il fait ”. Tirée de “ L’existentialisme est un humanisme ”, la citation est de Jean-Paul Sartre. » [Source, également des approximations parlantes : La Dépêche, le Petit Bleu d’Agen. 10/10/2012]
1. En mode métaphysico-gnomique
La peau, voulant se faire oublier, tourne au translucide
Mais, du coup démodée, se met à briller de plus belle.
Celui qui voudrait voir à travers elle
La confond couramment avec la chair, sitôt turgide
Puis, convaincu à tort qu’elle a fini par disparaître
Perdu face à cette énigme éternelle
Évacue de sa tête même ce qu’elle révèle
En croyant regarder juste à travers une fenêtre.
Y a-t-il de champ plus large que celui, anatomique
Qui s’offre sous un voilement que scelle
Telle une neige le désir qui mêle
Le fatidique instant au calme d’un présent gnomique ?
– Veux-tu être œil ou vue ? – J’hésite à force de devoir
Aussi percer ma pellicule à moi pour percevoir.
2. En mode polysémico-comique
– As-tu déjà senti le pouls pervers de l’univers
Cet œuf durci, à la fois extensible et rétractable ?
– Oui, je l’ai fait, bien sûr, en l’écrasant contre une table ;
Entends alors ce que j’ai découvert :
Indépendamment de son aspect, clair, café crème ou bariolé
L’œuf, une fois écalé, est tout blanc tout nu.
En retirer la peau est une tâche plus ardue.
– Y inclus-tu aussi, coco, celui rosâtre ou violet ?
– Je parle d’œufs en général, et comment on les pèle.
– Seraient-ils comestibles ? – On les gobe, ou les avale
Libérés de leur tégument, fourreau, coque ou écale.
– Tu as raison de préciser car ton ton m’interpelle.
– Tonton n’y connaît rien aux œufs, c’est moi qui te réponds.
– Mais c’est toujours tata la poule qui les pond.
4 Avril 2025
mardi 1 avril 2025
Das Bild bleibt scharf
Jaspers. Cusanus, 6,2
Steig ungern in die Dunkelheit
Hinab, bleib lieber oben
Doch wenn es sein muss, kann ich auch
Der Hölle Blitze loben.
ii.
Ihr bittet mich um nichts, drum tu ich nichts
Red mit mir selbst im schattigen Abseits
Fall keinem auf, doch wäre stets bereit
Und träte anstandslos ins hellste Licht.
Wer nur so dasteht, sieht, wird nicht gesehn
Beobachtungen häufen sich zur Fülle
Und scheint euch auch, es mangeln Schneid und Wille
Fehlt höchstens der Reflex sich wegzudrehn.
Das Restchen, das noch lebt an Gegenwart
Genügt, das Heft zu zücken und zu schreiben
Von Stillstand, denn es lohnt sich erst, zu bleiben
Wenn, was sich regen sollte, auch verharrt.
31. März 2025
lundi 31 mars 2025
Lointaines origines
1. Prager
Ein Werfel war nach Augenschein
Kein Kafka und kein Rilke nicht.
Ist es ein Fluch, aus Prag zu sein?
Mein Vorfahr* stemmt sich hoch und spricht:
„Die Stadt war selbst zu jener Zeit
Nur eine Art Gelegenheit.“
Längst modert Vorfahr auch im Grab –
Wo, das ist leider unbekannt.
Klingt Grab nicht umgekehrt wie Prag?
Vermutlich liegt es auf der Hand:
Ein Ort ist wie des Künstlers Kleid
Indiz und Tarnungsmöglichkeit.
* Fritz Menkes, Kunstmaler, Prag.
2. Lloc mític
Podríem parlar d’ella com una illa flotant, però
No flota, està perfectament ancorada, i només sembla mítica
Perquè no hi he tornat a posar els peus mai més.
Molt sovint, evitar-les és la millor manera
De mantenir les arrels intactes.
[Podríamos hablar de ella como de una isla flotante, pero no flota, está perfectamente anclada, y sólo parece mítica porque nunca más volví a poner un pie allí. Muy a menudo, evitarlas es la mejor manera de mantener las raíces intactas.]
30 de Marzo 2025
jeudi 6 mars 2025
Gaucher contrarié
Weil Richtiges mit Falschem sich
Vermählt in jeder Kunst
Macht man am besten andersrum
Was andersrum nicht funzt.
Wüsst ich zuvor, wohin du mir
Davonläufst, wenn du fliehst
Wüsst ich doch nicht, was aufwärtsquillt
Und dennoch abwärtsfließt.
Weil stets von vorn ein steifer Wind
Dem Kind entgegenweht
Sieht es auch dann nach Fortschritt aus
Wenn alles rückwärts geht.
גרינג איז דורך צופאל שווער, און שווער
.איז גרינג, דאָס איז די קשיא
צו זיין א לופטמענטש איז פיל שווערער
.ווי צו פארקאָכן א קאשע
26 Février 2025
mercredi 5 février 2025
T’enyoro
Zuweilen trifft Verlassensein das Herz in jäher Fülle:
Im Sessel dösend, plötzlich ausgesetzt Jordi Savall
Und es ist, wie dem Wehrlosen nicht sanft, sondern brutal
Das eigne Wesen aufzudrängen gegen seinen Willen.
Nicht wüsste ich, betäubt von Schlaf, warum die Gamben stören;
Vielleicht ist es ihr Mangel an Erregtheit, der erregt
Wenn diese kaum durchbrochne Stille in sich selber schwelgt
Und – weil ich nicht beherrschen kann, wie meine Wünsche hören.
Nicht bist du da als Mittlerin der ungebetnen Töne
Allein durch Gegenwart, so wissend nachsichtig die Hand
Auf meinem Arm, so ruhig mit der Ruhe mich versöhnend
Dass, einzig deinem anders lauschenden Musikverstand
Vertrauend, Muse, tauchend ein ins fremde Element
In das mir Angetragene ich mich ergeben könnt.
4. Februar 2025
mardi 4 février 2025
Payoff and Liability
1. Backwater Peace
Wirkliche Ruhe gibt es nur in der ganz großen Stadt. Sich ernsthaft zurückzuziehen ist eigentlich nur dort möglich, wo wir so eng aufeinanderhocken, dass Diskretion und mithin gesundes gegenseitiges Ignorieren zur Naturnotwendigkeit wird wie in der funktionierenden Ehe. Wer nicht in einer sehr großen Stadt lebt, weiß vermutlich nicht, dass es möglich ist, seine unmittelbaren Nachbarn nicht zu kennen – nicht: sie nicht zu grüßen, sondern tatsächlich nicht zu wissen, dass man beispielsweise diesen Mageren in seiner objektiv stets etwas ausgefallenen Kleidung nach einem Jahrzehnt bewusst erkennen und zumindest grüßen müsste. Grußlosigkeit hat hierzulande nichts mit Unhöflichkeit zu tun, sondern mit verinnerlichter Etikette. Wird einmal dennoch gegrüßt, entgegnet dem übergriffig Grüßenden die Verblüffung im Gesicht des Gegrüßten, falls der es überhaupt bemerkt hat. Und hat er es bemerkt, wurde jedenfalls zu laut gegrüßt.
Andererseits erfährt man von Zeit zu Zeit, rein durch Zufall, dass in der nächsten Nachbarschaft abenteuerliche Geschichten über einen kursieren, Gerüchte, die so haltlos sind, dass sie nur die Einsamkeit derer beweisen, die sie in die Welt gesetzt haben. So grausam einsam sind manche Nachbarn, sagt man sich, dass sie sich über Unbekannte etwas zusammenreimen müssen. Ersetzt man da jemandem den Filmstar? Nach Dorf riechende Redereien sind der letzte Beweis dafür, dass es vollkommene Abgeschiedenheit nur in der sehr großen Stadt gibt.
Der Erde Mittelpunkt ist anonym, es
Ist ein großes Loch, das die Mitte bezeichnet
Ein großes, ganz mit Menschen vollgestopftes Loch.
Auf der Straße mag man Damen in einer Duftwolke begegnen
Im Untergrund kaum, und zu Stoßzeiten gar nicht
Es würde sich nicht gehören.
Woher weiß die Ortsansässige
Dass sie sich entweder wild parfümieren
Oder in den Nahverkehr abtauchen darf, beides aber nicht?
Woher wusste einer, dass er, um sich zu betten
In den Nabel der Welt, zurück musste
In ihren mütterlichen Bauch?
2. Bubke’s Warfare
Hab dort drüben zwar längst keinen Koffer mehr, aber einen Ort hab ich noch, und damit geht es ganz anders zu als mit dem entsprechenden hiesigen. Ich zitiere mich: „Dass wegen eines krumm eingesunkenen alten Steines / Mit der Zwangsauflösung des Grabs aufgrund von Ungepflegtheit gedroht wird / – der Fachausdruck ist „Abräumen“ – / Allein diese Tatsache / Lässt des Landes historische Flächenbombardierung / In durchaus milderem Lichte erscheinen. // Was man will, das bekommt man auch.“ (Verwilderte Gärten, 2015)
La guerre peut avoir lieu dans le vide
Dans le grand vide même –
J’y suis préparé.
Mais suis-je prêt
À lutter dans le vide absolu
Même pas de coup d’épée dans l’eau ?
La guerre des étoiles
Est une guerre qui permet au néant
De l’emporter grâce au je-m’en-foutisme de ses astres.
3 Février 2025
lundi 3 février 2025
Augen
Wirken
In Würde dahinschreiten
Oder davonwatscheln wie eine Ente –
Des Blickes strenges Urteil macht den Toren aus.
Aber den Menschen, den Albatros – was?
Es wandelt hinweg und es wähnt einer sich.
An sein übliches Schicksal gewöhnt keiner sich
Nur an den verabreichten Schweinefraß
Quillt er ihm auch aus den Ohren heraus.
Wenn er nur wollte, wie er könnte
Hinter sich ließ er im Fluge die aufschäumenden Weiten, Gezeiten
Mit dem Sturm stünde er auf du und du
Doch immer schaut ihm ein Unbeteiligter zu.
Wollen
Was gibst du mir an Kröten?
Gerade so viel, wie du wert bist.
Ich bin ungemein viel wert.
Vergleiche dich mit den Ärmsten. Bist du so viel mehr wert?
Nein? Siehst du.
Warten
Sah ein buntes Stück im Straßengraben liegen
So bunt, dass es aus Plastik sein musste.
Wäre es edler gewesen, also weniger bunt
Hätte ich mich danach gebückt
Denn ich rette Schätze aus dem Straßengraben.
Sie dürfen blinken und auch bunt sein, aber nicht zu sehr.
Was noch im Straßengraben so glänzt, kann nichts wert sein
Oder vielmehr: Es muss sehr wertvoll sein oder wertlos
Der flüchtige Blick verfügt’s.
Kleiner, sei etwas diskreter im Straßengraben
Wenn du gerettet werden willst
Die Leute sind empfindlich.
2. Februar 2025