1. Absicht
Sie wollen, dass ich niederkomme
Ich komm aber nicht nieder
Ich will doch keine Mutterrolle
Für meine leisen Lieder.
Ich hab doch keine Absicht nicht
Ich flüstre euch nur was vor
Und wenn ihr glaubt, ich scheue mich
Dann beiß ich euch ins Ohr.
2. Ansicht
Dem Merian seine gestochenen Ansichten
Sind auch nicht wertvoller als meine verschwommenen;
Meine sind wenigstens bunt.
Wenn ihr unbedingt was Scharfes und Steifes wollt
Dann hängt euch eben einen Merian wohin.
Bei mir ist alles im Fluss
Aber dafür stimmt es auch mit der Gegenwart überein.
3. Aussicht
Ich stand auf einem Aussichtsturm und schaute tief ins Land
Und von der Aussicht her vergaß ich völlig, wo ich stand.
Wer eine schöne Aussicht hat, vergisst oft, wo er steht
Und wäre keine Brüstung da, käm jede Hilf zu spät.
30. August 2023
jeudi 31 août 2023
Absicht, Ansicht, Aussicht
mercredi 30 août 2023
Gris chatoyant et ski
1.Gris chatoyant
En fait, je n’ai appris que des choses inutiles dans la vie
Ce qui m’a forcé d’aller au plus près des choses.
Qui apprend utile, garde ses distances.
S’il a une vue panoramique sur sa vie trépidante
Le détail lui échappe, il s’en désintéresse –
Pas de grandiloquence sans négligence.
Mais le soin réduit la vie
À des tours au cimetière. Rien
De plus inutile, et rien de plus près.
2. Ski
Dans ma jeunesse, j’ai fait du ski.
D’abord un peu obligé, pour que je bouge
Et en effet, glisser vite n’est pas mal, c’est un plaisir.
J’ai glissé le long de mon chemin
En contournant les obstacles vus de loin
J’ai senti le vent, et en adulte même sans les skis.
Je me suis donc permis de remarcher.
Suivant ma pente, je me suis mis à lambiner
Et j’ai fini par m’arrêter carrément devant les choses.
Une sorte de lèche-vitrines
Microscopique, mais toujours
En voulant sentir la caresse du vent.
Pas mal comme sport
Et en même temps très personnel.
Peut-être trop. Sans skis, on te le reproche.
29 Août 2023
mardi 29 août 2023
Nächtliche Evolutionstheorie
Brauchts nicht nur gute Augen
Sondern auch solche, die zum Leuchten taugen.
Die Tage sind sind dazu gemacht
Im Eignen aufzugehen;
Bei Nacht kann man die Differenz noch sehen.
Wir leben von der Diskrepanz
Sie kommt uns sehr gelegen –
Wir wüssten nicht, wie sonst uns zu bewegen.
Der alte Darwin hats erkannt:
Dem Fischchen wachsen Beine
Bevor es krabbelnd feststellt, es sind seine.
28. August 2023
lundi 28 août 2023
Traumatisme
Lors du changement de ma housse de couette
Je me suis demandé si la couture, colorée
Devrait être apparente ou cachée.
Non sans mal, j’ai fini
Par trancher pour l’apparence ;
Auparavant, je n’avais jamais fait attention.
Cette housse, remise pour la première fois
Depuis qu’elle n’est plus là pour s’en occuper
S’est donc soudainement révélée problématique.
Sans souvenir, je me suis dit : quelle folie
On ne leur apprend strictement rien, aux garçons
Avec le résultat qu’à leurs vieux jours, ils sont largués.
Le côté d’une housse de couette est peut-être sans importance, et
Plus encore pour qui dort seul, mais quand on commence
À se faire des soucis, on n’en voit pas la fin.
28 Août 2023
dimanche 27 août 2023
Šumma
Crénom d’*Assur !
Je peux certes t’assurer
Que ce n’est pas de la frime si
Je te dis que l’akkadien en tant que
Sujet d’étude n’a pas plus de secrets pour moi
Que n’en a le père Labat quant au gribouillis cunéiforme :
En jeune homme qui se cherchait, je n’avais rien trouvé de mieux
Que de me pencher sur le saugrenu, le diable *Adru-malku sait pourquoi.
Les Assyriens, eux, avant de trancher, savaient qui interroger
Et ce n’était pas un corps céleste, mais une humble bête.
La chose était entendue : il est toujours préférable
D’en sacrifier une pour lire dans ses entrailles
Et mettre sa foi en son foie – sauf que
Depuis, de l’eau a coulé sous les
Ponts de l’Euphrate, voire
Du Tigre traficoté.
Moi, mes questions
Elles me pèsent donc lourd
Puisque j’ai des décisions à prendre.
Ami des bêtes, je dois me débrouiller en aveugle
Je ne peux pas exiger d’un animal qu’il se sacrifie pour moi
Afin de me renseigner par les tripes, et je ne vais certainement pas
L’abattre moi-même pour être mieux informé. Je reste alors seul avec mes
Choix multiples sur le dos, misérables alternatives qui me plombent la _____________________________________________conscience
Celle qui a d’innombrables circonstances à prendre en compte
Et ne connaît même pas sa propre situation.
Le beau regard concerné
D’un compagnon à quatre pattes
Ne me serait que d’un secours purement moral
Car en se fiant au seul instinct
La communion trinque.
Si j’ai eu ma compagne, elle était à deux pattes
Et de la race de celles qui marchent debout, et quand
Elle a dû se coucher pour ne plus se relever, la vie était finie.
Plus irremplaçable que toutes les nuits porteuses de conseil
Que toutes les égéries promettant monts et merveilles
Et que toutes les Muses du grand enfant museur
Elle était à la fois et l’Ishtar très-puissante
Et la plus confiante des créatures –
Le ciel constellé en soit loué
Et son tutélaire unique.
26 Août 2023
vendredi 25 août 2023
Deux sœurs dans le malheur
i.
La paresse tue dans l’œuf.
Même pas sûr qu’on puisse parler de paresse
C’est la pré-paresse.
Un œuf, ça se couve
Et il faut de la paresse pour couver
Lui donner de la chaleur, rester dessus sans bouger
Idéal pour des paresseux ;
Or, la paresse tue dans l’œuf.
Surcouvé, ma foi.
Fait trop chaud, fait trop froid
Fait trop beau, fait trop mauvais –
La paresse n’est point dépourvue de ressort
Elle trouve toujours ses justifications
Pour trouver, elle n’est jamais paresseuse
C’est plutôt l’après-paresse.
La paresse, c’est toujours
Soit avant soit après
Mais jamais au bon moment.
ii.
Au bon moment, c’est l’énergie.
Faut l’avoir, celle-là
Faut l’avoir conquise une fois
Puis jamais perdue
Faut qu’elle couve sous la cendre
Pour pouvoir la sortir le moment voulu.
Quand c’est trop tard, elle est de trop. Cette énergie
Ne sert à rien lorsque les circonstances ne s’y prêtent plus
C’est alors l’énergie de trop, et en même temps gaspillée.
L’énergie et l’occasion, faut donc les deux.
Trop tôt dans la vie, c’est l’occasion qui manque
Et trop tard, eh bien voilà, c’est l’énergie.
L’énergie seule est passive
Voire vaine et nocive, brasseuse d’air ;
On ne le sait pas, mais elle a du mal à créer des occasions.
Elle est en ce sens la digne sœur de la paresse
Ou plutôt pas vraiment
Car la paresse, elle, sait les créer, ses occasions.
La paresse, après tout, est encore plus active que l’énergie.
Si les deux sont sœurs, elles le sont dans le malheur.
23 Août 2023
jeudi 24 août 2023
Predator Fad
Ce concept ayant fait le tour du monde civilisé, il n’y a plus, comme avant, la partie séduisante et la partie séduite dans l’acte de séduction, avec leur rapports de force complexes et leurs si charmantes ambivalences, mais pour peu que la société désapprouve, et elle le fait très souvent, uniquement prédateur et victime. La prédation séductrice étant par nature consensuelle, la prise de conscience de la dénommée victime exige parfois des années de lavage de cerveau avant de se reconnaître en tant que telle, mais qu’importe ! On érige alors la notion de minorité en loi intransgressible, minorité qui, du reste, n’a plus de limite dans le temps. L’éternel Don Juan devient l’éternel Prédateur, l’ancien bourreau des cœurs se modernise en prédateur de crédules, le coureur de jupons ou de dot, le satyre, le grand loup, le périlleux bellâtre à la langue sucrée – rien que des prédateurs, la frayeur millénaire métamorphosant toute personne tant soit peu dissipée, ou conséquente, en prédatrice de supposés monogames. Avec l’interdiction de persuader à force d’éloquence, en ne transigeant plus sur la soi-disant concordance des deux corps – même âge, même classe sociale, même IMC, même désir d’exclusivité etc. – la prédation est devenue l’aîné de nos soucis. Ou l’aînée, je ne sais pas, question de genre. Au lieu d’accompagner le développement physico-psychique de nos chères têtes blondes, chaperons rouges, oies blanches d’élevage et autres becs-jaunes vergondés de façon éclairée, ce qui les préserverait facilement de se faire avoir comme des bleus, on déniche partout des prédateurs chatoyants aux mille ruses, l’ordinateur non surveillé devenant l’outil par excellence des forces obscures qui, tapies dans la capiteuse pénombre d’une chambre intime, ne peuvent être que majeures, face à l’éternelle minorité d’âme du péquenot à chair plus ou moins fraîche. Grâce à Dieu, il arrive encore, paraît-il, que quelque fragile créature de rêve, ayant marre de se morfondre pour rien, tombe clandestinement sur le prédateur de son cœur et qu’elle se love en toute innocence dans ses bras trop velus sans que la presse s’en aperçoive.
La voix de la proie :
Par malheur un peu réservé de caractère
J’ai la chance de ne pouvoir être que proie –
Proie à ceci, proie à cela, proie à tout faire...
Par bonheur, des fois on s’est acharné sur moi.
Être proie est pratique en ce monde cruel :
Il suffit de céder, on n’a rien d’autre à faire ;
C’est toujours le vilain qui traque, en sensuel
Son chenapan qui fait semblant d’être impubère.
On n’a jamais demandé si j’étais d’accord
Avant de bien vouloir essayer de m’avoir.
Si on l’avait fait, je serais sûrement mort
Dans mon plumard esseulé avant de savoir.
J’ai vieilli, ma chair s’est bigrement faisandée
À tel point que je ne fais plus gibier de choix.
J’ai forcément cessé de trop me demander
Si je pouvais encore espérer être proie.
L’âge a aussi son avantage, il me rapproche
Au pas de charge des trucs dits sempiternels :
Pour ceux à tendance passive, aucun reproche
Ne tient dans les embruns devenus fraternels.
Celui qui ne veut plus croire aux forces célestes
Est par essence bien moins commode à séduire
Mais attends-toi à ce que, si tu le molestes
Ce bougre impie n’y trouve pas plus à redire.
Le silence du prédateur :
Les agneaux bêlent, je n’ai pas grand-chose à dire ;
C’est en mystérieux que je daigne séduire.
22 Août 2023
mercredi 23 août 2023
Märchen
1. Dichtung
Wenn ich andrer Märchen lese
Glaube ich sie unumwunden
Nicht jedoch, was ich mit eignem
Stift hab in die Welt gebracht.
Wär selbst, was dort steht, gewesen
Und, was ich erdacht, erfunden
Können doch nur Blinde leugnen
Dass die Wahrheit Fehler macht.
Früheres ist nach seinem Wesen
Beides: falsch und echt; entschwunden
Kann nichts mehr, was war, bezeugen
Und auch nichts, was ausgedacht.
Wirklichkeiten, Fabelwesen
Beichtmomente, Märchenstunden
Redenschwingen, Zweifelschweigen
Sind gemacht aus Tag und Nacht.
Wer weiß schon, was sein muss im Leben
Was man kennen muss, und was nicht?
Man weiß nur, dass es vieles nicht geben
Sollte, und es gibt es in Massen.
Sollst du in kleinen Dosen erfahren
Wie geimpft, was das Leben verspricht
Oder dir deine Unschuld bewahren
Und auf Traumwandelei dich verlassen?
Es gibt unter den Lügen die wahren.
Wer es lernte, darf gerne auch schweben
Und der, dem das Schweben nicht liegt
Gern das Schlimmste ins Auge fassen.
20. August 2023
mardi 22 août 2023
Robes et rites
Elle avait ses rites.
Par exemple cette robe de voyage
Qu’elle ne portait que lorsqu’elle partait.
Elle aurait pu la choisir pour son dernier voyage aussi
Mais elle voulait sa robe de mariage
En wax, faite main par une amie malienne
Plus jamais portée, mais gardée dans l’armoire
Et j’ai pensé depuis, en prévision.
C’était donc bien une robe traditionnelle
– Nul besoin d’être Africaine pour la porter –
Sans pourtant être une robe de mariage traditionnelle.
Normal, puisqu’elle n’était pas pour un mariage traditionnel
Mais pour ce qu’on appelle une simple formalité
Formalité quelque peu compliquée par une administration
Toujours révulsée par l’idée de conjoindre un vaurien
D’étranger à l’une de ses précieuses ressortissantes
Formalité à laquelle, grâce à son sens des rites
Elle avait réservé la robe de son choix.
Je n’ai aucun souvenir de ce que moi, j’ai porté :
On n’a pas pris de photos – pourquoi faire ?
Notre pacte indissoluble avait été scellé
Pratiquement à l’instant de notre rencontre –
Et je ne peux pas non plus savoir si, en se mariant
Elle songeait déjà à ce qu’elle mettrait pour le cercueil ;
Toujours est-il que cette robe, si discrète dans la penderie
Avait encore un rôle à jouer, le deuxième de sa vie
Rôle que j’ignorais jusqu’au moment venu
Parmi une foule d’autres choses.
19 Août 2023
vendredi 18 août 2023
Veuvages
Lieu.
Jolie comme une tombe
Fleurie comme une tombe.
Limites.
Des fleurs, puis des buissons, puis des arbres.
Et des arbres jusqu’où ? Les sentiments
Les plus profonds et les plus élevés
Ont les mêmes limites.
Rachée.
Celui qui a survécu à ceux qui l’ont aimé
Est comme une souche coupée
Qui a encore des rejets sur ses bords
Mais ne sera plus jamais arbre.
Du bois mort, perdu à la vie malgré ses pousses
Inutile souche devenue gênante.
Dérision.
Traîner ainsi
Cuisiner pour une personne
Mettre dignement un couvert, et non au moins deux
Faire une sorte de ménage rien que pour soi
Ce sont des actes ridicules
Car insignifiants.
Se sentir de trop prête à rire.
Drosophiles.
Des moucherons minuscules, se contentant de si peu –
De pelures, ne les entamant même pas.
Ému, je les laissais faire
Leur abandonnant même mes noyaux et tronçons.
Ils se mirent à pulluler.
Il fallut que je m’en débarrassasse
La pensée de leur raccourcir l’existence
D’un petit mois au grand maximum
M’étant d’un certain réconfort.
Ailleurs.
Et moi, où voudrais-je nicher, désormais ?
La lumière du soir inonde cette table
Elle vient de très loin et paraît toute proche
Plus proche que les autres, les lumières directes.
Elle l’est davantage : tamisée, toute douce
Elle me montre, la clarté éblouissante
Que les choses sur la table
Ne font qu’attendre.
Puis moi, debout devant elles, impatiemment
Déjà presque au-delà de ce monde.
Découpage.
En voyage, dans la voiture remplie de nous deux
Elle connaissait les numéros de tous les départements –
Une vraie Française : appris à l’école, en tablier, et jamais oublié.
Après la Haute-Garonne, pas la Basse mais le Gers
Et avant le Tarn-et-Garonne, rien que le Tarn
Comme avant le Lot-et-Garonne, Lot tout seul
Le pauvre, aussi seul que moi maintenant
Mais lui, il ne s’est pas retourné. Mémoire
De fleuve en fleuve, les fleuves parfois en cercle.
Moi Lot, moi Tarn, toi Garonne.
Haute Garonne.
17 Août 2023
mardi 15 août 2023
Perte
1. Son nounours
Paisiblement, le nounours.
C’est le sien.
Il a son âge.
S’il a un peu souffert
Je connais toute son histoire
Elle me l’a racontée
L’histoire de l’œil perdu puis remplacé par une perle.
Il s’en était contenté
Et elle aussi, cette fille incroyable
Si facilement heureuse
Qui ne demandait presque rien pour l’être
Presque rien, et a eu tout, et à la pelle
Tellement elle le méritait.
C’est comme ça, quand on est facilement heureux
On aura tout, c’est obligé
L’autre s’incline, il lui donne tout ce qu’il a
Même si c’est presque rien
Rien qu’une perle pour réparer.
Eh ben, ils sont paisibles, les nounours.
Attendent patiemment leur câlin ;
Dans ce cas, le sien, puisqu’il est le sien.
Il est comme moi maintenant, il l’attend en vain
Il n’aura droit qu’au mien pour remplacer
Pour s’en contenter
Après toute une vie avec l’œil en perle.
Toutefois, le fait de l’avoir connue avant moi
Lui donnera le préséance lors de son retour
Que, paisiblement, nous attendons tout de même.
À deux, c’est plus facile
Le temps passe plus vite.
2. Rêve
Une fois de plus, j’ai rêvé
D’avoir son bout de sein dans la bouche
On peut appeler ça un rêve érotique
Je ne sais pas.
Évidemment, mordiller un bout de sein
Ressemble fort à un geste érotique chez l’adulte
Mais c’était un rêve de perte
Puisque dans ce rêve, j’étais conscient que je rêvais
Ce qui est rare en rêve.
C’était donc d’emblée un rêve d’absence subie
Étant conscient qu’il fallait rêver pour pouvoir l’attraper
Elle toute entière ou seulement le bout de son sein, n’importe
Car même avant je ne pouvais jamais
L’engloutir en entier, ma belle, trop énorme comme morceau
Une proie au-dessus de mes moyens ; de guerre lasse
Je me contentais de bouts
Ce qu’il y avait d’incontestablement érotique
Disparaissant derrière l’impossibilité.
Le rêve d’un rêve donc.
Autrefois, ça finissait malgré tout dans les règles de l’art –
Faut jamais exagérer dans le symbolique –
Maintenant, c’est terminé.
En rêve, j’arrive encore à en attraper tel mamelon, mais c’est tout
Je n’essaie même plus de l’aspirer des pieds à la tête.
Ne parlons pas d’érotisme, parlons de résignation.
13 Août 2023
vendredi 11 août 2023
Another Fourth Little Pig
No house of straw, nor sticks, nor bricks
No build for current weather –
One made of pens and paper and
Some ink to hold together:
Now, come ye wolves and huff and puff
And blow, for all your wit
Featherweight home will waft away
And little pig with it.
Pig knew it couldn’t spare the pack
To help get them off the ground
Pig and the place it needs too much
To not be elseward bound:
So light with paper wings around
That bear it through the vast
It equals those who hover free
Of burden and of past.
August 11, 2023
jeudi 10 août 2023
Salle d’attente
Salle d’attente, donc j’attends.
Je risque de m’ennuyer en attendant ;
Le reste du temps, je ne risque pas.
Telle une douleur qui n’existerait
Que par la conscience de la douleur, l’impatience
Est liée à l’obligation de patience. Pour y échapper
J’observe les gens.
Presque au fond de la salle
Une dame au physique ingrat, le turban serré et tout le reste
Bien trop large, et qui fait des mouvements de la bouche
Comme si elle n’approuvait pas
Mais qui désapprouve dans le vide
Et à mi-chemin entre nous, empiétant sur le passage
Un monsieur en chaise roulante qui tousse du cou
Dans un grand mouchoir jaunâtre. Il doit y avoir un trou.
Une jeune femme, à coup sûr sa fille, l’accompagne
Et il ne doit pas seulement trousser mais aussi lui parler
Du trou du cou, sauf que pour l’instant tousser lui suffit.
Les autres personnes, je les ai déjà oubliées.
Sur cette foutue planète
Si l’on n’a rien de spécial à proposer, on est vite oublié.
Le bonheur s’oublie, pas le malheur.
Heureux les malheureux, ils me divertissent lors de l’attente
Qui, elle, oblige au divertissement
Qui, lui, vit du malheur, il me semble.
Je me gronde
En espérant qu’on ne m’a pas vu
Et que si l’on m’a vu, on m’a déjà oublié
Je compte vivement sur ma chance
D’être ou invisible
Ou vite oublié.
9 Août 2023
mardi 8 août 2023
Regenschirmschoner
Ich habe diesem beschissenen Sommer
Auch einen meiner Schirme opfern müssen:
Beim Öffnen fügte er sich mir noch
Doch als ihn schließen wollte
Entgegnete mir plötzlich entschlossener Widerstand
Und als ich den gebrochen hatte
War auch der Schirm dahin.
Man muss aufpassen beim Brechen entschiedenen Widerstands
Es kann fatale Folge haben.
Der Schirm muss sich in geöffnetem Zustand
Wohler gefühlt haben als in geschlossenem –
Vermutlich, weil er sich dann nützlicher vorkam.
Es ist aber auch ganz gut möglich
Dass er mir schlicht eine Lektion erteilen wollte
Was das ständige Öffnen und Schließen angeht
(„Du solltest besser deine Meinung nicht laufend ändern!“)
Und dabei leider meinen Eigensinn unterschätzte;
Er bezahlte es mit seinem Leben.
Ein sinnloser Tod, denn ich besitze noch andere Schirme
Die nun wissen, wie weit man gehen darf als abhängiger Regenschutz.
Wer schützen will, darf nicht bestimmen wollen
Und wer das eine und das andere möchte, lebt gefährlich
Der Mensch ist nämlich kein ewiges Kind –
Sogar der Himmel hat diese Erfahrung machen müssen:
Regnen darf er zwar noch
Sich in unsere Entscheidungen aber nicht mehr einmischen
Er darf uns seine fürsorglichen Engel senden, doch damit hat es sich.
6. August 2023
lundi 7 août 2023
Tomates et périodes
Cet été avec ses longues périodes pluvieuses
M’a permis de constater sans faute
Que les tomates du balcon cueillies sous le soleil
Étaient bien plus goûteuses que les autres.
Celles du commerce doivent sans exception
Se faire ramasser les jours de pluie
Ce qui laisse penser
Que le soleil est réservé à celles des particuliers.
Après tout, ce n’est que justice
Que le beau temps accessoire soit l’apanage de ceux
Qui font pousser leurs propres tomates
Comme s’il s’agissait de leur propres idées
Sans faire attention au commerce
Et se les réservent, diantre, pour eux-mêmes ;
L’ensoleillement général, serres industrielles incluses
Serait du gâchis.
C’est parce que l’âge des lumières
Précède l’ère industrielle, il la devance sans y participer
Et les tomates ou idées privées
Relèvent du premier
Les lieux communs en revanche, aisément marchandables
De la seconde.
6 Août 2023
jeudi 3 août 2023
Le colosse et son molosse
Promener dignement un chien à dames
Et manquant parfois un peu de finesse
Je pense qu’ils ne vont pas bien ensemble.
Un œil mieux accoutumé aux contrastes
Me dirait : le gaillard ressemble au chien
Qu’il gère en laisse avec délicatesse
Et toutounet, têtu, est au lourdaud
Ce que nous sommes tous à notre image
Image butée et pourtant fidèle
Fidèle tel chienchien à son gros maître
Attaché, lui, sans honte à son chouchou.
Tu as beau le trouver mal fait, ce monde
Avec ses rapports de force incongrus
Mais tant qu’il y a des patapoufs ventrus
Aux pékinois enrubannés, tout baigne.
Recht häufig seh ich abends diesen Dicken
Wie der ein Damenhündchen ausführt, und
Ich denke mir, die passen nicht zusammen
Solch ein Koloss und so ein zarter Hund.
Wäre mein Auge allerdings geschulter
Dann sähe ich: Sie sind ein schönes Pärchen
Der Dickwanst, delikat die Leine leitend
Und das ein wenig sture Teddybärchen
Sie sind wie wir und unser Bild im Leben
Bei aller Bockigkeit einander treulich
Wie dieses Hündchen seinem Herrn ergeben
Und, schnöder Welt zum Trotz, der seinem Schätzchen.
Du kannst im Leben vieles kritisieren
Nicht aber eines Spiegels Ebenbild;
Drehn so welche mit Schleifchenpekinesen
Die Runde, ist doch alles halb so wild.
lundi 31 juillet 2023
On Something Soothing Taught in Classes
“Feel like a child / Who comes on a scene / Of adult reconciling, /
And can understand nothing / But the unusual laughter, /
And starts to be happy.”
Larkin, Coming
Numb to adult secrets, like this child in fact
While Time, and Space, and Nature play their reasons
Beyond one’s grasp, you, sensitive to seasons
Have moods depend on how these grown-ups act.
Albeit a small life, guiltless and bare
No “Nature” can embrace its quiet scope
Larger than nursery (“Time”, “Space”), you elope
Toward climes the principled must fail to share.
Since life knows no beyond in time or space
Life’s present, neither after nor before
Since, with her fluffs and feathers quivering
Immutable nature is a fickle thing
That freezes at each moment of embrace
No bird can trill what spring’s eventually for.
July 30, 2023
lundi 24 juillet 2023
Bruits parasites
Quelque part entre le silence instruit des choses
Et l’insouciant bourdonnement des hommes, moi
Tel ce vieux tronc qui semble muet au fond du bois :
Quand tu le trouves dans sa solitude et poses
L’oreille, tu entends au loin les xylophages
On dirait que ce tronc se chuchotait, ainsi
Perçu de près, mon constant petit bavardage
Interne me paraît mon propre chuchotis
Alors qu’en vérité c’est un bruit parasite
Dû aux bestioles en dedans qui me visitent.
24 Juillet 2023
samedi 22 juillet 2023
Faith, Hopeless
“Under fourteen, I sent in six words
My Chief Ambition to the Editor”
Larkin, Success Story
Faith feigns to thin out, it’s indeed like hair
Or nails you trim, it never stops to grow
Its holy shrouds may be as fake a show
As true a story, faith means to forswear
What by no means you’ve been conceived to pick
With targets moving but bolts undisturbed
To never hit or miss – you choose the verb!
Faith is the only way to do this trick.
Be it cold accomplishment of boyish dreams
Or the strained fruit of life’s unicity
Be truth the very synonym of sham
Victim or gainer, be I what I am –
Call it a curse or just one’s verity:
Faith will remain as hopeless as it seems.
July 21, 2023
dimanche 16 juillet 2023
Divine Identities
I had some god: reliable and quite
A beard, so I believed without objecting
To his mumbles yet belied by his neglecting
As he refused to show and use his might.
The other one I had: Not words but deeds!
He worked them miracles, they just fell flat:
What boots a bunny to hop out of a hat?
Skillful Magician also spurned my needs.
Let there be more, I sure no longer care.
Reasons and rabbits match, it’s one same game.
If that’s all there’s to it, who else to blame?
Morals are our equals, to be fair.
July 15, 2023
vendredi 14 juillet 2023
Narcissus Poeticus
I think of myself now more as an anonymous person
Than I did before, since I knew me too intimately
Convinced that – anonymous being just another version
Of nameless – by Jove, this incognito couldn’t mean me.
Long self-love has taught me: anonymous is the one word
That certainly suits best to what I especially am.
To hell with the world’s unanonymous bonus, goddam
When even the starry sky’s godheads’ ID is all blurred.
July 13, 2023
mardi 11 juillet 2023
Dernières photos
Je ne vois que maintenant, sur les
Dernières photos que j’ai faites de toi
Combien la maladie t’avait transformée.
Au moment de la prise, je ne le voyais pas :
Tu étais encore toute là, la présence inchangée
La voix, toute pareille, à mes yeux
Tu étais restée celle de toujours
Certes amaigrie et avec un sourire
Un petit peu courageux, mais à peine ;
Puis en matière de courage tu t’y connaissais.
Alors, somme toute, rien de spécial
Juste ma chérie de toujours.
Par conséquent, je n’ai pas vraiment compris
La question du jeune homme qui t’a lavée après ta mort
– Derniers soins auxquels j’ai assisté comme à tout le reste
Car quand je t’ai connue, je m’étais dit : celle-là, je ne la quitte plus –
Question portant sur une éventuelle différence d’âge.
Trois ans et presque sept mois se sont écoulés depuis :
Et c’est pour la première fois que j’ai pu les regarder
Et ce n’est que maintenant que je me rends compte
Que la maladie t’avait vieillie de vingt ans en quelques semaines
Je ne l’avais pas vu, je ne le vois que maintenant
En regardant ces photos
Et je ne vois que maintenant
Que le seul regard possible est celui
Des yeux de la vie, à travers les souvenirs
Que ce n’est que la mémoire qui donne à voir –
Sinon, on dévisage et on ne voit rien.
L’œil objectif, lui, est aveugle.
Ce que j’ai vu maintenant, je vais l’oublier aussitôt
En fait, je l’ai déjà oublié, ma chérie
Mon amoureuse de toujours
Dont j’attends le retour
Dans ta gloire.
Nous, au-delà de la mort
Nous tout seuls, rien d’autre
Mais au-delà de la mort, comme si.
9 Juillet 2023
dimanche 9 juillet 2023
Du ciel peuplé
i.
Je n’arrive point à me sortir de la tête
Que mes morts me regardent.
Il m’est bien plus facile de supposer
Que Dieu n’existe pas
Que de me convaincre que ces morts
Ne sont plus là :
Au contraire des divinités, invisibles
Eux, du moins, je les ai vus de mes propres yeux.
Je me fais donc à l’idée
Que dans un ciel sans Dieu
Il y a foule d’âmes chéries
Hélas abandonnées à elles-mêmes
Alors que nous ici-bas jouissons du privilège
D’avoir nos morts pour nous surveiller.
ii.
C’est l’utilité qui fait l’ange, et
Je vois mal ce qu’il pourrait faire dans son néant.
Il doit chercher de quoi s’occuper
Mais ce n’est que sur terre qu’il est nécessaire.
Si certains anges pincent de la harpe
C’est par pur désœuvrement.
Plus ils exultent, plus ils sont à plaindre
Leurs alléluias désespérés sont d’une infinie tristesse.
Si j’étais ange au ciel
Et donc là où ça ne sert à rien
Je me suiciderais.
iii.
Parfois, le ciel moutonne, parsemé de petits nuages ;
Parfois, ces gentils nuages deviennent bien gros ;
Parfois, le ciel en est complètement couvert
Et parfois, en revanche, il est dégagé.
Il en va de même avec mes avis.
Parfois, je le vois peuplé, ce ciel
Même incroyablement peuplé
Voire lourdement surpeuplé
Et parfois, je le vois radicalement vide.
Quand je le vois vide, tout à fait vide, c’est que
Le soleil brille.
C’est alors une belle journée
Une journée légère, sans souci
Une journée sans ciel en quelque sorte.
iv.
Avoir le ciel comme perspective
Est assurément une perspective de mauvais temps.
Si ce n’est pas carrément la tornade
Il pleut à verse
Quand semblable lubie te traverse l’esprit.
Lorsque le ciel te sourit
Tu n’en as cure
Te vautrant dans la boue des beaux jours
La liesse, coupable, arrimée à l’oubli.
v.
Que ferions-nous sans les cochons et compagnie ?
Cela nous condamnerait au végétarisme.
Loin de nous cette idée, nous les tuons en masse.
Vont-ils au ciel, les cochons morts
Eux qui, de leur vivant, n’ont connu rien de mieux
Que les grossiers plaisirs de la terre
Et qui, après, ont été découpés par d’autres rustres ?
C’est une question que je ne me pose pas.
Du coup, je me sens, moi aussi, assez cochon
Ne connaissant que les grossiers plaisirs de la terre
Et je me touche le groin, typiquement humide :
Aurai-je droit au ciel des humains ?
vi.
Si le ciel accueille tout le monde
Et je suis persuadé qu’il ne trie pas
Puisqu’il n’y a personne pour le faire
C’est comme s’il n’accueillait personne.
Il est alors ouvert
Et ce qui est ouvert est vide à sa façon :
Illimité, sans fond, tout s’y perd et disparaît.
Il est alors comme une jungle grouillante de vie
Camouflée, indétectable
Inabordable.
vii.
L’inabordabilité du ciel est sa garantie.
Inabordabilité peut-être habitée d’aucun doute
Mais tout de même habitée.
Le revoilà, le doute.
7 Juillet 2023
[Ciel véritable et conception terrestre]
samedi 1 juillet 2023
The shot
i.
My arm hurts, so I shall not die
The needle pricked in to prevent;
Yet I don’t know exactly why
I took it, it’s not what I meant.
She said it wasn’t death indeed
She was afraid of, just the pain.
I made my arm hurt for I need
I guess, to feel her once again.
ii.
Running in waves that give and dispossess
The sting does not subside
With time, the temporary timelessness
Of death has it abide.
iii.
Against Oblivion’s disease I got
Inoculated with a backlit shot.
June 30, 2023
vendredi 30 juin 2023
On Loss
i.
Hab das alte Glas zerbrochen:
Sechsfach fand ichs wieder nach
Einer Nacht am Rechner, suchend
Was doch einmal nur zerbrach.
Nichts ist mehr unwiederbringlich
Alles kommt mit Zins zurück –
So vernetzt sind unsre Wünsche
Dass mir schauderte vor Glück.
Wie war bitter das Verlieren
Wissend, dass nichts wiederkehrt;
Bittersüß ist Wiederfinden
Wenn verloren jeder Wert.
ii.
Had we not been that long together
Had we not been that strong together
Had you not left without return
Would I not have that much to learn
To learn that grief has shallow eyes
That light grows lightest while it dies
That darkness, undeprived of light
Is but a sight in its own right
And so take in that most I knew
Turned out half false bereft of you.
iii.
Das Licht durchdringt das Nichts
Doch wo nichts ist
Kann auch nichts glänzen
Auf dem Weg
Ohne Grenzen.
Wüsste ich nicht, dass es dich gibt
Strahlte ich auch nicht in der Richtung
Und gäb es auch keine Lichtung
In der du stehst
Und nicht vergehst.
22. Juni 2023
mercredi 7 juin 2023
A Scratching or a Whisper
Far easier to tell you by your voice:
It lingers on in silent walls
More than in singing wind
But it is through the wind we gather.
I wonder if it’s rather wind or walls
That carry on one’s radiance;
More than in wind, in walls
You change and move and live.
A scratching in the wall, a whisper of the wind –
The startled ear perceives
What to the searching eye is hidden
By walls, or wind.
June 6, 2023
mardi 6 juin 2023
Avec le temps, va
i.
Das Faseln von Vergänglichkeit
Entbehrt jeder Dringlichkeit:
Das Ewige, das du berührt
Hat kaum deine Hände gespürt.
Erst, als es jene Haut war, die
Schon nicht mehr ist, erbebte sie.
Vermag nichts mehr geküsst zu werden
Sind dir doch noch Tage auf Erden.
ii.
Die Kleine-Leute-Weisheit, dass
Allmählich alles stirbt
Stimmt auch nur dann, wenn blanker Hass
Aufs Leben das Lieben verdirbt
Als wäre das ein Kerzenlicht
Das brennend sich verzehrt
Ein flackerndes Flämmlein, das sich nicht
Stets aus sich selbst ernährt.
Wir zwei brannten heller als je zuvor
Als wir die Trennung spürten
Und flüsterten uns das auch ins Ohr
Wenn wir einander berührten
Und sprachen vom Sterbenmüssen nicht
Anders als wir sprachen vom Leben
Weil nämlich die Liebe nichts verspricht
Was sie nicht auch kann geben.
5. Juni 2023
jeudi 18 mai 2023
Pulsion, compulsion et fétiche
On ne se connaissait pas encore, ou à peine
Et elle m’avait invité dîner en ville
Puis, au resto, avec tout son pouvoir d’achat
De celle qui bosse au lieu de glandouiller en fac
Elle a pris un tapis à un vendeur ambulant
Un tapis marronnasse à vingt balles.
Je n’ai rien osé dire mais je trouvais ça compulsif.
Elle est chouette, la nana, en déduisis-je, mais elle a trop de fric.
Bon bah, le goût se civilise, oublions donc.
Bien plus tard, elle m’avoua
Avoir voulu m’impressionner en faisant une B.A.
Le pauvre Pakistanais, quoi
Et que, bien sûr, le tapis était infâme
Mais moi, n’est-ce pas, j’étais de gauche, non ?
Nous prenait-elle pour des benêts ?
Quelle adorable sotte !
L’immigration pakistanaise, on la conçoit : le capital
Contraint ces misérables à tirer quelque maigre profit de l’atmosphère
De plus en plus pulsionnelle entre deux privilégiés occidentaux
Mais de là à leur acheter leurs peilles...
Déjà, la rose surgelée...
Si cet essai de drague d’un freudo-marxiste
Avait réussi en dépit et non à cause de l’acte acquisitif
Au demeurant, elle n’a cessé de m’impressionner la vie durant.
On l’a mise sous un fauteuil, la marchandise, pas trop en évidence
Mais conservée tout de même, et si je la possède encore
C’est qu’elle m’est précieuse, c’est mon tapis et le plus laid et le plus ____________________________________________cher.
Quand quelqu’un s’en étonne, je le devine sans souffler mot ;
Il faut toujours deviner.
Dans nos erreurs d’appréciation, on s’est bien devinés, nous
Et de manière immédiate, et en définitive –
La preuve en est sur le parquet.
17 Mai 2023
mardi 2 mai 2023
Heilige Dinge
Man sieht Dingen wie Menschen ihre Heiligkeit nicht an
Aber hinter der Schranktür erwartet mich ruhig
Ein empfindliches heiliges Ding.
Diese heiligen Dinge sind verkörperte Wunschträume:
Sie erinnern auch im Wachzustand an diejenigen
Die nur noch im Schlaf lebendig erscheinen
Ihre Lebendigkeit ist deshalb verborgen denjenigen, denen
Die Bilder verwehrt sind, deren Tage kaum am Leben
Und deren Nächte selber todesstarr sind.
Sie sind helle Nacht in dunklen Tagen, wie der Traum
Reger Tag ist in dumpfer Nacht – ohne sie wäre
Kein Tag mehr, und auch nie einer gewesen.
Choses saintes
La sainteté des choses est voilée comme celle des êtres ;
Or, derrière la porte du placard, tranquillement
Une fragile chose sainte m’attend.
Ces choses saintes incarnent des vœux :
Elles rappellent à l’éveil la présence de ceux
Qui n’ont plus d’existence en dehors du sommeil.
C’est pourquoi leur vivacité ne peut être aperçue par celui
Qui est sans images, dont les jours sont peu vivants
Et dont les nuits, elles, sont raides mortes.
Elles sont la nuit claire des jours sombres, comme le rêve est
Jour vivant au plus profond de la nuit morne – sans elles
Il n’y aurait plus de jour, et il n’y en aurait jamais eu.
1er Mai 2023
mardi 11 avril 2023
Fidélité
1. Lo dayénou
Être nés, d’abord l’un et puis l’autre, ne nous aurait pas suffi.
Nos chemins croisés au hasard – pas suffisant non plus.
Simplement faire connaissance – pas suffisant.
Avoir tout de suite une idée derrière la tête – pas suffisant.
Coucher ensemble – pas suffisant, parbleu !
Poursuivre – pas suffisant, tu parles.
Emménager ensemble – toujours pas suffisant.
Faire un gosse – pas mal, mais même ça ne nous a pas suffi.
Passer trente-cinq ans ensemble – trente-cinq, pas suffisant, merde.
Puis, la facture a été présentée pour tout ce qu’on a eu :
Il a fallu que l’un de nous fasse bêtement l'ange
Tandis que l’autre reste là comme un con.
Inévitable peut-être, mais pas assez
Pour que je me mette à louer le destin, moi.
On aurait dû l’avoir, diable, ce qui nous aurait suffi.
[Chagall, La traversée de la mer rouge (détail)]
2. Jam Story
An old friend once told me
That having secretly tasted a spoonful of jam before time
African education made him gobble up the whole pot
So that sweetness cloy his childish heart forever
And when Jam Day came to pass
There was nothing of it left
For no one. His fault.
He remembers.
Now you suffer and you wouldn’t
If you hadn’t met her in the first place.
She was this fruit: Do not taste, otherwise
You’ll be chucked out through mere separation.
Not immediately, though
Allowing you to get used to each other.
Quite a jolt, isn’t it, after taking
It all for granted, kiddy.
April 9, 2023
lundi 3 avril 2023
Du choix
i.
J’ai un copain qui n’est pas bête
Mais chaque fois qu’il va au cinéma, il en sort déçu :
Ils ne tournent que des merdes de nos jours.
S’il le dit.
Un aprèm, je l’ai emmené voir un film, moi.
Il accepta en traînant des pieds :
Encore une de tes bluettes coréennes je suppose.
– Eh ben, taïwanaise, pour être exact.
Comme prévu, il n’y comprenait rien
Mais quelques mois plus tard il m’a confié
Que les images s’étaient gravées dans sa tête
Au point qu’il se souvenait encore de chaque scène.
Drôle de pellicule.
Que veux-tu, fis-je, ils sont sournois, les bridés.
Tu choisis toujours de ces conneries, répliqua-t-il.
Je ne suis pas retourné au cinoche avec lui.
Sans images obsédantes, l’homme reste libre
Et la déception est un sentiment qui se respecte.
ii.
C’est le choix qui nous aide à vivre.
Sans choix, pas de libre arbitre.
La pauvreté (ou ce qui en reste) y contribue beaucoup :
Qui n’a pas un grand pouvoir d’achat
Doit choisir dans la vie.
Aujourd’hui, ça sera pâtes à l’ail, c’est bon, ça
Puisque j’ai fait un tour en librairie ;
Entre bifteck et bouquin, le choix est vite fait
Mais choix tout de même.
Je ne sais comment font les CSP+ en ce domaine.
Sans choix, pas de vie, pas de vie riche en tout cas ;
Or, Porsche ou Mercedes, ce n’est même pas un choix
C’est pile poil pareil.
Cornélien ou couru d’avance
Le vrai choix est réservé à nous autres.
iii.
Quand je t’ai choisie
Ou plutôt quand tu m’as choisi
Ce n’était pas du vrai choix
C’était une sorte de prédétermination :
Il aurait été impensable de laisser filer l’occasion.
Les plus importants choix n’en sont point ;
Quand ça compte, on ne choisit jamais
C’est l’évidence qui s’impose.
Ça t’enlève peut-être quelques illusions
Quant à la possibilité de choisir
Mais c’est mieux comme ça.
Ceux qui se sont trompés
Ont dû faire un choix, les pauvres
Au lieu de se résoudre à l’inévitable.
iv.
Wären mir die Beine zusammengewachsen
Könnte ich hoppeln, aber nicht laufen;
So aber habe ich die Wahl.
Wären mir die Lippen zusammengewachsen
Könnte ich denken, aber nicht reden;
So aber habe ich die Wahl.
Wäre mir der Kopf nicht zusammengewachsen
Müsste ich schrecklich aufpassen;
So aber habe ich die Wahl.
v.
Quand je n’ai plus eu de choix
Je m’en suis contenté.
Forcément.
L’absence de choix ouvre des voies insoupçonnées.
Le ciel s’éclaircit exactement à l’instant
Où la nuit s’apprête à tomber
C’est un coucher de soleil impressionnant de brusquerie
Et l’obscurité qui s’ensuit sent tellement bon.
Pas aussi bon que ça, en vérité
Mais j’ai toujours le choix de le prétendre
Et sans prétention, pas de choix.
3 Avril 2023
mercredi 8 mars 2023
De la vivacité de l’esprit chez les morts
J’ai un problème avec la vivacité de l’esprit –
Celle des vivants autour de moi.
Ils me paraissent terriblement lourds
Ne pigent rien du premier coup ;
Je n’ai pas ce problème avec les morts
Ou plutôt : je ne l’ai pas eu avec eux.
Souvent, ces morts étaient nés avant les vivants –
Souvent, mais pas toujours.
La date de naissance ne rentre donc pas trop en compte
C’est n’est donc pas que plus on est jeune, moins on est vivace ;
La raison de la perte de vivacité chez le vivant
Doit se trouver ailleurs. Serait-ce que
Plus on est vivace, moins on risque de partir en retard ?
Théorie séduisante, mais des plus hypothétiques.
Le fait observé que, de leur vivant, mes morts
Ont toujours ri bien plus promptement
Que ceux qui se targuent d’être encore en vie
Ne semble pas en relation directe avec leur décès ;
Néanmoins, il a une grosse influence sur moi.
L’étonnante présence d’esprit de nos chers disparus
Est une donnée historique
Mais elle ne se explique pas vraiment, et ceci
À l’instar de tant d’autres choses dans une biographie
Qui la tirent peu à peu vers le tragique.
Couramment
Une vie dépend
De ce qui meurt avec les morts.
Von der Geistesgegenwart der Toten
Ich hab ein Problem mit der Geistesgegenwart –
Die der Lebenden um mich herum.
Sie scheinen mir schrecklich schwerfällig
Kapieren nichts auf Anhieb;
Mit den Toten habe ich dieses Problem nicht
Oder hatte es vielmehr nicht.
Häufig wurden diese Toten vor den Lebenden geboren –
Häufig, aber nicht immer.
Das Geburtsdatum ist also nicht dafür verantwortlich
Es gilt demnach nicht: Je jünger, desto ungegenwärtiger;
Der Verlust an Geistesgegenwart beim Lebendigen
Muss andere Gründe haben. Wäre es möglich
Dass die Gegenwärtigeren einfach früh genug zu gehen wissen?
Eine verführerische, wenn auch sehr hypothetische Theorie.
Die Beobachtung, dass meine Toten zeit ihres Lebens
Immer sehr viel schneller gelacht haben als jene
Die sich damit brüsten, noch am Leben zu sein
Wird wohl keine direkte Todesursache darstellen
Hat aber dennoch einen großen Einfluss auf mich:
Die erstaunliche geistige Gegenwart der von uns Gegangenen
Ist eine geschichtliche Tatsache
Die sich nicht wirklich erklären lässt
Wie vieles andere, das die Eigenheit hat
Eines Biographie zuverlässig zu verfinstern.
Gar nicht so selten
Hängt das Leben von dem ab
Was mit den Toten stirbt.
7. März 2023
(Illustration à titre d’exemple / Symbolbild)
samedi 4 mars 2023
Rose
If I hadn’t gathered the rose
I still would have seen her face
I wouldn’t have known it from close
And still had my dreams and ways.
My nights would be fed of ice
My deedless days shiver away
I still would have known her face
But in the true light of dismay.
Deserted, I’d be drunk of sand
Far fountains would spit out death
It still would all run through my hands
I still would desire your breath.
March 3, 2023
jeudi 2 mars 2023
Abenteuerlust
Wasting my time at home”
Larkin, Reference Back
Von Büchern umgeben
Um das zu erleben
Was Vorstellungskraft
An Wildem erdacht:
Wem in solcher Welt
Zu wandeln gefällt
Dem scheint nur vergönnt
Was ihn davon trennt.
Nur ist schon auch wichtig:
Nichts ist wirklich richtig
Und was dich verschont
Hat dennoch gelohnt.
Ob du es erträumt
Ob du es versäumt –
Es funkelt im Innern
Dasselbe Erinnern.
Ob Held oder Zwerg:
Das Leben ist Werk
Und scheint es Erscheinung
Besteht es aus Meinung
Und bleibt immer klein
Mischt die sich auch ein.
Kein Zwerg und kein Held
Herrscht über die Welt.
2. März 2023
[Della Bella, Duell zweier Zwerge]
mercredi 1 mars 2023
Morals
i.
No wiser guide than a sealed book
Too meaningful to grant a look.
ii.
If right or wrong, one should not mind
Lest it be rong or wright.
It doesn’t matter to be blind
To smell a moonless night.
iii.
Some smart ass said: Don’t buy their stuff
There’s nobody up there, because
There ain’t no ladder long enough.
I swiped his, checked, and so it was.
The place was something... hard to tell
I better held it back in me.
Y’all may well gather down in Hell –
I’ll join that lonely apple tree.
iv.
Since we all have to go away
So something else can show
We have no right to throw away
Ourselves before we go.
A garbage can is all we have;
We should not stuff it, though:
Right from the cradle to the grave
We clutter up and grow.
If I could lose the waste I use
To cherry-pick plain litter
It would be possible to choose
But life is far too bitter.
March 1st, 2023
samedi 25 février 2023
Un salaud
Ma chérie, j’étais impossible
Même presque jusqu’au bout.
Quand tu t’étais allongée après la chimio
Une fois, j’ai mis Heifetz avec le premier de Bruch
Et lorsque tu as dit : Qu’est-ce que c’est beau ! C’est quoi ?
J’ai répondu : Tu ne le connais pas ?
Non ! as-tu murmuré, fatiguée, me connaissant.
J’aurais dû mourir de honte.
Je t’embrasse les pieds dans ta tombe
Pour te demander pardon de ma goujaterie.
À chaque fois que je l’entends
Ce maudit concerto
J’y pense. J’y pense. J’y pense.
25 Février 2025
mercredi 15 février 2023
Psautier
Lorsqu’à un hiver doux suit un été pluvieux
On n’a pas à s’en plaindre ;
Lorsqu’en perdant sa foi, le vieux demeure pieux
C’est aussi à défendre –
Car quand le diable est plus fidèle que les dieux
On n’a plus rien à craindre.
Lorsqu’on s’entiche par ennui, faute de mieux
On finira par feindre ;
Lorsque le con est vertueux, le ton vicieux
Le dégât est bien moindre –
Car quand le ventre mou est plus grand que les yeux
On a envie de rendre.
Lorsque la vérité s’attaque au corps, spongieux
Pas sûr que tout s’effondre ;
Lorsqu’elle l’envahit, tels des vers insidieux
Il vaut mieux se détendre –
Car quand, l’heure venue, l’âme s’envole aux cieux
N’en restent que des cendres.
5 Février 2023
vendredi 27 janvier 2023
vendredi 20 janvier 2023
Joli nez rouge
Pas plus tard qu’hier, j’ai eu affaire à une très jeune trotskiste –
J’étais tout content qu’il en existe encore.
Il faisait froid, je n’étais pas bien couvert en ouvrant la porte ;
Elle si, emmitouflée sous un bonnet qui lui allait à merveille.
Si elle avait sonné, c’était pour distribuer des tracts –
J’étais tout content qu’on en imprime encore.
J’ai tenté de lui dire des choses, mais elle savait déjà tout.
Dans ces cas, l’échange devient quelque peu illusoire.
Puis, sous son joli bonnet de militante, le nez rouge –
J’étais tout content que j’arrive encore à m’en émouvoir –
Elle insistait à m’appeler « monsieur » au lieu de « camarade »
Bien que je lui eusse conseillé de lire Marx au plus près
Car ces jeunes qui croient tout savoir
Ne savent même plus comment parler aux vieux.
En effet, me suis-je dit, l’histoire bégaye et se fait farce
Étant moyennement content que les mots du maître se vérifient _______________________________________encore.
19 Janvier 2023
jeudi 19 janvier 2023
Eine Gewissensfrage
Ich sehe häufig einen Herrn erscheinen
Er sieht mir etwas ähnlich im Gesicht
Und könnte glatt entfernt mit mir verwandt sein
Doch übertreiben wollen wir es nicht:
Es ist an ihm auch einiges recht anders.
Er ist mir strenggenommen richtig fremd
Und interessiert wohl niemanden besonders
Der alte Mann in seinem Unterhemd.
Es käme mir durchaus nicht ungelegen
Wenn er nicht stets, hab ich im Bad zu schaffen
Auch einfach so vor meinen Spiegel träte
Doch scheint er viel im Leben nicht zu raffen:
Er wird aus Einsamkeit Gesellschaft suchen
Schweigt mich jedoch hartnäckig an, wirkt völlig
Kontaktunfähig, es ist sture, pure
Aufdringlichkeit, mit der er mich behelligt.
Ich fragte mich schon: Soll ich ihn verscheuchen
Und meinen Beckenspiegel abmontieren?
Hab aber kaum noch Freunde und befürchte
Damit auch noch den letzten zu verlieren.
15. Januar 2023
mardi 17 janvier 2023
Trois variations d’après Thomas Hardy
1. Faithful Wilson
N’ai-je pas épousé le plus beau cul sur terre ?
S’excite son mari. Calme ta joie, pépère !
Se dit l’ancien amant, car ces divines fesses
Sont fatiguées, ils sont bien loin, leurs jours d’ivresse.
Sauf qu’un fidèle époux doit refuser d’admettre
Que l’inconstance même puisse disparaître.
2. We say we shall not meet
Nous ne nous verrons plus
Sous d’aussi cléments cieux !
Nous disons-nous, le cœur
Lourd lâchant un adieu.
Nous nous moquons de cet
Adieu mélancolique
Quand l’ami regretté
D’aventure rapplique.
Nous nous donnons congé
Sans trace d’effusion
Partant pour nous revoir
Lorsque c’est pour de bon.
2. I look in her face
Je lui ai dit en face :
Chante-moi ta chanson
D’amour comme autrefois –
Je voudrais bien l’entendre !
Elle restait de bois.
Alors, si ça te lasse
Lui ai-je dit, changeons :
Chante-moi tes chagrins !
Rétive à se répandre
Elle n’en soufflait rien.
Fallait que je me casse
Pour percevoir des sons
Lointains, mêlés de mots
Trop bas pour les comprendre
Surgissant d’un caveau.
17 Janvier 2023
dimanche 15 janvier 2023
Winter
Es sollte manchmal Winter sein im Leben
Bin sonst um das Naturerlebnis gebracht
Es sollte Schnee gefallen sein in der Nacht
Erwachend zu erlauschen an der Stille.
Vorahnend sollte ich zum Fenster treten
Berührt von Spuren im vollendet Schönen
Sollte die Stirn ich an die Scheibe lehnen.
Doch fiel kein Schnee. Noch fehlte mir der Wille.
Alterslos liegt das Dach mit bleichen Ziegeln
Dass mir im Anblick des Unüberschneiten
Gewahr wird: Nur, was nicht ist, kann beflügeln
Und vor dem nackten, sturen, zeitbefreiten
Dem stumpfen Stets ich ihn erkennen muss:
So also sieht er aus, der Tod, der Schluss.
12. Januar 2023
dimanche 8 janvier 2023
Pure Pursuit of Happiness
1. Small World
You were afraid of landscape: too much green;
I didn’t mind that much about the size.
Immensity or thumbnail on a screen –
Who cares while colors match proportion-wise?
Tiny or vast, a view is quite a view
The grand stays great, as nutshell or unfurled;
Suspicious of the scale queens, me and you
Had them nearby, them wonders of the world.
Put into meter, ancient rhyme and all
One could call our rare outings sham or lie
But nature’s bliss-compartments have no wall
Only still waters mirror open sky
Trouting enough to cast the modest lure
And bait our best of life in miniature.
2. Rast und Unrast
i.
Es gibt nervöse Tiere und ruhige.
Die nervösen sind quasi von ihrer Natur her nervös
Die ruhigen von ihrer Natur her ruhig.
Ist das Raubtier ruhiger als das Wild?
Es hätte einigen Grund dazu, doch auch Wild
Grast ruhig, solange kein Raubtier droht.
Du, Raubtier und Wild, grasest oft grundlos fickerig
Du zitterst auch dann und läufst plötzlich davon
Wenn keinerlei Gefahr naht.
Andererseits
Wartest du meistens nicht stundenlang reglos
Auf deiner Jagd.
Ist es eitel Vorfreude oder ständige Furcht
Was so erregt, wenn man sich unschlüssig ist
Ob man zu den Räubern oder zur Beute gehört?
Was geht bloß so viel an Unnützem
In einem vor
Um das nicht zu wissen?
ii.
Ich wollte nie in Urlaub fahren
Ich wollte stets im Urlaub sein
Und nun, nach all den langen Jahren
Im Urlaub fährts in mich hinein:
Ich hätt in Urlaub gehen sollen
Wie es die andern Leute tun.
Immer im Urlaub leben wollen
Ermüdet ohne auszuruhn.
8. Januar 2023
jeudi 29 décembre 2022
Connivence et hantise
Le solitaire n’est pas seul
Quand compagnie lui fait défaut
Seulement le seul en ressent l’absence.
La solitude est imposée
La solitarité, choisie
Mais l’une peut parfois entraîner l’autre.
Même le solitaire doit
L’apprendre lorsque brusquement
La solitude se présente à lui.
Tant que tu ne mords pas dedans
Ce fruit te paraît une pomme
Mais c’est un coing, petit, un coing d’enfer.
29 Décembre 2022
[Nature morte avec enquestre (exemple). Heinrich Zille, vers 1900]
mercredi 28 décembre 2022
Enfin
On a fini par inventer les outils.
C’est pratique, un outil :
Avant, on ne pouvait pas faire grand’chose –
Le poing est trop mou pour enfoncer un clou
Et l’ongle se casse avant qu’il ne le chasse –
Mais depuis, les possibilités sont parties en flèche.
En même temps, les outils ont fait séparation :
Ceux qui se servent d’un marteau
Et ceux qui se servent d’une calculette
Et ceux qui se servent uniquement de leur cerveau
Tout cru, à l’ancienne, comme des bêtes
Ils s’opposent de multiple façon.
On aurait mieux fait de ne pas les inventer
Sauf que le cerveau s’y refusait : hélas conçu
Pour s’activer, et s’activer aveuglément
Le chéri se croit le nombril du monde
Tout en prenant ses inventions pour mineures
Car c’est lui l’outil par excellence, implacablement rêveur.
Les uns et les autres, désormais
Ils se comportent comme prédateurs et proies :
Au revoir, paradis
Bonjour, outils.
Enfin, on semble avoir tiré les conséquences.
Encore de la malédiction.
Sous la surface de la courtoisie :
Hostilité.
Tout se paye.
On se défend bec et ongles, on ne
Pardonne rien. Rien. Rien. Sinon, on se sent lésés.
Devoir payer pour tout, c’est ça, l’échange.
Cette vision très noire du monde, d’un monde d’égalité
Est surtout celle des classes laborieuses, élevées à la dure
Auxquelles l’existence a vite désappris toute fraternité
Jouissivement hostiles envers l’autrui accessible
Et souvent même dans le couple
Et même entre les générations d’une même famille.
Toi qui étais toute différente
Tant que tu faisais écran, je ne m’en rendais guère compte
Je ne le savais qu’en théorie, c’était trop lointain
Ta bienveillance toute proche rachetait tout, j’étais sauvé
Comme un enfant qui sous l’égide de sa mère
Peut vivre comme on rêve avec son petit cerveau excité.
Tu m’agaçais, affirmant qu’il ne sert à rien, mon marxisme
Qu’il ne faut simplement pas être comme eux.
Toi qui étais toute différente, généreuse, heureuse.
Issue du monde réel, d’une certaine façon, tu savais donc
De quoi tu me protégeais.
Souriante à tous, tu le savais.
Sur ce point, on était en désaccord. Et là
On ne me pardonne même pas d’avoir été aimé par toi.
Quelle conne, celle-là, de le couver ainsi !
Maintenant que tu es partie, on se venge
On en profite. On arrive à m’atteindre.
Enfin, leurs frustes marteaux montrent leur efficace.
28 Décembre 2022
mercredi 21 décembre 2022
Le oui et le non sont inséparables
Elle s’est faite enterrer dans sa robe de mariage
Impossible de ne pas s’en rendre compte.
Je ne sais même plus ce que je portais à l’occasion ;
Pourtant, on se fichait du jeu de rôles.
Avant, malade, elle souffrait physiquement, moi pas.
Quoiqu’en permanence auprès d’elle, je n’ai pu comprendre
De manière intime la dimension de sa souffrance ;
Je ne me sentais pas mieux portant pour autant.
Sinon, elle était d’un naturel bien plus heureux que moi
Impossible de ne pas le remarquer à chaque instant :
C’était son attitude face à la vie, indépendante de tout.
J’espère toutefois d’y avoir un peu contribué.
La séparation, foudroyante, ne fut pas
Le résultat d’un processus, sa perspective
Au lieu de nous détacher, nous soudant en un
Seul bloc inséparable, et néanmoins à la fin éclaté.
21 Décembre 2022